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Nous appelons littérature
française la littérature qui a pour langue le français
c'est beaucoup moins et un peu plus que la littérature de la France .
Pendant les premiers siècles, les seuls textes littéraires
que nous connaissions directement sont écrits en latin;
lorsque la littérature française se fait enfin une place
à côté de la littérature
latine, celle-ci n'en paraît pas sensiblement affaiblie; elle
continue son développement, parallèlement à la littérature
française, ne lui empruntant presque rien, lui donnant au contraire
beaucoup. Nous ne nous occuperons pas de la littérature
latine du Moyen âge
en France, car son histoire rentre dans une histoire générale
de la littérature latine de l'Occident. Dès le IXe
siècle, des raisons sur lesquelles nous n'avons pas à disserter
ici amenèrent en France la formation de deux littératures
en langue vulgaire en face de la littérature latine unique, l'une
dans le Midi, l'autre dans le Nord. Nous ne nous occuperons que de celle
du Nord, renvoyant pour celle du Midi à l'article Littérature
provençale. Voilà en quoi littérature française
est beaucoup moins que littérature de la France. Nous avons dit
que c'était aussi un peu plus. En effet, depuis la conquête
de l'Angleterre
par les Normands francisés jusqu'en
1350, le français est la langue préféré de
la littérature d'Outre-Manche, et cette littérature anglo-normande,
comme on l'appelle généralement, fait corps avec la littérature
française; en outre, du côté du Midi, la littérature
française a fait une autre conquête, celle de l'Italie
du Nord, conquête moins profonde assurément, moins durable
que celle de l'Angleterre, mais plus intéressante peut-être
par ses origines, car elle ne doit rien à la force des armes : la
littérature franco-italienne fait le pendant de la littérature
anglo-normande ou franco-anglaise. On notera enfin que les croisades
ont importé à Chypre ,
en Morée, en Palestine l'usage du français au moins pendant
deux ou trois siècles, et que quelques oeuvres littéraires
intéressantes ont vu le jour dans ces pays lointains. Viendront
par la suite des littératures de langue française en Belgique ,
au Canada ,
en Suisse ,
en Afrique ,
etc., et que l'on range, avec la littérature française, sous
la rubrique des littératures francophones.
Le Moyen âge.
La plus ancienne littérature
de France
fut celle des trouvères et des troubadours.
Ces derniers, qui écrivaient en langue d'oc,
ont produit de petites effusions lyriques
sur l'amour ou sur d'autres sujets frivoles; ils
fleurirent surtout aux XIe et XIIe
siècles. Les trouvères, dans leurs chansons
de geste, écrites en langue d'oïl,
célébrèrent les actions héroïques des
rois et des chevaliers illustres. Ces chansons de geste, appelées
aussi romans, sont très nombreuses.
La Chanson de Roland
ou de Roncevaux, le Roman de Brut
et le Roman de Rou
sont les plus connus. Un peu plus tard, on composa des poèmes satiriques
et allégoriques, comme le Roman
du Renard
et le Roman de la Rose ,
qui fut imité en anglais par Chaucer
dans son Romaunt of the Rose. Parmi les poètes du XIIe
siècle fut Abélard, et parmi ses
successeurs, on cite Audefroy le Bastard, Quesnes de Béthune, le
castillan de Coucy, et Thibaut, comte de Champagne
et roi de Navarre .
Les principaux ouvrages en prose du XIIIe
siècle sont : la Chronique de la conquête de Constantinople ,
par Villehardouin (1207) et les Mémoires
de Louis IX, par Joinville.
La littérature du XIVe siècle
nous offre les Chroniques de Froissart,
ouvrage qui est resté le modèle de son genre, puis, à
cheval sur le siècle suivant, les oeuvres de Christine
de Pisan. Le XVe siècle produisit
les Mémoires de Commines et les
poèmes de Villon et du duc Charles
d'Orléans.
La Renaissance.
Parmi les écrivains du XVIe
siècle, Rabelais et Montaigne
tiennent le premier rang sous le rapport de l'originalité. Les Essais
de Montaigne, écrits dans un style facile et attrayants, sont cyniques
et sceptiques. L'Institution de la religion chrétienne de
Calvin
prouva que la langue française
avait acquis assez de force pour se prêter à l'éloquence
religieuse et la Satire Ménippée
montra que sa flexibilité lui permettait de se plier aux exigences
des luttes politiques. Déjà Marguerite de Navarre dans ses
Contes,
s'était servie d'une langue fine, spirituelle, bien faite pour des
sujets légers. Amyot mit en oeuvre tout ce qu'elle possédait
de grâce, dans sa traduction des Vies
de Plutarque. Cette période ne fut pas
très féconde en poètes, quoique Clément
Marot et Ronsard se soient illustrés.
Le XVIIe
siècle.
"Enfin, dit Boileau
dans son Art Poétique, Malherbe
vint, et le premier en France", réforma la poésie. Mathurin
Régnier (1573-1613) est le plus ancien des poètes satiriques
français. Balzac donna tous ses soins
à perfectionner la prose; ses épîtres
sont des modèles de rhétorique claire et harmonieuse. Il
faut citer aussi les lettres frivoles mais
spirituelles de Voiture.
Pierre Corneille
éleva la tragédie à
un tel degré de grandeur qu'il n'a jamais été surpassé
: le Cid ,
Horace,
Cinna,
et Polyeucte sont encore aujourd'hui l'objet de l'admiration universelle.
Descartes,
dans son Discours sur la Méthode, montra que la langue
française permettait de traiter les sujets philosophiques
les plus élevés, et Pascal, dans
ses Lettres provinciales ,
établit le premier véritable modèle de prose française.
C'est alors que s'ouvrit cette magnifique époque littéraire,
connue sous le nom de siècle de Louis
XIV. L'éloquence de la chaire produisit des oeuvres telles
que les oraisons funèbres de Bossuet
et de Fléchier, et les sermons de Bourdaloue,
de Fénelon et de Massillon. Racine
porta la tragédie à son apogée : Andromaque, Iphigénie
et Phèdre rappellent les plus belles productions de l'Antiquité
grecque .
La comédie atteignit son point culminant
avec Molière dont les chefs-d'œuvre sont
: le Misanthrope ,
Tartufe ,
l'Avare
et les Femmes savantes .
Sous la plume de La
Fontaine, la fable
devint une véritable comédie
sur une petite échelle. La poésie
didactique, philosophique et satirique brilla avec Boileau,
qui acheva l'oeuvre de Malherbe : son Art
poétique, ses Epîtres, ses Satires, ainsi
que son poème héroï-comique
le Lutrin ,
malgré la pédanterie qu'on leur reprochera peut-être
aujourd'hui, sont autant de chefs-d'œuvre de bon sens, de concision, d'ordre
et de symétrie. La philosophie
morale fut représentée par des auteurs tels que Pascal,
Malebranche,
Bossuet,
Fénelon,
La
Rochefoucauld et La Bruyère. L'histoire
fut cultivée par Mézeray dans son Histoire de France ,
par Fleury dans son Histoire de l'Eglise
et par Bossuet dans son Discours sur l'histoire universelle. Les
Mémoires
personnels du cardinal de Retz sont classés parmi les chefs-d'œuvre
de l'histoire familière et les Lettres de Mme
de Sévigné sont des modèles de style
épistolaire. Le Télémaque
de Fénelon marque le couronnement d'une période littéraire
remarquable.
Le XVIIIe
siècle.
XVIIIe
siècle fut éminemment le siècle du scepticisme.
Quatre auteurs remarquables : Montesquieu,
Voltaire,
J.-J.
Rousseau et Buffon exercèrent une influence
considérable sur leurs contemporains. Les Lettres persanes
de Montesquieu seul une satire des moeurs, du gouvernement et de la religion
des Français; ses Considérations sur la grandeur et la
décadence des
Romains ont fait
progresser la philosophie de l'histoire; et son Esprit des lois
est une investigation profonde dans le domaine de la législation
générale. Voltaire, véritable personnification de
son époque, fut, en quelque sorte, le roi de l'opinion publique
pendant un demi-siècle. Mérope, Zaïre Mahomet, Alzire,
etc., l'ont classé comme poète tragique immédiatement
après Corneille et Racine;
il a aussi excellé en philosophie ,
dans les romans, dans les poésies épiques
et en histoire. Le passionné Rousseau n'a jamais été
surpassé; à peine même a-t-il été égalé
par ses rivaux les plus parfaits. La grande Histoire naturelle de
Buffon est un chef-d'oeuvre littéraire.
Diderot, écrivain
passionné, et le grand géomètre d'Alembert
fondèrent l'Encyclopédie .
Helvétius
dans son traité De l'Esprit, d'Holbach
dans son Système de la nature, Lamettrie
dans son Homme-machine et Raynal dans son Histoire philosophique
des deux Indes dépassèrent de beaucoup les doctrines
radicales des encyclopédistes, pendant que d'autres écrivains,
tels que Vauvenargues,
Fontenelle,
Condillac,
Mably et Condorcet, usèrent de plus
de modération. Parmi les autres écrivains connus, il faut
citer : Crébillon et
Ducis,
poètes tragiques; Marivaux, dont les
romans
et les comédies eurent beaucoup de
célébrité à leur époque;
L.
Gilbert, poète satirique d'une puissance peu commune; Le
Sage, auteur de Gil Blas ;
Beaumarchais,
auteur du Barbier de Séville ;
Bernardin
de Saint-Pierre, auteur de Paul et Virginie ;
La
Harpe, dont le Cours de littérature fut classique; Duclos,
Mlle Delaunay, et Saint-Simon dont les Mémoires
obtinrent une célébrité méritée; Barthélemy,
qui écrivit le Voyage du jeune Anacharsis en Grèce ;
l'essayiste historique Rublière; Prévost,
l'auteur de Manon Lescaut; Marmontel,
auteur de Bélisaire; Gresset, l'auteur
de Vert-Vert; Florian qui écrivit
des contes et des fables;
Delille, poète didactique; J.-B.
Rousseau, Lebrun et André
Chénier, poètes lyriques.
Le XIXe
siècle.
Chateaubriand
(Atala, René) et Mme de Staël
sont les premiers écrivains que l'on rencontre en abordant la littérature
française au début XIXe siècle.
Ils représentent (ou du moins préfigurent) le premier grand
courant de cette époque : le romantisme. Le romantisme est une réaction,
venue d'Allemagne
et d'Angleterre ,
contre le néo-classicisme, dominant depuis la Révolution;
il se présente comme une exaltation des passions.
S'inscrivent également dans ce mouvement inauguré au théâtre
par Victor Hugo avec son Hernani (1830),
des romanciers tels que George Sand (La mare
au Diable, la petite Fadette) et Honoré
de Balzac (à ses débuts) et des poètes tels que
Lamartine
(Les Méditations),
Alfred de Musset
(Les Nuits, Confession d'un enfant du siècle ),
Alfred
de Vigny. L'oeuvre de Théophile
Gautier est aussi à rattacher au romantisme.
Après 1830,
l'âge romantique perd de sa force, malgré des individualités
comme Gérard de Nerval, à l'origine
peut-être de ce que le romantisme a produit de plus intéressant.
En poésie, l'école du Parnasse
(Leconte de l'Isle, José-Maria de Hérédia, etc.) connaît
un moment de faveur. Mais elle représente surtout un retour à
l'académisme, et la vraie contestation du romantisme s'observe plutôt
avec la montée en puissance du courant réaliste, qui, après
1848, s'ouvre davantage encore au contexte social en prenant une coloration
positiviste
et prend le nom de naturalisme. Le réalisme proprement dit est représenté,
notamment, par les romanciers Stendhal (Le
Rouge et le Noir), Victor Hugo (Les Misérables ),
Eugène
Sue (Les Mystères de Paris) et Balzac,
deuxième période (La Comédie humaine) ou même
Alexandre
Dumas, avec ses romans historiques; au
naturalisme appartiennent, le plus souvent, les oeuvres de Gustave
Flaubert (Madame Bovary) et de Maupassant
(Pot Bouille, etc.). La peinture de la réalité quotidienne,
et la critique des valeurs bougeoises sont au centre des préoccupations
de ces romanciers.
Le naturalisme se
poursuivra encore après 1875, notamment avec
Emile Zola (Thérèse Raquin ,
L'Assommoir,
Les
Rougon-Macquart, etc.), qui porte à son sommet la critique sociale,
mais, s'offrant d'une certaine manière comme le contrepoint des
excès du naturalisme, un autre courant devient important à
cette époque en investissant la poésie. Il s'agit du symbolisme,
voie dans laquelle se sont engagés plusieurs anciens Parnassiens.
A ce mouvement, qui fait sa place à la rêverie et au fantastique,
se rattachent les oeuvres de Baudelaire, de
Verlaine,
de Rimbaud, de Mallarmé
et d'Apollinaire.
(T.). |
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