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Benjamin Constant

Benjamin Constant de Rebecque est un publiciste et orateur,  d'une famille noble de protestants français réfugiés en Suisse après la révocation de l'édit de Nantes, né à Lausanne en 1767, mort à Paris en 1839. Il fit ses études à Oxford, puis à Erlangen, enfin à Edimbourg. Ayant fait à Lausanne, en 1731, la connaissance de Mme de Staël il la suivit à Paris, et il entra dans la politique active. Il était du cercle constitutionnel de l'hôtel de Salm (Palais de la Légion d'Honneur), dirigé par Mme de Staël, Talleyrand, Sieyès et autres politiques, qui essayaient de réaliser, au profit de la République, une politique de juste milieu. Constant publia différentes brochures dans l'esprit de cette coterie. Elles ont été réunies, en 1829, sous le titre de Mélanges littéraires et politiques.

Il s'était fait naturaliser citoyen français, et entra au Corps législatif après le coup d'Etat du 18 brumaire. Appelé au tribunat par le premier consul, il fit presque aussitôt de l'opposition, et fut éliminé (1802). Bientôt, Bonaparte dispersa le salon de Mme de Staël, qui fut bannie avec Constant. Celui-ci se fixa à Weimar, où il traduisit Wallenstein, de Schiller. Il faisait de fréquents voyages à Coppet, où était établie Mme de Staël. Cette liaison , qui n'avait pas toujours été exempte d'orages, se termina par une rupture. Vers le même temps, il avait composé plusieurs oeuvres littéraires, son ouvrage : De la religion considérée dans sa source, ses formes et ses développements ( 5 volumes, qui furent mis à l'Index ), et son célèbre roman' Adolphe, où il passe pour s'être peint lui-même.
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La fin d'Ellénore

« C'était une de ces journées d'hiver où le soleil semble éclairer tristement la campagne grisâtre, comme s'il regardait en pitié la terre qu'il a cessé de réchauffer. Ellénore me proposa de sortir. « Il fait bien froid, lui dis-je. - N'importe, je voudrais me promener avec vous. s Elle prit mon bras; nous marchâmes longtemps sans rien dire; elle avançait avec peine et se penchait sur moi presque tout entière. «-Arrêtons-nous un instant. - Non, me répondit-elle, j'ai du plaisir à me sentir encore soutenue par vous. » Nous retombâmes dans le silence. Le ciel était serein; mais les arbres étaient sans feuilles; aucun souffle n'agitait l'air, aucun oiseau ne le traversait : tout était immobile, et le seul bruit qui se fit entendre était celui de l'herbe glacée qui se brisait sous nos pas. « Comme tout est calme! me dit Ellénore; comme la nature se résigne! Le coeur aussi ne doit-il pas apprendre à se résigner? » Elle s'assit sur une pierre; tout à coup elle se mit à genoux et, baissant la tête, elle l'appuya sur ses deux mains. J'entendis quelques mots prononcés à voix basse. Je m'aperçus qu'elle priait. Se relevant enfin : « Rentrons, dit-elle, le froid m'a saisie. J'ai peur de me trouver mal. Ne me dites rien; je ne suis pas en état de vous entendre.-» Un seul sentiment ne varia jamais dans le coeur d'Ellénore ce fut sa tendresse pour moi.

Sa faiblesse lui permettait rarement de me parler; mais elle fixait sur moi ses yeux en silence, et il me semblait alors que ses regards me demandaient la vie que je ne pouvais plus lui donner. Je craignais de lui causer une émotion violente; j'inventais des prétextes pour sortir; je parcourais au hasard tous les lieux où je m'étais trouvé avec elle; j'arrosais de mes pleurs les pierres, le pied des arbres, tous les objets qui me retraçaient son souvenir.

Ce n'étaient pas les regrets de l'amour, c'était un sentiment plus sombre et plus triste; l'amour s'identifie tellement à l'objet aimé que, dans son désespoir même, il y a quelque charme. Il lutte contre la réalité, contre la destinée; l'ardeur de son désir le trompe sur ses forces et l'exalte au milieu de sa douleur. La mienne était morne et solitaire; je n'espérais point mourir avec Ellénore; j'allais vivre sans elle dans ce désert du monde, que j'avais souhaité tant de fois de traverser indépendant. J'avais brisé l'être qui m'aimait. »
 

(B. Constant, Adolphe, chapitre X).

Rentré en France en 1814, il écrivit dans le Journal des Débats, où il soutint la cause des Bourbons. Toutefois, Napoléon, qui cherchait, à sa rentrée en France, un point d'appui sur le parti libéral, chargea Benjamin Constant de rédiger l'Acte additionnel aux constitutions de l'empire, et le nomma conseiller d'État.

A la seconde Restauration, Benjamin Constant se réfugia en Angleterre, revint en France l'année suivante, et reprit avec éclat sa place dans l'opposition constitutionnelle. Nommé député de la Sarthe en 1819, il déploya dès son entrée à la Chambre, une éloquence brillante, incisive, pénétrante, d'une grande force de dialectique.

Cependant, sa santé s'épuisait par l'abus des plaisirs encore plus que par le travail, et surtout par sa vie désordonnée de joueur. Il avait été un des 221 députés qui donnèrent la couronne à Louis-Philippe. Ce prince lui fit un don de 300.000 francs, qu'il accepta, tout en faisant des réserves pour son indépendance politique. La mort l'emporta à la fin de la même année.
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Benjamin Constant.
Benjamin Constant (1767-1839).

Outre les ouvrages cités dans le cours de cette notice, on a encore de Benjamin Constant Cours de politique constitutionnelle; Mémoires sur les Cent-Jours; plusieurs recueils de discours; enfin, Du polythéisme romain, morceau qui fut détaché de son ouvrage sur la religion.

Doué d'un esprit ingénieux et vif, d'une riche imagination, il était léger, sceptique, mobile, incertain, avec un mélange singulier d'égoïsme et de sensibilité, de mépris des humains et d'humanité, de tendresse et d'ironie, de mélancolie précoce et d'amour du plaisir. En revanche, en politique, et de même en religion, il avait des idées nettes et même intransigeantes; son libéralisme froid et sec repoussait toute espèce de souveraineté; sa doctrine est le triomphe de l'individualisme.

Le Journal intime de Benjamin Constant a été publié en 1887 par Adrien Constant, descendant du célèbre orateur. Il est surtout relatif à sa liaison avec Mme de Staël. On a également publié les Lettres de Benjamin Constant à Mme Récamier (1881). A ce recueil il faut joindre les Lettres à Mme de Charrières (1894), et les Lettres de Benjamin. Constant à sa famille (1888). (NLI).

Benjamin Constant, dit Benjamin-Constant est un peintre français de la même famille que le précédent, né et mort à Paris (1845-1902). Il obtint, en 1866, un prix municipal, qui lui permit d'entrer à l'Ecole des beaux-arts de Paris (1867). Il eut pour maître Cabanel. Cinq ans après, en 1872, il entreprenait avec Tissot, ministre de France, un voyage au Maroc, d'où il rapporta ses premières toiles d'Orient (le Paysage au XIXe siècle), qui décelèrent tout de suite un maître coloriste (Vue de Tanger, etc.). Les Prisonniers marocains (musée de Bordeaux) lui valaient sa première récompense (1875). En 1876, la superbe page Entrée de Mahomet II à Constantinople, où palpite la chaleur de Delacroix, lui faisait décerner une 2e médaille. 
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Benjamin-Constant : Entrée de Mehemet II à Constantinople..
Benjamin-Constant : l'Entrée 
de Méhémet II à Constantinople (1876).

Puis ce fut la Soif (1878), les Derniers Rebelles, scènes sinistres de sujet, éclatantes de couleur, d'un éloquent contraste de forme et d'idée. Il donnait ensuite, à partir de 1880, le Passe-temps d'un calife à Séville, les Chérifas (à Carcassonne), la Justice du chérif. Un Beethoven (Sonate au clair de lune), et un Orphée préludaient bientôt après à un changement de manière, qui se manifesta dans un plafond pour l'Hôtel de Ville (Paris convoquant le monde), exécuté d'abord à la peinture légère, et que l'artiste refit depuis à la peinture forte, et transforma complètement. Pour la Nouvelle-Sorbonne, l'artiste donna deux Prométhées (enchaîné et délivré) d'une belle envergure, les figures des Belles-Lettres, des Sciences, et le groupe des Doyens

Benjamin-Constant, depuis lors, n'a cessé de songer aux grandes décorations : l'une a pris sa place au plafond du nouvel Opéra-Comique; l'autre au capitole de Toulouse, il a donné une série de grands portraits d'une magnifique maîtrise, sans compter celui de Mon fils André, qui valut à l'artiste la médaille d'honneur (1896), et dont l'Etat fit l'acquisition. 

Benjamin-Constant entra à l'Institut en 1893. Il s'est fait connaître aussi comme écrivain par quelques bonnes études sur des peintres contemporains. (NLI).
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Le peintre Benjamin-Constant.
Benjamin-Constant (1845-1902).
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