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Barbier

Barbier (Edme Jean-François). - Avocat consultant au parlement de Paris, né à Paris en 1689, mort en 1771 a laissé un Journal historique et anecdotique du règne de Louis XV, qui va de 1718 à 1762, et qui a été publié par A. de La Villegille, Paris, 1851-1857. Ce journal comble une lacune entre les Mémoires de Saint-Simon, qui s'arrêtent en 1723, et ceux de Bachaumont, qui commencent en 1762, et offre d'utiles renseignements sur l'histoire du parlement, de la justice et des moeurs de l'époque.
Barbier (Antoine Alexandre ). - Savant bibliographe, né à Coulommiers en 1765, mort en 1825, exerça d'abord des fonctions ecclésiastiques, mais y renonça pour se livrer à ses goûts littéraires et devint bibliothécaire du Directoire, puis de Napoléon et de Louis XVIII. Il est surtout connu par un Dictionnaire des anonymes et des pseudonymes, Paris, 1806-1808, 4 vol. in-8, réimprimé en 1822-1827 avec de nombreuses additions. Il a aussi publié la Nouvelle Bibliothèque de l'homme de goût, 1808, 5 vol. in-8, et des Catalogues très estimés.
Henri Auguste'Barbier est un poète français, né à Paris le 29 avril 1805, mort à Nice le 13 février 1882. Fils d'un avoué, il fit ses études au lycée Henri IV et suivit les cours de l'Ecole de droit. Il venait de publier avec Alphonse Royer les Mauvais Garçons (1830, 2 vol., in-12), roman historique sur les moeurs du Moyen âge, lorsqu'éclata la révolution de Juillet. C'est alors qu'il publia dans la Revue de Paris sa célèbre Curée, dont le retentissement fut considérable et profond, et où il flagellait sans pitié les courtisans du nouveau pouvoir; d'autres poèmes, non moins remarquables par l'âpreté de la langue et la crudité de l'image; la Popularité, l'Idole, virulente protestation contre la légende napoléonienne et ses zélateurs, Paris , où se trouvent les strophes fameuses sur le « pâle voyou », le Dante, Quatre-vingt-treize, Varsovie, ont été réunis sous le nom générique de Iambes (1831, in-8), bien que le rythme de toutes ces pièces ne fût pas uniforme; ils ont reparu depuis sous celui de Iambes et Poèmes, justifié par l'addition d'il Pianto et de Lazare, recueils de chants mélancoliques ou satiriques inspirés à l'auteur par deux séjours en Italie et en Angleterre

De multiples réimpressions attestent un succès que ne retrouva plus l'auteur, car il suffit de rappeler pour mémoire ses Chants civils et religieux (1841, in-18), ses Rimes héroïques (1813, in-18), ses Silves (1864, in-18), et enfin ses Satires (1865, in-18). Deux recueils de nouvelles intitulés : Trois passions (1867, in-18), et Contes du soir (1879, in-18); un compte rendu du Salon de 1837 dans la Revue des Deux-Mondes, divers volumes posthumes : Souvenirs personnels et Silhouettes contemporaines (1883, in-18); Histoires de voyage (1880, in-18); Tablettes d'Umbrano, suivies de Promenades au Louvre (1884, in-18), constituent, avec son discours de réception à l'Académie française, son oeuvre de prosateur.

Il n'avait abordé le théâtre qu'une seule fois, en écrivant avec Léon de Wailly le poème de Benvenuto Cellini, opéra en deux actes (Opéra, 10 septembre 1838), musique d'Hector Berlioz, mais il avait traduit, en 1848, le Jules César de Shakespeare, et plus tard la Chanson du vieux marin de Coleridge (1876, in-fol., ill. de G. Doré). On lui doit aussi une traduction du Decameron de Boccace (1845, grand in-8), avec vignettes de Tony Johannot. Ses exécuteurs testamentaires, Lacaussade et Ed. Grenier, ont mis au jour Chez les poètes, études, traductions et imitations en vers (1882, in-8) et un volume de Poésies posthumes (1884, in-18).
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La cavale

« O Corse à cheveux plats, que ta France était belle
Au grand soleil de messidor!
C'était une cavale indomptable et rebelle, 
Sans frein d'acier ni rênes d'or;
Une jument sauvage à la croupe rustique, 
Fumante encor du sang des rois,
Mais fière et d'un pied fort heurtant le sol antique, 
Libre pour la première fois.
Jamais aucune main n'avait passé sur elle 
Pour la flétrir et l'outrager;
Jamais ses larges flancs n'avaient porté la selle 
Et le harnais de l'étranger;
Tout son poil était vierge et, belle vagabonde,
L'oeil haut, la croupe en mouvement,
Sur ses jarrets dressée, elle effrayait le monde 
Du bruit de son hennissement.
Tu parus et, sitôt que tu vis son allure, 
Ses reins si souples et dispos,
Centaure impétueux, tu pris sa chevelure, 
Tu montas botté sur son dos.
Alors, comme elle aimait les rumeurs de la guerre,
La poudre, les tambours battants,
Pour champ de course, alors, tu lui donnas la terre,
Et des combats pour passe-temps;
Alors, plus de repos, plus de nuits, plus de sommes,
Toujours l'air, toujours le travail,
Toujours comme du sable écraser des corps d'hommes, 
Toujours du sang jusqu'au poitrail.
Quinze ans son dur sabot, dans sa course rapide,
Broya les générations;
Quinze ans elle passa fumante, à toute bride, 
Sur le ventre des nations.
Enfin, lasse d'aller sans finir sa carrière, 
D'aller sans user son chemin,
De pétrir l'univers et, comme une poussière, 
De soulever le genre humain;
Les jarrets épuisés, haletante, sans force 
Et fléchissant à chaque pas,
Elle demanda grâce à son cavalier corse;
Mais, bourreau, tu n'écoutas pas!
Tu la pressas plus fort de ta cuisse nerveuse,
Pour étouffer ses cris ardents,
Tu retournas le mors dans sa bouche baveuse,
De fureur tu brisas ses dents. 
Elle se releva : mais, un jour de bataille,
Ne pouvant plus mordre ses freins, 
Mourante, elle tomba sur un lit de mitraille,
Et du coup te cassa les reins! »
 

(A. Barbier).

C'est seulement en 1869 qu'Auguste Barbier fut élu membre de l'Académie française, comme successeur d'Ampère, au quatrième tour de scrutin, par 18 voix, tandis que Théophile Gautier en obtenait 14. Dispensé alors de la visite officielle à l'empereur, il s'abstint également lorsque le duc d'Aumale offrit un banquet à ses nouveaux collègues, après son élection. Le 7 février 1878, il se vit conférer par Bardoux la décoration de la Légion d'honneur, sans l'avoir sollicitée, et répondit par quelques mots d'une simplicité touchante aux félicitations du ministre qui était venu lui annoncer lui-même la réparation de cette longue injustice.

Auguste Barbier a eu la singulière fortune littéraire de donner du premier coup toute sa mesure sans retrouver jamais l'inspiration qui l'avait sacré poète. Aussi n'a-t-on pas manqué d'insinuer qu'il n'avait été que le prête-nom de Brizeux, tandis que d'autres prétendaient qu'il s'était contenté de mettre en vers un article de Saint-Marc-Girardin au Journal des Débats. Ces imputations ont eu le sort qu'elles méritaient, et si Barbier n'a pas tenu en effet les espérances que faisait naître un pareil début, il n'en a pas moins droit à l'une des premières places dans l'anthologie du XIXe siècle. (Maurice Tourneux).

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Dictionnaire biographique
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