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Les
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Boétie
(Estienne de la), né à Sarlat le 1er
septembre 1530, mort à Germignan, près de Bordeaux, le 18
août 1563, Il fut conseiller au Parlement de Bordeaux, et doit surtout
sa célébrité à l'amitié qui l'unit si
tendrement à Montaigne (La hardiesse du Contr'un et la virulence toute antique et républicaine de certains passages empêchèrent Montaigne de le publier, et firent qu'il en atténua toujours autant qu'il put la portée en le faisant passer pour une simple «exercitation» de jeune homme. Il ne voulait pas qu'on l'accusât «de l'avoir mis en lumière à mau-vaise fin et pour troubler et changer l'estat de notre police». En dépit des affirmations de Montaigne et malgré le récit de d'Aubigné, qui raconte que «le jeune escholier» l'écrivit pour se venger d'un déni de justice contre un hallebardier qui lui avait laissé à «la risée des grands» tomber son arme sur le pied un jour qu'il était au Louvre"Si l'on me demande pour quoy je l'aimais : Le discours se résume aisément dans ces deux thèses fondamentales : 1° tous les hommes sont nés libres ou égaux et nul n'a le droit de confisquer à son profit leur liberté, qui est d'institution naturelle et divine;Ces propositions de droit naturel n'offrent rien de bien nouveau, mais elles sont relevées par l'accent irrité, l'éloquence passionnée, les souvenirs vivants de l'Antiquité républicaine. La Boétie secoue rudement la torpeur et l'inertie de ses contemporains habitués à servir : «Ceux qui, en naissant, se sont trouvés le joug au col, ne s'aperçoivent point du mal», et perdent avec le souvenir le désir de la liberté. Pourtant tout homme est libre par nature et par la volonté de Dieu. L'homme n'est «subjet qu'à la raison, et serf de personne». Tous sont égaux, «tous faicts de mesme figure, et, comme il me semble, à mesme moule afin de s'entrecognoistre tous comme compaignons eu plutôt frères». On voit que le Contr'un contient déjà la devise républicaine liberté, égalité, fraternité. La Boétie est bref malheureusement sur les moyens qu'a le peuple de s'affranchir, et répète un peu naïvement qu'il n'y a qu'à vouloir et à se compter : «Soyez résolus de ne servir plus, et vous voylà libres. Je ne veux pas que vous poulsiez (le tyran) ny le bransliez; mais seulement ne le soubtenez plus, et vous le verrez, comme un colosse à qui l'on a desrobbé la base de son poids mesme, fondre en bas et se rompre.»Villemain a dit de cet admirable discours : «On croirait lire un manuscrit antique trouvé dans les ruines de Rome sous la statue brisée du plus jeune des Gracques.» On y sent partout la haine de l'oppresseur, la pitié des opprimés, la colère contre leur passive résignation, et peut-être le secret désir de vivre à «Venise |
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© Serge Jodra, 2004. - Reproduction interdite.