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Les
textes
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| Gil Blas,
célèbre roman de moeurs, publié en trois parties par
Lesage
(1715, 1724 et 1735). L'action, largement dessinée, commence
vers la fin du XVIe siècle, et se
poursuit pendant la première moitié du XVIIe
: elle se passe en Espagne, mais les personnages n'ont d'espagnol que le
nom et le costume, leurs moeurs sont françaises. L'intérêt
de l'oeuvre consiste moins dans le mérite de la conception que dans
la vérité frappante des détails et l'habileté
de la mise de la scène; un esprit vif, enjoué et satirique
l'anime d'un bout à l'autre; le style est un modèle de correction,
d'aisance et de clarté. Gil-Blas, le docteur Sangrado, l'archevêque
de Grenade Du vivant même de Lesage, on nia l'originalité de son roman, et l'on prétendit qu'il l'avait tiré de l'espagnol. Il en est résulté une controverse qui a duré très longtemps. Bruzen de La Martinière dans son Nouveau Portefeuille historique, poétique et littéraire (2e édit., 1757), disait de Lesage à la fin de quelques réflexions sur son Diable boiteux : "C'est sa manière d'embellir extrêmement tout ce qu'il emprunte des Espagnols; c'est ainsi qu'il en a usé envers Gil-Blas, dont il a fait un chef-d'oeuvre inimitable,"Voltaire alla plus loin : ne pardonnant pas à Lesage de l'avoir désigné (liv. X, chap. 4) sous le nom du poète Trinquero (mot qui veut dire en espagnol charlatan, vendeur d'orviétan), il l'accusa, dans son Siècle de Louis XIV Ces assertions ont été victorieusement réfutées par François de Neufchâteau, dans une Dissertation lue en 1818 à l'Académie française. En 1820, un savant espagnol, Llorente, dans des Observations critiques sur le roman de Gil-Blas, prétendit que le véritable auteur de ce livre était Don Antonio de Solis y Ribadeneira, mort en 1686, allégation qui fut l'objet d'un nouveau travail de François de Neufchâteau, et que repoussa également Andiffret dans sa Notice historique sur Lesage (1821). Un professeur de l'université de Berlin, Frédéric Franceson, dans un Essai sur l'originalité de Gil-Blas, a ensuite dressé une liste exacte et sûre des emprunts de Lesage, et il conclut que Gil-Blas lui appartient bien en propre, et que, s'il a imité, c'est à la manière de Shakespeare, de Molière et de La Fontaine. La question a été reprise
depuis par Lintilhac et semble maintenant bien éclaircie; les sources
historiques de Gil Blas sont au nombre de trois, et toutes trois
imprimées. La première est une traduction française
d'un pamphlet politique de l'Italien Ferrante Pallavicino, intitulé
Disgrazia
del conde d'Olivarès; la traduction
suivie par Lesage parut anonymement à Paris Il serait aisé encore de montrer qu'ils n'ont influé en rien sur la conception première du Gil Blas, et curieux de remarquer qu'ils sont accumulés dans les quatre premiers livres et de plus en plus rares dans les derniers. Dans tous les cas ils ne diminuent guère la profonde originalité et le charme du roman. C'est une histoire de tous les âges, une peinture infiniment variée de la vie humaine et des conditions diverses de la société. Gil Blas est un garçon éveillé, spirituel, bien tourné, de naissance modeste, qui prend à dix-sept ans la chemin des aventures; après maint accident, il passe par toutes les conditions, tentant de s'élever un peu plus haut; il est resté le type de l'homme léger, d'une morale facile, qui accepte toutes les situations et s'efforce de tirer de tout le parti le meilleur; sa vertu n'est pas très sûre, mais il ne s'enfonce jamais tout à fait dans le vice, et finit par revenir au bien. Les autres personnages Sangrado le médecin, Fabrice le poète, Raphaël, Laméla paraissent et disparaissent dans mille situations nouvelles. C'est un pêle-mêle de toutes les conditions : chanoines, médecins, auteurs, prélats, comédiens, barbons galants, filles, ministres. Gil Blas se décide à la fin à vivre paisiblement chez lui en bon et confiant père de famille. Il est impossible de trouver une narration plus vive, un style plus franc et plus naturel que celui de ce premier roman réaliste. Dans ce tableau animé de la vie humaine, dans cette véritable école du monde, il ne parait guère que des fripons : mais les portraits sont vrais, et le roman est une satire. Cette satire fine et amère est à peine sensible et se joue dans tout le livre; l'esprit de l'auteur est d'autant plus charmant qu'il met plus de talent à le cacher, à s'effacer derrière ses personnages vivants. Le chef-d'oeuvre de Lesage est tout imprégné
de cette plaisanterie sensée, de cette philosophie grave et douce
à la fois, enjouée avec tant de malice, dont Cervantes
et Quevedo ont donné l'expression immortelle.
Gil
Blas, qui excitait à si haut point l'enthousiasme de
Walter
Scott, restera comme un des romans les plus achevés de la littérature
de langue française : c'est comme l'envers de Don Quichotte |
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© Serge Jodra, 2004. - Reproduction interdite.