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| Jean
Charlier,
dit Jean de Gerson, doctor christianissimus, est un chancelier
de l'université de Paris,
né au hameau de Gerson, près de Rethel En 1395, Pierre d'Ailly, nommé évêque
du Puy, obtint d'être remplacé par lui comme chancelier de
l'Université; et presque aussitôt, Philippe le Hardi, duc
de Bourgogne Dans l'Université, Gerson travailla
à réformer les moeurs et les études. Il s'efforça
de supprimer les fêtes de fous et autres divertissements fort profanes
cultivés par les étudiants, et de restreindre les privilèges
ou les usages qui incitaient à la licence; il osa même conspuer
les sensualités du Roman de la Rose Sans attaquer la scolastique, qu'il pratiquait très sincèrement, il entreprit, sinon de la renouveler, au moins de lui donner une direction plus sérieuse et plus religieuse; il proposa d'interdire la tractation des matières inutiles, qui n'excitent qu'une vaine curiosité, et qui font négliger les doctrines nécessaires; elles exposent les docteurs à être raillés comme fantastiques, courant après des ombres et ne sachant rien ni de la vérité morale, ni de la vérité religieuse (Epistola de reformatione theologiae, adressée à P. d'Ailly le 1er avril 1400; - Lectiones duae contra curiositatem in negotio fidei (1402); - Epistola ad studientes collegii Navarrae : Quid et qualiter studere debeat novus theologiae auditor, et contra curiositatem studientium). Hanté par l'idée de la mort et habitué aux procédés de la scolastique, il les utilisa pour ramener la théologie à son objet pratique : Discamus non tam disputare quam vivere, rnemores finis nostri. Il introduisit un certain mysticisme dans la théologie et tâcha d'en faire une science de l'expérience intime, dont la forme devait être la logique et le fond un ensemble de faits psychologiques et religieux. Les ouvrages qu'il a composés sur
ce sujet sont un mélange de formules et de classifications empruntées
à l'Ecole, d'observations profondes sur les états de l'âme Au concile de Constance, il demanda, et
si Torquemada ne s'y était pas péremptoirement opposé,
il aurait obtenu la condamnation des visions de sainte Brigitte Dans un ordre d'idées presque, voisin,
nous devons constater que, tout en restant imbu des croyances sur les relations
entre la conjonction des astres et les événements de l'histoire
terrestre qu'implique la foi à l'étoile qui mena les mages
à Bethléem ( Il convient de rappeler sommairement ici la part que Gerson prit personnellement aux mesures arrêtées ou proposées au moment du Schisme d'Occident. Avant de recourir à la contrainte et de procéder à la convocation d'un concile qui exigerait l'abdication des papes rivaux et, en cas de refus, les déposerait, on avait fait diverses tentatives pour les amener à accepter volontairement les moyens propres à rétablir la paix dans l'Eglise : démission simultanée (via cessionis), compromis instituant un arbitrage pour résoudre la question (via compromissionis), convocation d'un concile général et engagement de se soumettre à ses décisions. Gerson fut un des derniers qui gardèrent espoir dans le succès de la persuasion; alors que l'Université, un concile national et le roi organisaient déjà la résistance et la pression contre le pape d'Avignon, en lui retirant solennellement l'obédience du royaume et en le menaçant de l'accuser de schisme et d'hérésie, Gerson, retenu par des scrupules respectueux devant la dignité d'un pape qu'il estimait légitimement élu, s'efforçait encore de calmer les esprits irrités et de ranimer le sentiment de l'unité de l'Église et de la communauté des fidèles (Trialogus). Mais il fut contraint de reconnaître enfin que tout accommodement était impossible. Lorsque le concile général fut convoqué, il s'associa à cette convocation, par son traité De Unitate ecclesiastica, affirmant l'autorité suprême des conciles, même à l'égard des papes (1409). Autrefois, il était généralement
admis que Gerson assista au concile de Pise; aujourd'hui, il semble démontré
qu'il ne s'y trouva pas en personne; mais il prêta une grande force
aux décisions de cette assemblée, en publiant un traité
De
Auferibilitate papae ab Ecclesia. Il y exposait que le véritable
chef de l'Eglise, c'est Jésus Gerson assista au concile de Constance
(1414 - 1418); il en fut incontestablement un des membres les plus influents;
mais il nous semble qu'on a fort exagéré sa prépondérance
en cette assemblée, car elle a maintes fois repoussé ses
propositions sur des objets très importants. Même du côté
des Français, elles rencontrèrent des adversaires écoutés,
parmi lesquels Pierre d'Ailly, devenu évêque
de Cambrai « étant un concile général, légitimement assemblé au nom du Saint-Esprit, ils représentaient l'Eglise militante, qui a reçu immédiatement de Jésus-Christ une puissance à laquelle toute personne, de quelque état et de quelque condition que ce fût, même papale, était obligée d'obéir, en toutes les choses concernant la foi, l'extirpation du schisme et la réformation de l'Église dans son chef et dans ses membres ».Le 14 novembre 1407, Jean sans Peur, duc de Bourgogne, fils de Philippe le Hardi, avait fait assassiner le duc d'Orléans, frère du roi, et s'était hautement avoué auteur de ce meurtre, déclarant avoir agi pour le bien du royaume. Il avait été applaudi par le peuple, dont il s'était institué le défenseur et qui détestait le duc d'Orléans, à cause de ses exactions et de ses cruautés. Le 8 mars 1408, Jean Petit, cordelier, docteur en théologie, fit à l'hôtel Saint-Paul, en présence du dauphin, des princes du sang, comtes, barons, docteurs, clercs, etc., l'apologie du tyrannicide; il soutint que le duc d'Orléans avait été tyran, criminel de lèsemajesté, traître au roi, et conclut que celui qui l'avait tué méritait éloge et récompense. Le roi lui-même déclara au duc de Bourgogne qu'il ne conservait « aucune déplaisante contre lui de la mort de son frère ». En ce temps-là, Gerson venait d'être pourvu de la cure de Saint-Jean-en-Grève. Malgré les obligations qu'il avait envers la maison de Bourgogne, il fit dans sa paroisse l'oraison funèbre du duc d'Orléans et flétrit énergiquement ses assassins : ce qui excita chez le peuple une fureur à laquelle il n'échappa qu'en se réfugiant et en se tenant pendant quelque temps caché dans les caves ou les tours de Notre-Dame. Plus tard, il poursuivit, devant l'évêque de Paris et obtint la condamnation de Jean Petit et de sa doctrine. Jean Petit appela de cette sentence au pape, qui la cassa. L'évêque de Paris porta la cause devant le concile de Constance. On y discuta pour savoir si la question concernait ou non la foi chrétienne. Martin Porrée, évêque d'Arras, demanda que la question restât ouverte jusqu'à ce que l'Église en eût décidé autrement. Gerson n'obtint du concile ni la condamnation du fait, ni celle de l'auteur de l'apologie; on réprouva seulement, en termes généraux, le meurtre des tyrans. Quand le concile de Constance fut dissous,
Jean
sans Peur était redevenu maître de Paris, après
le massacre des Armagnacs (1418). Y rentrer
eut été trop dangereux pour Gerson : il se retira dans le
Tyrol
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