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Cherbuliez

Charles Victor' Cherbuliez est un journaliste et écrivain français d'origine suisse, né à Genève le 19 juillet 1829. Fils du savant hébraïsant André Cherbuliez, et parent, à un degré éloigné, de J.-J. Rousseau, il fut d'abord professeur libre, puis, après un voyage en Orient, débuta par une étude d'archéologie et d'esthétique encadrée dans une fiction romanesque, intitulée A propos d'un cheval (Genève, 1860) et réimprimée sous le titre de un Cheval de Phidias (1864). Il écrivit ensuite toute une série de romans, dont les premiers surtout obtinrent un vif et légitime succès : le comte Kostia (1863) : Paule Méré, roman épistolaire (1864); le Roman d'une honnête femme (1864); Prosper Randoce (1868); l'Aventure de Ladislas Bolsky (1869); la Revanche de Joseph Noirel (1872); Meta Holdenis (1873); le Fiancé de Mlle Saint-Maur (1876); Samuel Brohl et Cie (1877); l'Idée de Jean Téterol (1878); Amours fragiles (1880); Noirs et Rouges (1881); la Ferme du Choquart (1883), Olivier Maugant (1825); la Bête (1887); la Vocation du Comte Ghislain (1888); une Gageure (1890).
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La parlote des hommes d'avenir

« Olivier beau s'en défendre, Laventie l'introduisit, deux heures plus tard, dans une réunion de faux étudiants qu'il présidait et qu'on avait surnommée « la parlote des hommes d'avenir ». On s'assemblait chaque soir dans l'arrière-cabinet d'un petit café. Pour y avoir ses entrées, il fallait se soumettre à une épreuve : les aspirants étaient tenus de faire ou de dire quelque chose d'extraordinaire. Olivier fut dispensé de cette obligation, qui l'eût fort embarrassé. Le bruit s'était répandu qu'il avait quinze mille livres de rente; on jugea que c'était assez pour faire de lui un jeune homme fort étonnant. La réunion se composait d'une douzaine d'adeptes, qui tous savaient tout sans avoir rien appris. Les dames étaient admises quelquefois, mais seulement aux jours fixés par le président, qui entendait conserver au cénacle un caractère de gravité. Enveloppés d'une épaisse et âcre fumée qui leur permettait à peine de s'entrevoir les uns les autres, les hommes d'avenir faisaient d'interminables parties de piquet ou des cents de dominos, en vidant beaucoup de bocks. Les privilégiés jouaient le whist avec Laventie, qui gagnait toujours. Le plus souvent, on bavardait, on pérorait, mais il était défendu de s'échauffer pour aucune idée générale ou généreuse. Celui qu'on pouvait soupçonner d'avoir un peu de coeur ou de raison était rappelé à l'ordre par Laventie, qui frappait du poing sur la table et s'écriait :

- A bas le vieux jeu! Soyons pratiques, mes enfants.
Tous ces débraillés qui braillaient étaient de petits calculateurs, très glorieux de leur perversité précoce, mais plus naïfs qu'ils ne pensaient. Quand le grand Frédéric préluda à la conquête de la Silésie en réfutant Machiavel, il crachait dans le plat pour en dégoûter les autres. Ces jouvenceaux divulguaient leur secret, et cela prouve qu'il leur restait quelque candeur. Olivier ressentit d'abord un profond respect pour ces sages désabusés de tout; son bon sens naturel l'avertit bien vite que l'auguste assemblée où il avait eu l'honneur d'être présenté n'était qu'un moulin à paroles, et que ce moulin ne moulait que du sable. »
 

(V. Cherbuliez, Olivier Maugant).

La plupart des derniers romans de Cherbuliez reposent sur des données scabreuses auxquelles il n'avait pas accoutumé ses lecteurs. 

A cette série d'oeuvres d'imagination se rattachent deux livres où l'écrivain a usé du même procédé que pour un Cheval de Phidias : le prince Vitale, essai et récit à propos de la folie du Tasse (1864); et le Grand OEuvre (1867), entretiens sur l'origine, les transformations et les destinées du globe. 

Tous les romans de Cherbuliez, depuis et y compris le Comte Kostia, ont paru dans la Revue des Deux Mondes à laquelle il a encore fourni, soit sous son nom, soit sous le pseudonyme de G. Valbert, de très nombreux articles sur la politique étrangère ou sur la littérature historique. Quelques-uns de ces articles ont été réunis sous les titres de : l'Allemagne politique depuis la paix de Prague (1870); l'Espagne politique (1874); Hommes et Choses d'Allemagne (1877); Hommes et Choses du temps présent (1883); Profils étrangers (1889).

Citons à part des Etudes de littérature et d'art (1873), renfermant un compte rendu du Salon de 1872, publié dans le journal le Temps. Deux drames tirés des romans de Cherbuliez : Samuel Brohl (Odéon, 1879), l'Aventure de Ladislas Bolski (Vaudeville, 1879), n'ont pas retrouvé à la scène l'accueil qu'ils avaient obtenu sous leur première forme. 

Victor Cherbuliez, naturalisé français après 1870, fut élu membre de l'Académie française, en remplacement de Dufaure, le 8 décembre 1881, et reçu par Renan le 25 mai suivant. Il a depuis été chargé de répondre au discours de réception de François Coppée (1884). (M. Tx.).

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Dictionnaire biographique
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