| . |
| |||||||
Paul Edme de Musset
était un littérateur né à Paris
le 7 novembre 1804, mort à Paris le 18 mai 1880. Il se consacra
tout entier à la littérature. Il est surtout connu pour la
véritable dévotion qu'il eut pour son frère Alfred,
et la pieuse biographie qu'il a donnée de lui, ainsi que par le
roman
|
||||
| Louis Charles
Alfred
de Musset était un poète. Il est né à
Paris
le 11 décembre 1810, au n° 33 de la rue des Noyers, et est mort
à Paris le 2 mai 1857. Fils de Musset-Pathay et de Mlle Guyot-Desherbiers,
il fit ses études au collège Henri IV où il remporta
de brillants succès. Après quoi, il essaya de faire son droit,
puis sa médecine. La chicane et l'anatomie lui inspirèrent
une égale horreur et « il passait son temps à se promener
aux Tuileries Son père, que cette littérature inquiétait, l'obligea à prendre une place d'expéditionnaire dans les bureaux d'un entrepreneur de chauffage militaire. Rien ne pouvait être plus antipathique à Musset qui aimait le monde, le plaisir, l'indépendance absolue. Aussi pour obliger sa famille à lui reconnaître la qualité et les droits d'auteur, publia-t-il en 1830 son premier volume de poésies : les Contes d'Espagne et d'Italie, Don Paez, les Marrons du feu, Portia, la Ballade à la Lune, Mardoche. Elles eurent un grand succès. Les classiques poussèrent des cris d'indignation et les journaux sérieux furent prodigues de critiques acerbes. Mais Musset eut pour lui tous les jeunes gens et toutes les femmes, - les femmes dont il exaltait le charme avec une intensité d'accent qui révèle déjà le poète de l'amour : Comme elle est belle au soir, aux rayons de la Lune,Le succès de Musset eut pour première conséquence de le brouiller avec le cénacle qui s'était aperçu que son « Benjamin » avait d'étranges audaces, qu'il dépassait, en hardiesse, le maître lui-même, surtout qu'il méprisait la forme préconisée par lui et qu'en dépit d'exagérations voulues et d'une cinglante ironie il n'était rien moins que romantique. La rupture fut consommée par la publication d'Un Spectacle dans un fauteuil (1832) où Musset dit nettement son fait à la rime riche et répudie la couleur locale fabriquée à grand renfort de guides et de dictionnaires Un jeune homme est assis au bord d'une prairie,Le volume était incomparablement supérieur à son aîné. Pourtant il fut peu compris, sauf de Sainte-Beuve, et passa presque inaperçu. Musset s'était bien débarrassé de la forme romantique, mais il avait, comme toute sa génération, ressenti trop profondément, l'influence des théories du cénacle pour n'en pas garder la marque indélébile. Et c'est ainsi qu'il restera romantique jusqu'à son dernier jour, par son impuissance à sortir de lui-même et à s'intéresser à ce qui n'est pas lui; et c'est ainsi qu'il va étrangement souffrir pour s'être attaché à réaliser sur la matière vivante et vibrante les fausses et dangereuses abstractions de l'amour romantique. En 1833, il rencontra George Sand. Cette femme bizarre, aux grands yeux noirs si beaux, l'attira violemment. Ils s'aimèrent, avec des emportements furieux; ils connurent toutes les joies et toutes les misères d'une passion impossible. Pour qu'un amour soit heureux et durable, il faut qu'il y ait entre ceux qui s'aiment quelque inégalité. Et l'on conçoit très bien ce que put être l'amour de cette femme de génie et de cet homme de génie, et qui étaient, tous deux, littérateurs, habitués à analyser leurs sentiments et leurs sensations, avec l'arrière-pensée instinctive de les traduire en prose ou en vers, de plus, emportés par l'idée de se tenir toujours en dehors de la nature, comme les héros de leur imagination. Ce fut une atroce torture. Les deux amants partirent pour l'Italie. Musset fut atteint d'une fièvre cérébrale grave. Le dévouement de George Sand, les soins d'un jeune médecin, Pagello, le sauvèrent. Mais George Sand s'éprit de Pagello. Musset revint à Paris, où bientôt George Sand amenait son médecin. Tous trois étaient fiers d'être liés « de noeuds sublimes et incompréhensibles aux autres »! Des crises affreuses bouleversèrent leur vie jusqu'à la rupture définitive (7 mars 1835). Musset sortit profondément transformé de cette rude épreuve. Au début de sa liaison, il avait écrit, encore dans sa première manière, Rolla (1833), où la fausse rhétorique alterne avec des amertumes à la Byron et qui ne laisse pas de produire, par instants, de grands effets. De 1835 à 1837, il donne les Nuits, la Lettre à Lamartine, les plus belles pages lyriques qui existent dans notre langue. Lui-même a bien marqué la transition : J'ai vu le temps où ma jeunesseAprès cela, après la Nuit d'octobre (1837), il retrouve le calme : Je te bannis de ma mémoire,Et il retombe aussi dans le dandysme de ses débuts pour ne plus produire, en fait de poésies, que de charmantes petites pièces, d'un fin parisianisme comme Une Soirée perdue (1840) ou Après une lecture (1842), des madrigaux, des chansons (Fortunio, A Ninon), des babioles, et Dupont et Durand (1838), un badinage insignifiant. Le Souvenir (1841), dans la note du Lac de Lamartine, ou de la Tristesse d'Olympio, de Victor Hugo, dernier écho de la passion de Musset pour George Sand, doit être mis à part. Il renferme, en très beaux vers, la synthèse de son originale philosophie, à savoir que le bonheur n'existe que dans l'amour et qu'il faut toujours le rechercher, non pour le conserver, car l'amour trompe, mais pour l'avoir eu et s'en souvenir : Un souvenir heureux est peut-être sur terreLe poète traînait une existence désenchantée. Il cherchait des stimulants dans la débauche et dans le vin. Il réussissait à peine ainsi à « étourdir sa misère ». En 1839, il voulut se suicider, après un accès de désespoir : J'ai perdu ma force et ma vie,A partir de 1840, il est en proie à la souffrance physique : crises de nerfs, fièvres, pleurésie et maladie de coeur qui l'emporta. Il mourut en laissant échapper ce cri de lassitude infinie : « Dormir!... Enfin, je vais dormir ». Le 12 février 1832 il avait été élu membre de l'Académie française, en remplacement de Dupaty. Il avait accepté, du gouvernement de Juillet, la sinécure de bibliothécaire du ministère de l'instruction publique, dont Rollin le priva en 1848 et qui lui fut rendue par Fortoul. Nous avons passé en revue les principales
oeuvres poétiques de Musset. Restent les oeuvres en prose. Ce sont
: la Confession d'un enfant du siècle Les Contes et les Nouvelles
sont de charmants récits d'amour, sans prétention, élégamment
écrits, dont le Merle blanc (1842) peut donner une idée
achevée.
« Depuis Marivaux, écrivait Théophile Gautier, il ne s'est rien produit à la Comédie-Française de si fin, de si délicat, de si doucement enjoué que ce chef-d'oeuvre mignon enfoui dans les pages d'une revue et que les Russes de Saint-Pétersbourg, cette neigeuse Athènes, ont été obligés de découvrir pour nous le faire accepter. »Les autres pièces passèrent tour à tour : Il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée, Il ne faut jurer de rien, le Chandelier, André del Sarto en 1848, les Caprices de Marianne en 1851, On ne badine pas avec l'amour en 1861, Fantasio en 1866, Barberine en 1882, Lorenzaccio en 1896, etc. Le théâtre de Musset, dont Brunetière a dit « qu'il est tout entier un hymne à l'amour, et à l'amour conçu comme la seule raison qu'il y ait d'être au monde et de vivre », fit plus pour la gloire de l'auteur que toutes ses poésies. Il n'était connu que de quelques cercles assez fermés, il fut célèbre du jour au lendemain. On lut enfin ses vers qui enthousiasmèrent la jeunesse et firent les délices de toute une génération. Chose singulière, Sainte-Beuve fut à peu près seul à s'en fâcher et écrivit assez rudement : « C'est d'un monde fabuleux on vu à travers une goguette et dans une pointe de vin. - Alfred de Musset est le caprice d'une époque blasée et libertine. »Rien n'y fit, et la renommée de Musset fut consacrée dans toute l'Europe, notamment en Angleterre, en Allemagne et en Italie. Aujourd'hui, au moment où les grands romantiques, Chateaubriand, Lamartine, A. de Vigny, revivent avec un nouvel éclat et retrouvent l'admiration qui avait salué leurs débuts, A. de Musset est demeuré dans l'ombre. Sans doute il y eut dans son succès bien des éléments suspects et malsains et l'on peut se demander, avec Sainte-Beuve, si les jeunes gens et les femmes n'ont pas surtout admiré chez lui ce qu'il y a de moins admirable : son affectation de dandysme, la crudité de certains tableaux, la morbidité de certains sentiments. Mais il y a d'autres raisons à ce succès : cette illustre victime de l'amour a toujours été sincère dans ses plus grands écarts. « On ne l'a pas admiré, dit Taine, on l'a aimé; c'était plus qu'un poète, c'était un homme. Chacun retrouvait en lui ses propres sentiments, les plus fugitifs, les plus intimes; il s'abandonnait, il se donnait, il avait les dernières des vertus qui nous restent, la générosité et la sincérité. Et il avait le plus précieux des dons qui puissent séduire une civilisation vieillie, la jeunesse. »Et comme, après tout, il n'y a pas - dans notre langue de plus passionnés, de plus poignants, de plus beaux poèmes d'amour que les Nuits et la Lettre à Lamartine, on ne saurait concevoir aucun doute sur l'avenir qui leur est réservé. Musset, le « poète de l'amour », ne passera pas. (René Samuel).
|
| . |
| ||||||||||||||||||||||||||||||||