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Les Provinciales,
nom qu'on donne dans l'usage à un ouvrage de Pascal
dont le véritable titre est : Lettres écrites par Louis
de Montalte à un provincial de ses amis et aux RR. PP. jésuites
sur la morale et la politique de ces Pères.
Ces Lettres, composées pour soutenir les solitaires de Port-Royal
et les doctrines jansénistes contre
la compagnie de Jésus, furent publiées successivement depuis
le 23 janvier 1656 jusqu'en mars 1657, et eurent un très grand succès
: les premières étaient tout à fait anonymes, et le
pseudonyme Louis de Montalte ne parut que plus tard. La première
et la deuxième roulent sur deux questions théologiques qui
étaient très débattues au XVIIe
siècle, le pouvoir prochain et la grâce suffisante : elles
ont perdu pour nous un peu de leur intérêt ainsi que le sujet
lui-même.
La troisième est relative à
la condamnation qui avait frappé Antoine Arnauld,
à propos de sa querelle avec les Thomistes sur la grâce suffisante
et la grâce efficace. Les Lettres suivantes, depuis la quatrième
jusqu'à la dix-huitième, qui est la dernière, sont
dirigées contre la morale des casuistes.
II avait été facile à Pascal
de recueillir, dans des livres presque oubliés, certaines maximes
de théologiens qui avaient écrit en des temps de trouble
pour la pensée, maximes d'ailleurs attaquables en droit : les Jésuites
eurent le tort de ne pas les abandonner, et, en essayant de les défendre,
de s'exposer à l'ironie d'un de nos plus habiles et de nos plus
grands écrivains.
Voltaire dont
le témoignage ne peut être suspect en cette matière,
a dit dans son Siècle de Louis XIV
:
"Tout
le livre (Les Provinciales) portait sur un fondement faux. On attribuait
adroitement à toute la Société les opinions extravagantes
de plusieurs jésuites espagnols et flamands. On les aurait déterrées
aussi bien chez des casuistes Dominicains
et Franciscains mais c'était aux seuls jésuites qu'on en
voulait. On tâchait dans ces Lettres de prouver qu'il y avait eu
dessein formé de corrompre les moeurs des hommes, dessein qu'aucune
secte, aucune société n'a jamais eu et ne peut avoir. Mais
il ne s'agissait pas d'avoir raison, il s'agissait de divertir le public."
Ces réserves faites quant au but poursuivi
par Pascal et au moyen qu'il employa pour l'atteindre,
il est de toute évidence que Les Provinciales, ainsi que
l'a dit Sainte-Beuve, ont tué la scolastique
dans la morale, comme Descartes
l'avait tuée dans la métaphysique, et qu'elles ont beaucoup
fait pour séculariser la notion de l'honnête, comme Descartes
l'esprit philosophique. Admirables d'exécution, elles offrent au
lecteur des séductions de tout genre, la finesse et la vigueur de
la raillerie, la nouveauté des tours, la hardiesse de la dialectique,
la grandeur même de l'éloquence. Il paraît que l'on
peut relever plus d'une inexactitude dans les assertions de Pascal, qui
écrivit plusieurs de ces Lettres d'après des notes
qui lui étaient fournies à la hâte.
(A19).
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En
bibliothèque - L'abbé
Maynard, Les Provinciales..., publiées sur la dernière
édition revue par Pascal avec les variantes de éditions précédentes;
et leur réfutation consistant en nombreuses notes historiques, littéraires,
et théologiques, Paris, 1851, 2 vol. in-8°. |
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