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François
René, vicomte de Chateaubriand naquit en 1768 à Saint-Malo,
d'une famille noble et ancienne. Il passa son enfance dans le manoir patrimonial
de Combourg, fit de rapides études aux collèges de Dol et
de Rennes, obtint un brevet de sous-lieutenant
au régiment de Navarre à 17 ans, fut fait capitaine à
19, vint à Paris en 1788, s'y lia avec La
Harpe, André Chénier, Fontanes
et autres littérateurs de l'époque, et débuta par
des vers pour l'Almanach
des Muses. Il s'éloigna de la France à la vue des excès
populaires, s'embarqua pour le Nouveau Monde, parcourut pendant une année
les immenses solitudes et les forêts
vierges de l'Amérique du Nord, vivant avec les Indiens et ébauchant
sur les lieux son poème des Natchez ( Le
Voyage
en Amérique
de Chateaubriand); revint en Europe
en 1792, alla rejoindre à Coblentz
l'armée des émigrés, fut blessé au siège
de Thionville et transporté mourant
à Jersey ;
vécut quelques années à Londres
dans le dénuement, réduit à donner des leçons
de français et à faire des traductions pour les libraires.
Il publia en cette ville en 1797 son premier
ouvrage, l'Essai sur les révolutions anciennes et modernes dans
leur rapport avec la Révolution française, où
il exprimait en politique et en religion des idées peu en harmonie
avec celles qu'il professa plus tard, mais où se révélait
déjà son talent d'écrivain fut ramené aux idées
religieuses par une lettre de sa mère mourante, rentra en France
en 1800, rédigea pendant quelques années le Mercure
avec Fontanes, et fit paraître dans ce recueil, en 1801, Atala ,
création originale qui excita une admiration universelle; composa
vers a même époque René, oeuvre empreinte d'une
mélancolie rêveuse, où se trahit le secret de son propre
coeur, et donna en 1802 le Génie du Christianisme, qu'il
avait en partie rédigé en Angleterre, et dont Atala
et René n'étaient que des épisodes : il s'était
proposé d'y montrer que le Christianisme, bien que jugé supérieur
au Paganisme par la pureté de la morale,
n'est pas moins favorable à l'art et à la poésie que
les fictions de l'Antiquité ;
ce livre fit événement et donna le signal d'une sorte de
restauration religieuse.
L'auteur, remarqué par le Premier
Consul, fut choisi en 1803 pour accompagner le cardinal Fesch à
Rome
comme secrétaire d'ambassade; il venait d'être chargé
en 1804 de représenter la France près de la république
du Valais lorsqu'il connut l'exécution du duc d'Enghien : il s'empressa
de donner sa démission et ne cessa depuis de se montrer hostile
à l'Empire. Rendu aux lettres, Châteaubriand conçut
le projet d'une épopée chrétienne, où seraient
mis en présence le Paganisme expirant et la religion naissante;
il voulut visiter par lui-même les lieux où devait être
placé le théâtre de l'action, et parcourut dans ce
but la Grèce ,
l'Asie Mineure ,
la Palestine et l'Égypte
(1806). A son retour, il alla s'enfermer dans une modeste retraite, qu'il
appelait la Vallée-aux-Loups, à Auray, près de Sceaux,
et y composa les Martyrs ,
sorte d'épopée en prose, qui ne parut qu'en 1809 : ce beau
poème, qui est son chef-d'oeuvre, offre la plus heureuse application
des théories du Génie du christianisme.
Les notes que l'auteur avait recueillies
dans son voyage formèrent la matière de l'Itinéraire
de Paris à Jérusalem
(1811). La même année, Chateaubriand fut élu membre
de l'Académie française, à la place de M.-J.
Chénier; mais ayant, dans son projet de discours de réception,
sévèrement blâmé certains actes de la Révolution,
il ne lui fut pas permis de prendre possession de son siège, il
ne put siéger qu'après la Restauration. Châteaubriand
accueillit avec transport le retour des Bourbons : dès le 30 mars
1814 il avait publié contre le souverain déchu un virulent
pamphlet, De Buonaparte et des Bourbons, qui fut répandu
par milliers, et qui, au dire de Louis XVIII,
vaut à ce prince une armée. Nommé ambassadeur en Suède,
il n'avait pas encore quitté Paris quand Napoléon
revint en France (1815). Il accompagna Louis XVIII à Gand, devint
un des membres de son cabinet, lui adressa un célèbre Rapport
sur l'état de la France, et fut au retour nommé ministre
d'État et pair de France; mais ayant dans La monarchie selon
la Charte, attaqué l'ordonnance du 5 septembre 1810 qui dissolvait
la Chambre introuvable, il fut disgracié et perdit son poste de
ministre. Il se jeta dès lors dans, l'opposition ultra-royaliste
et devint l'un des principaux rédacteurs du Conservateur, le plus
puissant organe de ce parti. Le meurtre du duc de Berry (1820) le rapprocha
de la cour : il écrivit à cette occasion d'intéressants
Mémoires
sur la vie et la mort du duc.
Nommé la même année
ministre de France à Berlin, puis ambassadeur en Angleterre (1822),
il fut l'un des plénipotentiaires au congrès de Vérone,
et fit décider la guerre d'Espagne, malgré l'opposition de
l'Angleterre. A son retour, il reçut le portefeuille des affaires
étrangères; mais, n'ayant pu s'accorder avec M.
de Villèle chef du cabinet, il se vit brutalement congédié
(5 juin 1824). II rentra aussitôt dans l'opposition, mais pour s'unir
cette fois au parti libéral et combattit à outrance le ministère
Villèle, soit à la Chambre des Pairs, soit dans le Journal
des Débats, où il donna le signal de la défection:
il se montra à cette époque le zélé défenseur
de la liberté de la presse et de l'indépendance de la Grèce,
ce qui lui valut une grande popularité. A la chute de M. de Villèle,
il fut nommé ambassadeur à Rome (1828); mais il donna sa
démission à l'avènement du ministère Polignac.
Après la révolution de 1830,
il montra une fidélité chevaleresque à la cause de
la légitimité : il se retira des affaires, quitta même
la Chambre des Pairs et ne signala plus son existence politique que par
des critiques acerbes contre le nouveau gouvernement (De la Restauration
et de la Monarchie élective, 1831), par des voyages auprès
de la famille déchue, et par la publication d'un Mémoire
sur la captivité de la duchesse de Berry (1833), mémoire
au sujet duquel il fut poursuivi mais acquitté. Il avait donné
en 1831 des Études historiques (4 vol. in-8), résumé
d'histoire universelle où il voulait montrer le Christianisme réformant
la société; cet ouvrage devait être le frontispice
d'une histoire de France qu'il méditait depuis longtemps, mais qu'il
n'a pas exécutée. Ses dernières années furent
passées dans une profonde retraite; il ne quittait guère
sa demeure que pour aller à l'Abbaye-aux-Bois, chez Mme Récamier,
dont il fut l'ami constant et dont le salon réunissait l'élite
du monde littéraire. Il avait commencé dés 1811 des
mémoires sur sa propre vie; il les reprit et les continua presque
jusqu'à ses derniers moments ces mémoires, qu'il intitula
Mémoires
d'Outre-Tombe ,
ne devaient paraître qu'après sa mort; toutefois, pressé
par des besoins d'argent, qui l'assiégèrent toute sa vie,
il les céda dès 1836 à une société qui
lui assura un revenu convenable pour le reste de ses jours. Il mourut en
1848 à Paris; ses restes furent transportés à St-Malo,
et déposés, selon son venu, au rocher du Grand Bé,
îlot d'aspect romantique situé dans la rade de sa ville natale
il lui fut fait des obsèques magnifiques.
Châteaubriand est peut-être
le plus grand écrivain du XIXe siècle
et peut-être aussi le plus grand peintre de la nature qui ait existé
: il brille surtout par l'éclat, le coloris et le grandiose des
images, empreintes pour la plupart à une nature toute nouvelle;
chez lui le sentiment, noble ou tendre, est presque toujours mêlé
de mélancolie et d'amertume. On a relevé, surtout dans ses
premiers écrits, ces traces de mauvais goût, un style ampoulé,
des idées bizarres, des alliances de mots forcées; les sages
conseils de Fontanes parvinrent peu à peu à faire disparaître
ces imperfections. Par ses qualités comme par ses défauts,
Chateaubriand peut être considéré comme le père
du romantisme en France. Comme homme politique, sa conduite et ses écrits
semblent offrir de nombreuses contradictions; cependant, il fut toujours,
ou du moins il voulut être à la fois l'ami de la royauté
légitime et de la liberté, défendant alternativement
celle des deux qui lui semblait être en péril : "je suis,
a-t-il
dit lui-même, bourbonien par honneur, monarchiste par raison,
républicain par goût et par caractère." Aux avantages
de l'esprit, Châteaubriand joignait ceux de la personne : "le
génie était dans ses yeux, a dit un de ses panégyristes,
la grâce dans son sourire; la noblesse et la fermeté de son
âme se répandaient sur tous ses traits." Comme plusieurs
hommes célèbres il avait une vanité excessive, qui
éclate dans ses Mémoires.
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Denis
Tillinac, Sur
les pas de Chateaubriand, Presses de la Renaissance, 2009.
Éditions
anciennes - Outre de nombreuses éditions
de chacun des ouvrages séparés de Chateaubriand, il a été
fait plusieurs éditions de ses Oeuvres complètes;
les meilleures sont celles de Ladvocat, en 31
vol. in-8, Paris, 1826-31, revue par l'auteur même, qui y a joint
des éclaircissements et des notes critiques, et l'a enrichie de
quelques oeuvres inédites (les Abencerages, les Natchez, Moïse,
tragédie, des poésies diverses, des discours politiques);
et celle de Ch. Goselin, 35 vol. in-8, 1836-38 (on y trouve en plus le
Congrès
de Vérone, un Essai sur la littérature anglaise,
une traduction du Paradis perdu
de Milton). Chateaubriand n'a donné depuis
que la Vie de Rancé, 1844. Les Mémoires d'Outre-Tombe,
publiés d'abord dans le feuilleton de la Presse, ont été
édités en 12 vol. in-8 de 1849 à 1850.
Noailles,
son successeur à l'Académie y a fait son Éloge.
Marin et Ancelot ont écrit sa Vie,
Collombet Châteabriand, sa vie et ses écrits, Ste-Beuve,
Châteaubriand
et son groupe littéraire; Danilo, Châteaubriand et
ses critiques; Benoît, Étude sur Châteaubriand. |
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