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Le nom de tragi-comédie
a été suggéré aux modernes par Plaute,
qui, dans son Prologue d'Amphitryon ,
propose d'appeler sa pièce tragicocomaedia, à cause
des dieux et des rois qui y paraissent. La pièce latine, Ferdinand
sauvé, de C. et M. Verardi, jouée à Rome
en 1492, est appelée tragicocomaedia, à cause du dénouement
heureux. La Célestine ,
dans l'édition de 1500, est intitulée tragi-comédie,
quoique l'action et les personnages soient comiques : mais le dénouement
est funeste. Ce fut J.-B. Giraldi Cintio qui
fixa le sens du mot dans le théâtre
de la Renaissance .
Ayant fait une tragédie à dénouement heureux, Altile,
il offrit, si l'on estimait que la tragédie
devait finir mal, de la nommer tragi-comédie. Il y eut en effet
quelques tragi-comédies italiennes dans la seconde moitié
du XVIe siècle : mais l'espèce
ne se développa pas en Italie
et ne se distingua pas de la tragédie. Souvent le nom de tragédie
resta appliqué aux pièces à dénouement heureux
: tragedia de lieta fine, lisons-nous parfois. Les Italiens ne goûtèrent
vraiment la tragi-comédie que dans le cadre pastoral ( Guarini,
il Pastor fido ,
et les discussions auxquelles il donna lieu).
En France ,
la tragi-comédie connut un bien plus grand essor. Le nom fut introduit
par les traductions de la Célestine
(Galiot du Pré, s. d., impr. en 1527). On eut d'abord la «
tragi-comédie prise du livre de Daniel
», sur les trois enfants Sidrach, Misach et Abdenago, par Antoine
de La Croix (1561), puis une tragi-comédie perdue, tirée
du 3e livre de l'Arioste,
sur le sujet de Genèvre, qui fut jouée à Fontainebleau
en 1564, puis la Lucelle de Louis le Jars (1576), et un acte de
Mlle des Roches sur les noces du jeune Tobie (1579); enfin la Bradamante
de Garnier (1582). Le goût croissant du public pour les romans,
et sans doute aussi une certaine survivance de la tradition de l'ancien
théâtre des moralités
et mystères et autres histoires découpées
en scènes, assurèrent.à la tragi-comédie une
grande vogue dans la première moitié du XVIIe
siècle. On y introduisit de multiples péripéties,
une grande variété d'incidents, qui, naturellement, ne pouvaient
se conserver dans l'unité du temps ni dans celle de lieu. Tandis
que la tragédie puisait ses sujets
dans la légende et dans l'histoire, et se chargeait volontiers de
politique, la tragi-comédie exploita l'histoire anecdotique, les
nouvelles, les voyages, et s'emplit d'amour et d'aventure. L'une s'attacha
de préférence à l'Antiquité ,
l'autre aux sujets modernes (sans que cette distinction ait rien d'absolu).
La tragi-comédie devint la forme principale du drame irrégulier.
Hardy, dans les cinq volumes de son Théâtre qu'il imprima
(1624-1628), donne autant de place à la tragi-comédie qu'à
la tragédie.
Mais ce fut surtout lorsque le répertoire
espagnol fut connu en France, et qu'on en fit activement l'exploitation,
que la tragi-comédie parut réellement sur le point de remplacer
la tragédie (1628-1640). Mairet, Rotrou,
du Ryer, Scudéry, et beaucoup d'autres parurent préférer
cette forme de drame libre, romanesque, pleine
de mouvement et d'imprévu. Corneille
sembla les suivre, intitula son Cid ,
à cause du dénouement, tragi-comédie. Après
Horace (1640), grâce à Corneille, la tragédie
reprit faveur. La tragi-comédie était condamnée par
le triomphe des unités, qui entre 1630 et 1636 s'établirent
sur le théâtre français du moment que, par les unités,
la multiplicité des incidents, l'intrigue touffue et accidentée
du roman étaient bannies de la scène, la tragi-comédie
n'était plus rien qu'une tragédie de dénouement heureux.
Elle ne se distinguait plus assez de la tragédie, qui, chez Corneille
et à son exemple chez d'autres de ses contemporains, finit
souvent bien. On devait conclure à l'inutilité d'une dénomination
distincte : c'est ce que fera d'Aubignac dans
sa Pratique du Théâtre (l. II, ch. X). La tragi-comédie
disparaîtra donc vers le milieu du XVIIe
siècle, c.-à-d. qu'elle se confondra de nouveau dans la tragédie,
dont elle s'était un moment séparée.
(Gustave Lanson). |
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