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En France ,
comme dans l'ancienne Grèce ,
le théâtre eut pour origine
les cérémonies du culte. Au
Moyen âge ,
la religion était toute-puissante; le peuple, dominé par
une foi naïve mais sincère, ne trouvait nulle part d'émotion
plus douce qu'au pied des autels, de spectacle plus attrayant que celui
des cérémonies religieuses. Aussi l'Eglise,
qui avait lancé ses anathèmes contre le théâtre
païen, prit-elle à tâche de multiplier ses pieuses solennités
et d'étaler sous les yeux du peuple toutes les pompes de sa liturgie.
Le cycle liturgique ramenait chaque année, de saison en saison,
les pieuses représentations des Mystères,
du XIIe au XVe
siècle.
Les Mystères représentent
des scènes de l'Ancien Testament
et du Nouveau Testament .
1° Cycle de l'Ancien Testament
: Mystère d'Adam (XIIe
siècle);
2° Cycle du Nouveau Testament
: Mystère de la Conception; Mystère de la Passion (Arnoul
Gréban et Jean Michel);
3° Cycle des saints : les Actes
des Apôtres (Arnoul et Simon Gréban).
Les Confrères
de la Passion (1402-1548) avaient le privilège exclusif de jouer
les Mystères. Aux Mystères
se rattachent les Miracles : Miracle de Théophile par Rutebeuf;
- Les Jeux : Jeu de Saint-Nicolas par Jean Bodel
(XIIIe siècle); - les Miracles de
Notre-Dame
(XIVe siècle).
La comédie
prend naissance à partir du XVe
siècle, lors de la participation des laïques aux représentations
théâtrales. Deux autres associations rivales se formèrent
: les Enfants sans-souci et les Clercs
de la Basoche.
Les Clercs de la Basoche
organisent des Montres et jouent des Moralités
: Bien-Avisé et Mal-Avisé, - la Condamnation de Banquet
:
- des Farces : le Cuvier, le Franc Archer
de Bagnolet (Villon ?).
Les Enfants Sans-Souci jouent donnèrent
le nom de Sotties à leurs drames.
C'étaient pour la plupart des jeunes gens oisifs qui entreprirent
de corriger les sottises des hommes. La célèbre farce de
Maître
Pierre Pathelin
est le chef-d'oeuvre dramatique du Moyen-âge sous le rapport de la
régularité du plan, de la verve et de la conception.
Le théâtre religieux et le théâtre
comique du Moyen âge
ont eu une destinée toute différente. Entre les Mystères,
oeuvres sans art ni unité, mais originaux, populaires et nationaux,
et la Tragédie qui suivit, importation
de la Grèce
et de Rome ,
destinée à un public cultivé, et triplement verrouillée
dans son unité, il n'y a d'autre communauté que le matériel
de décors dont hérita l'Hôtel de Bourgogne .
La Farce au contraire, une fois née,
ne fut pas détrônée par la Comédie
antique. Faite d'observation amusée et amusante, elle répondait
trop bien au goût français pour disparaître. On la retrouve,
plus ou moins profonde ou bouffonne, à tous les âges du théâtre
en France .
Le
théâtre religieux
Les origines.
Le plus haut Moyen
âge
n'a pas ignoré le théâtre.
Si nous remontons jusqu'au IVe siècle,
nous trouvons une Clylemnestre imitée de Sénèque,
une Orestie; nous apprenons qu'Apollinaire, Basile, Grégoire,
prêtres chrétiens, écrivaient des tragédies
chrétiennes à peu près dans le goût d'Euripide.
Il y a eu un Christos Paschôn d'un nommé Grégoire,
qui était comme un centon de vers d'Euripide.
Au Ve
siècle, un symptôme d'un ordre tout différent et beaucoup
plus important nous apparaît; il y a certaines manifestations de
goût et d'esprit dramatique : aux funérailles de sainte Radegonde,
deux cents religieuses chantent une espèce d'élégie
autour de son cercueil, pendant que d'autres répondent, des fenêtres
du monastère, par des plaintes et des gestes de deuil. Or le même
fait est signalé pour d'autres funérailles illustres. Ce
sont là des ébauches de représentations dramatiques
qu'il faut au moins noter au passage, sans qu'on puisse dire ni savoir
si elles ont eu la moindre influence sur le développement du goût
dramatique qui eut lieu plus tard. Ce qui est très probable, c'est
que le drame populaire français du XIIIe
siècle a certainement été fortifié par les
beaux spectacles que l'Église donnait
dans l'enceinte de ses temples aux populations dès le Xe
siècle.
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La
Nativité,
miniature de Jean Bourdichon (Heures
d'Anne de Bretagne, Bibliothèque Nationale). - Comme l'a démontré
Émile Mâle (l'Art religieux à la fin du Moyen âge),
toutes les scènes religieuses représentées par les
miniaturistes du XVe siècle ont été jouées
avant d'être peintes. Le théâtre a fourni aux artistes
de groupements de personnages, des décors, des accessoires. C'est
ainsi que l'idée d'agenouiller la Vierge devant son fils nouveau-né
est prise aux Mystères. Le toit léger établi
par saint Joseph est un décor de théâtre. |
Le
drame liturgique.
Certains jours de fête,
le clergé ajoutait à l'office sacré une représentation
dialoguée qui mettait sous les yeux des fidèles les principaux
événements dont la solennité était la commémoration.
A Noël, par exemple, on montrait aux fidèles
la crèche, l'Enfant Jésus, la Vierge, l'ange
annonçant la Nativité aux bergers, qui venaient ensuite
adorer le Christ. C'est ce que l'on appelle le drame liturgique. Il avait
pour théâtre l'église,
pour acteurs les prêtres et les clercs, pour langue le latin.
Laïcisation
du drame.
Après ces débuts, qui datent
du commencement du XIe siècle, le
français fit au XIIe siècle
son apparition dans le drame, qui est joué
bientôt sur le parvis et par des laïcs. Le lien avec le lieu
de culte reste encore étroit. Au XIIIe
siècle nous voyons encore une Conversio Pauli en vers latins
de dix syllabes avec rimes, qui est évidemment un jeu d'église.
Ce qu'il faut dire avec plus de vraisemblance, c'est qu'au milieu environ
du XIIe siècle, à l'imitation
du drame liturgique, les pieux laïques se mirent, sur des tréteaux
en place publique, à représenter des épisodes et scènes
de l'histoire religieuse, et en français sans mélange de
latin (ou à peu près); et ceci, décidément,
c'était le théâtre français qui naissait.
La première
oeuvre de ce genre que nous connaissions est la Représentation
d'Adam (XIIe siècle). Elle fut
jouée sur un théâtre en plein vent, devant l'église
(les « rubriques » le prouvent). L'oeuvre, écrite
en français, était interrompue
de temps en temps par des textes liturgiques, en latin,
lus par un clerc, et dont le drame n'était que le développement.
Ce drame met en scène la chute du premier homme et le meurtre d'Abel,
suivis d'une procession des prophètes qui ont annoncé le
Christ.
Les Miracles.
Le théâtre, dans son progrès,
devenait de plus en plus profane. Les sujets, au XIIIe
et au XIVe siècles, ne sont plus
toujours empruntés aux livres saints, mais à la légende,
et l'humanité passe au premier plan. L'idée religieuse apparaît
dans l'intervention miraculeuse des saints ou
de la Vierge, d'où le nom de Miracles.
Les
Miracles du Xlle
siècle.
Du XIIIe siècle,
il ne nous reste que deux oeuvres du genre sérieux : le Jeu de
saint Nicolas et le Miracle de Théophile.
Le Jeu de saint Nicolas, de Jean
Bodel, représente dans sa première partie des chrétiens
luttant en Terre Sainte
contre les infidèles. La seconde partie se compose de scènes
de taverne assez vivantes: des voleurs qui se sont emparés d'un
trésor, confié à la garde de saint Nicolas, se décident
à le rendre lorsque le saint leur est apparu.
Le Miracle de Théophile,
de Rutebeuf, met en scène la légende,
si souvent traitée au Moyen âge ,
de Théophile, prêtre ambitieux qui se vend au diable, puis
se repent et, grâce à l'intercession de la Vierge, obtient
de recouvrer le billet par lequel il s'est livré.
Les
Miracles de Notre-Dame (XIVe
siècle).
Il est plus que vraisemblable qu'il y
a eu au XIVe siècle d'autres oeuvres
dramatiques que les Miracles de Notre-Dame.
Mais ce sont, sauf une exception, les seules que nous connaissions, grâce
à un manuscrit qui en contient environ
une quarantaine. Ces oeuvres semblent avoir formé le répertoire
d'un puy, confrérie littéraire et religieuse, consacrée
à la Vierge.
On aura une idée des sujets traités
par quelques titres placés au-dessous des miniatures
dont le texte est accompagné dans le manuscrit de la Bibliothèque
nationale-:
Ici
commence un miracle de Notre-Dame, comment un enfant ressuscita entre les
bras de sa mère que l'on voulait ardoir [ = brûler], parce
qu'elle l'avait noyé.
-
Un
Miracle de Notre-Dame.
Ici
commence un miracle de Notre-Dame, de saint Jehan le Paullu, ermite, qui,
par tentation d'ennemi, occit la fille d'un roi et la jeta en un puits
et depuis par sa penance
[
= pénitence] la ressuscita Notre-Dame.
Ces drames ont le caractère
commun de mettre en scène les pires misères humaines soulagées
et pardonnées par l'entremise miséricordieuse de la Vierge.
Grisélidis.
Nous avons encore du XIVe
siècle une pièce entièrement profane, c'est l'Histoire
de Grisélidis ,
sujet populaire au Moyen âge
:
Le marquis de Saluce épouse
une pauvre fille du nom de Grisélidis : pour éprouver son
amour, il exile les deux enfants qu'il a eus de son mariage avec elle,
la chasse et feint de prendre une autre femme jusqu'au jour où,
touché de la soumission de Grisélidis, il la reconnaît
pour sa vraie épouse :
Je
crois que sous le ciel n'est point
De
femme fidèle à ce point;
Ferme
et constante t'ai trouvée
Et
par ma faintise, ai éprouvée
Ta
bonne amour en mariaige.
Pour
ce, m'amour, t'embrasserai-je
Comme
ma seule et vraie épouse.
(Histoire
de Grisélidis, Ve partie, sc. IV.)
Les mystères
(XVe siècle).
Au XVe
siècle, grâce à la paix, le théâtre est
très en honneur. On appelle alors indifféremment toutes les
pièces sérieuses des mystères
(ou plutôt des mistères, de ministerium = office,
représentation).
Les
représentations.
Les représentations de mystères,
organisées par les villes, les grands seigneurs, les monastères,
ou par des confréries, étaient considérées
comme des oeuvres pieuses, destinées à édifier le
public et à appeler les bénédictions du ciel. Une
ville, une région entière interrompait quelquefois ses occupations
pour assister à ces spectacles qui duraient souvent plusieurs jours.
a) La scène. - La
scène, construite en vue de chaque représentation, figurait
à la fois tous les endroits où se déroulait la pièce.
Chaque partie du décor s'appelait mansion. Le décor
dans lequel fut jouée à Valenciennes ,
en 1547, la Passion et Résurrection de notre Sauveur et Rédempteur
Jésus-Christ nous montre d'un côté le Paradis
où Dieu trône avec ses anges,
de l'autre l'enfer, en forme de gueule de dragon,
d'où sortent des diables, chargés
de divertir les spectateurs. Dans l'intervalle sont représentés
sommairement les différents lieux de l'action. Il y a ici onze mansions;
le mystère de la Nativité joué à Rouen
en 1474 en exigeait vingt-deux.
b) Les acteurs. - Il n'y avait pas
d'acteurs de métier. Toutes les classes de la société
: clergé, bourgeoisie, écoliers (= étudiants), artisans,
fournissaient des acteurs volontaires. Chacun était chargé
de s'habiller; aussi les costumes, quelquefois très riches, n'avaient
aucune exactitude historique. Le Christ était
traditionnellement vêtu d'une robe; mais les autres personnages portaient
les vêtements du temps : Hérode,
le costume d'un roi de France, la Vierge,
le costume d'une religieuse, etc.
Des différentes confréries organisées
à Paris
et en province pour jouer des mystères,
la plus connue est celle des Confrères
de la Passion. La Confrérie reçoit du roi Charles
VI, le 4 décembre 1402, des lettres patentes qui lui confèrent
le privilège des mystères à Paris. Les Confrères
jouent tout- à tour à l'hôpital de la Trinité,
puis à partir de 1539, à l'hôtel de Flandre. En 1548
ils acquièrent une partie de l'hôtel de Bourgogne .
Les premiers, ils possèdent un théâtre fixe et donnent
des représentations régulières.
Le 17 novembre 1548 le Parlement leur interdit
de jouer les « mystères sacrés ». Ils jouent
alors jusqu'à la fin du siècle des pièces profanes,
puis cèdent leur salle à des comédiens de métier.
La Confrérie n'est supprimée qu'en 1676.
Les
sujets.
La Bible ,
les Testaments, les Actes des martyrs, les vies des saints,
tout fournissait des sujets aux auteurs des mystères. On a groupé
ces pièces en trois cycles :
a) Mystères du Vieux
Testament .
- Les uns se rapportent à l'Ancien Testament et un certain
nombre ont été réunis dans une vaste compilation intitulée
le Mystère du Vieux Testament.
b) Mystères du Nouveau Testament .
- D'autres ont pour personnage principal Jésus-Christ.
Les plus importants sont la Passion, d'Arnoul Gréban (1450),
la révision de la Passion de Gréban par Jean Michel
(1486) et les Actes des Apôtres par Arnoul et Simon Gréban
(1536).
c) Mystères des Saints. -
Nous avons enfin une quarantaine de mystères
dont les saints sont les héros. On petit rattacher à ce groupe
le Mystère du siège d'Orléans, oeuvre à
la fois religieuse et patriotique, qui célèbre la victoire
de Jeanne d'Arc.
Quant au Mystère de la destruction
de Troie, il est l'œuvre d'un étudiant et ne dut pas être
représenté; c'est la seule trace qui reste d'une influence
de l'Antiquité
non chrétienne.
Caractères
généraux.
L'ancien théâtre
français, par suite de ses origines et de sa formation, est essentiellement
original et populaire. Il est loin de la forte unité des drames
grecs qu'il ignore. Aucune règle n'arrête l'exubérance
des auteurs : la Passion d'Arnoul Gréban a 34.574 vers ;
les Actes des Apôtres en ont 61.968. Ils nous mènent
à la suite des disciples de Jésus
en Espagne ,
aux Indes, à Rome,
en Egypte .
Le Vieux Testament représente l'histoire d'Adam,
d'Abel, d'Abraham, de
Noé,
de Joseph. Il y a cent, deux cents, cinq cents
acteurs. Le sérieux et le comique sont constamment mélangés.
Jésus, Notre-Dame et les saints édifient les spectateurs,
que font rire les valets, les paysans, les bourreaux et surtout les diables
et les fous. On comprend que des oeuvres aussi touffues, qui ne sont guère
qu'une succession de tableaux aient dû être divisées
en journées comprenant chacune le nombre de vers que l'on
pouvait réciter par jour.
-
| Scènes
d'un Mystère de la Passion
(Valenciennes, 1547). - L'image représente deux scènes de
la même journée : le miracle de la multiplication des pains
et des poissons par Jésus-Christ et la décollation de saint
Jean-Baptiste, avec Salomé, Hérode dans le fond. Pour donner
l'illusion de la décapitation, on avait des trucs, une tête
« feinte » et un liquide rouge ressemblant à du sang.
Le peuple aimait beaucoup ces spectacles sanglants et voulait voir des
supplices aussi bien imités que possible. |
Quelques
belles scènes.
Si longues qu'elles soient, la plupart
sont des improvisations : Andrieu de la Vigne achève en cinq semaines
un Mystère de Saint-Martin qui compte 20.000 vers. Aussi
ne faut-il pas chercher dans les mystères
des effets artistiques. Tout au plus y a-t-il quelques rencontres heureuses
dans les scènes familières ou dans les scènes inspirées
par la foi, tel dans le Vrai Mistère de la Passion d'Arnoul
Gréban le dialogue où Jésus
affirme à Marie sa volonté d'accepter
toutes les douleurs d'une mort infamante, ou cette apostrophe de Judas
à l'Enfer au moment de se pendre :
Haute
tour de désespérance,
Bâtie
de corps de souffrance,
Fossovée
de pleurs piteux.
Bastillée
de cris haineux,
Dont
les salles, pour tout soulas,
Sont
peintes tout de las! hélas!
Attends-moi,
terrible manoir,
Attends-moi,
enfer, gouffre noir
De
l'éternité douloureuse!
Attends-moi,
chartre rigoureuse,
Fourneau
rouge de feu ardent,
Fosse
de serpents abondant,
Rivière
de puant bourbier,
En
toi mon deuil se veut noyer,
Et
s'abreuver à la mamelle
De
désespérance éternelle!
(lcy
se pend Judas.)
(VIe
tableau, Sc. III.)
Fin
des mystères.
Les mystères
furent interdits en plein succès par l'arrêt du Parlement
du 17 novembre 1548. Les protestants
signalèrent le mélange, dans les mystères, de parties
comiques et même licencieuses avec des scènes inspirées
des livres saints. Les catholiques désormais
furent pris de scrupules. On continua, en province, à jouer des
mystères jusqu'à la fin du XVIe
siècle, mais de moins en moins, et l'avènement de la tragédie
classique acheva de tuer notre ancien théâtre religieux.
Le
théâtre comique
Les origines.
Les origines du théâtre comique
restent encore obscures. Il semble qu'il ne se soit développé
qu'après le drame religieux et seulement vers le milieu du XIIIe
siècle.
Le
Jeu de la Feuillée (1262 environ).
Les deux plus anciennes pièces
comiques que nous ayons sont d'un trouvère
d'Arras,
Adam
de la Halle, et apparaissent comme isolées dans leur genre.
Le Jeu de la Feuillée
est un mélange de satire personnelle, de merveilleux et de tableaux
réalistes, à propos duquel on évoque le souvenir de
la comédie grecque d'Aristophane-
:
L'auteur s'y met en scène, lui et
les siens. Il commence par tourner en ridicule les habitants de la ville
d'Arras, qu'il est sur le point de quitter. Puis, la nuit venue, il nous
fait assister à l'apparition des trois fées Morgue, Magloire
et Arsite, précédées du chasseur
fantastique' Hellequin.
Enfin la pièce se termine par les propos des bourgeois qui boivent
et jouent aux dés, assis sous la feuillée.
Le
Jeu de Robin et de Marion.
Le Jeu de Robin et de Marion
est au contraire une idylle paysanne qui met
en scène les amours d'un couple villageois, contrariées par
la rivalité d'un chevalier. La pièce, simple et agréable,
est, comme un opéra comique, mêlée de chants dont l'auteur
avait lui-même composé la musique.
Voici le couplet naïf que Marion chante
au début de la pièce :
Robin
m'aime, Robin m'a.
Robin
m'a demandée, il m'aura.
Robin
m'acheta cotelle ( = petite cote).
D'écarlate
bonne et belle
Souquenille
et ceinturelle,
A
leur i va!
Robin
m'aime,
Robin m'a.
Robin
m'a demandée, il m'aura.
Le théâtre
comique au XVe siècle.
C'est du XVe
siècle, comme pour le drame sérieux, que date l'essor de
la comédie. Elle comprend alors trois
genres principaux : moralités, sotties
et farces.
Les
Moralités.
Le goût de l'allégorie,
auquel le Roman de la Rose
devra son succès, se retrouve au théâtre dans les moralités.
Toutes ont pour but de nous enseigner l'amour du bien et la haine du vice
par l'exemple de personnages allégoriques. Les Enfants de maintenant
font la leçon aux pères de famille qui gâtent leurs
fils. Bien avisé, mal avisé vont l'un au Paradis, l'autre
en Enfer.
Voici l'analyse de La Condamnation de
Banquet (1507) de Nicolas de la Chesnaye :
On voit Gourmandise, Friandise,
Bonne Compagnie, Passe-temps, Je bois à vous, Je pleige d'autant
(je vous fais raison), Accoutumance accepter trois invitations chez Dîner,
Souper et Banquet. Ils échappent aux maladies : Apoplexie; Paralysie,
Pleurésie, etc., qui les guettaient chez Dîner et Souper.
Mais ils y succombent chez Banquet, qui condamné à être
pendu est exécuté par Diète.
Ces pièces souvent ennuyeuses étaient
jouées par la Basoche, corporation des clercs de procureurs du Parlement
de Paris,
qui trois fois par an donnaient des grandes fêtes
suivies de représentations.
Les
sotties.
Les sotties
étaient des pièces satiriques où la folie humaine
était jouée par des acteurs vêtus d'une robe jaune
et verte et coiffés d'un chaperon à longues oreilles. Ces
acteurs appelés sots étaient les héritiers des anciens
célébrants de cette cérémonie bouffonne que
l'Eglise avait autrefois tolérée
et qu'on nommait la fête des Fous.
Les sots de Paris
s'appelaient les Enfants sans souci.
Grâce au privilège de la folie,
les sots avaient leur franc parler, même à la cour, et Louis
XII les écoutait volontiers. En échange ils lui rendaient
service, et, par exemple, le Jeu du Prince des sots (1512) de Pierre
Gringoire qui mettait en scène le roi sous le nom de Prince
des Sots, l'Eglise sous le nom de Mère
Sotte, le peuple sous le nom de Sotte commune, fut utile à Louis
XII dans sa lutte contre son adversaire, le pape Jules
II.
Les
Farces.
La farce,
après n'avoir été qu'un intermède comique dans
la représentation des mystères, conquit bientôt son
individualité. C'était une comédie bouffonne, qui,
comme le fabliau duquel elle se rapproche,
ne songe qu'à se gausser des maris benêts, des femmes coquettes
et rusées, etc., et cela sans prétentions didactiques.
a) Le Cuvier. - Une des
plus amusantes est celle du Cuvier :
La femme de Jacquinot a imposé
à son mari une liste (un rollet) de tout ce qu'il devra faire dans
le ménage, sous peine d'être battu. Or, la femme, un jour,
en faisant la lessive tombe dans le cuvier. Le mari, consultant son rollet,
n' y trouve rien qui l'oblige à secourir sa femme. Elle supplie,
elle demande grâce. Jacquinot la tire du cuvier, mais le rollet est
déschiré.
La naïveté narquoise du mari
qui prend sa revanche est rendue d'une manière amusante :
LA
FEMME (dans le cuvier). - Mon bon mari, sauvez ma vie. Je suis jà
toute évanouie ; Baillez la main un tantinet.
LE
MARI. - Cela n'est point à mon rollet.
b) L'avocat Pathelin. - Mais la farce
de l'avocat Pathelin (ou Patelin). dont on ignore la date
exacte et l'auteur, est la plus justement célèbre :
Pierre Pathelin, avocat sans scrupules
et sans clients, après s'être fait remettre par Guillaume
Jouaume six aunes de drap, contrefait si bien le délire de la fièvre,
que le drapier, venu pour présenter sa note, se retire persuadé
qu'il n'a pu voir une heure auparavant bien portant dans sa boutique un
homme aussi malade. Mais quelle surprise quand, plaidant l'instant d'après
contre son berger Thibaut l'Aigrelet, Guillaume le trouve défendu
par le même Pathelin! Dans son trouble il mêle la question
des moutons et celle du drap volé. Le juqe est ahuri d'une cause
si étrange, surtout quand, à toutes les questions, l'Aignelet,
sur les conseils de Pathelin, ne répond que par un bêlement,
et il acquitte. Pathelin triomphe; seulement quand il veut se faire payer
à son tour, il n'obtient de son client trop docile qu'un «
Bêe! »
C'est, comme on le voit, un vaudeville
assez adroitement construit, avec
des quiproquos amusants, et la situation
toujours drôle du trompeur trompé.
Mais on y trouve mieux qu'un agencement
ingénieux : il y a une esquisse des caractères. Guillaume
est méfiant, mais vulnérable par la flatterie. L'Aignelet
est balourd, mais madré comme un paysan. Pathelin est retors, prêt
à tout, et cependant pris au dépourvu quand on lui emprunte
ses armes. Le comique naît pour beaucoup de la vérité
des caractères. C'est pourquoi le succès de Pathelin a été
durable. Aujourd'hui encore il vit dans la langue par les mots patelin,
patelinage,
et par le dicton : « Revenons à nos moutons. »
Frontispice
de Pathelin.
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Pathelin
et Guillemette, sa femme.
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