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Encyclopédie
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La littérature française au XVIe siècle La Renaissance des lettres |
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le XVIe siècle, par l'affranchissement
des idées, en brisant le moule étroit qui enserra les intelligences
au XVe, fut comme le précurseur,
comme l'avant-garde du XVIIIe siècle.
Les deux grands facteurs de cet affranchissement de la pensée furent
la Renaissance La poésie.
Maître Clément, d'une conduite si peu sage et d'un goût si prudent, ne fit qu'une entreprise au-dessus de ses forces, les Psaumes ; et encore ne peut-on pas dire que son goût et son oreille se soient trompés, puisque ses strophes étaient soutenues et portées par la musique. Ronsard qui le suivit, par une autre méthode. Réglant tout, brouilla tout, fut un art à la mode. L'auteur de l'Art poétique, implacable dans les vers suivants, n'a été que juste dans ceux-ci : les sévérités qui succèdent n'ont aucun contrepoids, et il en résulterait que Ronsard n'est qu'un pédant fastueux et ridicule; mais on ne pouvait mieux dire que ne font les deux premiers vers, et j'y reconnais le grand critique. Dans Ronsard, ce n'est pas le poète qui est mauvais, mais la méthode; faire des réserves en faveur du poète, pour être équitable, mais dire en quoi la méthode est mauvaise, détestable, pour être vrai, voilà, si je ne me trompe, la ligne à suivre. Après Marot,
un vrai poète ne pouvait songer à s'arrêter; car le
bon goût de Mellin de Saint-Gelais n'est que timidité ingénieuse
et pauvreté correcte. Les merveilles des arts, les modèles
de Rome L'art est long et la vie est courte,
disaient les Anciens : Ronsard et les siens voulurent tout créer
à la fois, ode, épopée,
élégie,
théâtre,
langue poétique; ils voulurent faire tenir tout l'art dans une seule
vie. Mais on n'improvise pas une littérature,
de même qu'on ne fait pas du jour au lendemain sa fortune, sans richesses
d'emprunt, sans biens mal acquis. Les réformateurs de la poésie
française poussèrent leurs emprunts jusqu'à la puérilité.
C'étaient des enfants qui plantaient dans le sol français
toutes sortes de branches fleuries sans racines, et qui battaient des mains
à leur jardin venu par enchantement. Le poète vaut beaucoup
mieux que la méthode; et s'il a survécu dans quelques strophes,
dans quelques belles pages satiriques, et surtout dans les sonnets et les
chansons. Ce qui manque à Ronsard, c'est la mesure. II en a manqué
dans sa Franciade En revanche, la langue de Marot et de Villon, qui hurle sous sa plume quand il la force de pindariser, il la sait parler admirablement quand il le veut. Entre eux et lui, on ne sent plus alors d'autre différence que le bénéfice du temps, un idiome plus riche, un rythme plus plein et plus sonore. Tout le monde accorde que nous devons à Ronsard d'excellents sonnets, tels que : Quand vous serez bien vieille; des chansons gracieuses, parfaites de tous points : Mignonne, allons voir si la rose...; de beaux morceaux descriptifs : la Forêt de Gastine, dans l'élégie 30e. On ne lui refuse pas le mérite d'avoir manié l'alexandrin avec supériorité dans sa Réponse à quelque ministre. Sa gloire lyrique est litigieuse : a-t-il des strophes entières? N'importe; de temps en temps un bonheur d'expression, un coup d'aile, plus d'un vers qui lui a été dérobé sans rien dire, le classent parmi les esprits qui osent et qui inventent. Il avait tout à créer dans l'ode : le premier il a employé le mot et donné une idée de la chose; le premier de nos poètes, il a parlé de sa lyre. Sa gloire épique est un paradoxe : lui-même a dû le pressentir. Je dirai plus : non-seulement il n'a pas donné l'épopée, mais par l'exemple de sa chute il a peut-être empêché d'en avoir. Joachim Du Bellay, plus novateur en théorie qu'en pratique, publia le manifeste de la nouvelle école, Défense et illustration de la langue françoise, en 1549. En exposant la méthode de Ronsard, nous n'avons fait en quelque sorte que nous souvenir de ce livre. On peut différer d'opinion sur l'entreprise des réformateurs, mais il faut de toute nécessité avouer que les principes du disciple et du maître sont identiques. Le manifeste de Du Bellay est guerrier, révolutionnaire, non seulement contre le latin, mais contre la langue de Jehan de Meung, de Villon et de Marot. Ici, comme plus haut, il est juste de distinguer le poète de son drapeau; et lui-même nous en fournit le moyen, quand il recommande d'innover principalement en un long poème. Du Bellay, qui mourut jeune, n'a jamais tenté l'entreprise : ses Regrets et ses Antiquités de Rome se composent de sonnets qui, parmi ses contemporains amoureux de Rome et d'Athènes, lui valurent le surnom d'Ovide. Dans ses Jettes rustiques, le Vanneur, petit chef-d'oeuvre de légèreté, prouverait à lui seul que Du Bellay avait le sentiment de la perfection. La pléiade est une constellation de sept poètes dont l'éclat se perdit dans les rayons de l'astre principal. Ce fut une école où les amitiés, les intérêts, la communauté d'opinions politiques et religieuses, ne jouèrent pas un moindre rôle que les doctrines littéraires. A dire la vrai, Ronsard fut le maître reconnu de tout son siècle, et ses disciples les plus outrés se trouvèrent peut être chez ses ennemis. Guillaume Salluste, seigneur Du Bartas, son jeune rival, se montra, pour le dépasser, plus Ronsardiste que Ronsard ; il recueillit de sa Semaine, ou la Genèse mise en vers de la nouvelle école, une grande gloire littéraire parmi les protestants. Le XVIe
siècle, pacifié dans les lettres comme ailleurs sous Henri
IV, parvint à sa fin avec cette illusion que "la poésie
était montée su plus haut degré où elle serait
jamais" (Montaigne). A peine si quelques esprits
libres ou mécontents cherchaient encore. Malherbe
lisait et raturait Ronsard. Agrippa
d'Aubigné, poète historien et soldat, continuait la guerre
protestante avec la plume, et répandait avec le goût du temps,
c.-à-d. sans frein et sans mesure, la colère et l'ironie
dans les vers quelquefois admirables de ses Tragiques, ou dans la
prose diffuse, mais souvent spirituelle ou éloquente, des Aventures
de Foeneste, de l'Histoire universelle, et des Mémoires.
Mais tout le monde s'en tenait à Ronsard; la gloire acquise semblait
suffire, et l'on avait Desportes et Bertaut
seulement pour fournir la cour de sonnets
et de chansons nouvelles à la manière
de l'Italie La prose.
Le second orateur du XVIe siècle en date comme en mérite, est le chancelier Michel L'Hôpital, le plus noble type de cette magistrature qui conserva comme un patrimoine d'héroïsme et de dignité dans les troubles civils, et aboutit à Daguesseau, un peu affaiblie du côté du courage, mais sans rien perdre du côté de la vertu et du talent. L'Hôpital éleva la voix dans un de ces temps où les sages ne sont pas écoutés; il dut prêcher la modération quand il n'y avait place que pour les arguments de la force, quand on faisait pendre et brancher ses adversaires en guise de réfutation, quand la parole était à des orateurs capitaines, tels que ce terrible Montluc, un prosateur de ce siècle qui a écrit ses Mémoires avec la pointe sanglante de son épée. Un orateur ne vit que par les passions : L'Hôpital a quantité de mots heureux, quelquefois même sublimes, qui sont le jugement et la condamnation de ses contemporains; ce sont les cris de l'âme d'un honnête homme : il n'a guère de pages éloquentes. Au reste, la modération de ses principes s'étend à son style et à sa langue; il s'arrête entre la simplicité de Calvin et la richesse de Montaigne, et fait une juste place aux mots latins dans sa phrase, comme il en faisait une dans l'État aux Huguenots. La prose d'Amyot, de Rabelais et de Montaigne rivalise au contraire avec la nouvelle école; elle aussi a "la bride sur le cou "; elle aussi est érudite; mais elle passe par les mains de deux hommes de génie, et elle porte l'érudition légèrement. Jacques Amyot ne
doit pas être jugé comme traducteur : c'est une question de
décider s'il savait réellement le grec. Les langues
de l'Europe " Plutarque, me soubrit toujours d'une nouvelle frescheur. - L'aymer c'est m'aymer; " ajoute-t-il par une spirituelle galanterie à l'adresse de Gabrielle d'Estrées, " car il a esté longtemps l'instituteur de mon bas aage. "Rien ne pourrait mieux exprimer l'agréable empire et la popularité du traducteur. Il a été l'instituteur non pas seulement de Henri IV, ni des princes de Valois pour lesquels il a écrit, mais de tout un siècle. Son livre fut un cours d'histoire et de morale à l'usage du monde: on s'aperçut même plus tard qu'il y avait là un cours entier de bonne langue française. Quel que soit le cynisme de Rabelais, l'esprit gaulois, pour ainsi dire, tout entier est en lui : tout ce qu'il y a de gaulois dans les conteurs des siècles suivants, dans les poètes, dans le théâtre, procède de lui. La Fontaine est son disciple le plus fidèle et le plus reconnaissant. Racine et Beaumarchais l'ont mis à contribution. Mme de Sévigné elle-même trouve moyen de concilier un souvenir de Rabelais avec une lecture de Nicole. Rabelais a trouvé des critiques sévères, méprisants même; pourtant, il n'a jamais cessé d'être populaire. II déplaît à deux sortes d'esprits. Les uns ne lui pardonnent pas d'avoir à plaisir trempé sa plume dans l'impureté d'en avoir souillé la gaîté française : non seulement il est obscène, mais par son tour d'esprit positif et goguenard il met en fuite tout idéal, toute élévation d'âme et de coeur. Les autres seraient plus indulgents s'ils n'étaient dégoûtés d'abord de sa grossiéreté : ils sont choqués de cette verve et de cette culture latine et grecque qui débordent sans se pénétrer et s'amalgamer. Rabelais peut être par moments
le mets des plus délicats, comme le dit La
Bruyère, mais il manque absolument de délicatesse. Il
plaît trop à d'autres qui tombent dans un excès opposé.
Ils grandissent Rabelais outre mesure : c'est un Homère
gaulois; Gargantua et Pantagruel Ces exagérations après coup s'éloignent toutes plus ou moins du vrai et solide jugement porté sur Rabelais par ses contemporains. Ils n'ont vu (ils avaient raison) dans son livre qu'une peinture satirique de la société du temps, politique, religieuse, aristocratique, bourgeoise; peinture énergique et toute mêlée d'audaces grossières, mais sans parti pris. Le parti pris, au contraire, se voit clairement dans La Boétie, l'ami de Montaigne, auteur du Contr'un ou de la Servitude volontaire, déclamateur avec talent, mais trop radical. L'absence du parti pris est une moitié du succès de Rabelais. De là vient aussi qu'il a cru à son oeuvre comme artiste, à ses créations de Panurge, de Picrochole, de Dindenaut, de frère Jean des Entomeures, de tant d'autres auxquelles il nous fait croire, et qui vivent dans notre imagination; de là vient qu'il est, quand il le veut, un des plus grands narrateurs. Le XVIe siècle se clôt sur un écrivain hors du commun dont la plume est presque sans rivale parmi les moralistes français. Il y avait eu déjà des auteurs excellents : Montaigne commence la série des grands écrivains. II parle de lui-même dans tout son livre des Essais; il professe le doute, c'est le moins sûr des guides; et pourtant il n'est pas d'auteur plus aimé. II parle de lui-même : « Sot projet », dit Pascal; « aimable projet », dit Voltaire. Quelle que soit l'opinion du lecteur sur ce point, il y a deux choses qu'il ne sera pas tenté de nier ; l'une, que la vanité de Montaigne trouve également son compte à dire le mal et le bien sur sa personne; l'autre, que sa vanité, sans calcul comme sans fausse modestie, est la plus sociable du monde. II professe le doute, mais il oublie si souvent sa profession! Montaigne est bien autre chose en vérité qu'un philosophie. Il pare de toute chose et touche à tout sans rester, sans peser, comme un excellent causeur, comme un maître en « cet art de conférer », qui plaisait tant à Pascal lui-même. Ou bien s'il s'arrête à une question, il la « pince jusqu'à l'os », il pénètre jusqu'à la moelle. Mais le plus souvent il glisse, il court, comme dans ce chapitre des Coches, où vous vous embarquez avec lui sans savoir où vous arriverez, mais bien certain de parcourir toutes sortes de paysages divers et animés qui ne vous sortiront jamais de la mémoire. II sépare la religion de la morale ou prudhommie, comme on disait alors, ce que nous devons croire de ce que nous devons pratiquer. Et bien qu'il semble réduire en poudre la raison humaine et la philosophie, ce scepticisme ne profite nullement à la foi. La nature seule, la nature qui est le dernier mot de Montaigne, demeure debout. D'ailleurs, ce mot explique son talent et son style, comme son goût et sa morale. Il a voulu, ce sont ses propres paroles, naturaliser l'art autant que les autres artialisent la nature. Et c'est du sein de la nature, comme d'un inépuisable réservoir, qu'il tire tant d'expressions vivantes, tant de mots colorés qui font voir des yeux son idée et toucher de la main sa pensée. Calvin, Amyot,
Rabelais,
Montaigne, voilà les points culminants
de la langue comme de l'éloquence française au XVIe
siècle. Au-dessous l'on trouverait le méthodique Charron,
l'auteur de la Sagesse, qui se croyait l'héritier de Montaigne,
et fut sans le vouloir le patriarche de nos esprits forts; le prolixe
et amusant Brantôme, gaulois surtout par
la licence, mais portant la marque visible de la double influence italienne
et espagnole; les prédicateurs
de la Ligue, enfants de Paris |
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