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Les
musiques
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difficile de donner une exacte définition d'un ensemble complexe
de phénomènes que l'usage a réunis sous le terme commun
de musique C'est l'art de combiner les sons d'une manière agréable à l'oreille, disait-on volontiers autrefois. Sans doute mais qui a jamais pu soutenir qu'elle dût borner là son ambition? Qui se flattera d'ailleurs de déterminer ce qui est vraiment agréable à l'oreille? Certaines combinaisons sonores, certains timbres, certains accords qui, considérés isolement, produiraient sur nos sens une impression dure et fâcheuse, ne sont-ils pas employés, avec avantage, en maints endroits d'oeuvres jugées admirables? Dira-t-on plutôt que c'est l'art d'émouvoir par des combinaisons de sons? Cette définition ne sera pas plus complète et, comme l'autre, ne présente qu'un des divers cités par où il convient d'envisager la question. Aussi, sans nous préoccuper plus longtemps de déterminer tout ce que renferme ce mot par une formule unique, efforçons-nous de montrer plutôt toute la complexité du sujet. Ces différentes faces du problème éclaircies, le lecteur pourra peut-être essayer une synthèse et se faire, tout au moins, une idée nette des multiples phénomènes que comprend un terme que l'usage lui rendit familier. Écartons d'abord toute ambiguïté.
Ce que nous appelons musique La hauteur dépendant du nombre des vibrations, l'intensité dérivant de l'amplitude de ces mêmes vibrations, ou le timbre résultat de la perception plus ou moins inconsciente des harmoniques accompagnantes, différencient entre eux les sons isolés. Les agglomérations connues sous le nom d'accords, en outre, nous impressionnent plus ou moins agréablement selon les rapports numériques des sons simples qui les composent. Toutefois, aucune loi précise ne permet de déterminer à l'avance l'effet produit, sur notre oreille, par tel ou tel son ou tel ou tel accord. Il n'est pas douteux que l'habitude et l'éducation ne nous influencent fortement; l'usage a tellement émoussé à cet égard notre sensibilité, que l'on peut, d'une façon générale, considérer comme indifférentes les sensations produites par les sons musicaux, même par les accords, dans le plus grand nombre de cas, quand ils se présentent isolés. Si l'on examine maintenant une suite de
sons, simples ou superposés, entendus successivement, le phénomène
se complique. La mélodie, c'est-à-dire l'effet musical produit
par les sons formulés en phrases plus ou moins symétriques,
l'harmonie, résultat des différents groupes de sons successifs
entendus simultanément, le rythme, division symétrique du
temps par les sons, agiront tour à tour sur notre sensibilité.
Ce sont là les modes d'action propres à la musique La musique La musique « ils ont tous rapport à un objet réel, tandis que la musique s'adresse directement à nous sans nous représenter aucune chose particulière ».Ils sont, bien moins que la musique Si l'art musical est vraiment plus que
tous les autres une pure création de l'homme, on serait a priori
amené à penser que ce caractère artificiel peut diminuer
en quelque chose la force et la puissance de son action. Il n'en est rien
cependant, et la musique Un son produit sur notre oreille une sensation
bien plus forte qu'une simple ligne isolée sur notre oeil; une mélodie,
un groupe d'accords impressionnent plus vivement notre sensibilité
qu'un objet quelconque soumis à nos regards. Nos organes sensoriels
ou visuels, par cela même qu'ils sont continuellement affectés,
sont devenus moins délicats. Il n'en est pas de même de l'oreille
: si nos yeux contemplent continuellement des spectacles qui, reproduits
artificiellement, pourraient sans grands changements constituer un tableau,
notre oreille ne perçoit que rarement des sons qui, par leur caractère
musical et leur intensité, soient susceptibles d'entrer dans un
ensemble artistique. Ajoutons, en outre, qu'il n'est pas de musique Aussi n'est-il pas surprenant que la musique Cette question, infiniment plus obscure,
est plus difficile a trancher. Tant que la musique Quelle loi, mystérieuse encore,
permet d'affirmer ce rapport certain entre une mélodie et une émotion?
En un mot, dans quelle mesure est-il possible de faire de la musique Ces explications sont raisonnables en somme,
mais combien insuffisantes! Peut-être la musique Nous devons constater encore, dans cet
ordre d'idées, son impuissance à traduire les circonstances
contingentes et accidentelles qui tiennent aux côtés extérieurs
de l'action humaine. Autant l'art musical est à l'aise pour atteindre
le fond inconscient de nos idées ou de nos émotions, ou mieux,
pour nous le suggérer, autant il agit facilement sur notre âme,
même sans intermédiaires sensibles, autant il répugne
à exprimer des rapports se terminant à des formes visibles
ou tangibles, et Schopenhauer n'a pas tort de définir la musique Si, laissant de coté la musique conçue comme langue expressive, nous l'envisageons au point de vue purement formel, nous nous ferons plus aisément une idée de la beauté qui peut lui appartenir en propre. Déterminée par ses éléments, elle résultera toute de l'emploi des formes sonores et de leurs combinaisons. Sans doute, l'usage et l'habitude joueront là un grand rôle. On pourra cependant chercher un criterium sûr dans l'emploi raisonné et rationnel des proportions les plus simples et les plus harmonieuses, soit dans le rapport des sons entre eux, soit dans l'exacte mesure des diverses parties de l'ensemble, conçues de telle sorte que la variété la plus grande de chacune n'altère en rien l'unité de l'ouvrage. Toutefois, si cette critique transcendante est à la rigueur possible, il faut reconnaître que son application sera souvent difficile. En somme, il s'agira toujours de comparer une oeuvre à d'autres oeuvres de même nature et de même époque (en prenant ce mot dans un sens assez large) et non pas de la mettre en regard de toutes les formes de l'art des sons, ayant historiquement existé ou conçues seulement comme possibles. C'est donc surtout au sentiment, éclairé par une forte culture artistique, s'attachant à l'oeuvre elle-même par une étude consciente et intelligente, la suivant dans ses détails et l'embrassant dans sa totalité, qu'il appartiendra raisonnablement de conclure en dernier ressort. (H. Quittard). |
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© Serge Jodra, 2004. - Reproduction interdite.