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Sous
le terme de genre épistolaire, on comprend les diverses lettres
missives (en latin epistola; du grec epistolè, envoi,
message) qui peuvent être écrites par une personne à
une autre, et qui ont le plus souvent pour sujet quelque événement
réel de la vie ordinaire. Il y a des lettres de compliments, de
félicitation, de consolation, de condoléances, d'excuse,
de justification, de demande, de réclamation, de remerciements,
d'offres, de refus, de conseils, de reproches, de plaintes; d'autres qui
traitent d'affaires d'intérêt ou de coeur; d'autres de simple
politesse, d'envoi, d'invitation, etc. Enfin une lettre peut annoncer aussi
une nouvelle politique ou militaire, pourvu qu'elle intéresse particulièrement
la personne à qui on s'adresse.
Si le genre épistolaire comprend
donc les ouvrages de toute nature, composés sous forme de lettres,
il faut pourtant mettre à part certaines espèces de lettres
dont l'intérêt est pour ainsi dire, extra-épistolaire;
notamment, les lettres en forme de roman (Clarisse
Harlowe ,
la
Nouvelle Héloïse, Delphine, Obermann, etc.),
ou de traités (Lettres à Lucilius
de Sénèque,
Lettre sur les occupations
de l'Académie de Fénelon,
Lettre
sur les spectacles, de Rousseau , etc.),
ou de pamphlets (les
Provinciales, les Lettres de P.-L. Courier,
etc.).
Quel que soit le
sujet de la lettre, elle n'est toujours qu'une conversation écrite;
le genre épistolaire se rapproche, par conséquent du ton
de la conversation, moins les négligences et les incorrections qui
échappent souvent à la rapidité de la parole. Mais
le soin donné aux tours et aux expressions ne doit rien ôter
à une lettre de cet air d'aisance et d'abandon qui en fait le caractère
essentiel, même lorsque le sujet qu'elle traite est grave et important.
Elle ne doit rien avoir de désordonné; mais il ne faut pas
qu'on y voie une méthode, une régularité étudiée;
il faut éviter avec soin les phrases longues, cadencées,
périodiques, les figures que l'usage n'a pas rendues simples et
naturelles. Quel que soit l'objet de la lettre, on doit se garder d'être
long, attaquer son sujet dès le début, sans aucun de ces
préambules qui trahissent l'embarras de celui qui écrit la
lettre et impatientent la personne qui la lit. Si, cependant, on est obligé
de commencer sa lettre avec de certaines précautions, de certains
ménagements pour la personne à qui on écrit; si, s'adressant
à un inconnu, on est obligé de se faire connaître,
de lui expliquer les circonstances par lesquelles on est amené à
lui écrire, que ce préambule soit bref et précis.
Les lettres qui n'ont
pour objet que l'épanchement des sentiments affectueux ne sont pas
soumises à cette règle de la brièveté : leur
principal mérite est dans l'abandon et la naïveté. Dans
toute espèce de lettre, il faut attacher la plus scrupuleuse attention
à la clarté et à la netteté des termes : la
plus légère équivoque, la méprise la plus insignifiante
en apparence, peuvent avoir les conséquences les plus fâcheuses.
Le style
et le ton d'une lettre doivent être appropriés à ce
qui en fait le sujet, et au caractère, à la situation, à
la qualité de la personne à qui on écrit; il faut
bien sentir qui l'on est et quel est celui à qui l'on s'adresse
en un mot, une lettre, quel que soit le degré de talent de celui
qui l'écrit, sera toujours bien faite dès que les règles
de la convenance y seront observées; tout est là. Bien qu'il
ne soit guère possible de donner des règles précises,
on peut, pour les lettres familières, dire, avec Joubert,
que
"le
vrai caractère du style épistolaire est l'enjouement et l'urbanité."
Considérons surtout la lettre familière,
qui doit sa naissance au besoin de sociabilité humaine et à
la nécessité où l'on se trouve, à cause des
absences, d'écrire ce que l'on ne peut pas dire. Ainsi entendue,
la lettre apparaît (c'est ce qui en fait le charme) comme la sincère
expression de la personne qui l'écrit. Les trois chefs-d'oeuvre
de la littérature épistolaire sont la correspondance de Cicéron,
celle de Mme de Sévigné et celle
de Voltaire : la première, attique par
la forme, et si profondément attachante à cause des grands
intérêts politiques qui s'y trouvent mêlés; la
seconde, si vive, si savoureuse; la troisième, immense (plus de
neuf mille lettres), merveilleusement souple et variée, ouverte
à toutes les idées, à tous les goûts, à
toutes les passions, non seulement d'un homme, mais d'un siècle.
A côté de ces trois recueils, combien on en pourrait citer
d'autres! Quantité d'écrivains ont laissé des lettres
: Fontenelle, Mirabeau,
Joubert,
Joseph
de Maistre,
Jacquemont, etc. Mentionnons
encore celles de Pline le Jeune, d'un esprit un
peu apprêté; celles de J.-L de Balzac,
trop éloquentes; celles de Voiture, trop
précieuses; celles de Gui Patin, bourgeoises; de Mme
de Maintenon, sérieuses et insinuantes; de Mlle de Lespinasse,
sentimentales; etc.
En fait, le genre épistolaire a
joui a certaines époques d'une grande vogue, à d'autres il
s'est effacé. A certains moments, on a bien à faire à
de vraies lettres, à d'autres la lettre n'est plus qu'un artifice
d'expression. Il ne semble pas que les Anciens
aient eu autant de goût que les modernes pour cette littérature
spéciale. Cependant, sans parler des lettres apocryphes publiées
au XVIIe siècle et attribuées
à Socrate, Diogène,
Pythagore,
etc., on a déjà dit qu'existent les recueils intéressants
de Cicéron, de Sénèque
et de Pline, où l'on trouve de nombreux
renseignements sur les moeurs et l'histoire de leur époque.
Au Moyen âge
les lettres prennent volontiers la forme de traités et de sermons.
Les lettres qui ont été conservées du temps de la
Renaissance
font partie de l'histoire littéraire du temps : on pourrait assez
exactement les comparer aux articles de journaux; les lettres de l'Arétin,
celles d'Erasme, celles des papes, celles de Grotius,
etc., ont en grande partie ce caractère. Les lettres ne sont devenues
tout à fait un genre littéraire que depuis Mme
de Sévigné. L'échange des idées littéraires,
philosophiques, scientifiques, se faisait souvent par lettres aux XVIIe
et XVIIIe siècles sous une forme
familière et courante (Correspondance de Voltaire,
Lettres
Persanes
de Montesquieu, par exemple); c'est ce qui
donne aux correspondances de cette époque tant de charme et tant
d'intérêt. Au XIXe siècle,
on peut sans doute encore citer les Lettres de Joseph
de Maistre, de Mérimée (Lettres
à une inconnue ),
de Flaubert. Mais la presse, les journaux ont
tué la correspondance. Malgré tout le prix que l'on attache
aux lettres d'un grand personnage publiées après sa mort,
on les trouve rarement dignes d'être conservées. On n'y cherche
plus que des renseignements historiques ou biographiques. Cela tient à
ce qu'à partir de cette époque l'on n'écrit plus beaucoup
pour le public : comme genre littéraire, les lettres n'existent
pratiquement plus. (Ph. B. / P. / NLI).
On trouvera dans ce site de brèves
notices sur les ouvrages suivants, qui se présentent dans leur titre
comme des Lettres :
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