Les gens

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Joinville (Jean, sire de), chroniqueur français, né vers 1224, peut-être le 25 décembre 1222), mort entre juillet 1317 et juin 1318, sans doute le 24 décembre 1317. Appartenant à une famille qui occupait le premier rang à la cour de Champagne et possédait la charge de sénéchal, il passa vraisemblablement plusieurs années de son enfance auprès du comte Thibaut dont il était écuyer tranchant en 1241. En 1248, il s'embarqua pour la croisade, ayant dû mettre en gage une grande partie de ses terres et emmenant 9 chevaliers et environ 700 hommes, demeura neuf mois à Chypre, aborda en Égypte en mai ou juin 1249, fut le compagnon de captivité du roi, et, après avoir séjourné à Acre, Césarée, Jaffa et Sidon, revint en France en 1254. Il n'avait joué en résumé qu'un rôle assez modeste, mais il était devenu à ce point l'ami de saint Louis, sous la suzeraineté duquel il était entré en 1253, que les frères du roi, à leur départ de Terre sainte, lui avaient recommandé ce prince, resté sur son conseil. 

Partageant dès lors son temps entre la Champagne où il présidait les grands jours de Troyes et la cour de France où saint Louis n'hésitait pas à le faire asseoir auprès de lui et écoutait ses avis et même ses remontrances, il refusa cependant de prendre part à la croisade de 1270. Il déposa en 1282 dans l'enquête qui précéda la canonisation du roi. Chargé par Philippe III d'administrer la Champagne pendant la minorité de Jeanne de Navarre, il vit sa situation augmentée par le mariage de cette comtesse avec Philippe le Bel, qui lui confia d'importantes missions. Entré en 1314 dans la ligne des nobles de Champagne contre le roi, il fit encore partie de l'expédition de Flandre de 1315. Il était véritablement le type du chevalier du XIIIe siècle, considéré comme l'arbitre du bon goût dans les questions d'usage et d'étiquette, lorsqu'à la prière de la reine Jeanne il entreprit eu 1305 de dicter ses mémoires intitulés Histoire de saint Louis qu'il dédia en 1309 à Louis le Hutin.

Cet ouvrage, qui est un des plus anciens textes écrits en prose française, dans une langue intermédiaire entre le français de l'Île-de-France et le lorrain, a été composé très probablement à l'aide de notes et par la juxtaposition de morceaux rédigés en différents temps; ce sont avant tout les souvenirs parfois inexacts d'un témoin, mais Joinville a mis en oeuvre aussi quelques traditions et les détails qu'il tenait de Pierre d'Alençon sur les derniers moments de son père; il a utilisé de même certains passages d'une ancienne réduction des Chroniques de saint Denis et inséré dans son texte une ordonnance du roi sur les baillis et prévôts et les Enseignements de saint Louis à son fils. Le but évident de son histoire est de proposer son héros comme modèle aux rois; il ne faut y chercher ni précision ni critique ni ordre réel; les causes des faits comme leurs conséquences y sont passées sous silence; mais on y trouve des renseignements géographiques, de nombreux traits de moeurs exposés dans un style pittoresque et, mieux encore, un portrait vivant de saint Louis; ses mérites sont ceux d'un peintre. Les chapitres où le sénéchal de Champagne rapporte des mots du roi sur la prud'homie, la manière dont on doit se vêtir, ou le représente rendant la justice ou raconte les souffrances de la reine à Damiette, sont célèbres. On lui a su gré également de sa sincérité, qui lui faisait déclarer qu'il aurait mieux aimé avoir commis trente péchés mortels que d'être lépreux. (Marius Barroux).



En bibliothèque - Conservée dans trois manuscrits, l'Histoire de saint Louis a été éditée dès 1546; plusieurs fois rééditée, puis traduite, elle a été publiée enfin correctement en 1868, avec traduction, par N. de Wailly dans la Société de l'histoire de France (nouv. éd. améliorée en 1874, in-4).

On a de Joinville encore, avec une lettre de 1315 à Louis X, un Credo, écrit en 1250 et refait en 1287, qui est un petit manuel destiné à procurer le salut des âmes (reproduit en fac-similé `d'abord dans les Mélanges de la Société des bibliophiles français, 1837, puis dans l'éd. Didot, 1870, in-4). 

Les chartes de sa chancellerie en langue vulgaire ont été imprimées dans la Bibliothèque de l'Ecole des Chartes (1867, pp. 557-608; 1871, 133; 1874, 456; 1884, 654; 1886, 5 et 468). 


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