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| Arrière-plans | ||
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Les Croisades |
| On donne le nom de Croisades
aux expéditions entreprises du XIeau
XIIIe
siècle, à l'instigation de la papauté ( La découverte des supposées
reliques Au IXe
siècle donc, au Xe
encore il n'est point question de croisade. L'accès des lieux saints
est toujours ouvert aux fidèles. Mais la situation change au XIe.
Un calife nommé Hakem-Biamrillah,
fait en 1010 détruire le temple
du Saint-Sépulcre; l'église est bientôt reconstruite,
mais le coup était porté, l'impression produite. Vers le
même temps, les invasions musulmanes, arrêtées au VIIIe
siècle devant Constantinople L'empereur Romain Diogène est battu
à Mansikert par Alp-Arslan (1071),
l'Asie Mineure tombe aux mains des Turks
osmanlis (
L'Europe chrétienne, profondément
affaiblie par l'anarchie féodale, était incapable d'une coalition
politique. Seul le sentiment religieux pouvait déterminer les princes
et les barons à une action commune. Aussi l'idée de croisade
naquit-elle dans l'esprit des papes, chefs reconnus du monde catholique.
Sans tenir compte des projets faussement attribués par quelques
érudits à Sylvestre II (Gerbert)
et à Sergius IV (1011), on peut
admettre que Grégoire VII le premier
conçut le projet d'une expédition armée contre les
musulmans. En 1074 et 1075,
il fait appel aux princes chrétiens, à tous les fidèles;
il parle d'une expédition à tenter pour secourir les chrétiens
d'Orient et avant tout l'empire grec, menacé par les infidèles.
Les querelles de la cour de Rome avec le roi de Germanie et avec les Normands
de Calabre Tous ceux qui prendront part à ces expéditions porteront sur leurs vêtements une croix rouge : d'où le nom de Croisés. |
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| On compte généralement
8 croisades :
Les premières croisades (1096 - 1204) La première croisade eut
lieu de 1096 à 1100,
sous le pontificat d'Urbain II : prêchée par Pierre
l'Ermite, puis par Urbain lui-même, elle eut pour chefs Godefroy
de Bouillon ( La deuxième croisade, de 1147 à 1149, entreprise sous le pontificat d'Eugène III, et prêchée par Saint Bernard, eut pour chefs Louis VII, roi de France, et Conrad, empereur d'Allemagne (1147). Ces deux princes n'éprouvèrent que des revers. Ils étaient cependant sur le point de prendre Damas (1148), lorsque la discorde se mit entre les seigneurs de leurs armées, et les contraignit à revenir en Europe La troisième croisade, de
1189
à 1193, fut entreprise sous
le pontificat de Clément III, et prêchée
par Guillaume, archevêque de Tyr. Il s'agissait de reconquérir
Jérusalem La quatrième croisade, de
1202
à 1204, prêchée
par Foulques de Neuilly
L'Europe et la Méditerranée en 1270. Cliquez sur la carte pour l'agrandir. Les dernières croisades (1217 - 1270) La cinquième croisade, entreprise
sous le pontificat d'Honorius III (1217-1221),
eut pour chefs Jean de Brienne, roi titulaire
de Jérusalem La sixième croisade, de 1228 à 1229, fut accomplie sous le pontificat de Grégoire IX, par l'empereur Frédéric II. Le sultan Mélédin lui céda Jérusalem sans combat. Les deux dernières croisades furent entreprises par Saint Louis, roi de France : l'une, de 1248 à 1254, sous le pontificat d'Innocent IV; l'autre, de 1268 à 1270, sous le pontificat de Clément IV : La septième croisade fut dirigée contre l'Égypte : le roi de France prit Damiette, et remporta même un avantage à la Massoure (1250); mais, la peste s'étant mise dans son armée, il fut contraint de reculer devant l'ennemi, et fut lui-même fait prisonnier. Il racheta chèrement sa liberté, passa 4 ans en Palestine, occupé à fortifier quelques places, et revint en France en 1254, après la mort de la reine Blanche, sa mère, qu'il avait instituée régente Dans la huitième croisade
(1270), Saint
Louis était accompagné de ses 3 fils et du prince Edouard
d'Angleterre; il se dirigea sur Tunis, espérant, disent quelques
historiens, convertir le maître de cette ville, Mohammed Mostanser;
mais, à peine arrivé sous les murs de Tunis, il fut enlevé
par une maladie contagieuse.
Charles d'Anjou Après cette dernière expédition, les colonies chrétiennes qui avaient été établies en Orient par les Croisés ne tardèrent pas à être détruites, et la Palestine retomba tout entière sous la domination musulmane. Les arrière-croisades La prise de Saint-Jean-d'Acre De ces expéditions, en effet, les
unes sont de simples coups de main, dont le succès ou l'insuccès
reste forcément sans influence sur la suite des événements;
les autres mal conduites, échouent et aboutissent à d'abominables
massacres, comme celui de Nicopolis. La première en date est celle
de Charles de Valois, frère de Philippe
le Bel. Elle a pour objectif l'empire de Constantinople Le saint-siège a cependant formé
une ligue entre Venise Pendant plus de vingt ans, il n'est plus
question de croisade en France; la guerre contre les Anglais absorbe toutes
les forces du pays. Les plus zélés, ne pouvant prendre les
armes contre l'infidèle, s'imposent de longs pèlerinages C'est contre ces derniers que quelques
années plus tard toute l'Europe chrétienne part en guerre,
vers la plaine du Danube. Les avis des gens expérimentés
ne lui ont pas manqué; Philippe de Mézières, ancien
chancelier de Chypre, a montré combien sont vaines et dangereuses
toutes ces expéditions mal préparées, mal conduites;
il a expliqué la nécessité de créer une milice
spéciale dont il a exposé la future organisation, l'ordre
de la Passion. Mais il n'est pas compris, et ses exhortations n'aboutissent
qu'à augmenter le nombre des jeunes nobles qui vont se faire massacrer
à Nicopolis. Cette fois c'est contre Bajazet I (ou Bayézid
I), sultan des Ottomans ( Les expéditions de Boucicaut,
devenu gouverneur de Gênes en 1401,
en Syrie et dans la mer Égée, n'étaient pas de nature
à retarder les progrès des musulmans. Elles sont d'ailleurs
rendues vaines par la rivalité des Génois et des Vénitiens
: Boucicaut est obligé de combattre ces derniers en bataille rangée
et la paix n'est rétablie entre les deux républiques (1406)
qu'après de longues et laborieuses négociations. L'idée
de croisade était morte à Nicopolis, et l'Europe, tout occupée
de guerres et d'intrigues politiques, n'a plus de goût pour ces expéditions
lointaines. De 1453, date de la prise
de Constantinople L'armée de la première croisade renfermait des combattants de tous les pays de l'Europe, de la Scandinavie à l'Espagne, mais la grande majorité étaient Français, Allemand ou Italiens. La deuxième est faite principalement par des Français et des Allemands, la troisième par des Allemands, des Anglais et des Français; les quatrième, sixième, septième et huitième par des barons français. En fait, c'est la France qui a certainement fourni à ces expéditions le plus de soldats, c'est elle aussi qui en a recueilli le plus d'avantages; la plupart des seigneuries fondées en Palestine au XIIe siècle, dans l'empire grec au XIIIe siècle, se trouvèrent aux mains de barons français, leur langue fut la seule admise dans les tribunaux d'Orient et elle servit seule pour la rédaction des textes législatifs. A l'origine, sauf peut-être un petit
nombre de serviteurs plus spécialement attachés à
la personne de tel ou tel prince, les pèlerins ne reçoivent
aucune solde, ils partent par enthousiasme religieux ou par goût
des aventures. Aussi dans ces premières bandes devait-on trouver,
à côté d'exaltés et de fanatiques Mais les grands désastres du XIIe siècle refroidissent sensiblement le zèle religieux; le premier, Frédéric Barberousse, essaya de créer une armée de la croisade. Il n'y admit que des soudoyers à pied et à cheval, payés régulièrement et bien encadrés; sans la mort de son chef, cette armée régulière, à laquelle l'enthousiasme religieux ne faisait pas défaut, eût sans doute porté un rude coup à la puissance de Salah-eddin. Cet exemple fut suivi au XIIIe siècle; et dans la plupart des expéditions en Orient figurent à côté des simples pèlerins des guerriers nobles ou autres, payés par les princes de l'Europe. Beaucoup de ces derniers rachètent ainsi un voeu téméraire et entretiennent en Palestine une petite troupe d'hommes d'armes. Ajoutons à ces contingents réguliers et irréguliers les chevaliers du Temple, de l'Hôpital et de l'ordre teutonique, les flottes italiennes, les troupes grecques, les auxiliaires sarrasins, et nous aurons un aperçu des forces que purent mettre en ligne les chrétiens d'Orient, forces dont au surplus il est à peu près impossible de déterminer exactement l'effectif. Les princes laïques n'étaient
pas assez riches pour entretenir ces armées; il fallait de l'argent
pour payer les soudovers pour noliser les vaisseaux pisans, génois
ou vénitiens qui les transportaient en Orient ; prenait-on la route
de terre, il fallait encore acheter le passage au roi de Hongrie et payer
les vivres en pays ami. Aussi, à la fin du XIIe
siècle, les papes se décident-ils à lever
sur le clergé séculier et régulier des impôts
spéciaux qu'on appela décimes, et, une fois cet expédient
inventé, on employa l'argent ainsi obtenu aux objets les plus divers;
croisades (ou du moins campagnes désignées ainsi) contre
les Albigeois, contre les Hohenstaufen ou
contre l'Aragon Enfin les papes attachèrent au titre de croisé des privilèges judiciaires assez importants. Les croisés furent placés avec leurs biens sous la protection directe du saint-siège, soustraits à la juridiction ordinaire, sauf pour les actions criminelles, exemptés des tailles et collectes; des répits leur furent accordés pour le payement de leurs dettes, etc. Tous ces privilèges étaient excessifs et furent invoqués surtout par les débiteurs de mauvaise foi. Aussi les actes privés du XIIIe et du XIVe siècle contiennent-ils presque toujours une renonciation spéciale au privilège de croix prise ou à prendre. Les croisés, en effet, du fait même de leur exemption, trouvaient peu de crédit chez les banquiers, et la plupart étaient obligés pour s'équiper de recourir à l'emprunt. Cette législation des croisades n'en est pas moins fort curieuse. L'organisation, militaire des premières armées de pèlerins devait être aussi rudimentaire que possible; chaque bande marchait au hasard et ne reconnaissait que les chefs choisis par elle; de là les premiers désastres. Plus tard, on adopte un système plus rationnel; on tâche de grouper chaque effectif, mais à la cohue des pèlerins succède la cohue féodale, et jamais les chrétiens ne paraissent avoir mieux en Orient qu'en Occident observé les règles les plus élémentaires de la tactique. Seuls les ordres militaires, soumis à une discipline exacte, avec une hiérarchie savante de hauts et de bas officiers, surent faire une guerre vraiment savante. Aussi étaient-ils d'ordinaire placés à l'avant-garde et servaient-ils de guides et d'éclaireurs, rôle difficile, étant donné la bouillante ardeur et l'outrecuidance de la chevalerie féodale. Rarement leurs conseils furent écoutés. Par contre, les aptitudes militaires des chevaliers du moyen âge étaient telles que rarement, une fois atteints par eux, les Turcs pouvaient résister à leur choc invincible; Bibars lui-même, le plus redoutable ennemi des chrétiens, était obligé de le reconnaître : ces vaillants hommes de guerre n'avaient jamais succombe qu'au nombre et à la fatigue. Il ne semble pas au surplus que les croisés
aient emprunté grand-chose à leurs adversaires en matière
de guerre et de tactique. Les belles fortifications dont les restes couvrent
la Palestine sont conçues d'après le système occidental,
et les Turcs, une fois maîtres du Krak et des autres places fortes,
n'ont même pas su les entretenir. Enfin c'est par erreur qu'on a
souvent attribué aux Orientaux l'invention de l'arbalète,
cette arme terrible que les Sarrasins eux-mêmes redoutaient. Employée
dès l'époque romaine, elle était encore connue au
Xe
siècle, et fut remise en honneur à la fin du XIIe.
L'Église l'avait proscrite dans les guerres entre chrétiens,
comme trop meurtrière, défense toute platonique, car, dès
le XIIIe siècle,
les rois de France ont des corps d'arbalétriers; d'ordinaire des
mercenaires génois. En revanche, les chrétiens apprirent
des Turcs à mieux manier l'arc, à en rendre la portée
plus grande et le tir plus sûr (Quicherat, Histoire du costume,
p. 218).
Conclusions En tant qu'entreprises militaires, les
croisades ont avorté. Engagées pour chasser les musulmans
de la Terre sainte, elles se terminent pour les Chrétiens par d'effroyables
désastres. Est-ce à dire que ces grandes expéditions
n'aient produit aucun résultat? Le cas serait unique en histoire.
Les résultats matériels n'ont pas été les plus
notables. Le luxe et le bien-être, personne n'en saurait douter,
se sont développés en Occident à la suite des croisades;
on prit le goût des étoffes, des formes de l'Orient et beaucoup
de mots devenus aujourd'hui européens rappellent des usages empruntés
à la Syrie par les Croisés. Mais à vrai dire, il ne
faut pas trop grossir la liste des emprunts faits à l'Orient. Beaucoup
d'auteurs ont cru, par exemple, que l'architecture gothique C'est sans doute dans le domaine culturel que l'Europe a le plus bénéficié de toutes ces entreprises. Le chevalier européen, le petit noble, à plus forte raison le bourgeois et l'ouvrier croupissaient au XIe siècle dans une ignorance grossière du monde extérieur. Si quelques-uns, en petit nombre, avaient le goût des voyages et des aventures, la plupart restaient attachés à leur village natal, sans jamais souhaiter s'en éloigner. Le mouvement des croisades arracha le monde à cette stagnation, et dès lors ce mouvement n'a plus cessé. Celui qui revenait des Croisades, revenait nécessairement changé. Il avait vu de nouveaux pays, parcouru de vastes contrées, dont jusqu'alors il avait ignoré l'existence, il avait appris à connaître les moeurs, la façon de combattre des Turcs, admiré de riches monuments. Sans doute il lui eût été difficile d'exprimer ses sentiments nouveaux, mais ils sommeillaient en lui et devaient donner bientôt leurs fruits. Le premier résultat devait être l'affaiblissement de la cause même des croisades, de la foi religieuse. Parti avec la conviction naïve qu'il allait combattre d'affreux démons, les Chrétiens se trouvait en face d'humains comme eux, plus riches et plus ingénieux pour les choses de la vie, vivant sous un ciel délicieux, aussi valeureux et souvent aussi généreux, aussi chevaleresques qu'eux. Ils apprenaient ainsi peu à peu à estimer leurs ennemis. De là un tiédissement du fanatisme religieux, encore peu apparent chez les simples pèlerins qui ne font que passer en Orient, mais bien plus sensible chez les chrétiens de Syrie, chez les marchands italiens, qui font le trafic en Palestine. Les chroniqueurs, les papes se plaignent continuellement de l'indifférence religieuse des uns et des autres et il semble certain que beaucoup avaient adopté le mode d'existence des Orientaux. Rappelons encore les accusations d'hérésie portées contre les Templiers et les Hospitaliers, les reproches adressés à Frédéric II pour ses relations avec les Arabes. Développement du commerce et du bien-être en Occident, affaiblissement du fanatisme, voilà déjà des résultats importants, achetés, il est vrai; un peu cher. Au point de vue politique, les conséquences des croisades n'ont pas été moins sensibles. Les principautés et les royaumes fondés en Orient par les Latins n'ont eu qu'une durée éphémère, mais le souvenir n'en a pas disparu. Sous les Francs de Syrie, les ports de la côte avaient joui d'une prospérité qu'ils n'ont plus retrouvée; partout on voit les restes des villes, des châteaux construits par eux. (A. Molinier).
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