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Les
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Stendhal
(Marie Henri Beyle dit), littérateur né à
Grenoble« J'ai eu un lot exécrable de sept à dix-sept ans, écrivait-il plus tard; mais depuis le passage du mont Saint-Bernard, je n'ai plus eu à me plaindre du destin. »Il compléta son éducation, commencée par un ecclésiastique qui le rudoyait et souvent même le frappait, en suivant, de 1795 à 1799, les cours de l'École centrale instituée à Grenoble et en étudiant les mathématiques. Afin de se présenter au concours de l'Ecole polytechnique, Henri Beyle fut envoyé à Paris « Tout me charmait, a-t-il dit, l'architecture, la peinture, la musique, les femmes, la société avec sa physionomie demi-étrangère. »On retrouve la trace très vivante de cette séduction dans les premières pages de la Chartreuse de Parme et de la Vie de Napoléon. Après avoir assisté « en amateur » à la bataille de Marengo Les six années consécutives
qu'il passa ensuite à Milan, où il connut tour à tour
lord Byron, Mme
de Staël, Silvio Pellico, Manzoni,
Schlegel,
etc., furent coupées par deux séjours en France (1817 et
1819). Lors du second (motivé par le règlement de la succession
paternelle), il contribua à l'élection de Grégoire
dans le département de l'Isère. Un moment, il eut la velléité
d'ouvrir une maison de banque à Bologne, mais les suspicions de
la police autrichienne, qui voyait à tort en lui un « carbonaro
», l'obligèrent à rentrer en France (1821). Revenu
à Paris Son fameux traité de l'Amour
(1822), son premier roman, Armance (1827), parurent durant cette
période sans produire grande sensation. Il n'en fut pas de même
de deux brochures : Racine et Shakespeare et D'un Nouveau complot
contre les industriels. La première, dont Stendhal avait, paraît-il,
soumis le manuscrit à Paul-Louis Courier,
était un manifeste audacieux en faveur du romantisme naissant; dans
la seconde il protestait contre l'industrialisme dont Saint-Simon
annonçait l'avènement et prédisait à la noblesse
qu'elle transformerait bon gré mal gré ses châteaux
en usines et en manufactures.
Les Promenades dans Rome (1829) et
le Rouge et le Noir (1830) passèrent alors presque inaperçus.
A cette époque aussi Stendhal adressait au New Monlhly Magazine
de Londres Malgré le charme de cette vie tout
intellectuelle, Stendhal réprima plusieurs fois des pensées
de suicide, que son parent et ami d'enfance R. Colomb attribue à
l'exiguïté de ses revenus et aux minces bénéfices
qu'il tirait de ses travaux littéraires. Aussi accepta-t-il, après
la révolution de 1830, le titre de consul de France à Trieste;
mais Metternich ayant refusé l'exequatur à l'ancien «
carbonaro » ou soi-disant tel, il dut au bout de quelques mois, se
rendre à Civita-Vecchia Telle est, sommairement retracée, la biographie d'un homme dont Mérimée, son confident le plus intime, a pu dire (en 1850) : « Personne n'a su exactement quelles gens il voyait, quels livres il avait écrits, quels voyages il avait faits. »Ce goût du mystère, inné en lui et développé sans doute par la méfiance qu'engendraient les tracasseries de la police autrichienne en Italie, se fait jour dans sa carrière de publiciste comme dans les moindres circonstances de sa vie privée. Peut-être cela explique-t-il cette écriture indéchiffrable et semée d'abréviations dont l'auteur lui-même, au bout de quelques jours, ne pouvait parfois retrouver le sens. Dans sa correspondance, en tout cas, on n'a pas compté moins de soixante-deux pseudonymes différents, et il y désignait le plus souvent ses amis par des sobriquets intelligibles pour un petit nombre d'initiés. Ces précautions un peu puériles se retournaient parfois contre lui, comme le jour où, voulant dépister la curiosité d'un sot en prenant le titre d' « observateur du coeur humain », il fut pris pour un agent de police, et l'on n'a pas manqué d'insinuer qu'il cédait à d'autres motifs que le plaisir de mystifier les gens lorsqu'il donnait à ses fournisseurs de faux noms et de fausses adresses. Bien que rien ne soit inutile à connaître des faits et gestes d'un écrivain aussi personnel que Stendhal, il nous faut négliger les anecdotes, qui ne manquent pas sur son compte. Ses livres seuls nous appartiennent aujourd'hui, et il convient d'insister sur la valeur de ceux que nous avons énumérés plus haut. A peine ses Lettres écrites de Vienne sur Haydn avaient-elles paru (1814) (sous le pseudonyme d'Alexandre-César Bombet) qu'elles provoquèrent une accusation de plagiat dont Stendhal s'est assez mal défendu. Il avait, il est vrai, abrégé ou refondu le livre de Carpani sur le compositeur, modifiant et supprimant les dates et le contenu des lettres de l'original, mais ajoutant aussi un certain nombre de particularités et d'appréciations toutes personnelles. Son étude sur Mozart était également empruntée pour la majeure partie à deux écrivains allemands, Schlichtegroll et Cramer. A le prendre au pied de la lettre, le titre de Histoire de la peinture en Italie (1817) n'est rien moins qu'exact, car le livre se compose en tout de deux monographies de Léonard de Vinci et de Michel-Ange reliée, par toutes sortes de digressions dont quelques-unes se rattachent plus ou moins directement au sujet; mais si la partie historique est forcément arriérée, à chaque page, presque à chaque ligne, brille quelque aperçu original ou quelque remarque ingénieuse. L'Histoire de la peinture en Italie,
que Stendhal prétend avoir recopiée dix-sept fois et qu'il
publia, comme la plupart de ses autres livres, à ses frais, n'eut
aucun succès. Sur la prière de Firmin
Didot, chez qui le livre était déposé, Stendhal
remplaça une dédicace à Napoléon,
«retenu à Sainte-Hélène », par une autre
dédicace de tournure énigmatique dont le sens échappa
à plus d'un lecteur, au moins autant que l'étude des tempéraments,
telle que la pouvait concevoir un disciple de Cabanis,
appliquée aux grands maîtres de la Renaissance « Qu'est-ce que la beauté? C'est une promesse de bonheur. »La Vie de Rossini (1824), alors dans tout l'éclat du génie et de la gloire, « le seul de ses ouvrages, dit l'auteur, qui fût lu sur-le-champ par la bonne compagnie-»,fut en cela plus heureux que l'Amour et même qu'Armance ou quelques Scènes de Paris en 1827, dont la donnée scabreuse rappelle celle d'Olivier, nouvelle qu'Henri de La Touche avait prétendu faire passer pour un roman de Mme de Duras, annoncé sous le même titre. « Armance ne réussit pas et fut peu comprise », dit Sainte-Beuve. Les Promenades dans Rome (1829) sont, selon le même critique, « la conversation d'un cicerone, homme d'esprit et de vrai goût, qui vous indique en toute occasion le beau, assez pour que vous le sentiez ensuite de vous-même, si vous en étiez digne; qui mêle à ce qu'il voit ses souvenirs, ses anecdotes, fait au besoin une digression, mais courte, et n'ennuie jamais ». Le Rouge et le Noir (1830), dont le titre a excité une curiosité que l'auteur eût été fort en peine de satisfaire, car rien absolument ne le justifie, est, comme on sait, l'histoire d'un précepteur, Julien Sorel, devenu l'amant de la mère de son élève et qui, après une première rupture, la tue et meurt sur l'échafaud. Le drame s'était passé quelques années auparavant en Dauphiné et, malgré les changements de noms et de lieux, les compatriotes de Stendhal ne s'y étaient pas trompés; mais ce qui lui appartient en propre, c'est la puissance, de l'analyse à laquelle il soumet les mobiles de son triste héros et ceux des deux femmes, Mme de Rénal et Mlle de La Mole, que la destinée a placés sur sa route. Durant son séjour officiel en Italie,
Stendhal lut et fit transcrire un certain nombre de ces chroniques dont
les novellieri se sont tant de fois inspirés, et dont il
tira lui-même quelques courts et saisissants récits : les
Cenci,
Vittoria Accoramboni, l'Abbesse de Castro, etc. Les Mémoires
d'un Touriste (1838) appartiennent à la même famille que
les Promenades dans Rome; l'auteur se représente comme un
marchand de fer obligé à des voyages professionnels et notant
le soir ses observations de la journée. En réalité,
c'est le résumé de tout ce que Stendhal avait vu dans ses
excursions en Bourgogne Ce fut Balzacqui, le premier, signala dans sa Revue parisienne (1840) la haute valeur de ce dernier roman, aujourd'hui l'un des classiques de la littérature française du XIXe siècle. Comme dans les autres oeuvres de Stendhal, le fond est peu de chose : c'est la peinture des intrigues d'une petite cour italienne, au milieu desquelles s'ébat et se démène un jeune gentilhomme, soldat par vocation et prêtre par politique, amoureux tour à tour de sa propre tante, d'une comédienne de campagne et de la fille du gouverneur de la prison où la jalousie du premier ministre l'a fait enfermer. Mais ici, comme dans le Rouge et le Noir, l'étude et l'analyse des ressorts secrets qui meuvent chacun des personnages font tout le prix du livre. Balzac le proclama « le chef-d'œuvre de la littérature à idées, le Prince moderne, le roman que Machiavel écrirait s'il vivait banni de l'Italie au XIXe siècle ». Stendhal, qui n'avait point été jusque-là gâté par la louange et qui y était fort sensible, remercia Balzac par une profession de foi à laquelle sa date (30 octobre 1840) donne presque la valeur d'un testament. Stendhal avouait qu'il ne pensait pas être lu « avant 1860 ou 1880 », proclamait son horreur pour le style de Châteaubriand et de Villemain, prétendait qu'en composant la Chartreuse il lisait chaque matin deux ou trois pages du code civil, « afin de prendre le ton », souscrivait à la plupart des critiques de détail formulées par Balzac, niait assez mollement qu'il eût voulu peindre Metternich dans le comte Mosca (le premier ministre) et la princesse Belgiojoso dans la duchesse Sanseverina, et promettait des corrections qui n'ont pas été exécutées. L'article de Balzac, « cet article étonnant, tel que jamais écrivain n'en reçut d'un autre-» disait Stendhal, est une manifestation significative, mais isolée. L'auteur de la Chartreuse était alors si peu connu de la presse qu'un journal, en annonçant sa fin, l'apppelait M. Bayle et ajoutait qu'il avait écrit sous le pseudonyme de Frédéric Styndall (titre d'un roman oublié de Kératry). Dans un feuilleton du National (1er avril 1842) intitulé une Erreur de nom, E.-D. Forgues (Old Nick), releva la double méprise de son confrère et, rappelant les divers titres littéraires de Stendhal, prédisait que trois ou quatre de ses livres survivraient à beaucoup d'autres productions alors infiniment plus célèbres. Trois autres critiques du temps, bien ignorés aujourd'hui, Albert Aubert, Aug. Bussière, L. Desroches (Aug. Lireux?) formulèrent, non sans quelques réserves, les mêmes conclusions auxquelles Mérimée s'associait aussi dans le singulier hommage qu'il rendit alors à son ami. Sans entrer dans des détails bibliographiques assez compliqués, il suffira de dire ici que cette notice, imprimée chez Didot, en 1850, à vingt ou vingt-cinq exemplaires, et portant au frontispice, en guise de titre, les initiales H. B., ne doit pas être confondue avec les Notes et Souvenirs placés en tête de la Correspondance inédite. Le H. B., réimprimé plusieurs fois et, toujours à l'insu de l'auteur, a été refondu en partie avec les Notes dans les Portraits historiques et littéraires de Mérimée. C'est donc aux réimpressions non expurgées du texte de 1850 qu'il faut demander certains paradoxes sur Dieu , Jésus , saint Jean , Napoléon, l'amour, etc., ainsi que diverses recettes et méthodes morales dont la pratique constituait ce que Stendhal appelait le beylisme. « Ce narquois et ce railleur armé d'ironie était le plus obligeant des hommes », a dit Sainte-Beuve, et il insistait en terminant sur « la droiture et la sûreté dans les rapports intimes qu'il ne faut jamais oublier de reconnaître quand on lui a dit d'ailleurs, ses vérités-».Sainte-Beuve ne s'en était pas fait faute alors, et il revint à la charge incidemment (à propos de Delécluze), lorsque Taine, dans ses premiers Essais de critique et d'histoire, salua en Stendhal un homme de génie. Tout en donnant acte à Sainte-Beuve des imperfections de l'écrivain, la postérité semble aujourd'hui disposée à ratifier le jugement que Taine portait sur le penseur : « Nul n'a mieux enseigné à ouvrir les yeux et à regarder, dit-il, à regarder d'abord les hommes environnants et la vie présente, puis les documents anciens et authentiques, à lire par-delà le blanc et le noir des pages, à voir sous la vieille impression, sous le griffonnage d'un texte, le sentiment précis, le mouvement d'idées, l'état d'esprit dans lequel on l'écrivait. » « Quelque négligence qu'on remarque dans ses ouvrages, a dit Mérimée, ils n'en étaient pas moins longuement travaillés. »Il avait laissé pour la plupart d'entre eux des additions ou des changements qui ont trouvé place dans les réimpressions publiées par B. Colomb, sous le titre de Oeuvres complètes (1850-1855), de l'Histoire de la peinture en Italie, de Rome, Naples et Florence, de Racine et Shakespeare, de l'Amour, des Promenades dans Rome, des Mémoires d'un touriste. A cette série appartiennent les Romans et Nouvelles (Armance, Mina de Wangel, San Francesco à Ripa, Philibert Lescale, Souvenirs d'un gentilhomme italien), les Chroniques italiennes (l'Abbesse de Castro, Vittoria Accoramboni, les Cenci, la Duchesse de Patiano, Vanina Vanini, les Tombeaux de Corneto), les Nouvelles inédites (et inachevées : le Chasseur vert, le Juif, Feder) et deux volumes de Correspondance inédite, dans laquelle sont insérées à tort les chroniques littéraires du New Monthly Magazine; les destinataires des autres lettres n'y sont désignés que par leurs initiales, et Sainte-Beuve lui-même réclamait une clef que son ami Mérimée ne pouvait lui fournir intégralement. II manquait à cette Correspondance
beaucoup de lettres intimes, entre autres celles que Stendhal adressait
de Paris, « Toujours amoureux ou croyant l'être
», Stendhal avait la faiblesse de chercher à dissimuler par
des artifices étrangers les disgrâces de l'obésité,
de l'âge et de la goutte; mais en dépit de son râtelier,
de son toupet, de ses teintures et même, dit-on, de son corset, il
n'était pas beau. Seuls ses yeux noirs et profonds éclairaient
une physionomie assez vulgaire, et sa main fine et nerveuse avait servi
de modèle au sculpteur Jaley pour sa statue de Mirabeau (à
la Chambre des députés). Outre un médaillon de David
d'Angers |
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© Serge Jodra, 2004. - Reproduction interdite.