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Les
gens
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| Malherbe
(François de), gentilhomme, car il y tenait, et poète né
à Caen Il était de retour à Caen
en 1586, quand il y apprit la mort du grand prieur, tué en duel
par Philippe Altovitti. C'était la ruine de ses espérances;
et on ne sait trop, en effet, comment il vécut de 1586 à
1599. Nous voyons seulement qu'il ne réussit à se fixer ni
en Normandie La terreur de ton nom rendra les villes fortes,Celle-ci est vraiment l'une de ses cinq ou six belles pièces, la plus belle peut-être, comme étant moins déclamatoire et moins chargée surtout de cette « mythologie » dont Malherbe avait aussi peu le sentiment que les poètes de la Pléiade, et particulièrement Ronsard, en avaient en l'intelligence profonde. Henri IV lui fit donner une pension de 1 000 livres et le nomma « gentilhomme ordinaire de la chambre ». C'est alors que, tiré d'embarras, on vit, selon le mot de Balzac, le « pédagogue de cour » se dégager du poète; et, ce qui est bien plus admirable, un « poète lauréat », si jamais il y en eut, trouver, dans les obligations de sa charge elle-même, la matière de sa gloire. Nous avons de lui, sans rien dire de ses
OEuvres
en prose, cent vingt-trois pièces en tout, dont il y en a bien
la moitié qui sont assez insignifiantes, et à peine deux
ou trois qui soient vraiment d'un poète : les autres, les meilleures,
celles que l'on cite, sont d'un excellent versificateur. Nous en ferions
probablement plus de cas, si, depuis, elles n'avaient été
comme remises à leur vraie place, qui n'est ni la première
ni même la seconde en français, par les chefs-d'oeuvre des
Hugo,
des Lamartine, des Musset,
des Vigny, de quelques autres encore; et si l'un
des premiers effets de cet épanouissement du lyrisme n'avait été
de rendre à Ronsard et à son école
quelque chose de leur ancien éclat. On s'amuse quelquefois des «
contradictions » de l'histoire et de la critique; mais c'est que
l'art lui-même, quoi que l'on en dise, « évolue »
s'il ne « progresse » pas; et, d'âge en âge, des
oeuvres nouvelles, jetant sur les anciennes une nouvelle clarté,
réforment et doivent réformer nos jugements puisqu'elles
modifient la nature des oeuvres elles-mêmes. Les romans de Lesage
et de Prévost, Gil Blas Enfin, Malherbe vint et le premier en France...Il était mort depuis deux ans quand, en 1630, ses amis donnèrent la première édition de ses Oeuvres, et la première fut suivie d'une seconde en 1631, mais la troisième se fit attendre quatre ans, jusqu'en 1635. Trois ans plus tard, en 1638, l'Académie française, ayant été chargée par Richelieu d' « examiner », comme elle avait fait du Cid, la Prière pour le roi Henri le Grand, allant en Limousin A la vérité, son action personnelle et en quelque sorte privée semble avoir été plus considérable que celle de son oeuvre. Il tenait école de versification et surtout de critique. Dans les réunions qu'il présidait, et qui avaient déjà quelque chose d'académique, il «commentait» Desportes et, au grand émerveillement de ses auditeurs, dont Racan était l'un des plus assidus, il «exécutait» Ronsard. Toutes les licences que s'étaient permises les poètes de la Pléiade, il les proscrivait impitoyablement. « Il n'estimait point les Grecs, et particulièrement, il se déclarait ennemi du galimatias de Pindare [...] Pour les Latins, celui qu'il estimait le plus était Stace, et après, Sénèque le tragique [...]. Il estimait fort peu les Italiens [...]. Quand on lui demandait son avis de quelque mot français, il renvoyait ordinairement aux crocheteurs du Port au foin [...]. Il ne voulait pas qu'on rimât les mots qui avaient quelque consonance, montagne et campagne, père et mère, offense et défense [...], ni les mots qui dérivaient les uns des autres, admettre, promettre, commettre [...] ni les noms propres les uns contre les autres, Castille et Bastille, Alexandre et Lysandre, Italie et ThessalieEt comme toutes ces leçons, parmi lesquelles, s'il y en a d'excellentes il y en a de détestables, étaient soutenues d'un ton de voix brusque et décisif; comme il avait de l'esprit, beaucoup d'esprit au service de quelques idées, comme il était enfin un «personnage», on l'écoutait. Mais puisque enfin ses leçons n'ont guère produit que Maynard, c'est sans doute qu'elles n'allaient pas loin; elles ne touchaient pas au fond des choses; et c'est pourquoi, dans la mesure où elles ont opéré, l'honneur n'en revient pas à lui, mais aux circonstances. J'ai quelque part essayé, dans un travail sur la Réforme de Malherbe et l'Évolution des genres, de définir quelques-unes de ces circonstances, et de montrer comment elles tendaient toutes, par la transformation des « genres individuels » tels que le lyrisme, en « genres communs » tels que l'éloquence, à la formation d'une littérature essentiellement sociale. On ne voulait plus de désordre lyrique ni de ce que Malherbe appelait le « galimatias de Pindare » parce que personne de nous n'a le droit d'exiger que le lecteur ou l'auditeur prenne toute la peine pour entrer dans ce que nos sentiments ont de plus personnel; et il faut que l'auteur lui-même fasse la moitié du chemin. C'est un échange de bons procédés. On était fatigué de cet étalage d'érudition, qui d'abord avait en soi quelque chose d'assez pédantesque, ou pour mieux dire encore, de trop «livresque», et on ne songeait pas encore à proscrire les anciens, mais on commençait à trouver les Grecs trop éloignés de nous. Si quelqu'un éprouvait des sentiments très particuliers, on commençait à exiger qu'il les vérifiât, pour ainsi dire, et qu'il s'assurât de leur rapport avec ceux des autres. Quelle conversation y aurait-il de possible, et quelle société, si personne de nous ne soumettait rien de lui-même aux convenances d'autrui? Et enfin on ne voulait plus de ces idées rares ou singulières, par lesquelles on s'exceptait du nombre de ses semblables, mais des idées «communes», j'entends de celles qui sont ou qui peuvent devenir aisément communes à tous les bons esprits. «Qu'est-ce qu'une pensée neuve, brillante, extraordinaire? dira un jour Boileau. Ce n'est pas, comme les ignorants se le persuadent, une pensée que personne n'a jamais eue, au contraire, c'est une pensée que tout le monde a dû avoir, et que quelqu'un s'avise d'exprimer le premier.»Telles étaient les idées qui flottaient pour ainsi dire dans l'air avant Malherbe lui-même, ou de son temps, et auxquelles, bien loin de les avoir inventées, il n'a fait que se conformer. S'il n'avait pas lui, Malherbe, tué le lyrisme, ç'aurait été un autre. Les contemporains ne l'ont pas admiré de ce qu'il apportait de nouveau, mais de ce qu'en tout il sentait et pensait comme eux. Et puisqu'il s'agit ici de la transformation du lyrisme en éloquence, on montrerait aisément que le rôle d'un Balzac, par exemple, a été plus original et plus considérable que le sien. Nous avons encore de Malherbe un Commentaire sur Desportes : ce sont les annotations dont il avait couvert Un exemplaire des Poésies de Desportes; des traductions du Traité des bienfaits de Sénèque et des Lettres à Lucilius; et enfin une assez volumineuse correspondance dont les Lettres à Peiresc forment la partie la plus intéressante. On l'y voit dans son rôle de courtisan et d' « informateur » qu'il a l'un et l'autre consciencieusement remplis : il était de ceux qui ont des vers pour toutes les occasions et des flatteries pour toutes les puissances. (F. Brunetière).
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© Serge Jodra, 2004. - Reproduction interdite.