Dictionnaire des Oeuvres
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Le Cycle carolingien (les romans carolingiens), ensemble de poèmes français du moyen âge, où sont retracées les entreprises et les conquêtes de Charlemagne et des autres chefs de la dynastie carolingienne. Le génie de Charlemagne, opposé à la faiblesse de ses successeurs, et ses glorieux exploits, après lesquels l'empire Franc subit la honte des invasions normandes, avaient laissé dans le peuple un souvenir impérissable, un profond sentiment de respect et d'admiration. La vie du grand empereur devint bientôt une légende, que chaque génération amplifia et embellit, en y ajoutant ses regrets et ses espérances. Le sentiment populaire effaça l'histoire, et Charlemagne devint, pour ainsi dire, la personnification d'un christianisme triomphant de la religion musulmane. C'est à lui seul que les romanciers rapportent tous les exploits de sa famille; Charles Martel figure à peine dans les poèmes carolingiens; encore n'y paraît-il qu'avec un caractère odieux, et comme contemporain de Charles le Chauve. Cette transformation du caractère de Charlemagne n'a rien qui doive étonner, quand on songe au fanatisme chrétien forgé contre la puissance médiévale la plus avancée. Si à cette cause on joint l'entraînement des peuples de l'Occident vers la Terre Sainte, on comprendra sans peine comment, dans les traditions populaires, tous les peuples non chrétiens furent transformés en musulmans, et toutes les expéditions de Charlemagne en guerres contre les Infidèles. Chose singulière, ses luttes contre les Saxons, qui remplirent la plus grande partie de son règne, paraissent avoir été oubliées de bonne heure : un seul poème, Guiteclins de Sassoigne, les célèbre; mais on y retrouve la même altération de l'histoire; les Saxons y sont musulmans. Cet oubli des Saxons et même des Vikings s'explique assez facilement : ces barbares s'étant convertis au christianisme étaient devenus les ennemis des musulmans et les défenseurs de la foi; leurs guerres, leurs invasions, leurs pillages, tout fut attribué aux sectateurs de Mahomet. Les Huns eux-mêmes, que la Chanson des Lohérains appelle Wandres (Vandales), sont transformés en Sarrasins.

Les romanciers allèrent bientôt plus loin que l'imagination populaire. Quand l'ardeur des Croisades eut échauffé tous les coeurs, ils firent de Charlemagne le héros de ces expéditions. Un poème, dont l'auteur est inconnu, représente cet empereur allant en Terre Sainte pour conquérir les reliques de la Passion de Jésus-Christ. Ces précieux restes, déposés à Rome, sont enlevés par les musulmans et portés en Espagne : Charles entreprend de les reconquérir; ainsi est expliquée son expédition au delà des Pyrénées. La Chronique latine de Turpin assigne à cette guerre un motif analogue. 

Dans tous les romans où il s'agit de célébrer le triomphe des chrétiens sur les musulmans, le caractère de Charlemagne est noble, imposant et chevaleresque. II est l'image d'une royauté forte et grande, qui se soutient par sa propre majesté et par le respect qu'elle inspire aux peuples. Mais l'époque même où les romans carolingiens furent composés, époque où la royauté était chaque jour attaquée par les prétentions féodales, devait imposer aux poètes l'obligation de chanter les exploits des seigneurs contre le roi. Dans les ouvrages de cette classe, le caractère de Charlemagne est indécis, dissimulé, odieux. Il a encore la majesté de son nom; mais il est brutal, despote, sottement crédule, souvent embarrassé, et trop heureux d'avoir pour conseillers des seigneurs plus habiles que lui. Il a hérité de la gloire de ses devanciers; mais, par une singulière compensation, les romanciers lui attribuent toutes les faiblesses de ses successeurs en face de la féodalité naissante. Cette transformation d'un souverain plein d'activité et d'une mâle énergie en un monarque indolent tient sans doute, comme l'a remarqué Schlegel, à ce que les Normands, qui sont les principaux auteurs des poèmes carolingiens, se sont représenté Charlemagne dans des circonstances analogues à celles où se trouvaient les rois de leur temps.

Le nom de Charlemagne figure rarement dans le titre des romans poétiques écrits en son honneur. On a évité par là la confusion qui serait résultée de la fréquente répétition de ce nom.

Les romans carolingiens paraissent avoir été composés entre le XIIe et le XIVe siècle. Quelques-uns sont postérieurs à l'an 1300; mais tout porte à croire qu'ils sont des versions et des paraphrases de romans plus anciens. On n'y trouve pas les moeurs du VIIIe et du IXe siècle, mais celles du XIIe, avec des tableaux plus ou moins exacts de la vie chevaleresque. Ils sont généralement en vers, soit alexandrins, soit de dix syllabes, et en strophes monorimes de longueur inégale. Les vers de dix et de douze syllabes y sont quelquefois mélangés, et la strophe se termine souvent par un vers plus court que les précédents. Quant à la rime, elle est fort libre; elle est souvent constituée par le son d'une voyelle, sans tenir compté des consonnes suivantes : par exemple; bocage rime avec regarde, fille avec empire. Un très petit nombre de ces romans sont en prose, comme celui de Fierabras : les critiques supposent que ce sont des traductions d'anciens poèmes. Les poèmes allemands du cycle carolingien ne sont que des traductions du français ou du provençal. (H. D.).

On comprend sous le nom de romans carolingiens un grand nombre d'ouvrages dont les héros sont antérieurs ou postérieurs à la deuxième dynastie des rois francs; mais ils s'y rattachent par la nature de leurs exploits. 
 

Les principaux romans carolingiens
Girard de Roussillon
Parthenopex de Blois
La Chanson des Lohérains
Flore et Blanchefleur
Beuve d'Antone
Berte aus grans piés
Mainet
Aspremont
Jehan de Lanson
Fierabras
La Chanson de Roland
La Chanson des Saxons
La reine Ancroia
Galien Réthore
Raoul de Cambrai
Gérard de Nevers
Aïol et Mirabel
L'Enfance d'Ogier
La Chevalerie d'Ogier
Les quatre Fils Aymon
Mabrian
Parise la Duchesse
Garin
Doolin de Mayence
Garnier de Nanteuil
Isoré le Sauvage
Siperis de Vineaux
Guillaume-au-Court-Nez
On y rattache également au cycle carolingien une série de poèmes sur la Croisade, dont les principaux sont :

La vieille Matabrune
Le Chevalier au Cygne
L'Enfance de Godefroid
La Chanson des Chétifs
La Chanson d'Antioche
La Prise de Jérusalem
Baudoin de Sebourg
Le Bastard de Bullion.


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