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Denis Diderot,
illustre philosophe et écrivain, né à Langres le 5
octobre 1713, mort à Paris
le 31 juillet 1784. Il est sorti d'une famille d'artisans qui avait peu
à peu conquis la solide aisance de la bourgeoisie d'alors; son père
était coutelier et n'avait jamais quitté son établi,
mais il put faire donner à ses deux fils une éducation classique
très complète. L'aîné devint un penseur célèbre,
le second entra dans les ordres, fut pourvu d'un canonicat à Langres
même et attaché à la personne de M. de Montmorin, évêque
du diocèse. Diderot avait en outre deux soeurs, l'une qui se fit
religieuse et qui mourut folle, l'autre, qui ne se maria pas, soigna son
père jusqu'à son dernier jour, et, malgré des tracas
d'humeur assez fréquents, tint la maison de l'abbé après
le partage de la succession paternelle. C'est ce frère et cette
soeur (Diderot paraît avoir aimé tendrement celle-ci) qu'il
a mis en scène dans l'Entretien d'un père avec ses enfants.
II n'a, en revanche, presque jamais parlé de sa mère, qu'il
ne perdit cependant qu'assez tard.
Destiné à l'état ecclésiastique,
il fut envoyé à Paris
pour étudier en théologie ,
puis il entra chez un procureur; mais n'ayant de goût que pour les
sciences
et les lettres, il renonça à prendre un état, et se
livra tout entier à l'étude, embrassant tout à la
fois littérature, métaphysique,
morale,
physique,
géométrie.
Diderot se mit en même temps à donner
des leçons et à faire des livres pour vivre. Marié
très jeune, il fut distrait de ses affections domestiques par plusieurs
liaisons (Mme de Puisieux; Sophie Volland). Il débuta par des traductions
et d'obscurs travaux de librairie, tout en travaillant à
ses propres oeuvres. Il publie en 1745 un Essai sur le mérite
et la vertu, imité de Shaftesbury; en 1746, des Pensées
philosophiques, qui commencèrent à attirer sur lui l'attention,
et qui furent condamnées au feu par le parlement; en 1749, la Lettre
sur les aveugles, à l'usage de ceux qui voient, qui renfermait
quelques paradoxes et quelques allusions hardies
à des personnages puissants, ce qui le fit enfermer quelque temps
à Vincennes .
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Denis
Diderot, par Fragonard.
Chargé de
la traduction de l'encyclopédie
anglaise d'Ephraïm Chambers, il persuada
le libraire qui l'employait d'élaborer une oeuvre nouvelle : ce
fut l'origine de l'Encyclopédie .
Intéressant à ce projet quelques autres gens de lettres,
Diderot s'adjoignit le mathématicien d'Alembert,
qui partagea la direction de l'entreprise et écrivit le Discours
préliminaire .
L'Encyclopédie, dont le tome Ier
parut
en 1751, avec un grand succès, fut suspendue en 1752 et en 1759.
D'Alembert, découragé par les persécutions abandandonna
en route, mais, au final, Diderot réussit, à travers
mille obstacles que lui avaient suscité le clergé et l'autorité
civile, à mener à terme cette grande entreprise (1751-1772,
28 vol. in-fol., à savoir; 17 de texte et 11 de planches). II s'y
réserva les articles sur la
philosophie
ancienne
et ceux sur les arts et métiers, et les traita avec talent.
Entre
temps, il avait publié les Pensées sur l'interprétation
de la nature (1754), inspirées par le Novum Organum
de
Bacon,
Du poème
dramatique (1759); il donna aussi deux drames,
le Fils naturel ,
1757 (et les Entretiens sur le Fils naturel),
et le Père de Famille ,
1758, pièces d'un genre tout nouveau; il fit connaître et
goûter
Samuel Richardson; il juge,enfin,
dans ses Salons les ouvrages de peinture
exposés en 1765 et 1767.
Cependant, tous ces travaux ne l'enrichissaient
pas, et Denis Diderot se vit réduit en 1765 à vendre sa bibliothèque
pour doter sa fille (la future Mme de Vandeuil)
: l'impératrice de Russie ,
Catherine
II, qui favorisait les philosophes, l'acheta 50.000 francs, à
la condition qu'il continuerait d'en jouir, et dès ce moment elle
se chargea de pourvoir à ses besoins. En 1773,
Diderot entreprit un voyage en Russie ,
pour remercier sa bienfaitrice. Auprès de l'impératrice,
il dépensa en projets de réformes, en utopies, tout ce que
sa prodigieuse imagination lui suggérait. De retour à
Paris
où il vécut fort retiré jusqu'à sa mort. Il
publia dans ses dernières années Jacques
le Fataliste ,
la
Religieuse ,
le
Neveu de Rameau
et un Essai sur les règnes de Claude
et de Néron, 1779, qui n'est autre chose
qu'une apologie déclamatoire de Sénèque,
avec une appréciation de sa philosophie et de ses écrits.
Outre les ouvrages qu'il publia sous son
nom, Denis Diderot a beaucoup contribué à l'Histoire philosopique
des deux Indes de Raynal, au Système de la nature de
d'Holbach,
et à quelques autres publications antireligieuses. A côté
de cela, on lui attribua, mais à tort, le
Code de la nature
et autres écrits du même genre. Il mourut
dans un appartement de la rue de Richelieu,
que Catherine II avait fait louer pour lui,
et pour lequel il venait de quitter son quatrième étage de
la rue Taranne.
Diderot avait été lié avec
les principaux écrivains du XVIIIe
s., avec J. J. Rousseau qui plus tard devint
son ennemi, avec Voltaire,
d'Alembert,
d'Holbach. Il avait eu pour amis particuliers Grimm
et Naigeon.
Le philosophe
et l'écrivain.
Denis Diderot s'était
assimilé presque toutes les sciences de son époque, l'Antiquité
classique ,
les littératures étrangères, faisant ainsi le tour
du monde avant de le refléter dans ses écrits. Il procède
peu par inspiration; presque toutes ses oeuvres ont pour point de départ
une lecture, une conversation, et ne sont que l'expression d'un état
passager de son activité mentale, au lieu d'être le résultat
d'un long et patient travail. De là une certaine impression de hâte
que laissent ses écrits.
Diderot est ennemi du christianisme ,
et même de toute idée religieuse. Pour
lui, le Dieu
des religions
n'existe pas, et le besoin d'un Etre suprême ne se fait même
pas sentir pour sanctionner une morale, celle-ci
n'étant qu'une invention humaine, une duperie, car elle consiste
à refréner des besoins tout naturels, et c'est à la
nature que nous devons obéir. Etre bienfaisant, voilà la
seule obligation morale. Admirateur enthousiaste de la vie et de ses formes,
Diderot annonce le règne des sciences naturelles et leur prédominance
sur la mathématique .
Il remet l'humain dans la nature, et, un peu avant Helvétius
et d'Holbach, ramène la morale à
la physiologie.
Le style de Diderot,
c'est Diderot lui-même. Sa phrase traduit l'impression du moment
et prend tous les tons, depuis la déclamation, d'un lyrisme quelquefois
emphatique, jusqu'au "naturaIisme" le plus précis. A côté
de telle invocation, où court le souffle robuste d'un Lucrèce,
à côté de tel tableau, où apparaît déjà
le charme descriptif d'un Chateaubriand,
se trouvent des scènes d'une crudité naïve, des images
vulgaires. Il prend, pour rédiger la partie technologique de l'Encyclopédie ,
un style clair et concis de spécialiste. Enfin, dans ses Salons
(1765-1766-1767), il rencontre, pour parler de la peinture, des expressions
justes, mêlant à la description purement littéraire
les détails techniques indispensables, qu'il est regardé
avec raison comme le fondateur de la critique d'art.
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Denis
Diderot, par Greuze (1766).
Les portraits
de Diderot.
Les portraits
originaux de Diderot sont assez nombreux et l'on peut en suivre presque
sans lacunes l'ordre chronologique. Le plus ancien, ou tout au moins le
premier dont la date soit certaine, est celui que dessina, en 1760, à
la Chevrette, un peintre obscur, nommé Garand, qui « m'attrapa,
dit le modèle, comme il arrive à un sot de dire un bon mot
». Destiné à Grimm, ce portrait
a été gravé par Chenu, puis à l'eau-forte par
Rajon et sur acier par Delannoy pour l'édition Assézat; le
dessin
original en a été conservé par les descendants du
philosophe. Un autre portrait, peint la même année par Jeanne
Chevalier, fille d'un peintre de l'académie de Saint-Luc, ne nous
est connu que par quelques lignes très élogieuses de l'abbé
de La Porte. L'élève favorite de Falconet,
Mlle Collot, modela, en 1765, un buste de petite dimension dont les moules
existent encore au musée de Sèvres : Falconet lui en témoigna
sa satisfaction en brisant un autre buste de Diderot qu'il exécutait
pour Mme Geoffrin et que celle-ci l'avait contraint
d'affubler d'une perruque. C'est de 1765 aussi que date un grand dessin,
par Greuze et gravé par Auguste de Saint-Aubin.
«
C'est un chef-d'oeuvre de gravure, dit Grimm, c'est dommage que la ressemblance
n'y soit point du tout. »
Le dessin de Greuze
a longtemps appartenu à Walferdin. Viennent ensuite (1767)
une miniature de Mme Therbusch (donnée
par Brière à Guizot) et le fameux
portrait
de Michel Van Loo (ci-dessous) qui a inspiré à Diderot l'une
de ses plus charmantes pages et que conservèrent ses descendants
au-dessous d'un exemplaire en marbre de l'admirable
buste de Houdon (1771) dont Walferdin a légué la terre cuite
au Louvre ;
un second buste, inférieur au premier, commandé à
Mlle Collot par Catherine Il durant son séjour
en Russie
(1772) et conservé au musée de l'Ermitage; un portrait à
l'huile peint ad vivum en 1773
à Saint-Pétersbourg ,
par Levitzky, donné par Mme de Vandeul à Etienne Dumont,
légué par lui à la ville de Genève
et gravé avec talent par François Courboin; un autre buste
par Houdon (1775), dont un exemplaire en marbre fut offert à Louis-Philippe
et envoyé par lui au musée de Versailles
(gravé par Fr. Régamey pour l'édition Assézat);
un buste en bronze par Pigalle (1777) appartenant
à la famille.
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Denis
Diderot, par Van Loo (1767).
Parmi les autres documents iconographiques
non datés figurent un portrait présumé de Fr. Hubert
Drouais conservé par Alfred de Vandeul; un petit buste de Rosset,
l'ivoirier de Saint-Claude (même propriétaire); un dessin
de Cochin gravé par L.-J. Cathelin et dont l'original appartenait
en 1882 à un amateur de Bordeaux ;
un buste en marbre par J.-B. Lemoyne, donné en 1785 par J.-J. Caffieri
à la Comédie-Française; une gouache
de Carmontelle, représentant Diderot et Grimm
causant, et gravée par Frédéric Régamey pour
une édition de la Correspondance littéraire. On n'a
jusqu'à ce jour signalé ni un pastel
ni une « préparation » de La Tour
d'après Diderot, bien que leur intimité soit attestée
par maints passages des Salons et par le témoignage du comte
d'Escherny, leur ami commun. (NLI / A19 / Maurice Tourneux).
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Editions
anciennes - Naigeon publia en 1798
une édition de ses œuvres en 15 vol. in-8. Il en a été
donné en 1821, par Brière une édition plus complète,
en 22 vol, avec les Mémoires de Naigeon sur Diderot. Enfin
il a paru eu 1830 chez Paulin, des Mémoires et œuvres inédites
de Diderot 4 vol. in-8, précédés de Mémoires
sur sa vie par sa fille. Génin a réuni les Romans
et les Contes de Diderot, avec un extrait de sa Correspondance,
chez Didot, 1854, 2 vol. in-12. Pour l'appréciation de ce philosophe,
on peut consulter Bersot et Damiron.
En
librairie - Oeuvres de Diderot,
Robert Laffont (Bouquins), 5 vol : I - Philosophie, II - Contes
III - Politique, IV - Esthétique, Théâtre,
V - Correspondance; ou bien chez Gallimard, (La Pléiade).
Diderot,
Eléments
de physiologie, STFM, 2003. - Supplément au voyage de Bougainville,
Flammarion, 2003. - Le neveu de Rameau ,
J'ai Lu (Librio), 2002. - L'Encyclopédie ,
Flammarion, 1993, 2 vol. : I et II. - Lettre sur le commerce de la librairie,
Mille et une nuits, 2003. - Sur la tolérance, Nautilus éditions,
2002. - Le rêve de D'Alembert, Flammarion (GF), 2002. - Paradoxe
sur le comédien, Le Livre de Poche, 2001. - Lettre sur les
aveugles / Lettre sur le sourds et les muets, Flammarion (GF), 2000.
- La religieuse, J'ai Lu, 1999. - Jacques le fataliste, Nathan
parascolaire, 1991.
Oeuvres
de Diderot en édition de luxe, publiées en 2003 chez
Hermann (20 vol.), avec notamment : Le Nouveau Socrate. - La
Religieuse. - Philosophie et mathématiques. - L'interprétation
de la nature. - Le Paradoxe sur le comédien. - Le rêve de
d'Alembert, etc.
Toutes
les planches de l'Encyclopédie Diderot et d'Alembert, EDDL (Beaux
livres).
A.
Saada, Inventer Diderot, constructions d'un auteur en Allemagne,
CNRS, 2003. - G. Dioguardi, Dossier Diderot, Climats, 2003. - Yvon
Belaval, Etudes sur Diderot, PUF, 2003. - Pierre Hartmann, Diderot
: la figuration du philosophe, José Corti, 2003. - Jules Barbey
d'Aurevilly, Contre Diderot, Complexe, 2002. - Laurent Estève,
Montesquieu,
Rousseau,
Diderot : du genre humain au bois d'ébène, Unesco, 2002.
- Amor Cherni, Diderot, L'ordre et le devenir, Droz, 2002. - E.
de Fontenay, Diderot ou le matérialisme enchanté,
Grasset et Fasquelle, 2001. - Hisashi Ida, Genèse d'une morale
matérialiste, les passions et le contrôle de soi chez Diderot,
Honoré Champion, 2001. - Collectif, Ordre et production des savoirs
dans l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert, Presses universitaires
du Mirail, 2001. - Paolo Quintili, La pensée critique de Diderot,
matérialisme, science et poésie à l'âge de l'encyclopédie
(1742-1782), Honoré Champion, 2001.
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