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La
monarchie (du grec monos = seul, et arkhéin = commander)
est le mode de gouvernement où le pouvoir suprême est
déposé dans les mains d'un seul individu,
qui porte ordinairement le titre de roi ou d'empereur, et qui règne
sur un Etat ou territoire, le plus souvent pour
la vie. La monarchie peut être élective ou - le plus souvent
- de droit héréditaire.
Dans les Etats
contemporains, la monarchie revêt trois formes principales
:
La monarchie absolue est
une forme de gouvernement où la souveraine
puissance appartient au monarque sans aucune restriction( Absolutisme).
Son écueil est le despotisme.
La monarchie constitutionnelle est
un système de gouvernement dans lequel un monarque est guidé
par une constitution dans laquelle ses droits, devoirs et responsabilités
sont précisées par la loi
ou la coutume.
La monarchie parlementaire est la
forme de gouvernement d'un État dirigé par un monarque qui
n'est pas activement impliqué dans l'élaboration ou la mise
en oeuvre des politiques. Le souverain a alors essentiellement des fonctions
de représentation. Le pouvoir exécutif est entre les mains
d'un cabinet (gouvernement), dirigé par un chef de cabinet (ou un
premier ministre), dont les membres sont issus d'un parlement, qui repésente
le pouvoir législatif.
Dans les pays musulmans,
les régimes monarchiques peuvent prendre les noms de sultanat ou
d'émirat. :
Le sultanat est un système
politique similaire à une monarchie : gouvernement où
le pouvoir suprême est entre les mains d'un sultan (le chef d'un
État musulman). Le sultan peut être un monarque absolu ou
avec une autorité constitutionnellement limitée.
L'Émirat est lui aussi similaire
à une monarchie. Le pouvoir est ici entre les entre les mains
d'un émir (le dirigeant d'un État musulman); l'émir
peut être un monarque absolu ou avec une autorité constitutionnellement
limitée.
On a dit que la monarchie
était sortie de la famille, et que le père avait été
le type du roi; mais la vie patriarcale conduit bien plutôt à
l'oligarchie; car, après la mort du
père, qui a régné sur toutes les générations
nées de son vivant, l'unité du pouvoir est brisée,
les fils deviennent les chefs de nouvelles familles, et la puissance tend
à se morceler de plus en plus. D'ailleurs, il résulte de
l'expérience que le pouvoir royal et le pouvoir paternel sont loin
d'être identiques; que l'égalité entre les membres
de la famille politique, l'amélioration de leur bien-être
et de leur intelligence, n'ont guère été le souci
des souverains, dont un très petit nombre ont mérité
d'être appelés les pères des peuples; que souvent même
ils affectèrent de n'être pas de même race ou origine
que les Sujets, et affichèrent une origine supérieure, sinon
divine ( Droit
divin). Sans attacher trop d'importance à ce vers de Voltaire
(Mérope, I, 3)
Le
premier qui fut roi fut un soldat heureux,
on peut admettre que
la force a été fréquemment le principe du pouvoir.
On ne trouverait guère de dynasties qui n'aient débuté
par une usurpation, et c'est seulement à la suite d'une possession
plus ou moins longue de l'autorité, ou par l'ascendant de services
rendus, qu'elles ont été définitivement acceptées.
Si la monarchie a été chez la plupart des peuples une institution
primordiale, il est remarquable qu'elle a été partout en
lutte avec les sujets, dont les efforts ont tendu à limiter, à
amoindrir son autorité.
La royauté
dans l'histoire.
La royauté
est la dignité, le pouvoir de roi. La royauté remonte aux
premiers temps des sociétés humaines, et elle a pris, à
travers les siècles, des caractères très divers.
Les
monarchies orientales antiques.
Dans l'ancien Orient,
elle nous apparaît avec le plus fastueux appareil, entourée
du respect et de l'admiration des peuples, consacrée par la religion
: rattachés à la divinité même par leur généalogie,
les princes la représentent sur la Terre; tout le monde s'incline
devant leur pouvoir solitaire et sans contrôle. Vêtus comme
on se figurait les dieux, objet des mêmes hommages, à peu
près invisibles dans leurs palais comme au fond d'un sanctuaire,
ils puisaient dans la source apparente de leur autorité l'audace
d'accomplir de grandes choses et aussi de commettre d'effrayants forfaits.
Ninus,
Sémiramis,
Nabuchodonosor, les rois de Perse
depuis Cyrus, sont les types de cette monarchie
orientale qui s'est perpétuée presque sans modification jusqu'au
seuil de l'époque contemporaine au milieu des peuples de l'Asie .
Il est vraisemblable
que la théocratie précéda
partout la royauté; c'est, du moins, ce que l'on peut affirmer pour
l'Egypte ,
où Ménès, chef de la classe des guerriers, enleva
le pouvoir aux prêtres. Ceux-ci conservèrent néanmoins
une grande influence dans l'État; ils élurent
les rois, déterminèrent par les règlements les plus
minutieux l'emploi de toute leur vie, leur imposèrent, aussi bien
qu'à la nation, des lois qu'ils disaient
émanées des dieux, et mirent un frein à leur despotisme
par la menace du jugement public qui serait prononcé sur eux après
la mort. La royauté égyptienne devint héréditaire
après l'expulsion des Hyksos ( Le
Moyen Empire ).
Chez les Hébreux,
la royauté, telle qu'elle fut instituée par Samuel,
n'était qu'un pouvoir exécutif permanent : le roi représentait
Yahveh
lui même; les prophètes et les prêtres, gardiens et
interprètes des lois écrites, étaient ses conseillers
ou les senseurs, selon qu'il était ou n'était pas fidèle
au pacte fondamental qui fixait ses droits et ses devoirs. Ce pacte, nous
n'en possédons plus le texte; mais il y est fait de fréquentes
allusions dans la Bible .
Les rois juifs avaient la droit de juger en
dernier ressort, de faire grâce, de déclarer la guerre et
de conclure des traités; leur pouvoir s'étendait aussi sur
l'organisation du culte et des cérémonies.
La couronne devait passer à l'un des fils du du roi, et, à
défaut de fils, au plus proche parent. Saül,
David
et Salomon furent consacrés par la cérémonie
de l'onction; mais ce genre de sacre ne fut
pas reproduit pour leurs successeurs, à l'exception de Jéhu,
qui commençait une dynastie différente de celle de David.
Salomon, par son goût pour la magnificence et les plaisirs, donna
à la royauté hébraïque le caractère des
autres royautés de l'Orient.
En
Grèce et à Rome.
La royauté
existait dans les premiers temps de la Grèce
: les rois, que les poèmes homériques ( l'Iliade ,
l'Odyssée )
appellent les pasteurs des peuples, exerçaient une sorte de pouvoir
patriarcal; on les voit surtout présider les assemblées,
commander les guerriers, administrer les choses de la religion, et ce sont
les fonctions qu'ils conservèrent à Sparte,
alors que la royauté avait fait place partout ailleurs à
des gouvernements aristocratiques ou à
la démocratie.
Chez les Romains,
depuis Romulus jusqu'à Tarquin
le Superbe, le gouvernement fut presque une monarchie constitutionnelle
: à côté du droit d'un roi électif, il y avait
le droit de la nation, représenté
par le Sénat et les Comices. Lorsqu'à la République
succéda l'Empire, un nouveau pouvoir se forma de la concentration
des anciennes magistratures dans une seule main rien ne paraissait extérieurement
changé quant à la distribution des fonctions; il y avait
toujours des consuls, des tribuns, des censeurs, des préteurs, etc.,
rouages légaux dans la marche des affaires, mais l'empereur
possédait l'essence de leurs divers pouvoirs, et, comme, ces pouvoirs
étaient autrefois donnés par le peuple, il se substituait
au peuple lui-même dans sa souveraineté. Le dépôt
de la souveraineté dans les mains des Césars étant
personnel et viager, le peuple à leur mort était censé
rentrer dans ses droits; mais ce furent les soldats, et non le peuple entier,
qui exercèrent le droit d'élection.
A partir de Dioclétien,
les empereurs se rapprochèrent, par le faste et l'étiquette,
des rois de l'Orient : leur séjour à Nicomédie
ou à Byzance
les jeta au milieu des délices asiatiques; la couronne de laurier
et la robe de pourpre des anciens Césars furent remplacées
par le diadème et par la robe de soie et d'or; la personne du prince
et son palais devinrent sacrés, et l'on n'approcha de lui qu'en
se prosternant comme devant un dieu. Il était, d'ailleurs, grand
pontife du paganisme, et cette union du pouvoir politique et du pouvoir
religieux dans le même homme explique pourquoi le christianisme
ne put s'accorder avec l'Empire.
La
monarchie en Europe après la chute de Rome.
Avec les invasions
germaniques, la royauté se présente sous une forme nouvelle.
Par quelque filiation dont le souvenir s'est perdu, les rois des Barbares
se rattachaient aux dieux : à ce titre, les Amales chez les Goths,
les Agilolfinges chez les Bavarois, les Mérovingiens
chez les Francs Saliens, étaient des familles privilégiées
dans lesquelles la royauté, bien qu'élective, se perpétuait.
Mais les guerriers n'en choisissaient pas moins, pour les expéditions
particulières, tel chef qui leur inspirait confiance par sa force
physique et sa bravoure. Ces deux qualités étaient aussi
celles qu'un roi devait posséder, pour être respecté
et obéi : les derniers Mérovingiens, connus sous le nom de
Rois fainéants, furent dédaignés par leur tribu. Le
pouvoir royal était limité : absolu sur le champ de bataille,
il s'évanouissait pendant la paix. Clovis
impuissant à distraire du butin le vase
de Soissons,
et se vengeant plus tard du soldat qui le lui a disputé; Clotaire
Ier,
battu par ses guerriers, pour n'avoir pas voulu marcher contre les Saxons;
Frédégonde
obligée de comparaître devant l'assemblée des Francs,
et de jurer que son enfant Clotaire II est
le fils légitime de Chilpéric;
Gontran
suppliant ses guerriers de le laisser vivre encore quelques années,
afin qu'il puisse veiller sur la jeunesse de ses neveux; Brunehaut
menacée par les Austrasiens d'être
foulée aux pieds de leurs chevaux : tous ces faits et beaucoup d'autres
donnent une idée de la faiblesse des rois Barbares, même après
leur établissement sur les ruines de l'Empire romain. Ce n'est pas
que l'organisation de cet Empire, et la puissance impériale à
laquelle ils succédaient, n'aient frappé d'étonnement
quelques-uns d'entre eux; mais Théodoric
chez les Ostrogoths,
plus tard Charlemagne chez les Francs, ne
firent qu'une résurrection factice de l'administration romaine,
et ne purent transmettre à leurs descendants ce pouvoir absolu que
possédaient les anciens empereurs.
Les seuls changements
que l'invasion ait amenés dans la condition de la royauté
barbare, c'est d'abord la substitution assez prompte de l'hérédité
à l'élection; c'est ensuite que la puissance des rois eut
pour base la possession des terres conquises, et que les guerriers qui
reçurent quelques portions de ces terres en récompense de
leurs services devinrent dépendants, non plus par le respect, mais
par les obligations auxquelles ils s'étaient astreints en retour.
Ce caractère nouveau de la royauté devait causer sa ruine
: car, à mesure que les rois s'appauvrirent par leurs dons, les
propriétaires de terres furent moins dociles, et, après Charlemagne,
ils s'attribuèrent sur leurs domaines tous les droits de la souveraineté;
en sorte que, pendant les temps féodaux, la royauté ne fut
plus qu'un nom. Le clergé, il est vrai, la concevant comme un pouvoir
social, comme une magistrature publique, avait essayé de l'élever
au-dessus de toutes les forces individuelles, pour trouver auprès
d'elle un rempart; se rattachant à la tradition hébraïque,
il avait sacré les premiers Carolingiens,
dans l'espoir que l'onction sainte leur attirerait la vénération
des peuples. Mais les dignitaires de l'Église,
évêques et abbés, puissants seigneurs eux-mêmes
à cause des grands biens qu'ils avaient reçus, affermis désormais
dans leurs domaines temporels et dans leur empire sur les esprits, s'isolèrent
du trône à leur tour, pour être plus indépendants,
et voulurent tenir leur rang dans la hiérarchie féodale.
Il fallut plusieurs
siècles pour reconstituer la royauté en France .
Les Capétiens, à l'origine
seigneurs peu respectés de l'lle-de-France ,
trouvèrent pour auxiliaires, dans leur lutte contre la féodalité,
tous ceux qui avaient à souffrir de ce système social, c.-à-d.
la bourgeoisie et l'Église : l'une, privée de droits politiques
jusqu'au jour où elle forma des communes; l'autre, envahie par la
corruption et l'ignorance des laïques. Les Capétiens avaient
pu prendre sans opposition le titre de roi; c'était même une
sécurité pour les autres seigneurs, qui n'avaient plus à
craindre, ainsi qu'au temps des Carolingiens,
la revendication de leurs domaines usurpés et la menace d'être
ramenés à l'obéissance. Toutefois, le roi tenant le
premier rang dans la hiérarchie féodale, les Capétiens
devaient, du jour où ils auraient la force, imposer comme un droit
leur autorité souveraine. Au reste, la royauté tend de jour
en jour avec eux à exister indépendamment de la suzeraineté
: elle s'érige en pouvoir d'équité, d'ordre et de
paix, qui a mission et droit d'intervenir pour établir la justice
et protéger les faibles, et dont la force réside, non dans
quelque fait antérieur, mais dans son harmonie avec les besoins
de la société, dans le remède qu'elle apporte ou promet
aux maux qui la travaillent. Aussi. les Capétiens cherchent-ils
à faire renaître l'idée chrétienne
qui voit dans le roi l'image de Dieu
même : Hugues Capet renouvelle la cérémonie
du sacre; il demande aussi l'onction sainte pour le fils qui doit le
remplacer, et ses premiers successeurs, en imitant cet exemple, donnent
à leur dynastie naissante le prestige de la religion et comme la
garantie de la perpétuité.
Sous les deux premières
dynasties, à la mort de chaque roi, ses enfants se partageaient
l'héritage, conformément aux coutumes de succession des anciens
Germains : les Capétiens adoptèrent
la loi d'hérédité du Droit
féodal; Hugues Capet fixa l'ordre de succession dans la ligne
masculine par ordre de primogéniture, et assura de cette manière
l'unité et par con-séquent la force du pouvoir royal. Enfin
les Capétiens, à partir de Louis IX,
se rattachèrent à la tradition romaine; c'était l'époque
où le Droit romain commençait
à être étudié avec ardeur; les légistes
répandirent dans la société les maximes les plus favorables
au pouvoir absolu, et travaillèrent à subordonner les nobles,
le clergé et les communes, à ce pouvoir public, général,
qu'on nommait royauté. Le roi devint la loi vivante, et la jurisprudence
formula cet axiome :
Si
veut le roi, si veut la loi.
Tels sont les éléments
dont s'est formée la royauté capétienne, qui se développa
principalement par les conquêtes de Philippe-Auguste,
et par les lois de Louis IX et de Philippe
le Bel. La guerre de Cent Ans
semblait devoir lui être funeste : elle en sortit, au contraire,
plus puissante, car elle prit en main la défense du pays compromis
par les fautes des soigneurs, elle créa l'unité de la France ,
et fut le symbole de la nationalité. C'est ce qui donna la force
à Louis XI d'abattre une nouvelle féodalité,
la féodalité princière ou apanagée. François
Ier
mit la royauté hors de pages, c.-à-d. qu'il la délivra
de tout contrôle et lui enleva tout contre-poids : le Concordat de
1516, en lui donnant la nomination aux bénéfices ecclésiastiques,
plaça le clergé sous sa main; la noblesse, déjà
rompue à l'obéissance par les habitudes de la vie militaire
pendant les guerres d'Italie ,
se transforma, au milieu des plaisirs et des intrigues de la cour nouvellement
formée, en une sorte de domesticité des princes; le Parlement,
qui voulait profiter de la formalité de l'enregistrement pour contrôler
les édits royaux, vit briser son opposition par l'emploi des lits
de justice, et dut rentrer dans ses attributions judiciaires. L'arbitraire
règne alors dans toutes les parties de l'administration publique,
et l'absolutisme le plus complet est résumé
dans cette formule de conclusion des ordonnances :
«
Car tel est notre bon plaisir. »
L'anarchie
des guerres de religion a pu faire faire à la royauté un
pas en arrière; les derniers Valois l'ont même avilie : mais,
après l'oeuvre déjà réparatrice de Henri
IV, le cardinal de Richelieu rétablit
dans sa plénitude la prérogative royale, et il a porté
de si rudes coups aux ennemis du trône, qu'ils n'ont pu, malgré
leur vouloir, renverser Mazarin et prendre une
revanche. Le gouvernement de Louis XIV marque
l'apogée de la royauté en France
alors, en effet, triomphe la doctrine du droit
divin. Le caractère de la monarchie du XVIIIe
siècle, c'est de se donner comme la personnification de cette volonté
unique, supérieure, essentiellement légitime, qui a seule
le droit de gouverner la société, c.-à-d. de Dieu
même. Dans les Mémoires et Instructions qu'il rédigea
pour le dauphin, Louis XIV semble croire que les rois sont d'une nature
supérieure an reste de l'humanité, et qu'ils reçoivent
comme des illuminations d'en haut :
«
La fonction des rois consiste à laisser agir le bon sens; un roi
doit se décider lui-même, parce que la décision a besoin
d'un esprit de maître et. que, dans le cas où livraison ne
donne plus de conseils, il doit s'en fier aux instincts que Dieu a mis
dans tous les hommes et surtout dans les rois [...]. Celui qui a donné
des rois aux hommes a voulu qu'on les respectât comme ses lieutenants,
se réservant à lui seul le droit d'examiner leur conduite.
Sa volonté est que quiconque est né sujet obéisse
sans discernement. »
Quoi d'étrange,
après cela, que les rois aient disposé librement de la propriété,
de la liberté et de la vie de leurs sujets? On comprend aussi qu'ils
aient cru participer de l'infaillibilité, de la sainteté
de Dieu, et, quand le duc de La Feuillade entretenait un luminaire devant
la statue de Louis XIV, c'était un hommage
naturel plus encore qu'une flatterie. Non seulement la royauté représente
Dieu même, elle est encore la personnification de l'intérêt
général; tous les besoins, tous les pouvoirs se concentrent
en elle :
«
L'État, c'est moi. » disait Louis XIV.
Arrivée à
de pareils excès de doctrine, la royauté devait rencontrer
une autre puissance, la souveraineté nationale, et succomber dans
la lutte. Dès le milieu du XIVe
siècle, dans les États Généraux de 1357, Robert
Lecoq et Étienne Marcel avaient conçu
une importante révolution, là périodicité des
assemblées représentatives et leur droit à voter l'impôt,
c.-à-d. ce qui fait l'essence des monarchies tempérées
par le pouvoir national. Les États de Tours,
en 1484, avaient formulé les mêmes désirs. Depuis plusieurs
siècles aussi, ces réformes, qui avaient paru prématurées
en France ,
avaient été accomplies en Angleterre ,
où les libertés publiques se développaient sous un
gouvernement constitutionnel. Après la Révolution anglaise
de 1688, Locke, dans un Traité du gouvernement
civil, destiné à justifier philosophiquement cette révolution,
posa le dogme de la souveraineté du peuple, proclama la séparation
du pouvoir exécutif et du pouvoir législatif, la nécessité
que la loi fait faite et l'impôt décrété avec
le concours des députés de la nation, la révocabilité
de l'autorité royale dont il serait fait mauvais usage, etc.
Louis
XIV crut la royauté menacée par ces doctrines; en soutenant
Jacques
II contre Guillaume III, il
combattit pour le droit absolu des rois. Vaincu sur la question de principe,
puisqu'il reconnut au traité de Ryswyck le nouvel ordre de succession
établi en Angleterre
par la volonté nationale, il transmit à ses successeurs un
pouvoir gravement compromis par cette défaite. Pendant le XVIIIe
siècle,
les idées anglaises se propagèrent en France ,
et Montesquieu en fut un apôtre convaincu.
Mais tel était le degré d'abaissement où tombait avec
Louis
XV la royauté elle-même, qu'elle fut emportée avec
ses abus dans la tourmente de 1789. Les efforts de Mounier, de Malouet,
de Lally-Tollendal, dans l'Assemblée constituante,
ne purent faire adopter le mécanisme de la Constitution anglaise,
et, quand il eut été décidé qu'une seule assemblée,
investie d'une autorité souveraine, coexisterait avec la monarchie,
ce dernier rouage ne tarda pas à disparaître.
Le
royalisme. - Ce mot, qui date de la Révolution
de 1789, sert à désigner le dévouement à
l'idée monarchique, l'opposition au nouvel ordre de choses qui s'établissait
sur les ruines de l'Ancien
régime. Sous le l'Empire, les Royalistes
furent ceux qui ne regardaient comme légitime que la monarchie ancienne,
et qui en désiraient ou en secondaient le rétablissement.
Pendant le gouvernement de la Restauration, on appela Royalistes, par opposition
aux Libéraux, les hommes qui voyaient un danger dans les concessions
faites par la Charte de 1814, et qui les auraient volontiers sacrifiées.
Depuis la Révolution de 1830, leur nom fut réservé
aux partisans de la branche aînée des Bourbons,
ceux de la branche cadette prenant le nom d'Orléanistes ou de Philippistes.
Le principe monarchique
fut restauré par Napoléon Ier,
et il a toujours subsisté depuis, saut pendant le règne éphémère
de la République de 1848. Mais, à partir du XIXe
siècle,
il ne paraît pas qu'une monarchie, de quelque nom qu'on l'appelle,
puisse désormais aspirer à vivre, sans accepter d'être
limitée par une Constitution et par divers pouvoirs, et sans reconnaître
le principe de la souveraineté nationale. Les idées libérales
et les essais d'institutions représentatives pénètrèrent
jusqu'au milieu des monarchies les plus absolutistes,
jusqu'en Russie
et dans l'empire austro-hongrois .
Le
XXe siècle.
Le XXe
siècle a vu tomber la plupart des monarchies absolues. Il n'y en
avait plus déjà en Amérique ,
où tous les Etats, sauf le Brésil
qui demeura une monarchie jusqu'en 1889, avait déjà opté
au moment de leur indépendance pour un gouvernement de type républicain;
le Canada ,
indépendant tout en se reconnaissant comme chef de l'Etat la reine
d'Angleterre ,
est une monarchie parlementaire d'un type particulier. L'Europe ,
après la Première guerre mondiale et la chute des empires
centraux, s'est trouvée partagée entre Républiques
et monarchies contitutionnelles. Seul le Vatican ,
avec son pape pour souverain protégé par le dogme de l'infaillibilité,
reste une monarchie absolue, mais c'est un cas particulier. En Afrique ,
presque tous les Etats sont devenus des républiques
après la décolonisation (quelques-uns conservent cependant
des rois coutumiers sur certains parties de leur territoire), à
l'exception du Maroc ,
du Swaziland et du Lesotho; l'Ethiopie ,
a renversé son négus en 1974; l'Egypte
et la Libye
qui avaient encore des rois sont devenues des républiques respectivement
en 1952 et en 1969. En Asie ,
le tableau est à peu près le même. La Chine ,
l'Iran ,
l'Irak, etc. sont devenus des républiques, quelques Etats se sont
mués en monarchies constitutionnelles, comme la Thaïlande ,
du Japon ,
ou la Jordanie, d'autres sont restés des monarchies absolues, à
l'instar de l'Arabie saoudite et des émirats du golfe. Le Népal ,
qui était aussi dans ce cas, est devenu une république en
2008. Enfin, en Océanie ,
il persiste quelques monarchies parlementaires (Tonga
et Tuvalu ),
à Wallis et Futuna ,
il existe des rois coutumiers; l'Australie et la Nouvelle-Zélande
ayant, pour leur part, un statut spécial analogue à celui
du Canada vis-à-vis de la reine du Royaume-Uni. (B.). |
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