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Ovide, Publius
Ovidius Naso, l'un des poètes latins les plus célèbres.
Il naquit à Sulmo, (Sulmone) dans le territoire des Péligniens
(Samnium ),
le 13 des calendes d'avril ou le 10 mars, de l'an de Rome
711 (20 mars de 43 av. J.-C) sous le consulat de C. Vibius Pansa et de
A. Hirtius; et mourut à Tomes (Mésie )
en 18 ap. J.-C. Il appartenait donc à la dernière génération
du siècle d'Auguste, à celle qui
n'avait vu ni la république ni les guerres civiles, et qui, sans
préoccupations sérieuses, sans souvenirs attristants, n'avait
qu'à se laisser aller nonchalamment aux plaisirs de la vie calme
et facile. II était fils d'un chevalier et avait un frère
plus âgé que lui, qui mourut à vingt ans. Sa famille,
selon l'usage, lui fit étudier l'art oratoire pour le pousser vers
le barreau. On l'envoya de bonne heure à Rome ,
où l'orateur célèbre Messala, dirigea ses premières
études. Il suivit ensuite les leçons, notamment, de deux
rhéteurs célèbres, M. Arellius Fuscus, et M. Porcius
Latro, dont il devait plus tard traduire en vers quelques phrases (Métamorphoses ,
XIII, 121). Ces deux maîtres ne purent guère combattre chez
lui une tendance au mauvais goût qu'ils partageaient eux-mêmes;
ils lui apprirent seulement à amplifier ses pensées et à
les aiguiser d'une façon subtile et maniérée.
Il avait dès lors, dit Sénèque
le Père, un esprit gracieux et aimable, mais avec trop de complaisance
pour lui-même. Il exerça quelques charges publiques; il fut
triumvir capitalis, centumvir, decemvir stlitibus ,judicandis. Mais il
s'en tint là. Malgré les reproches de son père, il
se donna tout entier à la poésie. Elle séduisait tous
les jeunes gens distingués, et d'ailleurs il y était porté
par une facilité d'improvisateur peu commune. Il nous apprend lui-même
qu'il bégayait des vers au sortir du berceau. Ses illustres contemporains,
Virgile,
Properce,
Tibulle,
Horace,
s'empressèrent d'accueillir et de protéger auprès
du prince le jeune émule qui devait un jour s'asseoir avec eux sur
le Parnasse romain. Auguste lui prodigua les
honneurs, les récompenses, et lui donna publiquement des marques
d'estime.
Ses Amours
(1re éd. en 5 livres, 2e
en 3 livres, vers 14 av. J.-C.) sont un recueil d'élégies
amoureuses dans le genre de Tibulle et de Properce,
mais avec moins de sincérité et de passion, avec plus d'esprit
et de préciosité. Sa Corinne est loin d'être aussi
vivante que la Cynthie de Properce et surtout que la Lesbie de Catulle.
Existe-t-elle même réellement ou n'est-ce qu'une « Iris
en l'air? » On ne sait trop; en tout cas, Ovide ne voit dans son
amour
qu'une matière de roman, avec épisodes
obligatoires (la veillée à la porte, le billet donné,
le billet renvoyé, la maladie, la rupture, la réconciliation).
Et cette matière, il la traite en écolier consciencieux,
sans y rien mettre de son coeur, mais en y prodiguant toutes les ressources
de son esprit, amplifications faciles et souples, comparaisons pittoresques,
souvenirs mythologiques ,
plaisanteries quelquefois délicates, plus souvent bouffonnes et
forcées. L'oeuvre n'a rien de touchant ni d'original; elle ne vaut
que par quelques esquisses de moeurs contemporaines assez légèrement
enlevées.
Les Héroïdes
ou Epîtres se rattachent aux Amours .
Après avoir exprimé sous son nom tous les sentiments habituels
des intrigues amoureuses, Ovide les reprend sous le nom des héros
ou des héroïnes de la mythologie grecque .
Il imagine, en dépit de toute vérité historique, des
lettres de Pénélope
à Ulysse ,
de Phèdre
à Hippolyte ,
d'Oenone à Pâris ,
de Didon
à Enée ,
d'Ariane
à Thésée ,
etc. Et à toutes il prête le même ton, un ton absolument
moderne, d'un anachronisme voulu et amusant. Il est à mille lieues
d'Homère et des tragiques grecs, bien qu'il
leur emprunte les données de ses élégies;
chez lui, les héros sont galants, les héroïnes sont
coquettes, tous font des madrigaux et des
pointes, tous sont défigurés et rapetissés. (Le recueil
qui nous est parvenu contient, outre les Héroïdes d'Ovide,
dix autres qui sont d'un imitateur).
Cette galanterie superficielle et cet esprit
léger trouvent une troisième incarnation dans l'Art d'aimer
et dans les Remèdes d'amour (2 et 1 av. J.-C., 752 et 753
de Rome). Cette fois, Ovide fait la théorie des intrigues amoureuses
qu'il a mises en scène dans les Amours
et les Héroïdes .
Il la fait avec une gravité plaisante, avec une ironie douce, en
spectateur amusé, narquois et bienveillant. Pour nous, ce livre
est précieux comme document historique : il fait revivre, dans tous
ses détails, la vie élégante et mondaine de Rome .
Il a eu beaucoup de vogue à son époque, jusqu'à la
fin de la littérature romaine, et plus tard encore, car au Moyen
âge
c'est un des ouvrages les plus lus et les plus imités, et c'est
lui qui, par exemple, suggère à Guillaume
de Lorris la première idée du Roman de la Rose .
Si, par l'esprit et la vivacité pittoresque, l'Art d'aimer
mérite ce succès, il révèle une morale relâchée.
Ovide ne corrompt pas les moeurs de son époque - la chose est déjà
faite - mais il donne à cette corruption une forme gracieuse et
séduisante, et l'on comprend que les gens graves, l'empereur
en tête, en aient été scandalisés. Ovide le
comprend lui-même, et pour se disculper du reproche de légèreté,
il entreprend deux grands ouvrages : l'un, en vers hexamètres, sur
les légendes grecques; l'autre, en distiques élégiaques,
sur les traditions romaines.
Le premier, les Métamorphoses ,
est consacré aux transformations
d'humains en animaux ,
en astres ,
en plantes, etc., si nombreuses dans la mythologie hellénique .
Il y avait eu là-dessus des poèmes alexandrins : les Metamorfwseis
de Théodore, de Didymarchos, de Parthénios (le maître
de Virgile), les 'Alloiwseis
d'Antigone de Caryste, l'Orniqogonia
de Boeo, les 'Eteroioumena
de Nicandre (ces deux dernières oeuvres
nous sont connues par le résumé d'Antoninus
Liberalis au IIe s. ap. J.-C.). Ovide
s'en est inspiré, mais il doit beaucoup aussi à Homère,
aux Cycliques, aux tragiques grecs, à
Catulle,
à Virgile (surtout dans les derniers livres où il refait
l'Enéide ).
Son livre contient des épisodes charmants : l'histoire touchante
de Céyx
et d'Alcyone
ou le conte de Philémon
et Baucis ,
dont La Fontaine a su goûter et rendre
la naïve et exquise bonhomie (la fable
de Philémon et Baucis, texte
en ligne). Malheureusement, l'ensemble manque d'unité et d'ordre
: les récits se suivent au hasard, mal rattachés par des
transitions factices, puis, comme dans les Héroïdes ,
les moeurs sont modernisées à l'excès; la politesse
mondaine, la galanterie, la coquetterie s'introduisent dans les événements
même les plus tragiques; enfin Ovide, toujours trop appliqué
à faire de l'esprit, souligne complaisamment les côtés
les plus invraisemblables de son sujet, et arrive à des effets grotesques
tout à fait déplacés.
Les Fastes ,
composés après 2 ap. J.-C. marquent comme les Métamorphoses
l'effort d'Ovide vers la grande poésie. C'est une sorte de calendrier
en vers où, mois par mois, jour par jour, il passe en revue les
fêtes romaines, et, à propos de chacune d'elles, expose les
origines auxquelles elles se rattachent, et les détails qui les
caractérisent. L'intention du livre est un peu la même que
celle de l'Enéide ,
de certaines odes d'Horace
et du IVe livre de Properce
: collaborer au relèvement religieux et national entrepris par Auguste,
faire revivre les croyances éteintes et les vieilles traditions.
On s'attend peu à voir Ovide dans ce rôle, et en effet il
y est assez gêné. S'il est bien documenté sur les détails
matériels du culte, il ne sait pas saisir l'âme, la vie de
ces choses d'autrefois. Quelquefois, il s'amuse à raconter des anecdotes
piquantes, il s'égaie aux dépens de Silène ,
de Faune
ou de Priape ;
mais alors il oublie absolument le but sérieux qu'il s'était
assigné. Le reste du temps, il est sec, aride et ennuyeux. Au reste,
son oeuvre est inachevée; elle ne comprend que 6 livres sur 12.
Nous arrivons en effet à l'événement
décisif de la vie d'Ovide, à son exil (8 ap. J.-C. On a beaucoup
discuté sur la cause de cet exil. Suivant l'opinion la plus probable,
le poète se serait mêlé par mégarde (error)
aux aventures scandaleuses de la petite-fille d'Auguste,
la seconde, Julie. Mais son vrai crime aux yeux de l'empereur - le seul
qui fut allégué officiellement - c'était son poème
de l'Art d'aimer
(carmen), qui, en favorisant la dépravation de l'époque,
semblait se jouer des tentative moralisatrices du prince. Toujours est-il
qu'Ovide fut, non pas exilé, mais relégué à
Tomes, en Mésie
(sur la mer Noire) et qu'il y resta, sous
Tibère
comme sous Auguste (circonstance qui suffirait peut-être pour prouver
que la faute qu'il expiait si cruellement n'était pas personnelle
à Auguste, mais intéressait sa famille
adoptive). Il y languit ainsi huit ans et quelques mois, y mourut
âgé de 59 ans, l'an 17 de notre ère. Ovide avait été
marié trois fois, et de ses trois épouses, la dernière
paraît seule lui avoir inspiré une affection véritable;
elle en était digne, par celle qu'elle lui conserva dans son malheur.
Ovide fut enterré
à Tomes, le lieu même de son exil. C'est là
qu'avaient été composés ses derniers ouvrages
: l'Ibis, satire très obscure contre un de ses adversaires
(imitée de Callimaque), et surtout
les 5 livres de Tristes et les 4 livres de Pontiques (Ex
Ponto). Ces deux recueils présentent peu de différences;
le premier est antérieur à 12 ap. J.-C., le second est postérieur
à cette date : dans le premier, les élégies
n'ont pas de destination spéciale; dans le second, elles sont adressées
à des correspondants particuliers; enfin tout d'abord Ovide demande
à revenir à Rome ,
et plus tard il sollicite seulement une commutation de peine. A part cela,
les Tristes et les Pontiques ne forment qu'un seul recueil,
recueil assez long et assez monotone. Ovide est complètement désemparé.
Le contraste est trop grand : au lieu d'un ciel riant, une contrée
sauvage et lugubre, au ciel brumeux, aux champs glacés; au lieu
d'une capitale paisible et joyeuse, une bourgade de frontière sans
cesse troublée par les invasions des Sarmates; au lieu des succès
littéraires et mondains, un isolement absolu, au milieu de rustres
qui ne peuvent apprécier le talent du poète, qui ne parlent
même pas sa langue. C'est plus que n'en peut supporter son âme
faible et amollie. Il n'a ni assez d'énergie pour se résigner,
ni assez de fougue pour se révolter franchement; il ne sait que
pleurer, nil nisi flere libet. Il supplie tout le monde : sa femme, amie
de Livie, pour laquelle il affiche une grande tendresse
dans l'espoir qu'elle lui sera utile; ses amis, dont il réchauffe
le zèle jusqu'à les importuner; l'empereur surtout, à
qui il adresse les pires flagorneries, dont il embrasse l'image comme celle
d'un dieu. Quant à la forme, les longs développements de
rhétorique, les souvenirs mythologiques, les mots d'esprit y subsistent
toujours, gâtant maladroitement les inspirations les plus sincères.
A part quelques pièces plus naturelles, telles que l'adieu à
son livre, le récit de son départ, et quelques descriptions
pittoresques, l'ensemble montre un caractère sans dignité
et un talent sans profondeur.
Outre les ouvrages que nous venons de citer,
Ovide en avait composé quelques autres; nous avons encore ses Medicamina
faciei; de sa tragédie de Médée ,
dont Quintilien parle avec éloge et
qu'il donne comme preuve de ce qu'Ovide eût pu faire s'il avait su
régler la marche de son génie, nous ne possédons qu'un
seul vers, et de ses Halieutiques
un fragment de 134 vers; son panégyrique
d'Auguste en langue gète et son ouvrage
sur la mort d'Auguste sont perdus. On lui a longtemps attribué sans
raison une Consolation à Livie, une élégieNux
et quelques autres opuscules.
L'influence d'Ovide a été
très grande; elle apparaît déjà chez les Sénèques
et dure, on l'a dit, jusqu'au Moyen âge .
Elle n'a pas d'ailleurs été très heureuse; par sa
légèreté d'esprit, par son mauvais goût, par
sa conception mesquine de la poésie, quelles que soient d'ailleurs
sa verve et son habileté technique, Ovide n'est au fond que le premier
représentant d'une poésie latine vouée, après
lui, au déclin. (R. Pichon).
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En
bibliothèque. - Nous n'indiquerons
ici que les éditions et les traductions principales d'Ovide. Le
premier livre imprimé à Bologne en 1471, fut les Oeuvres
d'Ovide,
in-fol.; elles le furent la même année à Rome, 2 vol.
in-fol. On estime les édit. suiv. : Venise, Alde, 1501, 1503, ib.,
1515, 1516, 3 vol in-8; Leyde, cum notis variorum, 1661-62. - Lyon,
ad
usum Delphini, 1689, 4 vol. in-4; Amsterdam, 1727, 4 vol. in-4, excellente
édition, publiée par P. Burmann, et devenue la base de presque
toutes celles qui ont été données depuis; l'édition
d'Amar, faisant partie de la Bibliothèque latine de Lemaire,
1820-25, 10 vol. in-8, avec une Notice littéraire revue par
Barbier sur les édit. et trad. d'Ovide. Il existe deux trad. en
prose des Oeuvres complètes d'Ovide; l'une est de
Martignac
seul, Lyon, 1697, 9 vol. in-12. On a réuni dans l'autre les trad.
des Métamorphoses par Banier; des
Fastes, par Bayeux; des Tristes et des Pontiques, par
Kervillars, etc., 1789, 7 vol. in-8. Les Métamorphoses ont
été traduites en vers par Thomas Corneille, 1697, 5 vol.
in-8; par F. de Saint-Ange, 1800, 1808, 2 vol. in-8, et 1823, in-12. -
Les Fastes, par le même, Saint-Ange, 1804. - L'Art d'aimer,
par le même, Paris, 1807. - Les Héroïdes, par
de Boigelin, in-8, Philadelphie (Paris), 1786. Les Amours, par M.
P. D. C. (M. Pirault des Chaulmes), 1825, dans la collect. de Saint-Anne.
- Une trad. nouvelle en prose des
Métamorphoses précédé
d'une Vie d'Ovide
a été publié par M. T.-G.
Villenave, Paris, 1805 et suiv., 4 vol. in-fol et in-8., fig., et 4 vol.
in-12, à l'usage des classes.
En
librairie. - Ovide : Les Métamorphoses
(bilingue, trad. en vers de Danièle Robert), Actes Sud, 2001;
Les
Métamorphoses (trad en prose de J. Chamonard), Flammarion (GF),
1993;
Poèmes érotiques, Actes Sud, 2003;
L'Art
d'aimer, Jai Lu (Librio), 2002;
L'Art d'aimer, les Remèdes
à l'amour, les Produits de beauté pour le visage de la femme,
Gallimard
(Folio), 1974; Lettres d'amour, les Héroïdes, Gallimard,
1999; L'exil et le Salut (Tristes et Pontiques), Arléa, 1999;
On joutera pour terminer les Ouvrages d'Ovide publiés par
les Belles lettres dans la Série latine.
Rosenberg,
Lafaye, Les Métamorphoses d'Ovide, illustrées par la peinture
baroque, Diane de Selliers (Beaux-livres), 2003;
Contes d'Ovide
(Adaptés par Ted Hugues), Phébus, 2002. Manuela Morgaine,
Les
Métamorphoses d'après Ovide, Albin Michel (livre d'images
jeunesse), 1998.
Collectif,
Lectures d'Ovide, Belles Lettres, 2003; Laigneau, Amours et Art
d'aimer d'Ovide, Ellipses-Marketing (manuel scolaire), 2001; Lucien
d'Azay, Ovide ou l'amour puni, Les Belles Lettres, 2001; Anne Videau-Delibes,
Les Tristes d'Ovide et l'Elégie Romaine, Klincksieck, 2000;
Jacqueline Fabre-Serris, Mythe et poésie dans les métamorphoses
d'Ovide, Klincksieck, 2000; Jacqueline Fabre-Serris et Alain Deremetz,
Elégie
et épopée dans la poésie ovidienne (Héroïdes
et Amours), CEGES (Lille 3), 1999; Jean-Paul Brisson, Rome
et l'âge d'Or, De Catulle à Ovide, vie et mort d'un mythe,
1992.
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