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Gomberville

Marin Le Roy, sieur du Parc et de Gomberville est un écrivain français, né à Paris en 1600, mort à Paris le 14 juin 1674. Fils de Louis Le Roy, sieur de La Croix Le Chapitre, il débuta dès quatorze ans dans les lettres par un ennuyeux volume de vers sur la vieillesse. En relations suivies avec les beaux esprits du temps et ami de Conrart, il fit partie de l'Académie Française dès son origine, et les séances de l'illustre assemblée se tinrent même parfois dans son appartement, proche l'église Saint-Gervais. C'en était un des membres les plus zélés; il coopéra aux statuts, rédigea un mémoire pour proposer que chacun des académiciens fût tenu de composer tous les ans une pièce de vers à la louange de Dieu, et prit part aux premières discussions relatives au plan du dictionnaire. La haine qu'il avait vouée au mot car l'a rendu célèbre. Il eût voulu qu'on le rayât de la langue et excita par sa passion et sa pédanterie les fines railleries de Voiture (lettre à Mme de Rambouillet).

Avec ces manies, il ne laissait pas d'être un homme de bon sens. Lorsque l'Académie passa trois mois à la critique des stances de Malherbe, Gomberville ne put s'empêcher de protester en disant qu'il y avait quelque chose de cruel et d'inhumain à censurer les ouvrages d'un grand personnage après sa mort. Vers l'âge de quarante-cinq ans il connut les solitaires de Port-Royal et devint tout à fait janséniste. Il fit des quatrains sur la retraite de M. Le Maître, sur celle de M. de Pontis, se retira lui-même dans l'île Saint-Louis, et marguillier de sa paroisse se mit à déplorer le mal qu'il croyait avoir causé par ses romans. « Il eût voulu, écrit Arnaud, si cela eût été possible, les avoir effacés avec ses larmes ». Pourtant le médecin Dodart s'étant un jour avisé de lui dire « qu'il était bien aise de le voir regretter le mal produit par ces détestables romans ». - « Pas si détestables! » répliqua Gomberville fort rudement. On le soupçonna en 1656 d'avoir rédigé la première Provinciale. Il en était bien incapable, mais il crut tout de même devoir s'en disculper par une lettre écrite au père Castillon, recteur du collège des jésuites. Gomberville avait épousé Barbe Fauveau dont il eut cinq enfants; l'un deux, Philippe-Frédéric (1623-1705), fut capitaine dans le régiment de la couronne et gentilhomme servant du duc d'Orléans.

Les romans de Gomberville ont eu au XVIIe siècle une vogue considérable qui se peut justifier par l'habileté de l'auteur à manier l'intrigue et ses curieuses dissertations géographiques. Polexandre, son chef-d'oeuvre, promène le lecteur au Maroc, aux Canaries, au Sénégal, au Golfe du Bénin, au Mexique, aux Antilles et relate toute l'histoire des Incas. C'est la première apparition dans la littérature française du roman exotique. Le grand Condé en faisait ses délices et La Fontaine avoue l'avoir lu « vingt et vingt fois ». 

Voici la liste des ouvrages de Gomberville : 

Tableau du bonheur de la vieillesse (Paris, 1614); Discours des vertus et des vices de l'histoire (Paris, 1620) suivi d'un Traité de l'origine des François, qui déplut à Marie de Médicis et fit perdre à l'auteur sa fonction de secrétaire du roi; la Caritée (1624), roman qui se passe près du Nil, dans une île merveilleuse et qui renferme des aperçus singuliers sur les moeurs des crocodiles et sur les différentes appellations de l'héliotrope; Remarques sur la vie du Roi et sur celle d'Alexandre Sévère (1622); Polexandre (la première édition de ce roman parut en 1629 en 2 volumes, sous le titre de l'Exil de Polexandre; il fut depuis souvent remanié par l'auteur et considérablement allongé jusqu'à l'édition définitive de 1638-1641, en 5 volumes); la Cythérée (1640, 4 volumes), roman qui résulta d'une gageure de Gomberville avec Mme de Lorraine qui avait prétendu qu'il s'était épuisé en aventures et serait incapable d'écrire un petit roman d'une heure de lecture; la Doctrine des moeurs tirée de la philosophie des stoïques (1646); la Jeune Alcidiane (1651), « c'est, dit Tallemant des Réaux, un roman de janséniste, car les héros, à tout bout de champ, y font des sermons et des prières chrétiennes »; Relation de la rivière des Amazones (1682, 4 volumes), trad. de l'espagnol; la préface des Poésies de Maynard (1646), celle des Mémoires du duc de Nevers (1665), l'avertissement aux Poésies latines de Loménie de Brienne sous le pseudonyme de Thalassius Basilides, et des poésies éparses dans les recueils du temps. Tallemant de Réaux a consacré une historiette à Gomberville. (R. S.).
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Dictionnaire biographique
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