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Voltaire

Voltaire (François Marie Arouet dit), né le 21 novembre 1694, à Châtenay, près de Paris, ou à Paris même, mort à  Paris dans la nuit du 30 au 31 mai 1778. Il était fils de François Arouet, notaire et trésorier de la chambre des Comptes et de Marguerite d'Aumart, d'une famille noble du Poitou. Il fit des études brillantes au collège Louis-le-Grand, alors dirigé par les jésuites, et y compta parmi ses maîtres les PP. Lejay et Porée. Destiné à la magistrature, il fut placé chez un procureur; mais une vocation précoce l'entraîna irrésistiblement vers les lettres et la poésie. Dès son enfance il avait été remarqué de Ninon de Lenclos, qui lui légua 2000 F pour acheter des livres. Il fut de bonne heure introduit dans la société des grands seigneurs, des beaux esprits et des incrédules, par l'abbé de Châteauneuf, son parrain, incrédule lui-même, et il y puisa une grande liberté de penser. A 21 ans, il s'était déjà fait une telle réputation de malignité qu'on l'accusa d'être l'auteur d'une satire contre Louis XIV, qui parut peu après la mort du roi, et qui finissait par ce vers :

J'ai vu ces maux, et je n'ai pas vingt ans.

Mis à la Bastille, quoiqu'il protestât de son innocence, il y resta plus d'une année. En sortant de prison, il quitta son nom d'Arouet, sous lequel il avait été, disait-il, trop malheureux, pour prendre celui de Voltaire, qu'il tira d'un petit domaine appartenant à sa mère. Pendant sa détention, il avait ébauché la Henriade (Henri IV) et composé OEdipe. Cette tragédie fut jouée en 1718, et obtint le plus grand succès. Voltaire donna ensuite les tragédies d'Artémire (1720), de Marianne (1724), et la comédie de l'Indiscret (1725) qui ajoutèrent peu à sa réputation; mais en même temps il achevait la Henriade, qui lui valut des éloges universels. Au milieu de ses succès il se vit de nouveau privé de sa liberté : un chevalier de Rohan, auquel il avait demandé réparation d'une grossière insulte, le fit pour toute réponse mettre à la Bastille (1726); Voltaire ne recouvra la liberté qu'au bout de six mois, et reçut ordre de sortir de France. Il se rendit en Angleterre; pendant cet exil il étudia profondément la langue, la littérature, la philosophie des Anglais, et fortifia son penchant à l'incrédulité par le commerce des Toland, des Tindal, des Collins, des Bolingbroke. Revenu clandestinement à Paris après trois ans, il s'y livra à la fois à des spéculations financières qui l'enrichirent, et à des travaux littéraires qui mirent le comble à sa gloire; en moins de cinq ans il produisit : Brutus (1730), Eriphyle (1732), Zaïre, dont le succès fut prodigieux (1733) Adélaïde du Guesclin (1734); composa le Temple du Goût, l'Histoire de Charles XII, et fit paraître les Lettres philosophiques ou Lettres anglaises (1735), déjà publiées à Londres en 1728, mais en anglais. Ce dernier ouvrage fut, à cause des attaques qu' il contenait contre la religion, le clergé et le pouvoir, brûlé par la main du bourreau; et l'auteur se vit obligé de prendre la fuite. Il alla s'enfermer au château de Cirey (en Champagne), chez la marquise Du Châtelet, femme déjà célèbre par son goût pour les sciences, et avec laquelle il avait formé une liaison intime. 
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Portrait de Voltaire.
Voltaire.

Dans cette retraite où il resta cinq ans (1735-40), il étudia les sciences, à l'exemple de son amie, et rédigea les Éléments de la philosophie de Newton (1738); c'est là aussi qu'il fit Alzire, Mahomet, Mérope, les Discours sur l'homme, qu'il prépara le Siècle de Louis XIV, l'Essai sur les Mœurs et l'Esprit des nations, et composa ce poème fameux, qui, en insultant à la chaste héroïne de la France, lui causa que de nouveaux ennemis. En 1740, il fit un court voyage à Berlin, se rendant aux pressantes invitations du roi Frédéric II, l'un de ses plus grands admirateurs. À son retour, il se vit tout à coup recherché par le ministère qui l'avait persécuté jusque-là, et fut chargé en 1743 d'une mission près du roi de Prusse, qui obtint un plein succès. Vers le même temps il composait pour la cour la Princesse de Navarre, le Temple de la Gloire, opéras qui furent représentés à Versailles, et chantait les victoires du roi dans le Poème de Fontenoy (1745). Il obtint alors par le crédit de Mme de Pompadour, qui s'était déclarée sa protectrice, le brevet d'historiographe de France, avec une charge de gentilhomme de la chambre du roi, et put enfin entrer à l'Académie française (1746), dont les portes lui avaient été deux fois fermées. Mais sa faveur dura peu; pour le dégoûter, on affecta de lui préférer Crébillon; Il se vengea en refaisant avec une grande supériorité les tragédies de son rival : c'est à cette lutte que sont dues Sémiramis (1748), Oreste (1750), Rome sauvée (1752); il donnait à la même époque Nanine (1749), la meilleure de ses comédies, ainsi que son conte philosophique  Micromégas (1752). Repoussé de Versailles, Voltaire se vit accueilli à Sceaux, chez la duchesse du Maine, à Lunéville, où régnait Stanislas; il finit, après la mort de Mme Du Châtelet (qu'il avait perdue en 1749), par se rendre à Berlin, où les sollicitations du roi l'appelaient depuis longtemps (1750). Frédéric le logea dans son palais à Potsdam, le nomma chambellan, lui donna 20000 F de pension, et fit tout pour le fixer près de lui. Voltaire goûta dans ce séjour quelques instants de bonheur, mais bientôt il excita l'envie, et se fit, par son penchant à la raillerie, des ennemis acharnés, surtout parmi les écrivains français établis à Berlin; il eut de violentes querelles avec Maupertuis, président de l'académie, qu'il livra à la risée publique dans sa Diatribe du docteur Akakia : ses ennemis parvinrent à lui nuire dans l'esprit du roi, et, après plusieurs réconciliations feintes, les deux amis se séparèrent définitivement (1753). 

Voltaire parcourut alors une partie de l'Allemagne, s'arrêta chez la duchesse de Saxe-Weimar, à la prière de laquelle il rédigea les Annales de l'Empire, le plus médiocre de ses ouvrages; puis séjourna à Strasbourg, à Colmar, à Lyon, et dans plusieurs autres villes de France, mais sans pouvoir revenir à Paris; il habita quelque temps les Délices, sur le territoire de Genève (1755), et finit par se fixer à Ferney, dans le pays de Gex (1758). C'est là qu'il passa ses vingt dernières années; il s'y construisit une magnifique demeure, y éleva un temple à Dieu, et fit par sa présence prospérer toute la contrée : ses admirateurs venaient de tous les points de l'Europe pour visiter celui qu'on appelait le patriarche de Ferney. Pendant son séjour en ce lieu, Voltaire, étendant encore le cercle de ses travaux, rédigea d'éloquents factums pour Calas, pour Sirven pour Lally, victimes de déplorables erreurs judiciaires, réclama l'affranchissement des serfs de L'abbaye de St-Claude dans le Jura et publia des Commentaires sur Corneille, afin de doter une nièce de ce grand homme; il mit la dernière main à l'Essai sur les Mœurs et l'Esprit des nations, écrivit pour plaire à Catherine II de Russie, dont il était devenu en France l'agent d'influence, généreusement rémunéré,  l'Histoire de la Russie sous Pierre le Grand (1759-63), l'Histoire du Parlement de Paris; composa une foule de poésies des genres les plus divers, satires, épîtres; contes, épigrammes, poésies légères; écrivit ses romans en prose, si pleins d'esprit, mais aussi de malignité et de cynisme, et fit en outre de nombreuses tragédies, dont quelques-unes, l'Orphelin de la Chine, Tancrède (1760), sont dignes de ses meilleures années, mais dont plusieurs n'obtinrent pas même l'honneur de la représentation (les Scythes, les Guèbres, les Pélopides, etc.), et quelques comédies, entre autres l'Écossaise, dirigée tout entière contre Fréron. En même temps il entretenait une correspondance immense, animait de son esprit les Encyclopédistes, et lançait une foule de pamphlets, où il employait contre ses adversaires l'arme du ridicule, mais trop souvent aussi l'invective et l'injure; parmi les victimes de ses sarcasmes on connaît surtout Desfontaines, Fréron, Labeaumelle, Nonotte, Sabatier, Trublet. Enfin, et c'est ce qui l'occupait le plus, il soutenait contre la religion chrétienne une lutte acharnée, et publiait sous le voile de l'anonyme ou du pseudonyme un grand nombre d'écrits : la Philosophie de l'histoire, la Bible commentée, l'Examen important de mylord Bolingbroke, l'Histoire de L'établissement du Christianisme, etc.; c'est en grande partie dans le même but que fut rédigé son Dictionnaire philosophique.

En 1778, à 84 ans, Voltaire, à la sollicitation de Mme Denis, sa nièce, qui le gouvernait, fit un voyage à Paris, afin de faire représenter Irène, une de ses dernières productions. Il fut reçu dans la capitale avec un enthousiasme impossible à décrire; mais, accablé d'honneurs de tous genres, il ne put résister, dit-on, à tant d'émotions, et il succomba trois mois après son arrivée (30/31 mai 1778). Il mourut chez le marquis de Villette, sur le quai qui a conservé son nom. Comme il n'avait pas reçu les secours de la religion, on refusa de l'enterrer à Paris; son corps fut transporté à l'abbaye de Scellières, dont l'abbé Mignot, son neveu, était commendataire. En 1791, ses restes furent solennellement transportés au Panthéon, où ils reposent encore. Son cœur fut longtemps conservé à Ferney dans une urne, au-dessous de laquelle on lisait ce vers :

Son esprit est partout et son cœur est ici.

Voltaire est l'écrivain le plus universel des temps modernes : doué d'une merveilleuse souplesse, il a embrassé presque tous les genres, et a manié avec bonheur les styles les plus divers. Comme poète, il a brillé à la fois dans la tragédie, où il se place auprès de Corneille et de Racine; dans l'épopée, où il occupe le premier rang parmi les poètes français, quoiqu'il soit resté bien au-dessous d'Homère, de Virgile et du Tasse; dans la poésie philosophique, où il égale Pope; dans la satire et surtout dans la poésie légère, où il est sans rival; mais il a été moins heureux dans la comédie, dans l'opéra, et a échoué dans l'ode. Partout ses vers sont faciles et corrects : mais on leur reproche du prosaïsme et des rimes négligées. Comme prosateur, il a traité avec un égal succès la philosophie, l'histoire, le roman, le genre épistolaire : son style est irréprochable dans ses ouvrages sérieux; il est toujours simple, clair, élégant, et brille surtout par la justesse et l'esprit. En histoire, il fut un des premiers à porter la critique dans l'étude des faits; ses récits sont partout pleins d'intérêt; mais on lui a aussi reproché d'être trop partial et de relater les événements au gré de ses passions.

Comme philosophe, il ne fit qu'adopter et propager les idées de Locke et de Condillac; d'ailleurs la philosophie n'était guère pour lui que l'incrédulité. Il déclarait respecter la croyance en Dieu et les vérités morales, mais savait aussi employer son talent qu'a saper les fondements des religions. Une liberté d'esprit qui lui coûta la condamnation par Rome (et parfois aussi en France) de la plupart de ses ouvrages. Comme humain, Voltaire est un singulier mélange de qualités et de défauts : il était d'une mobilité, d'une irascibilité extrêmes; il se montra vindicatif, peu scrupuleux et quelquefois hypocrite ou même menteur effronté; mais il eut aussi des sentiments généreux et de nobles mouvements, fit beaucoup de bien et défendit en plus d'une occasion les droits de la justice et de l'humanité. Voltaire est peut-être la personne de qui on a pu dire le plus de bien et le plus de mal. On a reconnu en lui un  très grand esprit, en même temps qu'on   lui a reproché d'avoir exercé en france pendant plus d'un demi-siècle une véritable dictature sur la littérature et la philosophie. (A19).



Editions anciennes - Les œuvres de Voltaire ont été plusieurs fois imprimées, soit en totalité, soit en partie. Parmi les éditions complètes, les plus remarquables sont celles de Kehl, 1784-89, 70 vol. in-8 avec des notes de Condorcet, Decroix et Beaumarchais; de Desoër, Paris, 1817-19, 13 vol. gr. in-8; de Lefebvre et Détervile, 1817-1820, 42 vol. in-8; de Lequien, 1822-26, 10 vol. in-8; de Dupont, 1825-27, 70 vol: in-8; de Dalibon 1824 et ann. suiv., 75 vol. in-8; de Jul. Didot, 1827-29, 4 vol. in-8 compacts; enfin celle de 141. Beuchot, 1829-34, 70 vol. in-8, avec préface, avertissements, notes, table analytique : c'est la meilleure de toutes. Th. Foisset a publié en 1836 une Correspondance de Voltaire avec le président de Brosses; Th. de Cayrol, en 1856, des lettres inédites, 2 vol. in-8. La Vie de Voltaire a été écrite par Condorcet, le marquis de Luchet, l'abbé Duvernet, Mazure, Paillet de Warcy et Lepan. Longchamp et Wagnière, ses anciens secrétaires, ont publié en 1826 des Mémoires sur Voltaire et ses ouvrages. Frédéric II, La Harpe, Harel ont composé son Eloge; Lord Brougham; Voltaire et Rousseau, 1857; A. Houssaye, le Roi Voltaire, 1858.

En librairie - Quelques rééditions récentes des Oeuvres de Voltaire : Zaïre, Le fanatisme, ou Mahomet le Prophète, Flammarion, 2004. - L'Ingénu, J'ai Lu (Librio), 2003. - Candide ou l'optimisme, Gallimard, 2003. - Poésies de Voltaire, Les Belles Lettres, 2003. - Le Traité sur la tolérance, Gallimard, 2003. - La Henriade (prés. Danièle Thomas), Monhélios, 2002. - Le droit du seigneur, Desclée de Brouwer, 2002. - Micromégas (+ L'Ingénu), Gallimard, 2002. - L'Ingénu, Magnard, 2002. -  Zadig ou la destinée,  La Seine, 2001. - Mémoires, Le Seuil, 2001. - Romans et contes (Zadig, Le Monde comme il va, Memmnon, Lettre d'un Turc sur les fakirs, Micromégas, Songe de Platon, etc.), Flammarion (GF), 2001. - La muse philosophe, Desjonquières, 2000. - La princesse de Babylone, J'ai Lu, 2000. - Prix de la justice et de l'humanité, L'Arche, 1999. - Lettres philosophiques, Mille et une Nuits, 1999. - Correspondance choisie, Le livre de Poche, 1997. -  Dictionnaire philosophique, Gallimard, 1994. - Dictionnaire de la pensée de Voltaire par lui-même (textes choisis), Complexe, 1994. - Chez Gallimard, dans la collection de la Pléiade on trouve : Oeuvres historiques, 1958. - Mélanges, 1961. - Correspondance (plusieurs volumes publiés depuis 1978); Romans et contes, 1979. etc.

Parascolaire : Zadig et Micromégas, Nathan, 1999. - L'ingénu, Ellipses-Marketing, 1998. - Candide, Nathan, 1991.

Palimpsestes :  Kjell Espmark, Le Voyage de Voltaire, Actes Sud, 2003. - Laurent Degos, Les Nouvelles aventures de Candide (ou la révolte de l'être, avec l'aimable participation de monsieur Voltaire), Le Pommier, 1999.

Sur Voltaire : Charles Porset, Voltaire humaniste, Edimaf, 2003. - A Versailles, Voltaire, un touche à tout de génie, La renaissance du livre, 2002. - Julie Boch, Les dieux désenchantés (la fable dans la pensée française de Huet à Voltaire), Honoré Champion, 2002. - E. Martin-Haag, Voltaire, Vrin, 2002. - Jean-François Dettori, La Henriade de Voltaire, Monhélios, 2001. - Sandrine Costa, La peine de mort, de Voltaire à Badinter, Flammarion, 2001. - Paul Mironneau, Henri IV et Voltaire, RMN (Beaux livres), 2001. - Raymond Trousson, Visages de Voltaire (18 et 19e s.), Honoré Champion, 2001. Du même, Socrate devant Voltaire, Diderot et Rousseau, Lettres modernes Minard, 1967. - Collectif, Voltaire chez lui (Ferney, 1758-1778), Cabédita, 2000. - John Gray, Voltaire et les Lumières, Le Seuil (Points), 2000. - Monique Cottret, Jean Delumeau, Le catholicisme entre Luther et Voltaire, PUF, 2000. - Hubert de Phalese, Voltaire portatif ("un dictionnaire du Dictionnaire"...), Nizet, 2000. - René Pomeau, La religion de Voltaire, Nizet, 2000. Du même, Voltaire et son temps, Fayard (coffret),1995. - John Saul, Les bâtards de Voltaire, la dictature de la raison en Occident, Payot, 2000. - Jean Orieux, Voltaire, Flammarion, 1999. - Valérie van Crugten-André, Le Traité de la Tolérance, Honoré Champion, 1999. - Pierre Lepappe, Voltaire le conquérant, Seuil,1997. 

- Voltaire, Micromégas, 1752.


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