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| Dictionnaire | |
| Providence.
- Le concept de providence divine peut être
définie l'action par laquelle Dieu Mais, si le terme
providence est coextensif au terme organisation, le monde tout entier manifeste-t-il
un pouvoir organisateur, un pouvoir de choix ? L'action providentielle
s'étend-elle à toute la création; ou bien y at-il
une partie de l'univers qui se gouverne par des lois
nécessaires? On sait que des réponses opposées ont
été données à cette question. Descartes,
si hostile aux causes finales cependant,
a déduit les principes de la mécanique de considérations
théologiques. Leibniz, Euler
ont cru à la contingence des loi
du mouvement. Il y aurait donc partout place, dans le gouvernement des
choses créées, pour le choix, pour la libre préférence
accordée par un être sage aux combinaisons
les meilleures. On a plus encore agité la question de savoir s'il
convient à l'intervention divine de se produire quelquefois par
des décrets particuliers, ou si elle doit exclusivement se manifester
par des lois générales. Mais le problème le plus grave
que soulève la providence est celui de ses rapports avec l'activité
humaine. Si Dieu est l'auteur de tout bien dans sa création, comment
la volonté d'un être créé peut-elle être
libre? Parler de la contingence de l'activité humaine, c'est parler
d'un pouvoir qu'aurait l'homme de produire à son gré le mal
ou le bien : en faisant un être libre, Dieu amoindrit, semble-t-il,
la portée de son action et l'étendue de sa providence ( On peut répondre
que Dieu, en renonçant à être l'auteur immédiat
de quelque bien dans la création, en douant de spontanéité
certaines existences, agit là encore
comme auteur du plus grand bien de l'univers, si la présence de
tels êtres est meilleure pour le monde que la réalisation
nécessaire d'une bonté prédéterminée.
Ce n'est là montrer cependant qu'une des faces du problème.
Car s'il n'est point métaphysiquement
contraire à la notion de l'activité créatrice, que
Dieu fasse don à l'humain d'un pouvoir réel de production
du bien, le mal, qui résulte aussi souvent que le bien de l'exercice
de la liberté humaine, n'accuse-t-il pas l'imperfection de la providence
divine? C'est la question posée, et résolue en sens divers,
par la théodicée, ou critique
de la providence ( Platon nous rapporte, dans le Phédon, la formule d'Anaxagore : « L'intelligence est organisatrice et cause de tout ».Mais Anaxagore concevait le Noûs, exclusivement comme cause motrice, et c'est la désillusion que Socrate déclare avoir éprouvée à lire les écrits de son devancier. Anaxagore est donc un mécaniste, et c'est bien Socrate qui introduisit dans la philosophie le point de vue téléologique, et, par là, le concept de providence. Le premier, et d'une manière déjà définitive, il a mis on forme l'argument des causes finales qui nous élèvent à Dieu. « Eh! quoi! dit, dans les Mémorables, Socrate à Aristodème, tu aurais concentré en toi toute l'intelligence, et ce serait en l'absence d'intelligence que la multitude innombrable des êtres serait maintenue dans son ordre merveilleux ! [...] Ne crois-tu pas, dit-il encore, que ton esprit, qui est en ton corps, agit sur lui selon ce qu'il s'est proposé? Il faut donc croire que la sagesse, qui est dans le tout, ordonne le tout selon ce qui lui agrée. Quoi, ta vue peut s'étendre à plusieurs stades, et la sagesse de Dieu ne serait pas capable de prendre soin de tout en même temps ! »Socrate d'ailleurs n'a pas eu de la providence seulement cette vue extérieure et dialectique : il en a eu le sentiment. Il a eu la notion mystique « Il croyait, dit Xénophon, que les dieux connaissent tout, paroles, actions, pensées secrètes, qu'ils sont présents partout, et qu'ils révèlent aux humains tout ce qui est du ressort de l'humanité. »Le daimonion ti dont Socrate entendait en lui-même la voix, c'est déjà la croyance à une action divine s'exerçant au plus profond des âmes individuelles : c'est déjà quelque chose comme ce que les chrétiens « Regardez les lys des champs : SalomonJésus qui a fait voir aux humains en eux-mêmes le théâtre par excellence de l'action providentielle. La providence chrétienne a pris le nom de Grâce. C'est au dedans d'eux-mêmes que les grands chrétiens ont étudié l'opération de Dieu. Le problème de la vie divine s'est lié indissolublement au problème de la destinée humaine. La place de l'humanité dans l'univers a été exaltée ; en revanche, l'humain, ainsi rapproché de la divinité, s'est abaissé, parfois jusqu'à la complète annihilation de soi. A cette humble fréquentation de Dieu, l'idéal humain s'est modifié : placé par les sages antiques dans l'humanité même, il l'a dépassée ; la vie s'est orientée tout entière vers le surnaturel. A cette vie renouvelée, tous ont pu être conviés : la morale chrétienne a tout de suite apparu démocratique. C'est ainsi qu'au problème théologique de la Providence a été suspendue la plus grande des révolutions de la conscience. La philosophie moderne est retournée partiellement au point de vue antique; elle ne s'y est presque jamais complètement replacée; Kant et ses successeurs affirment encore la solidarité du problème théologique et du problème moral. (H. Robet). |
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© Serge Jodra, 2004. - Reproduction interdite.