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Gay-Lussac

Louis-Joseph Gay-Lussac  est un illustre physicien et chimiste français, né à Saint-Léonard-de-Noblat (Haute-Vienne) le 6 décembre 1778, mort à Paris le 9 mai 1830. Son père, Antoine Gay, était procureur du roi et juge au Pont-de-Noblat ; son grand-père avait exercé la médecine. Lussac était le nom d'une terre que possédait Antoine Gay, et qu'il joignait au sien pour se distinguer des autres membres de sa famille. C'est au milieu des troubles de la Révolution que Gay-Lussac se prépara, dans deux pensions de Paris, successivement supprimées, et dans la banlieue, aux examens d'admission à l'École polytechnique. Il y fut reçu le 6 nivôse an VI, après de brillantes épreuves. Il en fut un des élèves les plus distingués, comme il en devint plus tard un des professeurs les plus illustres et les plus goûtés. En 1800, appelé, comme aide de Berthollet, dans les travaux de laboratoire, il devint bientôt l'ami du savant chimiste et fut nommé peu après répétiteur des cours de chimie de Fourcroy à l'École polytechnique. 

Le premier travail de Gay-Lussac eut pour objet la loi de la dilatation des gaz; on sait qu'il trouva que toutes les fois qu'un gaz est entièrement privé d'eau, il se dilate de la 267e partie de son volume à 0°, pour chaque degré centigrade d'augmentation dans la température. C'est l'une des deux lois fondamentales sur lesquelles repose la théorie des gaz. En 1804, il accomplit, dans un but scientifique, deux ascensions aérostatiques, l'une avec Biot, l'autre seul. C'est dans ce second voyage aérien, de Paris à Rouen, qu'il s'éleva à la hauteur de 7016 m. Il recueillit, à 6036 m, de l'air pour en faire l'analyse, fit des observations thermométriques, hygrométriques et magnétiques. Ses analyses eudiométriques ont fixé la composition de l'air et de l'eau. 

De 1805 à 1806, il fit avec Alexandre de Humboldt, son ami, un voyage en France, en Suisse, en Italie et en Allemagne, voyage durant lequel il fit des observations sur le magnétisme terrestre, sur la météorologie, etc. Gay-Lussac revint en France, en 1806, pour y soutenir sa candidature à l'Académie des sciences en remplacement de Brisson. L'année suivante, il était choisi par Berthollet pour faire partie des fondateurs de la Société d'Arcueil; c'est dans les Mémoires de cette Société que furent publiées ses observations magnétiques et ses recherches sur les lois des combinaisons des gaz. Viennent ensuite les travaux exécutés en collaboration avec Thénard, au moyen de la pile de l'École polytechnique, et la préparation de grandes quantités de potassium et de sodium, métaux qu'ils mirent en contact avec presque toutes les substances chimiques. Vers cette époque, les deux chimistes émirent l'opinion que l'acide muriatique oxygéné pouvait être regardé comme un corps simple (qu'on nomma plus tard chorine, chlore). Ils firent encore ensemble de nombreuses analyses chimiques de matières organiques. 

En 1809, Gay-Lussac fut nommé professeur de physique à la Faculté des sciences et professeur de chimie à l'École polytechnique; il venait d'épouser une jeune et intéressante personne, attachée à un magasin de lingerie, entre les mains de laquelle il avait vu un ouvrage de chimie. Cette union a été exceptionnellement heureuse. C'est encore en 1809 que Gay-Lussac et Thénard découvrirent le bore et l'acide fluoborique. Courtois, salpêtrier à Paris, venait de découvrir dans les cendres des varechs un produit nouveau. Des échantillons en avaient été donnés à Humphry Davy; Gay-Lussac l'apprend, et, pour ne pas laisser perdre à la France une priorité à laquelle elle avait des droits, il achève en quelques jours un travail complet sur l'iode; ce travail a été lu le 1er août 1814 à l'Académie des sciences. Son Mémoire est un modèle que Balard a suivi pour ses découvertes du brome et de ses composés. A la même époque, par la comparaison des densités des gaz et vapeurs, il a fixé les relations qui existent entre les gaz oléfiant, l'éther et l'alcool c'est le point de départ des formules et des théories atomiques en chimie organique. En 1815, il fait la découverte du cyanogène, corps binaire remarquable qui, dans toutes ses combinaisons, joue le rôle de corps simple, premier exemple d'un phénomène qui n'est plus une exception en chimie. Il obtint aussi le premier l'acide prussique pur. 

En 1816, il construisit son baromètre à siphon, dont la disposition est destinée à éviter les erreurs qui peuvent provenir des effets de capillarité. A partir de cette époque, il fut encore chargé d'un nouveau cours au Muséum du Jardin des plantes, puis, bientôt après, nommé membre du comité des arts et manufactures et essayeur à la Monnaie. En 1822, il donna l'explication du mode de suspension des nuages. Il rendit d'importants services à l'industrie par ses analyses des liquides spiritueux, par l'invention de son alcoomètre centésimal, accompagné de tables de corrections pour les températures, par ses méthodes d'essais et d'analyses d'une grande précision, par ses recherches sur l'alcalimétrie, la chlorométrie, par ses essais des matières d'or et d'argent.

D'une simplicité remarquable dans ses goûts et d'un désintéressement absolu dans toutes les occasions où un autre eût trouvé du profit, Gay-Lussac ne brigua pas les honneurs. Comme professeur, il se distingua par un langage et un style exempt de phrases ambitieuses, mais sobre, correct, nerveux et parfaitement adapté au sujet. Connaissant les langues étrangères, anglaise, allemande, italienne, il était au courant des travaux des savants de tous ces pays. Comme expérimentateur, il avait une grande habileté, une rare sagacité d'observation et une merveilleuse ingéniosité de ressources. Cependant, malgré sa grande adresse comme manipulateur, il fut plusieurs fois victime d'accidents; il faillit perdre la vue à la suite d'une explosion produite par une grande quantité de potassium. Dans son laboratoire, dont la majeure partie des appareils avaient été construits de ses propres mains, régnait un ordre intelligent.

Comme savant, il eut à soutenir de longues polémiques avec Dalton, Davy, Berzélius, à cette époque de rénovation entière de la chimie. Gay-Lussac fut chimiste à la direction des tabacs, membre du conseil de perfectionnement des poudres et salpêtres, administrateur de la manufacture des glaces de Saint-Gobain et Chauny, député de 1831 à 1839, pair de France en 1839. (L. Knab.).



En Bibliothèque. - Gay-Lussac a peu écrit en dehors de ses mémoires spéciaux. Nous donnons ses principaux travaux publiés : Relation de sa première ascension aérostatique, présentée à l'Institut; relation de son second voyage aérien (Annales de chimie, t. LII); Dilatation des gaz et des vapeurs (Annales de chimie, t. XLIII); Travail sur l'eudiométrie; Voyage en France, en Italie et en Allemagne; Observations magnétiques (intensité, inclinaison) (Mémoires de la Société d'Arcueil et Annales de chimie, t. LIII); Baromètre à siphon portatif, Recherches expérimentales sur la capillarité. Instruction sur les paratonnerres (1827) (Annales de chimie et de physique, t. XXVI) ; Alcoomètre avec tables pour la recherche des liquides spiritueux. Recherches physico-chimiques, en collaboration avec Thénard (2 vol. in-8); Préparation du potassium et du sodium, isolement du bore (1821) (Mémoires de la Société d'Arcueil, t. II; Annales de chimie, t. LV à LXIX); l'Iode (Annales, t. LXXXVIII à XCVI); Découverte du gazogène (Annales, t. XCV); Lois des combinaisons des gaz (Mémoires de la Société d'Arcueil, t. II; Bulletin de la Société philomathique, 1808); Cours de physique et de chimie (Paris, 1827, 1828, 2 vol. in-8); Instruction sur l'essai des matières d'or et d'argent par voie humide (1832, in-4). Enfin, un grand nombre d'autres mémoires dans les recueils précités et dans ceux de diverses sociétés savantes. 
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