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Athènes
Aperçu Histoire ancienne d'Athènes La démocratie athénienne Le duché d'Athènes
Athènes, Athenae est la capitale de la Grèce. C'est une ville de l'Attique, à kilomètres de la mer; 721 500 habitants (jusqu'à 80 000 habitants, dans l'Antiquité). Elle avait 3 ports : Phalère, Munychie et le Pirée; 13 portes; 7 quartiers principaux : l'Acropole ou quartier de la citadelle, l'Aréopage, l'Académie, le Céramique, le Prytanée, le Lycée, le Théâtre. On y admirait une foule de monuments, parmi lesquels il faut remarquer l'Aréopage, le Prytanée, l'Odéon, le Pécile, l'Académie, le Lycée, tous détruits, et le Parthénon la tour octogone ou temple des Vents, le temple de Zeus Olympien, le temple de Thésée, le temple de la victoire, la porte d'Hadrien, le théâtre de Dionysos, celui d'Hérode Atticus, l'Erechtheum, dont les ruines sont encore debout. 

Des fouilles ont fait découvrir le Pnyx, ou place des assemblées populaires. Tous ces monuments étaient ornés, les uns des chefs-d'œuvre de la sculpture et de la peinture, les autres d'inscriptions; aussi les ruines dont le sol est couvert ont-elles fourni une riche mine de documentation archéologique. Dans l'enceinte de l'Acropole était la fontaine de Pan, retrouvée au XIXe siècle. Deux longs murs joignaient le Pirée à la ville. L'amour des Athéniens pour les beaux-arts et la littérature est assez connu : il suffit de rappeler les noms de Platon, Phidias, Eschyle, Sophocle, Euripide, Aristophane. Thucydide, Xénophon, Démosthène, Eschine.

Plusieurs villes et plusieurs comtés des Etats-Unis, dans les États de Géorgie, Ohio, Alabama, New-York, Maine, Pensylvanie, ont reçu le nom d'Athènes. La ville la plus importante de ce nom est celle de Géorgie, à 135 kilomètres au Nord-Ouest d'Augusta.

Édimbourg et Weimar, villes éminemment littéraires, ont été surnommées l'une l'Athènes du Nord, l'autre l'Athènes de l'Allemagne.

Brève histoire de la puissance athénienne

Selon son histoire mythologique, la ville d'Athènes aurait été fondée vers 1643 av. J.-C. par une colonie égyptienne que conduisait Cécrops. Toujours selon les légendes et les mythes de fondation, elle devint bientôt le centre de l'Attique, qui jusque-là était divisée en bourgades indépendantes : son nom vint de celui d'Athéna, à laquelle elle était consacrée. Les mythes et légendes lui donnent pour rois, après Cécrops I, Cranaüs, Amphictyon, Erichthonius, Pandion I, Erechthée, Cécrops Il, Pandion II, Egée, Thésée, Ménesthée, Démophoôn, Oxynthès, Aphidas, Thymète, Mélanthe, Codrus, qui se dévoua en 1132 av. J.-C. A cette période monarchique succède la période aristocratique qui se subdivise en 3 époques :
1° les archontes perpétuels, de 1132 à 754. 

2° les archontes décennaux jusqu'en 684; 

3° enfin les archontes annuels et le gouvernement tyrannique ou des Pisistratides (560-510). 

Après la chute d'Hippias et avec les lois de Clisthène commence la période de la démocratie pure, qui va jusqu'à la réduction de la Grèce en province romaine, 146 av. J.-C. La puissance exécutive était partagée entre les 9 archontes : la nomination de ces magistrats et de tous les fonctionnaires importants, le droit de paix et de guerre, le pouvoir de faire les lois, appartenaient aux assemblées populaires; le droit de suffrage était universel; tout citoyen pouvait siéger à son tour comme juge. Les habitants étaient divisés en trois classes : citoyens, habitants non citoyens, mais libres; esclaves.
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Carte de la Grèce au temps de Périclès.
Carte de la Grèce au temps de Périclès.

Les faits principaux de l'histoire d'Athènes et de l'Attique, après la fondation de la ville, l'abolition de la royauté et l'établissement de l'archontat en 1132, sont : la législation de Dracon, 624; celle de Solon, 594; la tyrannie de Pisistrate, 560; l'expulsion d'Hippias, 510; les trois Guerres médiques, 492-449, à la suite desquelles Athènes devient la première puissance de la Grèce; l'administration de Périclès, 461-429; la Guerre du Péloponnèse, 431-404. A la fin de cette guerre, Athènes est prise par les Lacédémoniens et la suprématie passe à Sparte. Le retour triomphal de Thrasybule, 403, fait cesser la domination lacédémonienne et Athènes se relève pendant la lutte de Sparte avec Thèbes (378-362). Néanmoins, elle fait de vains efforts pour reconquérir le premier rang; après avoir résisté quelque temps à Philippe II, elle finit par succomber et être assujettie à la Macédoine malgré l'éloquence de Démosthène, 338. Son histoire offre encore quelques alternatives d'indépendance et d'asservissement pendant le partage de l'empire d'Alexandre et sous les rois de Macédoine, 323-168 : un moment libre à la mort d'Alexandre, elle tombe en 296 sous le joug de Démétrius Poliorcète et est prise en 287 par Antigone Gonatas; délivrée par Aratus (229), elle est assiégée en 200 par Philippe III, puis se soumet aux Romains, avec le reste de la Grèce, en 146. Ayant voulu secouer le joug lors de la guerre de Mithridate, elle fut assiégée, prise et ruinée par Sylla, 87 avant J.-C. 

Anéantie dès lors comme puissance, Athènes demeura longtemps encore l'asile des sciences et des lettres. La philosophie et l'éloquence surtout y eurent de dignes représentants et de célèbres écoles : Alexandrie seule lui disputa cette gloire (Les Ecoles d'Alexandrie). L'histoire d'Athènes disparaît dans celle des empires romain et grec jusqu'en 1205. A cette époque, par suite de la conquête de Constantinople par les Latins, elle forma avec Thèbes, une seigneurie, puis un duché vassal de la principauté d'Achaïe qui appartint successivement aux seigneurs de La Roche et aux Brienne. En 1312, peu après le meurtre de Roger de Flor, leur chef, les Catalans l'enlevèrent à Gautier de Brienne; en 1326, ils se soumirent au roi de Sicile, Frédéric II. Vers 1370, Renier Acciajuoli, de Florence, conquit ce duché à l'aide des Vénitiens et d'Amurat I, mais en 1456 Méhémet II le dépouilla de ses possessions (L'Empire ottoman). Athènes resta aux Turcs jusqu'à l'insurrection de 1821. Horriblement dévastée pendant la guerre de l'indépendance (1821-27), elle s'est peu à peu relevée de ses ruines. Elle devint en 1834 la capitale du royaume de Grèce. Une université y fut créée en 1837, et un musée d'antiquités en 1860. Les jeux olympiques qu'Athènes a accueillis en 2004 ont été l'occasion d'importantes transformations de son urbanisme.
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Athènes.
Athènes, vue depuis l'Acropole. Source : The World factbook.

Histoire topographique d'Athènes

Il n'y a pas, dans l'histoire de l'Antiquité de nom plus imposant, plus lumineux que celui d'Athènes. L'esprit moderne lui est redevable des conquêtes les plus précieuses; il n'y a pas une seule manifestation du génie humain qui n'ait eu à Athènes son initiation et le plus souvent son modèle. Raconter tout ce que cette ville a fait pour les destinées du monde serait une oeuvre immense qui ne peut trouver ici sa place, ou plutôt l'histoire en est dispersée à toutes les pages de cette encyclopédie, sous le nom des hommes éminents qui y ont collaboré à travers les siècles, sous celui des institutions et des oeuvres qui en ont été les fruits. Nous nous bornerons ici, avant de retracer sommairement son histoire, à exposer le développement matériel de la cité depuis les origines, à montrer le lien qui unit ses monuments à évolution morale et politique, dont ils sont les symboles.

Athènes depuis les origines jusqu'aux Pisistratides
Le site d'Athènes.
Athènes, capitale de l'Attique, s'élève à quelques kilomètres au Nord de la côte occidentale de cette province; elle est comme adossée à une sorte d'amphithéâtre formé à l'Est au Nord par le mont Hymette, les monts Lycabette et Anchesmos, ayant vue au Sud sur la mer Egée, à l'Ouest sur le mont Egalée, qui borne l'horizon de la grande plaine Pédias et la sépare de la plaine Thriasienne. Le cours du Céphise, dont les divers affluents descendent des hauteurs du Parnès et du Pentélique, se réunit vers le Sud-Ouest au cours de l'Ilissus qui coule dans la vallée de l'Hymette. C'est derrière le rempart naturel, formé par le confluent des deux rivières, dans une plaine entrecoupée de collines rocheuses à qui la légende attribuait une origine volcanique, que se développa la ville. Ce sol, maigre, pierreux et sec dans les parties élevées, envahi par les marécages vers les bas-fonds, ne semblait guère propre à alimenter une ville peuplée, ni à contribuer à sa prospérité. Quoique la fable plaçât dans cette partie de l'Attique les débuts du labourage et de la culture des céréales, bienfait de Déméter apporté dEleusis par Triptolème, le blé y venait mal, l'orge seul y réussissait, avec les arbres fruitiers, en particulier le figuier et l'olivier, considérés tous deux comme des dons d'Athéna.

Il faut y joindre la vigne et aussi le jardinage avec les fleurs, très prospères le long du Céphise et de l'Ilissus où les abeilles du mont Hymette recueillaient leur miel. Mais cette infériorité du sol était compensée par les avantages du climat; l'air, plus pur en Attique que dans aucune partie de la Grèce, l'abondance des rosées nocturnes durant les grandes chaleurs de l'été, la fraîcheur agréable et stimulante des brises soufflant de la mer, tandis que les montagnes abritaient au Nord et à l'Ouest contre les vents rudes étaient favorables à la culture des plantes. Le sol, ne produisant qu'à force de travail, excitait l'activité; la mer apportait ses ressources à la vie de la cité, et comme il était impossible d'exporter les produits de la culture, à peine suffisants pour les besoins indigènes, le commerce d'exportation ne pouvait que porter sur les objets fabriqués. De là le développement des arts qui embellissent la vie, des métiers qui valent par le goût et l'habileté des artisans comme la céramique. Les carrières de marbre du Pentélique, les mines d'argent du Laurium, fournissaient, les unes la matière première des constructions architecturales, les autres le numéraire pour la facilité de l'échange. C'est à l'ensemble de ces conditions, des avantages et aussi des inconvénients de sa position topographique, qu'Athènes fut en partie redevable des qualités de ses habitants et, par elles, de ses grandes destinées.

Le nom d'Athènes.
Le nom que porte la ville dans l'histoire ne lui appartenait pas en propre, et pour la distinguer on l'appelait Athènes attique, Athenae Atticae. On comptait en effet dans l'Antiquité neuf villes ou bourgades appelées Athènes. Les plus célèbres étaient Athènes Diades en Eubée et Athènes de Béotie, sur le rivage Sud du lac Copaïs, laquelle fut de très bonne heure engloutie par les eaux. Toutes ces villes sans exception avaient reçu leur nom de la divinité Athéna, dont le culte s'y trouvait particulièrement en faveur. Des appellations empruntées ainsi aux dieux protecteurs ou fondateurs étaient fréquentes en Grèce; Athéna, par ses surnoms, a servi à en désigner d'autres, Alalcomené, par exemple, en Béotie et dans l'lle d'Ithaque; Aléa en Arcadie et en Thessalie. Quant à Athènes ('Athènai), la forme du pluriel qui se retrouve pour d'autres villes, comme Syracuses (Syrakosai) en Sicile, et Apelles ('Apellai) en Asie Mineure, signifie que la cité fut formée par la réunion de plusieurs bourgs voisins et d'abord séparés. L'histoire légendaire confirme ce fait; Athènes, habitée par une population pré-hellénique, portait originairement le nom de Cecropia, qu'elle reçut de Cécrops, le premier des rois dont l'histoire légendaire ait gardé le souvenir. Certaines traditions le disaient venu d'Égypte d'où il aurait apporté dans l'Attique le culte de Neith devenue Athéna, et celui de Phtha qui fut Héphaistos. D'autres au contraire présentaient les fondateurs d'Athènes comme des Hellènes autochthones; et de fait, les recherches de la science mythologique ne confirment en rien la prétendue descendance égyptienne des Cécropides et de leurs plus antiques divinités.

Athènes et l'invasion dorienne.
L'Athènes primitive paraît s'être limitée à la partie de la ville qui s'appela plus tard l'Acropole; accessible seulement du côté Ouest, cette colline haute de 154 m, qui a environ 300 m dans sa plus grande longueur et 130 m de largeur, avait été entourée de très bonne heure par un mur d'enceinte relié à un système de fortifications du côté Ouest, qui s'appelait le Pelasgicon, du nom donné aux premiers habitants, ou l'Ennéapylon, à cause des neuf portes qui donnaient accès au dehors. Lors de l'invasion du Péloponnèse par les Doriens, les peuples de ioniens qui en avaient été chassés se réfugièrent d'abord dans les montagnes d'Egalée, d'où ils ne tardèrent pas à descendre dans la plaine Pédias qui menait à Athènes.

Leur lutte contre les descendants de Cécrops est personnifiée dans Ion, fils de Xythos ou plus exactement d'Apollon, le dieu protecteur des Ioniens (Apollon Patroos), qui s'unit avec Créuse, la fille du roi Erechthée. Ainsi la population ionienne se mêla avec la population pré-hellénique autochthone au point de l'absorber; l'épithète de iostephanoi, couronnés de violettes, par laquelle les anciens poètes aimaient à saluer les Athéniens, rappelle leur descendance ionienne. C'est alors que l'accroissement de la population entraîna l'extension de la ville; elle se répandit dans la plaine bordée par l'Illissus et le Céphise et s'augmenta de plusieurs quartiers nouveaux.

L'origine des cultes à Athènes.
La légende a gardé le souvenir d'une autre émigration, qui dans le même temps mit les Athéniens aux prises avec les habitants d'Eleusis conduits par leur roi Eumolpos, lutte qui se combina avec celle des Erechthides contre Ion; toutes deux se terminent par l'organisation fédérative des diverses populations en présence; elles se groupent dans l'unité du culte commun d'Athéna, et fondent la cité d'Athènes. L'honneur de cette unification est attribuée au roi Thésée qui doit être considéré ainsi comme le véritable fondateur de la puissance athénienne. Sous son règne, le cycle des divinités, dont les cultes représentent les faces diverses de la vie politique et sociale, et qui commence par le Zeus Pélasgique, a reçu Apollon, le dieu national de tous les Ioniens; ceux des îles avaient apporté, d'Égée probablement, la religion de Poseidon, représentée d'abord par la mythologie comme en rivalité avec celui d'Athéna. On était redevable à Eumolpos des mystères Eleusiniens, qui impliquaient le culte de Déméter, de Cora et de Dionysos. 

Thésée lui-même, outre la religion d'Héraclès, duquel il avait partagé les aventures, dota la ville des cultes d'Aphrodite et de Peitho; il n'y eut plus à Athènes qu'une seule commune, un seul foyer dont le siège fut le Prytanée bâti au Nord de l'Acropole, et auquel les Ioniens des colonies asiatiques venaient, dans la suite, emprunter le feu sacré. Ces heureux résultats furent célébrés chaque année dans la fête appelée Synoikia, fête de la Réunion, qui précédait de quelques jours celle des Panathénées, dont l'institution est également rapportée à Thésée. Aux temps homériques, s'il n'est pas absolument certain que la mémoire de Thésée jouit déjà des honneurs dont la poésie des âges suivants apporte le témoignage, du moins le nom d'Athènes possède un grand éclat. L'Iliade (I, 546) en parle comme d'une ville bien bâtie, dême du magnanime Erechthée, que nourrit Athéna fille de Zeus, et qu'enfanta la Terre fertile; elle n'oublie pas non plus le riche sanctuaire où les fils des Athéniens offrent chaque année des hécatombes de taureaux et d'agneaux.

La topographiue primitive de la ville.
Lorsqu'on examine, à la lumière de ces faits, moitié historiques moitié légendaires, la topographie réelle d'Athènes, il n est pas trop mal aisé d'en restituer la formation jusqu'aux temps historiques proprement dits. L'Acropole demeura le centre religieux de la cité; c'est là que s'élevait le sanctuaire dont parle l'Iliade, l'Erechthéion, dédié à Athéna Polias, c. -à-d. protectrice de la cité. Elle y était honorée de concert avec Poseidon, le dieu privilégié des Ioniens maritimes, le père idéal de Thésée. Sur l'emplacement même du temple, il avait disputé à Athéna l'empire de la ville nouvelle, la dotant du cheval guerrier et faisant jaillir du roc la source salée, symbole de la royauté des mers. Là aussi poussait l'olivier légendaire, don pacifique d'Athéna. Autour du temple, plus tard auprès du Prytanée que Thésée éleva au bas du rocher Nord de l'Acropole, se groupèrent d'antiques familles sacerdotales; ainsi les Butades ou Etéobutades, descendants de Butès, le favori d'Athéna et le représentant des travaux de l'agriculture. 

Les Ioniens immigrés s'établirent entre les pentes Sud de l'Acropole, s'étendant à l'Est vers la colline des Muses et à l'Ouest vers les rives de l'llissus, dans la partie basse et marécageuse qui s'appelle le Marais, jusqu'à la fontaine Callirrhoé. Toute cette partie de la ville fut appelée Kydathénaion, c.-à-d. Athènes illustre et authentique : il y faut chercher le noyau de la cité reconstituée par Thésée. Trois temples s'y élevaient aux divinités privilégiées des habitants : le Pythion ou sanctuaire de l'Apollon de Delphes au voisinage de la fontaine Callirrhoé; le Lenaion, temple de Dionysos au Sud-Est de l'Acropole, puis un peu plus à l'Est, dans la direction des Jardins, un temple en l'honneur de Zeus, d'Olympie et de Gaïa; c'est ce temple qui plus tard allait devenir l'Olympiéon, le plus considérable des monuments sacrés d'Athènes, celui dont la construction, plusieurs fois abandonnée, ne fut achevée que sous l'empereur Hadrien.

Un quartier tout aussi ancien que le Kydathénaion est celui de Mélite, situé à l'Ouest du premier et de l'Acropole et dont l'enceinte naturelle était formée par la colline des Nymphes et celle du Pnyx, qui se reliait à la colline des Muses. C'est là que les évocations du roi Thésée et d'Héraclès étaient le plus nombreuses. Mélite, selon la légende, était le nom d'une épouse d'Héraclès; mais sans doute l'origine première du nom, comme de ce mythe, doit être rapportée à la grande quantité de mélisse qui poussait en ce lieu. Ce quartier semble avoir été habité primitivement par des artisans, accueillis dans l'unité politique d'Athènes, grâce à l'influence d'un roi à qui la légende donne le caractère d'un souverain démocratique. Le Théséion qui y fut bâti plus tard devait être un asile inviolable pour les esclaves fugitifs, pour les malheureux et les suppliants. Lors des fêtes en l'honneur de Thésée, les pauvres et les vieillards étaient nourris aux frais de la ville. 

C'est dans Mélite que s'élève la colline d'Arès, l'Aréopage, qu'il ne faut pas confondre avec le tribunal de ce nom. La colline, située à l'Ouest de l'Acropole, en est séparée par une dépression de terrain où passait une rue menant au Céramique. Arès, après le meurtre d'Halirrhotios, fils de Poseidon, y avait été jugé et acquitté par l'assemblée des douze grands dieux. Athéna prit occasion de ce jugement pour fonder le tribunal qui, mettant fin à la loi barbare du talion, fit régner à Athènes la justice tempérée par la clémence. Le tribunal, installé sur le sommet Est de la colline, occupait une plate-forme à laquelle conduisaient seize marches dont Ia trace est visible encore, ainsi que celle des sièges taillés dans le roc. 

Non loin, dans la direction de l'Acropole, s'élevait le temple d'Arès, où ce dieu était honoré en compagnie d'Aphrodite, d'Athéna et d'Enyo. Dans le voisinage, était le sanctuaire des Erinyes, les terribles déesses. En face de l'Aréopage, vers l'Ouest, se dresse la colline du Pnyx où le peuple était convoqué, dès les temps de la royauté, pour délibérer sur les affaires publiques; l'institution de l'Archontat, à la mort de Codrus, puis le caractère temporaire donné à cette magistrature élective qui s'était substituée à la royauté, grandit l'importance du lieu et en fit élargir les limites. Cette partie de la ville, en y comprenant l'Acropole, justifie l'épithète de rocailleuse, que les poètes donnaient à Athènes; peut-être que Mélite fut le berceau des Cranaens, ou descendants de Cranaüs, dont la légende avait fait un fils de Cécrops et qui est une personnification du sol pierreux et aride.

Le Nord d'Athènes était formé de trois quartiers qui sont, en allant de l'Ouest à l'Est, le Céramique, Kollytos et Diomeia. Le premier est redevable de son nom aux potiers qui y habitaient en grand nombre; il s'étendait au pied de l'Acropole vers l'Ouest de la ville dont il franchissait le mur d'enceinte dans la direction de l'Académie; il devait son importance à la place du Marché, ou Agora nouvelle; l'Agora, dans les villes antiques, est le centre de l'activité politique et sociale. Celle d'Athènes, dont l'organisation date vraisemblablement des dernières années de la royauté et concorde avec l'évolution des idées démocratiques, était située dans la légère dépression bordée au Sud par les pentes de l'Acropole, à l'Est par le renflement du sol qui se relève vers le Prytanée, à l'Ouest par les premières ondulations de la colline an sommet de laquelle fut placé le temple de Thésée. 

Le terrain uni qui l'avoisinait au Nord était traversé, de l'Est à l'Ouest, par une voie qui plus tard élargie devint une des rues principales de la ville (Dromos), et conduisait dans le Céramique extérieur. Ce quartier possédait un temple d'Apollon Patroos, qui atteste l'origine ionienne de ses habitants; mitoyen avec Mélite, il était, comme lui, le siège du culte de Thésée et d'Héraclès; une légende qui se rattache à l'histoire du premier de ces héros faisait de Ceramos, le héros éponyme du quartier, un fils de Dionysos et d'Ariane. Les quartiers de Kollytos et de Diomeia, situés l'un au Nord de l'Acropole et l'autre au Nord-Est, étaient mis en rapport avec la personnalité d'Héraclès, qui lors de son passage à Athènes aurait reçu l'hospitalité de Kollytos, dont Diomos était le fils. 

La parenté religieuse des habitants de Mélite avec ceux des deux quartiers voisins se manifestait aux fêtes des Metageitnia, les premiers se rendant cher les seconds pour célébrer le souvenir d'une antique émigration. Diomeia, comme le Céramique, s'étendait hors des murs dans la direction de Marathon et de l'Hymette; le Cynosarge, sanctuaire et gymnase que Diomos voua à Héraclès, faisait partie de Diomeia hors des murs. Avec le quartier des Scambonides, dont la place dans l'enceinte des murs est indéterminée, nous obtenons ainsi, au commencement de la période historique, six Dêmes urbains pour la ville d'Athènes. Kydathénaion, Mélite, le Céramique, Kollytos, Diomeia et les Scambonides. 

D'autres ont porté le nombre des Dèmes urbains à dix, correspondant à celui des tribus, lesquelles de quatre montèrent à ce chiffre après Clisthènes. Il existe en effet des témoignages affirmant que les villes d'Erétrie et d'Histiée, en Eubée, furent dénommées d'après des dèmes athéniens. En ajoutant à ces deux noms les Limnae ou Marais et un autre quartier à détacher de Kollytos ou de Diomeia qui se développèrent jusqu'au IIe siècle de notre ère, pour en faire des Dèmes, on arrive au total de dix. Mais toutes ces combinaisons ne reposent que sur de vagues conjectures. Il est probable que les dèmes d'Histiée et d'Erétrie, s'ils ont existé, se fondirent de très bonne heure, le dernier dans celui du Céramique, le premier dans quelque autre, difficile à déterminer. Durant sept siècles, depuis l'époque de sa fondation jusqu'à la domination des Pisistratides, telle fut l'étendue d'Athènes, les quartiers situés au Nord et au Nord-Est se peuplant les derniers, comme l'atteste l'émigration des habitants de Mélite vers Diomeia, précédée de la réunion (synoikia) de Mélite à Kydathénaion.

La division de la population athénienne.
La population y était d'abord divisée en trois classes les Eupatrides, ou gens de bonne maison, les Géomores, on cultivateurs, et les Démiurges ou artisans. Parmi les Eupatrides, les uns étaient indigènes comme les Butades, et les autres d'origine étrangère comme les Eumolpides. Les Ioniens introduisirent une division en quatre tribus (phylai) qui furent les Géléontes, les Hoplètes, les AEgicores et les Argades; si dans le nom des trois dernières, il est facile de reconnaître les soldats, les chevriers ou bergers et les artisans, le nom de la première ne peut s'appliquer, par conjecture, qu'aux propriétaires fonciers. Sans doute qu'il fut une extension, sur la base du cens, de l'antique classe des Eupatrides. 

Des historiens ont voulu y voir une caste de noblesse sacerdotale, institution qui ne fut nulle part dans les moeurs helléniques, les fonctions religieuses pouvant devenir le partage de tous les citoyens sans distinction. Il est probable que la tribu des Hoplètes était fournie par les Ioniens aventureux et batailleurs; elle constituait une noblesse guerrière en opposition avec la noblesse terrienne, mais qui bientôt se confondit avec elle. Les AEgicores, qui correspondaient aux Géomores primitifs, petits propriétaires demandant leur vie à un travail pénible et peu rémunérateur, ne tardèrent pas à devenir la proie des nobles, dont les privilèges et la puissance allaient sans cesse grandissant. 

Le malaise qui en résulta pour la population d'Athènes se manifesta d'une façon violente lors de l'attentat de Cylon et de l'expulsion des Alcméonides. Il y fut porté remède par les réformes politiques et judiciaires de Solon, qui organisa une démocratie tempérée et refondit les classes au prorata de la fortune. Les lois nouvelles, inscrites sur des pyramides en bois blanchi, furent exposées sur l'Acropole et mises sous la garantie d'Athéna.

Athènes depuis les Pisistratides jusqu'après les Guerres médiques.
La ville au temps de Pisistrate.
Cette régénération politique et sociale de la ville concorde avec une ère d'extension et d'embellissements matériels. Solon n'a pas plutôt achevé son oeuvre, qu'un Eupatride, qui rattachait ses origines à Nestor, roi de Pylos, Pisistrate, établi près de Brauron, bourg célèbre par le culte d'Artémis, réussit à confisquer à son profit le gouvernement d'Athènes, en s'appuyant sur les éléments démocratiques de la ville, sur les sympathies des montagnards du Pentélique et des vignerons de la Diacria, au milieu desquels il vivait. De concert avec ses fils. Hippias et Hipparque, il chercha à se faire pardonner sa tyrannie en donnant une impulsion considérable aux travaux publics pour l'embellissement et l'extension de la ville. Du temps des Pisistratides date un grand nombre de monuments; chose aussi importante, sous leur domination, l'orientation topographique des intérêts de la ville fut changée. Jusque-là, C'était la partie située au Sud de l'Acropole et regardant vers la, mer, le Kydathénaion, qui était demeuré le centre de la vie publique. Là habitaient les Eupatrides à la fois propriétaires des terres de la vallée du Céphise, et attentifs au commerce maritime qui se pratiquait à leur profit dans la rade de Phalère. Pisistrate ayant trouvé ses meilleurs appuis parmi les artisans de Mélite et du Céramique, désireux d'ailleurs de favoriser les Dèmes ruraux situés au Nord où se trouvaient ses principales propriétés, c'est de ce côté qu'il porta ses innovations et ses transformations. L'Agora, sous la forme que nous lui connaissons, est son ouvrage. 

Les principaux monuments qui l'entouraient étaient le Portique qui, après la défaite de Xerxès, devint celui de Zeus Eleutherios auquel confinait le Portique Royal, plus au Sud le palais du Sénat ou Bouleutérion était séparé de ce dernier édifice par un temple de l'Apollon Ionien, restauration d'un antique sanctuaire. La face Sud, au bas de l'Acropole et de l'Aréopage, était occupée par le Tholos, où les prytanes sacrifiaient et prenaient leurs repas. Quant au Métroon ou temple de Rhéa Cybélé, dont la religion est venue d'Asie, c'est une construction qui date de Périclès. A proximité se trouvait le lieu de réunion pour le vote par ostracisme et une sorte d'orchestre pour la récitation des choeurs lyriques et des rhapsodies. Après l'expulsion d'Hippias, l'on y éleva les statues des tyrannicides, Harmodius et Aristogiton. Les distances vers les bourgades et les villes voisines étaient calculées de cette place; servant d'ailleurs aux marchés publics, et attirant sous les portiques les citoyens oisifs, elle devint véritablement le centre de la vie publique d'Athènes. L'ancienne Agora, située au bas de l'entrée Sud de l'Acropole, fut délaissée, et Kydathénaion perdit son prestige. Au temps de Périclès, c'est dans le Céramique et dans Kollytos qu'il faut chercher les maisons des citoyens importants. Au delà de l'enceinte, au milieu des jardins et des bois d'oliviers que traverse la Voie Sacrée, Hipparque entoura d'un mur et organisa en gymnase public une de ses propriétée, l'Académie, que Cimon embellit et qu'illustra Platon.

Une institution du même genre et qui fut l'oeuvre de la même famille est le gymnase du Lycée, dédié à Apollon, au Sud du Cynosarge, près de la route de l'Hymette. Les divinités protectrices des Pisistratides, Zeus, Athéna, Dionysos, Apollon, reçurent des temples nouveaux ou virent embellir d'antiques sanctuaires. Hipparque entreprit de transformer celui de Zeus Olympique et de Gaia, mais n'eut pas le temps d'avancer son ouvrage; la haine de la tyrannie fut cause que longtemps cette construction demeura abandonnée. Le Pythion, situé près de la fontaine Callirrhoé, et cette fontaine elle-même devinrent l'objet de restaurations considérables; celle-ci fut ornée d'une colonnade et d'un déversoir à neuf bouches qui lui valut le nom de Enneacrounos; et comme des canalisations nouvelles suffisaient à la consommation de la ville, l'antique fontaine demeura exclusivement réservée à des usages sacrés. Enfin, les Pisistratides, qui avaient donné aux Panathénées un éclat extraordinaire, construisirent sur l'Acropole, en face de l'Erechthéion, un temple de style dorique, spécialement aménagé pour la célébration de ces fêtes. Ce temple, détruit par l'invasion de Xerxès, fournit ses fondations au Parthénon. La ville en général fut percée de rues larges et pourvue de places spacieuses; elle se couvrit de statues représentant les dieux (sur l'Agora se trouvaient celles des douze grands dieux, Dionysos, dit-on, sous les traits mêmes de Pisistrate) ou des héros éponymes, fondateurs, protecteurs, organisateurs légendaires de la cité.

Le meurtre d'Hipparque et l'expulsion d'Hippias, fils de Pisistrate, n'arrêtèrent pas la transformation artistique d'Athènes. En l'année 500, sur la pente Sud-Est de l'Acropole, fut construit le premier théâtre en pierre, le théâtre de Dionysos, ainsi nommé à cause du voisinage du Lenaeon qui attestait la protection spéciale dont le dieu honorait les jeux scéniques. Venus d'Icaria et de Mégare à Athènes, ces jeux étaient à l'origine un des éléments des Dionysiaques, comme le chant des rhapsodes faisait partie des Panathénées. Le théâtre, considérablement embelli dans la suite, était une construction fort simple à l'origine; les gradins des spectateurs étaient taillés dans le rocher; l'orchestre et la scène seuls avaient motivé une construction proprement dite. Dans le même temps, le Pnyx, lieu des assemblées publiques, fut élargi, pourvu d'une double tribune et, comme le théâtre, garni de sièges élémentaires, pour lesquels on utilisa les déclivités naturelles du terrain.

La ville pendant les Guerres médiques.
Les Guerres médiques furent la crise suprême où la civilisation athénienne pouvait être anéantie, d'où elle sortit, contrairement aux prévisions, grandie, fortifiée, étonnant le monde par l'épanouissement des fruits les plus merveilleux. C'est à Marathon, au Nord d'Athènes, dans le rayon immédiat de sa vie civile, que l'Athénien Miltiade battit les soldats de Darius; c'est à Salamine, en vue de l'Acropole, dans la rade même que sillonnait chaque jour l'actif commerce d'Athènes, que l'Athénien Thémistocle porta à la marine de Xerxès un coup dont elle ne devait plus se relever; que l'Athénien Aristide montra, en descendant dans l'île de Psyttalie, les rudes qualités des hoplites d'Athènes. Après le passage des Thermopyles, ce fut sur Athènes que Xerxès porta ses coups les plus forts; il y sentait l'âme même de la Grèce, le centre moral de la résistance. 

Tandis que Thémistocle transportait à Trézène et dans l'île de Salamine la majeure partie de la population, afin de livrer sur mer le combat décisif, quelques obstinés, interprétant au sens exact l'oracle des murs de bois, s'enfermèrent dans l'Acropole, qui, à l'Ouest et au Nord-Ouest (l'Enneapylon avait été rasé après la chute de Hippias), n'était plus défendu que par des palissades et par des plantations d'oliviers. L'armée assiégeante s'installa sur la colline de l'Aréopage située en face de là; elle incendia les faibles défenses de l'Acropole. Il est hors de doute que le siège fit de la ville, telle que les Pisistratides l'avaient ornée, un amas de ruines; l'Erechthéion et le temple inachevé encore, qui avait été élevé en face par Pisistrate, furent compris dans la désastre. Mais l'indépendance était sauve et le sentiment national, surexcité parles victoires les plus inespérées, se prêtait à tous les sacrifices. 

La ville et ses monuments sortirent des cendres, comme la renommée athénienne des périls, embellis et agrandis. Après la guerre, les indications de Xénophon donnent pour les parties comprises dans l'enceinte, laquelle s'étendit quelque peu au Nord vers le Lycabette, un total de 10,000 maisons, et les calculs les plus probables portent la population, métèques et esclaves compris, à 120,000 habitants, dont un sixième environ de citoyens. La population du Pirée et des bourgs suburbains n'est pas comprise dans ce chiffre. S'il en tant croire Thucydide, l'enceinte tout entière avait un développement de 43 stades, c.-à-d. environ huit kilomètres. Cependant le relevé très exact du tracé fait par les archéologues modernes ne donne que 32 stades ou six kilomètres; on fait disparaître la divergence en admettant que le stade, selon Thucydide, ne comportait que 500 pieds au lieu de 600 qu'on lui attribue d'ordinaire.

Portes et remparts.
Les recherches des archéologues donnent un total de douze et même treize portes percées dans cette enceinte. Neuf seulement sont citées par les auteurs, et paraissent avoir eu une réelle importance. Dans le nombre il en est, à l'Est et au Sud-Est de la ville, c.-à-d. dans les parties embellies par l'empereur Hadrien, qui étaient de construction relativement récente. La plus considérable est celle qui conduisait au Céramique extérieur et aboutissait à l'Agora par le Dromos : le Dipylon, ainsi nommée parce qu'elle était double. Droit au Nord de l'Acropole, devant la porte dite d'Acharnes, trois routes menaient à Alopèce, à Cephisia, à Acharnes. Une porte plus petite s'ouvrait vers le Lycabette. Le quartier de Diomeia était mis en rapport avec le Cynosarge et le Lycée par les portes dites de Diomeia et de Diocharès; avec le faubourg d'Agrae, par une porte qui débouchait sur le Stade et dont le nom est inconnu. Il y en avait deux qui allaient du Marais à la fontaine Callirrhoé et au delà de l'Illisus vers Sunium. La porte ionienne conduisait à Phalère; celle qui s'ouvrait entre la colline des Muses et les hauteurs du Pnyx, à Munychie; la porte du Pirée, située à l'Ouest, menait à l'Agora par la rue des Hermès. Entre la route du Pirée et la Voie Sacrée vers Eleusis, il y avait des tombeaux qu'on suppose avoir été ceux des chevaliers, d'où l'une des deux portes, on ne sait laquelle, aurait pris le nom de porte des Chevaliers . Il est plus vraisemblable que ce nom s'appliquait à une autre porte, percée dans la dépression entre la colline des Nymphes, au bas de laquelle était la porte de Mélite, et la route du Pirée; elle conduisait sans doute à l'hippodrome où s'exerçaient les chevaliers.
Après la guerre cette enceinte fut rebâtie, malgré la jalousie des autres Grecs et l'opposition des Lacédémoniens, à l'instigation de Thémistocle. 

« Les fondations, dit Thucydide, étaient composées de pierres de toute espèce qu'on disposait sans régularité et selon que chacun les apportait; les stèles des tombeaux et les pierres travaillées y figu raient en grand nombre. » 
Mais pour Thémistocle, qui avait fait partager son opinion à la grande majorité de ses concitoyens, c'est du côté de la mer qu'il fallait chercher la force et assurer la sécurité d'Athènes. La ville possédait deux ports, l'un à Phalère, situé directement au Sud, à cinq kilomètres environ des remparts, l'autre au Pirée, dans la direction de Salamine, avec une double rade, la première et la plus considérable à l'Ouest, la seconde, dite de Munychie, à l'Est, faisant face au port de Phalère. Il s'agissait de relier ces ports à la ville par un système de fortifications qui empêchât toute attaque inopinée du côté de la mer. Ce système s'appelle chez les écrivains grecs les Longs Murs, ou, comme ils étaient au nombre de deux, les Longues Jambes. Le mur du midi se rattachait à l'enceinte près de la colline des Muses, celui du Nord aboutissait à la colline des Nymphes; ils couraient parallèlement dans la direction du Pirée, à quatre-vingts mètres environ l'un de l'autre, à travers la plaine aujourd'hui marécageuse, et se reliaient aux fortifications du Pirée et de Munychie. Thémistocle ne put que commencer cet immense travail; il semble que ses successeurs ne donnèrent aux murs que la moitié de la hauteur prévue par lui, c.-à-d. 20 coudées au lieu de 40 (environ 9 m). Enfin des historiens parlent d'un troisième mur, moins important et qui ne fut pas entretenu longtemps, qui rattachait Phalère au front Sud de l'enceinte dans la direction de l'Enneacrounos. Il semble résulter de divers témoignages du temps de Périclès, que le plan de Thémistocle, repris par Cimon, comportait les deux murs qui allaient, l'un au Pirée et l'autre à Phalère, et que le troisième mur, celui du milieu, fut construit seulement par Périclès.

Athènes depuis les Guerres médiques jusqu'à Alexandre.
On comprend qu'au lendemain de l'incendie d'Athènes et avec les préoccupations que causait sa sécurité, Thémistocle n'ait pas songé à construire des édifices luxueux et à continuer les traditions des Pisistratides. On ne cite de lui comme ayant un caractère architectural qu'un temple d'Artémis Aristobulé dans le quartier de Mélite. Mais ce qu'il n'avait pu faire fut entrepris par Cimon qui, dans l'oeuvre de l'embellissement, continue Pisistrate et annonce Périclès. L'action politique de ce dernier concorde d'ailleurs avec la plus belle période mouvement littéraire et artistique d'Athènes. La tragédie avec Eschyle et Sophocle, la comédie avec Cratinus, qui allait être dépassé par Aristophane, se développaient en même temps que la céramique, la peinture et la sculpture; Agatharchus mettait la peinture au service des jeux scéniques; Polygnote, ami personnel de Cimon, se consacrait à la décoration par la peinture historique et légendaire des temples et des édifices publics. Les sculpteurs athéniens, se dégageant des formes raides et des attitudes hiératiques, rivalisaient d'expression et de variété avec les célèbres écoles de Sicyone, d'Argos et d'Egine. Ce fut encore l'Agora qui reçut les embellissements les plus considérables; la place fut plantée de platanes, et les monuments, commencés ou ébauchés naguère par les Pisistratides, furent reconstruits sur des plans plus grandioses par Pisianax, gendre de Cimon, puis décorés par Polygnote. Le Pécile élevé en face du Portique Royal doit son nom aux peintures qui en couvraient les murs. Cimon, après sa campagne de Thrace, avait ramené de Scyros les ossements du roi Thésée et les avait placés dans le Théséion, restauré pour la circonstance et embelli par le pinceau de Polygnote. L'Anakeion ou temple des Dioscures, situé au Nord de l'Acropole, sur les pentes qui menaient à l'Agora, devint, lui aussi, une salle de peintures et bientôt en porta le nom : la Pinacothèque. 

La partie Sud de l'Acropole, qui avait beaucoup souffert du siège, fut fortifiée à nouveau, avec le riche butin conquis sur les côtes de l'Asie et de la Thrace. Peut-être Cimon lui-même éleva-t-il un petit temple ionique dédié à la Victoire sans ailes (Niké Apteros), qui couronna le bastion Sud appelé Pyrgos, et sans doute que le reste de l'Acropole devint également l'objet de ses soins. Ajoutons à ces divers travaux les embellissements de l'Académie dans le Céramique extérieur, et, de la part des citoyens aisés, une rivalité à la fois patriotique et artistique, pour que la ville, miraculeusement sauvée de la ruine, fût digne, par ses maisons autant que par ses monuments, de son rôle politique, militaire et civilisateur.

Cependant Cimon paraît avoir sacrifié outre mesure, pour son oeuvre de restauration, aux souvenirs de son père et aux intérêts de sa famille. Dans son affectation à réintégrer dans la patrie Thésée, le grand organisateur méconnu et disgracié, il est impossible de méconnaître une glorification de cet autre méconnu, de Miltiade le père de Cimon. Périclès, politique, administrateur, général, n'eut en vue que l'intérêt supérieur d'Athènes. C'est par lui que la grandeur morale et la magnificence matérielle de la cité arrivèrent à leur plein épanouissement :

« Tout se rencontra à la fois, le génie dans les artistes, les lumières et la magnificence dans les hommes d'Etat, des sources inespérées de richesse pour le trésor public, la paix au dedans, au dehors la gloire militaire et ses enivrements » (Beulé, l'Acropole).
Sur l'Acropole, Périclès reconstruit le Parthénon, ce temple de style dorique, qui, entrepris par Pisistrate, avait été renversé par les Perses avant son achèvement; il y joignit les Propylées dont les portiques semblaient couronner l'Acropole comme d'un diadème de marbre blanc; puis il restaura l'Erechthéion, l'antique sanctuaire d'Athéna Polias.

Le Parthénon avait été achevé le premier; les Propylées, commencées en 436, se trouvaient entièrement terminées cinq ans après. C'était le trésor commun des alliés, rapporté du temple d'Apollon à Délos, qui subvint à la dépense. Périclès considérait ces grands travaux comme l'application la plus sage et la plus élevée des principes du gouvernement démocratique. Par eux il répandait l'abondance dans toutes les conditions, et cette abondance était le fruit d'un labeur intelligent, qui mettait en mouvement toutes les classes actives de la population; elle était payée par l'argent des alliés, à qui Athènes garantissait en retour la sécurité et par elle la prospérité. Cimon avait eu Polygnote; Périclès eut Phidias, et avec lui toute une légion de statuaires, de peintres et d'architectes éminents, Callicrate et Ictinus qui construisirent le Parthénon, Mnésiclès qui éleva les Propylées, Panoenus, frère de Phidias, qui présida à la décoration picturale. En dehors de l'Acropole, Périclès éleva, peut-être à ses frais, l'Odéon ou Théâtre couvert, à l'Est du grand théâtre à ciel ouvert de Dionysos, pour les représentations musicales et la récitation des oeuvres lyriques. A proximité était le quartier des Trépieds, ainsi nommé à cause des monuments par lesquels les chorèges perpétuaient le souvenir de leurs victoires scéniques. Depuis Périclès, la fête des Panathénées durait six jours entiers et admettait toutes les variétés de jeux, de spectacles et d'exercices, où le sens artistique, la vigueur plastique, les facultés littéraires des Athéniens trouvaient l'occasion de se manifester. Dans les intervalles de répit que laissait la guerre du Péloponnèse, c'est encore de ce côté que les embellissements de la ville se continuèrent, Lycurgue acheva le grand théâtre de Dionysos, l'orna avec les statues des poètes tragiques, et plaça leurs oeuvres sous la garantie de l'autorité publique. Le faubourg d'Agrae, situé de l'autre côté de l'llissus, au pied de l'Hélicon, reçut un stade pour les jeux gymniques; le gymnase du Lycée et celui du Cynosarge furent agrandis ou restaurés.

De simples particuliers élevaient à leurs frais des monuments publics. Platon fit construire à l'Académie un temple des Muses et Lysicrate un petit sanctuaire en marbre au Nord-Est de l'Acropole, au bout de la rue des Trépieds, sanctuaire qui est connu sous le nom de Lanterne de Démosthène; Thrasyllus, en avant d'une grotte dédiée à Apollon et à Artémis, sur le versant Est de l'Acropole, une sorte de terrasse avec colonnade. En souvenir d'une victoire scénique, il y plaça une statue de Dionysos avec un trépied sur les genoux. Il ne semble pas que la prise d'Athènes par les Lacédémoniens de Lysandre ait amené d'autres ruines que celle des Grands Murs, renversés dans un intérêt stratégique, et celle des fortifications du Pirée. Conon les rétablit les uns et les autres, mais il abandonna le mur dit de Phalère, et en prit les matériaux pour restaurer les deux autres.

Athènes depuis Alexandre jusqu'aux voyages de Pausanias (160 ap. J.-C).
Athènes à l'époque hellénistique.
Si les deux siècles qui s'écoulèrent depuis l'avènement des Pisistratides jusqu'à la bataille de Chéronée, furent pour Athènes une période d'expansion glorieuse, due à ses propres ressources, les temps de la domination macédonienne, à laquelle succéda la domination romaine, offrent le curieux spectacle d'une ville imposant le respect à ses maîtres, comblée de bienfaits par eux et maintenue dans sa splendeur matérielle, comme un objet précieux, dont les possesseurs s'appliqueraient à conserver la valeur avec soin. 

Le prestige d'Alexandre, que se partagèrent les héritiers de son empire, n'était pas fait seulement d'illustration militaire, il y entrait, pour une grande part, de cet éclat moral et intellectuel dont l'hellénisme était redevable surtout à Athènes. Aussi cette ville fut-elle de plus en plus considérée comme la capitale des arts et des lettres, comme la maîtresse intellectuelle du monde antique. Les souverains asiatiques qui s'étaient partagé l'empire d'Alexandre et plus tard les Romains, héritiers de leur puissance, affectaient de témoigner à Athènes le respect le plus profond, se préoccupaient de l'opinion d'Athènes, cultivaient sa faveur par des générosités de tout ordre. C'est ainsi que Ptolémée Philadelphe construisit au Nord-Ouest de l'Acropole, entre l'Agora et le temple de Thésée, un gymnase avec une bibliothèque, lieu de rendez-vous pour les discussions philosophiques et les récitations littéraires, Eumène Ier, ajouta au théâtre de Dionysos un portique couvert, pouvant abriter les spectateurs en cas de mauvais temps. Attale Ier fut l'auteur du portique qui porte son nom et qui complétait la décoration de l'Agora à l'Est, en face du portique de Zeus libérateur. De plus il fit placer sur l'Acropole quatre groupes de statues, destinées à perpétuer le souvenir de ses victoires sur les Gaulois. Sur ces mêmes remparts, Antiochus Epiphane éleva une statue d'Athéna avec l'Egide et la Gorgone, la face tournée vers la mer, dans l'attitude d'une divinité protectrice. La mort seule l'empêcha de mener à bonne fin la construction du temple de Zeus Olympien, à l'Est du Marais, temple entrepris par Hippias et abandonné à diverses reprises. Avant tous ces rois, Demetrius de Phalère, grand orateur en même temps qu'administrateur remarquable, avait, avec l'appui d'une garnison macédonienne, procuré à la ville une ère de paix et de prospérité. Le temple d'Eleusis lui fut redevable d'une colonnade monumentale; le Pirée, d'un arsenal qui comptait parmi les plus beaux édifices d'Athènes.

Athènes sous la domination romaine.
Les Romains eurent quelque peine d'abord à réprimer leurs instincts de rapacité et de barbarie, lorsque, après avoir détruit Carthage, ils conquirent l'Asie, la Macédoine et la Grèce. Corinthe, Ambracie, Athènes elle-même assiégée et prise par Sylla, eurent à en souffrir. Mais le sentiment religieux et la raison d'état inspirèrent des procédés plus humains; bientôt, l'éclat artistique et littéraire des cités helléniques éblouissant les yeux du vainqueur, celui-ci fut vaincu à son tour, et se contenta de remporter dans sa cité, avec le goût des belles choses et des occupations intelligentes, une sympathie toute spéciale pour les Grecs qui y excellaient. Pausanias remarque que le pillage d'Athènes et la ruine de certains monuments, dont Sylla se rendit coupable, étaient une exception; la maladie vénérienne dont il mourut fut considérée comme un châtiment des dieux, dont il avait profané les temples.

Durant les derniers temps de la République, la jeunesse romaine faisait le voyage d'Athènes, à la fois pour s'y instruire et pour devenir meilleure. Les souvenirs démocratiques de l'histoire locale firent des Athéniens les amis de Pompée et de Brutus; ils commirent l'imprudence d'élever des statues aux meurtriers de César, à côté de celles des tyrannicides fameux, d'Harmodios et d'Aristogiton. Mais ni César ni Auguste ne crurent devoir les punir de ce républicanisme César fit à la ville des dons considérables, Antoine aimait à y séjourner durant ses campagnes en Orient; Auguste fut initié aux mystères d'Eleusis, donna de l'argent pour l'embellissement de l'Agora, et construisit sur l'Acropole un petit temple en l'honneur de Rome, où lui-même était adoré.

Mais le plus grand bienfaiteur d'Athènes fut l'empereur Hadrien qui y avait séjourné, étant encore homme privé. Il accepta le titre d'Archonte éponyme et consacra des sommes considérables à l'achèvement de l'Olympiéon. Un quartier tout entier, qui reçut le nom d'Hadrianopolis, s'éleva au Nord-Est du temple, entre le stade d'Agrae et le quartier de Diomeia. L'enceinte fut reculée jusqu'au voisinage de l'llissus, du Lycée et du Cynosarge, auquel on accédait par la porte de Diocharès. Dans le reste de la ville Hadrien construisit un temple d'Héra et de Zeus Panhellénios, un Panthéon et un Gymnase orné de cent colonnes en marbre de Libye, monuments dont la place est aujourd'hui indéterminée. Des aqueducs, amenant l'eau potable depuis le Brilessus, commencés par cet empereur, furent achevés sous Antonin le Pieux. A l'ensemble de ces ouvrages, deux particuliers, avec une magnificence vraiment royale, apportèrent leur contingent. Andronicus de Cyrrhos, durant le Ier siècle avant notre ère, construisit sur une place, à l'Est de l'Agora, un tour octogonale appelée la Tour des vents, avec les statues symboliques des huit vents principaux, un cadran solaire et une clepsydre monumentale.

Au temps même d'Hadrien, Hérode Atticus fit bâtir, sur le flanc Sud-Ouest de l'Acropole, un Odéon ou théâtre couvert relié à celui de Dionysos par un portique. La restauration du stade d'Agrae et la construction du temple de Tyché, tous deux en marbre du Pentélique, sont également son ouvrage. A cette époque les monuments qui dataient de Périclès, en dépit des six siècles qu'ils avaient subis, étaient encore dans tout l'éclat de leur jeunesse, et c'était merveille que des oeuvres si rapidement construites eussent résisté si bien à l'action du temps.

En somme, durant cette longue période qui apporta tant d'éléments nouveaux à la magnificence architecturale d'Athènes, la ville ne souffrit que peu et du fait des années et de celui des hommes. Vers 200 ans avant notre ère Philippe V de Macédoine, pour se venger de l'alliance des Athéniens avec Attale et les Romains, avait essayé de surprendre la ville; il attaqua le Dipylon qui eut fort à souffrir, et ravagea à deux reprises différentes les faubourgs, notamment le Cynosarge et le Lycée.

Sylla, durant la guerre contre Mithridate, pour lequel les Athéniens s'étaient déclarés à l'étourdie, prit la ville d'assaut et la livra au pillage (86 av. J.-C.). Les fortifications du Pirée, l'arsenal maritime construit par Démétrios, les Longs Murs et une partie des fortifications au Sud de la ville furent rasés; l'Odéon de Périclès avait été détruit par les assiégés dans un intérêt stratégique, mais fut reconstruit plus tard aux frais d'Ariobarzane II, roi de Cappadoce, Les colonnes de l'Olympiéon et un grand nombre d'oeuvres d'art furent embarqués et emmenés à Rome; la trésor de l'Acropole fut soulagé de quarante talents d'or et de six cents talents d'argent. Des rapts du même genre sont mis au compte de Caligula et de Néron, de ce dernier surtout qui, dit-on, enleva d'Athènes un grand nombre de statues. Il en resta encore plus de trois mille, s'il en faut croire Pline l'Ancien qui écrit peu après les événements. 

Les Flaviens, sans exercer d'ailleurs aucune déprédation, se montrèrent moins favorables que les premiers empereurs de la dynastie Julienne et surtout que les Antonins, qui furent pour Athènes des amis et des protecteurs. C'est Vespasien qui enleva à la ville le semblant d'autonomie dont elle avait joui jusqu'alors, en la mettant sous l'autorité des proconsuls romains.

Athènes depuis les voyages de Pausanias jusqu'aux Temps modernes. Lorsqu'après la guerre du  Péloponnèse, Athènes se consola de sa déchéance politique et militaire, par le souvenir de son passé, ses antiquités et ses monuments, ses légendes et son histoire, furent fixés par une classe spéciale d'écrivains qu'on a appelés les Atthidographes. Des ouvrages fort nombreux qu'une matière aussi riche inspira, il ne reste que des fragments. Le géographe Strabon, au temps d'Auguste, parle des pays qu'il décrit plutôt en philosophe qu'en archéologue; aussi nous a-t-il appris peu de choses sur Athènes. Quant à Plutarque, dont les Vies ont pour théâtre Athènes plus qu'aucune autre ville, il ne décrit les monuments que d'une manière sommaire et accidentelle. L'auteur de l'Antiquité qui nous a transmis sur la ville les renseignements les plus précis et les plus détaillés est Pausanias le Périégète. 
 

La visite qu'il fit à Athènes et d'où il rapporta sa description est de l'an 160 ap. J.-C.; C'est sur cette description que doit s'appuyer toute étude concernant la topographie d'Athènes. Elle est précieuse et par elle-même et par le temps où elle fut composée, précieuse aussi parce qu'après le silence se fait à peu près complet, et que, pour Athènes comme pour le monde antique tout entier, les temps de la destruction matérielle, du dénigrement moral, de la déchéance artistique et littéraire sont proches quand commence le IIIe siècle. Pausanias a vu Athènes dans la splendeur de son entier achèvement, au lendemain des gigantesques travaux par lesquels Hadrien témoigna son affection à la ville, au moment où Hérode Atticus élevait son théâtre.

Après les Antonins, il n'y a plus guère à enregistrer, pour la capitale du polythéisme antique, que désastres et ruines, tout au moins, jusqu'aux invasions des barbares, indifférence ou antipathie. De la part des empereurs de Constantinople, cette antipathie ne va pas à des actes de destruction, ils se bornèrent à enlever des temples ou des places, certains chefs-d'oeuvre célèbres de sculpture, comme avait fait Néron. Ensuite ils transformèrent en églises chrétiennes les anciens sanctuaires païens, après en avoir chassé les divinités idéalisées par les grands artistes d'autrefois. Saint Georges prit la place de Thésée, Elle celle de Hélios, sainte Sophie, c.-à-d. la Divine Sagesse ou la Vierge, celle d'Athéna, saint Michel celle Hèraclès. Comme le culte nouveau nécessitait une appropriation des constructions, l'art byzantin se superposa, sans goût, aux styles des beaux siècles; il rompit, dans l'intérieur des édifices, la pureté des lignes et l'umté de la conception. On pratiqua aussi sur les chefs-d'oeuvre de la sculpture païenne l'opération tentée jadis par Caligula au profit de sa folle vanité; on leur enlevait la tête et les attributs païens pour les remplacer par des figures de saints et des symboles chrétiens. Ce fut le commencement de la barbarie, le premier épisode de la lutte que l'esprit chrétien allait livrer contre le paganisme ou attirer sur lui.

En 396 Alaric, avec les Wisigoths, présida aux invasions et aux destructions formelles. La légende raconte cependant qu'il se comporta avec une modération relative, et la met au compte de l'impression religieuse que produisit sur lui la gigantesque Pallas Promachos de l'Acropole. Genséric, un demi-siècle plus tard, se borna à piller les côtes de l'Attique; Athènes dut à ses fortifications encore intactes d'échapper à un désastre. Un édit de Justinien ayant fait fermer les écoles d'Athènes (529), considérées comme les dernières citadelles du paganisme, la nuit se fait de plus en plus épaisse sur les destinées de la ville. Pendant près de sept siècles elle semble disparaître de l'histoire. Toute la vie littéraire avait émigré à Constantinople et à Thessalonique. 

Après 1203, lorsque les croisés s'emparèrent de la première de ces villes, Athènes devint la capitale d'un duché qui comprenait l'Attique, la Béotie, une partie de la Phocide et de l'Eubée. Un gentilhomme bourguignon, Othon de la Roche, fut nommé duce d'Athènes et de Thèbes. Depuis cette époque jusqu'aux guerres de l'indépendance (1830), il fut dans les destinées d'Athènes de ne plus jamais appartenir aux Grecs. Après avoir passé de la main des Francs dans celle des Catalans avec Roger de Flor, puis sous la souveraineté des rois de Sicile de la maison d'Aragon, elle échut à la maison florentine des Acciajuoli. En 1456, Omar, général musulman, s'en empara pour le compte de Méhémet II, qui trois ans après, ayant conquis la Morée, vint en personne visiter la ville. 

Le Parthénon changea encore une fois de destination, il fut transformé en mosquée; l'angle Sud-Ouest de l'Acropole reçut un minaret, et les Propylées furent masquées par des défenses nouvelles; l'invention de l'artillerie et la crainte d'un bombardement, avec des canons placés sur la colline des Muses, allaient causer la ruine des monuments qui avaient résisté jusqu'alors à l'assaut des siècles, à la fureur des barbares, à l'intolérance chrétienne et au fanatisme musulman. Il était réservé à une nation occidentale, qui, moins que toute autre, avait l'excuse de l'ignorance, aux Vénitiens, de priver la monde moderne des splendeurs architecturales entassées par l'art païen sur le rocher de l'Acropole.

Déjà en 1656, à la suite d'une explosion due à l'imprudence des Turcs, qui avaient transformé les Propylées en poudrières, une partie de cette construction avait sauté. Trente années plus tard, durant l'automne de 1687, le doge Francesco Morosini, qui venait de conquérir la Morée, fit mettre le siège devant l'Acropole. Son lieutenant Koenigsmark bombarda l'Acropole avec une batterie installée sur les hauteurs de l'Aréopage; le 28 septembre une bombe, traversant la voûte du Parthénon, mit le feu aux poudres qui y étaient entassées; l'édifice sauta. 

« En trois jours, dit Leake, les oeuvres de Périclès eurent à souffrir, de la part d'un peuple qui ne se glorifiait pas seulement de protéger les arts, mais qui dans la peinture avait rivalisé avec les anciens, plus de dommage que n'en avaient produit des siècles d'ignorance et de barbarie. » 
Ce résultat était d'autant plus déplorable, qu'au printemps suivant les Vénitiens évacuèrent la ville, l'abandonnant à nouveau aux ressentiments des Turcs qui se vengèrent de leur défaite sur les habitants.

Depuis la fin du XVIe siècle les érudits de l'Occident s'étaient préoccupés des monuments d'Athènes et du parti qu'on en pouvait tirer pour l'histoire de l'Antiquité. Martin Kraus ou Crusius, professeur à l'université de Tubingen, entra à ce sujet en correspondance avec des savants d'Orient, Théodore Zygomalas de Nauplie et Siméon Kavisila d'Acarnanie, qui lui envoyèrent quelques renseignements. En 1624, Deshayes, ambassadeur de France à Constantinople, visita la ville et en signala les curiosités. En 1674, Spon, médecin et archéologue distingué de Lyon, publia une lettre qui lui avait été adressée d'Athènes par P. Babin de la Compagnie de Jésus, sur l'état de ses monuments. La même année le marquis de Nointel, parti comme ambassadeur, emmène avec lui un élève du peintre Lebrun, J. Carrey, et lui fait dessiner un grand nombre de ruines. 

Peu de temps après le docteur Spon, de concert avec un archéologue anglais, sir George Wheller, rapporte de son voyage une description à peu près complète, qui témoigne des progrès rapides que fait la connaissance réelle de l'Antiquité en Occident. Il s'écoula toutefois près d'un siècle avant qu'un artiste anglais qui étudiait à Rome, Stuart, recommençât ce voyage, accompagné de l'architecte Revett; dans l'intervalle avait eu lieu l'attentat de Morosini sur l'Acropole. Il restait aux ruines un dernier outrage à subir, celui des collectionneurs opérant en grand. Le comte de Choiseul-Gouffier, ambassadeur à Constantinople, avait rapporté un morceau des frises du Parthénon « un seul, et détaché depuis longtemps ». 

Lord Elgin s'autorisa de cet exemple pour amener en Angleterre (1811) des cargaisons entières de sculptures, violemment arrachées de l'Acropole, achetées ensuite par le gouvernement pour le British Museum. Ce fut la fin d'une longue série de gâchis; depuis lors la Grèce, rendue à elle-même, défend avec soin les glorieux restes du passé d'Athènes; les savants qui les fouillent et les étudient sur place apportent à cette oeuvre, avec une rare compétence, amour, le respect profond de la ville qui résume à leurs yeux toutes les gloires, toutes les splendeurs de la civilisation grecque. (J.-A. Hild).

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Dictionnaire Villes et monuments
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