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| Taine (Hippolyte
Adolphe), littérateur né à Vouziers Ses principales oeuvres sont :
« On peut considérer l'homme comme un animal d'espèce supérieure qui produit des philosophies et des poèmes à peu près comme les vers à soie font leurs cocons, et comme les abeillesTaine rattache La Fontaine à sa province; il en analyse le caractère et la culture, et en isole la faculté dominante, qui est la faculté poétique : de là se déduisent tous les caractères des fables. Il suit l'exercice de la faculté poétique dans la peinture de la société française et de la nature (il exagère fort l'exactitude de l'histoire naturelle du bonhomme), et dans l'emploi de la mythologie : puis dans l'exécution artistique, choix des détails, création de l'expression. Enfin il étudie le rapport, l'opposition de la fable poétique à la fable primitive, et à la fable philosophique. Cette thèse de littérature était en réalité une thèse de philosophie : le but était sans doute la connaissance de La Fontaine et de ses Fables, mais surtout l'analyse de la faculté poétique, par l'examen d'un cas remarquable. La conclusion, conservée dans l'état, définitif, reste significative «-Comment naissent les poètes? - En quoi consiste la poésie? ». 2° Voyage aux Eaux des Pyrénées
(1855),
devenu le Voyage aux Pyrénées 3° Essai sur Tite-Live, sujet mis au concours en 1854, par l'Académie française; le concours fut prorogé pour donner à Taine le temps de corriger quelques pages qui avaient indigné des académiciens, et son mémoire fut couronné en 1855 : il parut en 1856, tel que nous l'avons aujourd'hui. C'est une étude sur la faculté maîtresse, plus rigoureuse et systématique encore que le La Fontaine. «Les facultés d'un homme, comme les organes d'une plante, dépendent-elles les unes des autres? sont-elles mesurées et produites par une loi unique? Cette loi donnée, peut-on prévoir leur énergie et calculer d'avance leurs bons et leurs mauvais effets? Peut-on les reconstruire comme les naturalistes reconstruisent un animal fossile? Y a-t-il en nous une faculté maîtresse, dont l'action uniforme se communique différemment à nos différents rouages, et imprime à notre machine un système nécessaire de mouvements prévus? J'essaye de répondre oui... »La faculté maîtresse de Tite-Live est la faculté oratoire : tout Tite-Live s'en déduit, défauts et qualités. La démonstration était merveilleuse de force et d'éclat, un peu rigide. 4° Les Philosophes fiançais
du XIXe siècle (1857). Le titre
actuel, les Philosophes classiques au XIXe
siècle en France, est de la 3e
édit. (1868). La Préface date de la 2e
édit. (1860), qui, ainsi que la 3e,
a été revue, corrigée et surtout adoucie. Elle annonce
l'intention de combattre à la fois le spiritualisme
et le positivisme, en s'appuyant sur Hegel.
Le livre laissait de usité le positivisme et attaquait vivement
le spiritualisme, surtout l'éclectisme cousinien qui était
alors la philosophie officielle de l'Université, pesant d'un poids
lourd sur la pensée française. Après avoir montré
la fin de la philosophie sensualiste dans l'aimable Laromiguière,
Taine définissait, avec un talent incisif et redoutable de polémiste,
Royer-Collard, un «dictateur», Maine de Biran, un «abstracteur
de quintessence», Cousin, un «orateur»,
Jouffroy,
un «homme intérieur» : toute l'attaque se ramassait
sur Cousin. Il terminait par deux chapitres sur les méthodes où
il introduisait avec respect deux vrais philosophes, M. Pierre et M. Paul
- celui-ci était son ancien maître, de l'École normale,
Vacherot.
Le livre fit un peu scandale : de ce jour on compta avec Taine
6° Histoire de la littérature anglaise (1863,. 3 vol. in-8; un tome IV consacré aux Contemporains parut la même année; 3e édit., en 5 vol in-18, 1863; l'édition définitive est la 8e, 1892). C'est, avec les Origines de la France contemporaine, l'oeuvre maîtresse de Taine. Il la commença en 1856. Guizot, Augustin Thierry, Montégut, Philarète Chasles, Macaulay, Carlyle, Buckle, Stuart MiII, Auguste Comte, voilà, selon V. Giraud, les principales influences qui ont aidé Taine à déterminer sa conception dans cet ouvrage, sans compter les maîtres permanents de sa. pensée. Il a expliqué son dessein dans une Introduction dont l'importance est capitale. La littérature est un document historique. L'histoire est «un problème de psychologie». Faire l'histoire d'une littérature, c'est faire la psychologie d'un peuple. Tous les individus d'une nation sont dominés et produits par certaines forces primordiales qui leur imposent certaines façons générales de penser et sentir. Ces forces affirme-t-il, sont au nombre de trois, la race, le milieu, le moment. Étudier un grand écrivain,
c'est rechercher de quelle façon ses oeuvres expriment et enregistrent
cette triple pression. Sur ces principes, partant de l'idée d'un
pays insulaire, d'un climat insulaire, d'une alimentation abondante en
viande et en boissons fortes, et faisant concourir, chacun à son
heure, les faits historiques et sociaux, Taine compose avec une rigueur
d'apparence inflexible tout le développement de la littérature
anglaise, construit tous les écries et tous les chefs-d'oeuvre,
depuis Chaucer, par penser, Shakespeare
et Bacon, par Bunyan, Richardson
et Byron, jusqu'à Stuart
Mill et Tennyson. La vigueur de la démonstration,
mais aussi l'éclat des peintures, la puissance des analyses, la
richesse des informations et des idées assurèrent à
l'ouvrage un succès éclatant : il devint classique, même
en Angleterre. Taine admirait profondément l'Angleterre, son aristocratie,
son protestantisme 7° Philosophie de l'art (1865); Philosophie de l'art en Italie (1866); De l'Idéal dans l'art (1867); Philosophie de l'art dans les Pays-Bas (1868); Philosophie de l'art en Grèce (1869). Ces cinq études, publiées séparément, furent réunies en 1880 sous le titre général Philosophie de l'art (2 vol. in-18). Ce sont les leçons professées à l'École des beaux-arts. Les deux cours sur la philosophie de l'art et sur l'idéal dans l'art contiennent l'esthétique générale de Taine, Il prétend soumettre l'esthétique, à la méthode historique et expérimentale et lui donner un caractère scientifique. Par l'étude donc et la comparaison des faits, il induit que l'objet de l'art est l'imitation de la nature, mais une imitation volontairement inexacte, qui dégage le caractère essentiel et dominateur, parfois insuffisamment perceptible dans la nature. Examinant les phénomènes de la production des oeuvres d'art, il pose la loi de l'action des milieux, qu'il explique en considérant quatre cas réels et historiques : la Grèce antique et la sculpture, le Moyen âge et l'architecture, la France du XVIIe siècle et la tragédie, le XIXe siècle et la musique. Enfin il montre comment chaque époque s'exprime dans un «personnage régnant», résumé des aptitudes, besoins et tendances qui la caractérisent; comment ce personnage, toujours imparfaitement réalisé dans la vie, est le type que l'art s'applique à dégager ou à contenter, le manifestant dans ses oeuvres, ou travaillant par son action à le créer dans le public. L'étude sur l'idéal dans l'art a pour objet d'expliquer la valeur inégale des diverses oeuvres, également déterminées et nécessaires, et de' fournir un critérium de jugement, un principe do classement. Les oeuvres d'art valent plus ou moins selon le degré d'importance du caractère, selon le degré de bienfaisance du caractère, selon le degré de convergence des effets : le premier principe se rapporte à la signification philosophique de l'oeuvre, le second à sa valeur morale, le troisième à sa facture artistique. Les études sur l'art en Italie, dans les Pays-Bas et en Grèce, sont des applications de la théorie de l'action des milieux. 8° Nouveaux Essais de critique et d'histoire (1865). Les deux études capitales de ce volume sont celles que Taine consacre à Balzac. dont il admirait beaucoup la puissance d'invention réaliste, et à Racine, qu'il réduit trop à n'être qu'une expression délicate de la culture classique et de la politesse de cour. L'article, qui avait paru en 1858 (Débats des 23, 24, 27 juillet et 11 août), marque une date dans l'histoire de la réputation de Racine et des jugements sur la tragédie française. 9° Voyage en Italie (1866, 2 vol. in-8). 10° Notes sur Paris, vie et opinions
de FrédéricThomas Graindorge, docteur en philosophie de l'Université
d'Iéna, principal associé commanditaire de la maison Graindorge
et Co (Huiles, porc salé, à Cincinnati, États-Unis
d'Amérique) (1867). Ces notes avaient paru depuis 1863 dans
la Vie parisienne 11° De l'Intelligence (1870, 2 vol. in-8; 3e éd. corrigée et augmentée; 2 vol. in-18, 1878; 4e éd. encore corrigée et augmentée, 1883). Dans cet ouvrage, Taine explique par une méthode qu'il déclare sévèrement expérimentale, le mécanisme de la connaissance; il ne prétend faire qu'une étude de psychologie scientifique, appuyée et éclairée par la physiologie, la pathologie, la linguistique et l'histoire; en réalité, toute une métaphysique s'y implique. Il essaie de réaliser cette philosophie dont il avait parlé dans sa Préface des Philosophes classiques, cette philosophie qui s'opposerait à la fois au creux spiritualisme et au positivisme incomplet. Il reconnaît devoir trois grandes théories à des devanciers, la théorie des signes à Condillac, celle de l'induction scientifique à Stuart Mill, et celle de la perception de l'étendue à Bain : « Le reste est nouveau, méthodes et conclusions ». 12° Notes sur l'Angleterre (1872) : puissante et, sympathique image de la vie anglaise. V. Giraud fait remarquer que Taine n'a pas aperçu le catholicisme anglais. Wiseman, Newmann, Manning n'existent pas pour lui. 13° Du Suffrage universel et de la Manière de voter (1872), brochure qui avait paru en article dans le Temps du 5 décembre 1871. 14° Un séjour en France de 1792 à 1795, lettres d'un témoin de la Révolution française, traduites de l'anglais (1872). 15° Les Origines de la France contemporaine, l'Ancien régime (1876, in-8), la Révolution (t. I, l'Anarchie, 1878; t. Il, la Conquête jacobine, 1881; t. III, le Gouvernement révolutionnaire, 1884), le Régime moderne (t. 1, 1894; t. Il [inachevé et posthume], 1893. Édition complète en 14 vol. in-18, 1899-1900). La chute de l'Empire, la guerre de 1870, la Commune, le laborieux essai de la République donnèrent à Taine l'émotion profonde qui le conduisit à entreprendre ce prodigieux travail. Il voulut comprendre et faire comprendre, par la description de l'ancien régime, de la Révolution et du régime napoléonien, ce qu'est la France contemporaine. Il se plaça devant ce vaste sujet «comme un naturaliste devant la métamorphose d'un insecte» : Monod dit plus justement comme un médecin devant un malade intéressant. Il collectionna, selon sa méthode, les petits faits significatifs, les interprétant et classant à l'aide de ses trois principes qu'il pose (race, milieu, moment). Peu exercé à la critique des documents, il lui est arrivé de faire erreur sur la valeur ou l'authenticité de ceux qu'il employait. Bourgeois aristocrate, ayant la passion de l'ordre, l'imagination violemment dominée par le souvenir de la Commune, il n'a cas jugé impartialement la Révolution et ses acteurs principaux. Son Napoléon est construit un peu artificiellement, avec une rigidité systématique qui représente mal la vie. Mais la plus grande partie des études sur l'ancien régime et sur le régime napoléonien sont d'admirables constructions dont la vérité égale la profondeur et la puissance. 16° Ouvrages posthumes : Derniers essais de critique et d'histoire (1894), articles de dates diverses, parmi lesquels un article sur Sainte-Beuve (Débats, 17 octobre 1869) et un autre sur George Sand (Débats, 2 juillet 1876). 17° Carnets de voyage. Notes sur la Province (1863-1865) (1896). Ce sont les notes prises pendant ses tournées d'examinateur pour l'École de Saint-Cyr elles servent à fixer en quelle mesure ce champion de la méthode expérimentale était capable d'observer. Il voit admirablement, finement, profondément tous les faits qui cadrent avec ses principes : il ne voit que ceux qui s'y réduisent; et là est sa limite. Taine est un des plus grands et forts esprits du XIXe siècle. Il a été avec Renan, peut-être plus que Renan, l'un des directeurs intellectuels des générations qui se sont formées entre 1860 et 1890. Ses maîtres, à lui, ont été Spinoza, Condillac et Hegel. Il faut y joindre Stendhal qui lui a fourni ses principales idées sur l'esprit français et la société française. Sa faculté maîtresse était la faculté d'abstraction : mais il s'est imposé, par méthode et par goût artistique, de convertir les formules en faits, et les faits en images. Il suit avec une logique inflexible le développement des lois qu'il a d'abord posées à travers la multiplicité confuse des faits : tout se débrouille, s'ordonne, et se réduit à la règle. Réduisant la littérature et l'histoire à la psychologie, soumettant la psychologie aux procédés d'investigation et au rigoureux déterminisme des sciences de la nature, il s'est opposé à la fois au dogmatisme classique et à la fantaisie romantique. Il a offert une critique et une esthétique expérimentales; dont les conclusions étaient scientifiquement certaines : ainsi du moins les jugeaient l'auteur et son publie. C'était la critique et l'esthétique qui pouvaient convenir à des générations désabusées du romantisme, non réconciliées avec le classicisme, et idolâtres do science positive, aux oeuvres du Parnasse et de l'école naturaliste; Taine est l'expression du même esprit qui faisait surgir Leconte de Lisle et Flaubert. Ce qu'il y avait d'artificiel et de systématique dans sa théorie apparaît aujourd'hui : mais le dépôt qu'elle a laissé dans la pensée française est considérable. S'il est vrai que Taine réussit mieux à expliquer Pradon que Racine, la médiocrité que le génie, il n'en demeure pas moins certain qu'il faut, pour dégager l'individualité d'un écrivain, commencer par reconnaître toutes les déterminations que lui a imposées le milieu, qui contient tout. Taine a trouvé des disciples et des admirateurs fervents du côté d'où lui étaient venues d'abord les attaques. Ses sévérités sur la Révolution et sa haine de la démocratie l'ont remis en faveur auprès des conservateurs et des croyants, qui se sont appropriés plus d'une formule de sa philosophie politique. C'est un prolongement et une extension d'influence qui lui arrivent. (Gustave Lanson).
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