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Encyclopédie
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La sotie |
| La sotie ou sottie
était une satire dramatique née
du mélange de la farce et de la moralité.
Ce nouveau genre fut mis en honneur par les Enfants
Sans Souci, joyeuse réunion de jeunes gens dont le chef s'appelait
le Prince des Sots. Ils furent autorisés par Charles
VI à élever des échafauds, à Paris Les plus célèbres soties sont : le Vieux-Monde, le Nouveau-Monde, et le Prince des sots. Vieux-monde est un vieillard décrépit, qui se plaint toujours. Abus l'engage à prendre du repos, et lui promet de gouverner le monde pendant son sommeil. Le vieillard est à peine endormi, qu'Abus appelle à lui tous les Sots ses amis. On voit alors arriver Sot dissolu, habillé en homme d'église, Sot glorieux en gendarme, Sot corrompu en robe de procureur, Sot trompeur en costume de marchand, Sot ignorant, grand niais qui représente le peuple, et Sotte Folle, qui persuade aux autres de tondre le Vieux-Monde et d'en bâtir un autre. Ils conviennent qu'ils construiront leur édifice sur Confusion : c'est Abus qui dirige les travaux comme architecte. Chaque Sot construit son pilier. Sot Dissolu met au rebut Chasteté, Dévotion, Oraison, Humilité, et compose son pilier d'Ypocrisie, Ribaudise, Apostasie, Lubricité, Symonie, Irrégularité. Sot Glorieux rejette Noblesse et Libéralité, et leur substitue Lâcheté et Avarice. Sot Corrompu repousse Justice, et envoie chercher Corruption. Sot Trompeur bâtit avec Usure, Larcin et Fausse Mesure. Sot Ignorant rejette Innocence, Simplicité, Obéissance, et s'accommode de Murmure, Fureur et Rébellion. L'édifice est construit; les Sots se disputent entre eux pour savoir à qui appartiendra la main de Sotte Folle. Dans la chaleur de la querelle, ils renversent le Monde qu'ils avaient à peine achevé. Abus les chasse; le Vieux-Monde se réveille, déplore l'imprudence des jeunes Sots, et engage les assistants à ne point bâtir comme eux sur Confusion. La sotie du Nouveau-Monde, attribuée
à Jean Bouchet, est une protestation contre
les empiétements de la papauté. Bénéfice Grant
est vacant. Ambitieux vient solliciter auprès du cardinal-légat.
Celui-ci promet de séduire Élection et Nomination; mais il
faut commencer par Pragmatique, vieille dame qui a la tête dure.
Comme elle ne veut pas entendre raison, l'on fait venir Père Saint,
qui arrive avec un gros bâton dont il assomme Pragmatique. Élection
et Nomination effrayées s'enfuient chez leur aïeule Université.
C'est ainsi que les Enfants Sans-Souci
mettaient à la portée du peuple les difficultés de
la politique avec la cour de Rome Tel est le but que se propose Pierre
Gringore dans le Jeu du prince des Sots, qui fut représenté
le mardi gras de l'an 1511. Cette pièce commence par une espèce
de prologue où sont passées en revue toutes les affaires
du temps. Ensuite paraissent les Sots; d'abord la Noblesse, le seigneur
de Nates, le seigneur de Joye, le général d'Enfance, le seigneur
du Plat, le seigneur de la Lune; puis le clergé, les abbés
de Plate-Bourse, de Frévaulx, de la Courtille; enfin le prince des
Sots, bonhomme endurant et pacifique, qui n'est autre que Louis
XII lui-même. Les États du royaume de Sottise sont ouverts;
tous les Sots parlent à la fois, sur la paix, sur la guerre, sur
les Jacobins, sur le pape, sur l'Université. Sotte Commune, qui
s'appelait jadis Povreté, profite de la bonté du prince des
Sots pour dire aussi son avis : elle n'aime pas ces guerres lointaincs
dont il ne lui revient que des charges; car c'est elle qui paye toujours
l'écot. Les doléances de Sotte Commune sont interrompues
par la brusque arrivée de Mère Sotie sous les habits de l'Église;
elle est accompagnée de Sotte Fiance et Sotte Occasion; elle arrive
d'Italie |
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© Serge Jodra, 2008. - Reproduction interdite.