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Depuis
les origines jusqu'en 1050.
L'établissement progressif des
Francs
dans le nord de la Gaule
au Ve siècle, la conversion de Clovis
au catholicisme et son établissement
définitif sur les débris de la domination romaine
et les monarchies de fraîche date des
Burgondes
et des Wisigoths sont des faits dont certains
historiens modernes font volontiers bon marché. Et pourtant l'importance
sociale de ces grands événements historiques ne saurait être
contestée. Que restait-il de celtique
dans la société gallo-romaine au moment de l'arrivée
des Germains? Bien peu de chose, sans
doute, pour ne pas dire rien. Les trois éléments essentiels
qui en se pénétrant peu à voit sont arrivés,
après une longue élaboration, à produire la société
française et par suite la littérature
française sont le romanisme, le christianisme et le germanisme.
C'est certainement au germanisme que l'on doit le ferment épique,
c.-à-d. le point de départ de l'épopée
française, de ce qui fait surtout l'originalité et la grandeur
de notre littérature du Moyen âge .
Gaston
Paris l'a dit avec justesse et en termes d'un vigoureux relief :
«
L'épopée française est le produit de la fusion de
l'esprit germanique, dans une forme romane, avec la nouvelle civilisation
chrétienne et surtout française. »
On a parlé ailleurs ( Littérature
allemande et Epopée) des chants
épiques des Germains. Il est à peu près certain que
le baptême de Clovis et les événements qui suivirent
furent célébrés dans des chants germaniques perdus,
mais dont l'écho retentit encore dans certains récits latins
soi-disant historiques des chroniques mérovingiennes.
Autant et plus peut-être que Clovis, Dagobert
a été l'objet de chants épiques : à côté
des chants germaniques naissaient déjà, par imitation et
grâce an rapprochement des deux peuples, précurseur de leur
fusion, des chants romans. Nous avons de ce fait un témoignage direct
: l'auteur de la Vie de saint Chilian (VIIIe
siècle) parle d'une victoire remportée sur les Saxons par
le jeune Dagobert, du vivant de son père Clotaire,
victoire au sujet de laquelle, dit-il, carmen publicum juxta rusticitatem
(c.-à-d. en langue romane rustique) per omnium volitabat ora.
Un témoignage indirect, plus curieux peut-être, c'est cette
chanson
de geste de Floovant ,
qui ne nous est parvenue que telle qu'on la chantait au XIIe
siècle, et dont le héros, comme l'a si ingénieusement
montré Gaston Paris, n'est autre que Dagobert,
qualifié dans des chants épiques perdus de Flodovenc, c.-à-d.
Chlodoving , descendant de Clovis. Bien que nous n'ayons pas conservé
de chanson de geste antérieure à la Chanson de Roland
(vers 1080), il n'est pas moins certain que l'épopée a eu
autant de vitalité dans la période des origines que dans
la période suivante, et que Charles-Martel,
Pépin
et Charlemagne, après Clovis et Dagobert,
ont été les héros de maints poèmes perdus.
A vrai dire, dans cette période
des origines, le plus intéressant est ce que nous n'avons pas. Enumérons
brièvement les textes conservés. Ils appartiennent tous à
la littérature religieuse; il est probable que le point de départ
de cette littérature doit être cherché dans une prescription
du concile de Tours
(812) ordonnant de mettre les homélies
«-en langue romane rustique ».
Gaston Paris a placé vers 880 la Séquence (mal à
propos appelée cantilène) de sainte Eulalie
qui se trouve être (après les Serments de Strasbourg qui
ne sont qu'un document historique et philologique) le plus ancien texte
littéraire français : c'est une courte composition (28 vers
assonant deux à deux, plus trois mots en queue), calquée
sur une séquence latine contenue dans le même manuscrit
(bibliothèque de Valenciennes), composition qui a dû naître
dans l'abbaye d'où provient le manuscrit
qui nous l'a heureusement conservée, Saint-Amand, au Nord de Valenciennes.
On appelle souvent fragment de Valenciennes un fragment d'homélie
sur Jonas qui nous est parvenu moitié en caractères
ordinaires, moitié en notes tironiennes du commencement du Xe
siècle, mi-partie latin et français
: c'est une curieuse épave de la prédication populaire en
langue vulgaire des premiers temps, de la même région que
sainte Eulalie.
Plus importants sont les poèmes
sur saint Léger et sur la Passion ,
conservés dans un manuscrit de la bibliothèque de Clermont-Ferrand
et souvent appelés de ce fait poèmes de Clermont-Ferrand
: tous les deux sont en vers octosyllabiques rimant deux à deux,
mais ces vers sont groupés en quatrains dans la Passion,
en sixains dans le saint Léger. La Passion est écrite
dans une langue singulière, demi-française, demi-provençale,
et le saint Léger lui-même, bien que plus nettement français,
sent le voisinage de la langue d'oc : il est
vraisemblable que ces deux poèmes ont été composés
dans le sud du Poitou ;
ils appartiennent à la deuxième moitié du Xe
siècle. A la fin de notre première période (vers 1040),
a été composé le poème sur saint Alexis, le
premier texte de la littérature
française qui ait vraiment des qualités littéraires
remarquables. Cette oeuvre représente la part de la France
proprement dite, de l'ancienne Neustrie ,
dans la production littéraire de l'époque des origines.
De 1050 jusqu'à
la majorité de Saint Louis (1235).
Avec la seconde moitié du XIe
siècle s'ouvre la grande époque de la littérature
française du Moyen âge .
C'est d'abord la floraison de l'épopée
nationale, puis de la poésie narrative
qui s'y rattache de près ou de loin (romans
sur l'Antiquité ,
romans bretons, romans byzantins et d'aventure, contes,
fabliaux,
poèmes historiques) et de la poésie
lyrique; c'est aussi, vers la fin, l'affranchissement de la prose,
d'abord humble servante du latin dans
de nombreuses traductions, qui affirme sa vitalité dans les romans
bretons et dans le style de haute allure d'un Villehardouin.
Il est bien difficile, en quelques paragraphes, de donner un tableau complet
de cette période extraordinairement féconde. L'ordre chronologique
général que nous avons suivi pour la période des origines,
où les textes sont rares, n'engendrerait ici que confusion. Nous
suivrons la division par genres, et dans chaque genre nous indiquerons
autant que possible le développement chronologique, nous attachant
à mentionner toutes les oeuvres, tous les auteurs d'une réelle
valeur, mais sans entrer dans des détails qui sont mieux à
leur place dans les articles particuliers qui ont déjà été
ou qui seront consacrés ici même aux genres, aux oeuvres,
aux auteurs les plus importants.
Littérature
narrative. Epopée nationale.
Deux poèmes seulement sont antérieurs
à la fin du XIe siècle :
le
Pèlerinage de Charlemagne à
Jérusalem
(vers 1060), poème moitié sérieux, moitié comique,
composé peut-être par un Parisien pour être chanté
aux fameuses foires du Lendit, à Saint-Denis ,
et la célèbre Chanson de Roland
(vers 1080) à laquelle il est consacré un article spécial.
Tout au début du XIIe siècle
se place un fragment de 600 vers, souvenir très vivant de la victoire
remportée en Vimeu par Louis III sur
les Vikings en 881, que l'on a baptisé
du nom de Roi Louis ou Gormond et Isembart ,
et les chansons les plus anciennes de la geste de Guillaume d'Orange
(héros célébré sans doute à l'origine
dans le midi de la France ,
mais déjà connu dans le Nord dès le milieu du XIe
siècle) telles que le Charroi de Nîmes ,
le Couronnement de Louis ,
Ia Chevalerie Vivien ,
etc. Presque toutes datent de la fin du XIIe
et du commencement du XIIIe siècle;
citons parmi les plus intéressantes : le Moniage Guillaume, Aliscans,
Aspremont ,
Aiol ,
les Lorrains
(suite de cinq chansons), Raoul de Cambrai ,
Renaud
de Montauban, Aquin ou la Conquête de la Bretagne, la Chanson d'Antioche ,
Huon de Bordeaux ,
Aymeri de Narbonne ,
Girard de Vienne ,
etc. Nous ne mentionnerons Girard de Roussillon que pour faire remarquer
que cette oeuvre hors ligne se rattache plutôt à la littérature
provençale. Ajoutons que plus on descend dans le temps, plus
les chansons de geste sont diffuses, surchargées
d'épisodes merveilleux et de types de convention, plus elles s'éloignent,
en un mot, des justes proportions et de l'allure sévère de
la Chanson de Roland .
La plupart des chansons sont anonymes : les quelques noms d'auteurs connus
sont Bertrand de Bar-sur-Aube, Herbert le Duc de Dammartin-en-Goële,
Jendeu de Brie, Graindor de Douai, Raimbert de Paris, Jean de Flagy, Jean
Bodel.
Romans
sur l'Antiquité.
Le XIIe
siècle peut être considéré comme une des époques
où la France
a sinon le mieux connu et le mieux apprécié, au moins le
plus recherché les monuments de la littérature
latine antique avant la Renaissance .
Le succès des poèmes épiques nationaux suggéra
à quelques clercs l'idée de mettre à la portée
de la foule en les versifiant les principales histoires ou légendes
antiques puisées en général à des sources de
la période tardive. Tantôt on adopta la forme extérieure
des chansons de geste proprement dites, tantôt
les vers octosyllabiques rimant deux à deux : au premier système
appartiennent les poèmes sur Alexandre ;
au second, le roman de Thèbes
(d'après la Thébaïde
de Stace) et le roman d'Enéas
(d'après l'Enéide
de Virgile), poèmes anonymes composés
à peu d'années l'un de l'autre (vers 1150) et enfin le roman
de Troie
( d'après Darès et Dictys ), dédié par Benoît
de Sainte-Maure, vers 1160, à la reine Eléonore.
Romans
grecs et byzantins et romans d'aventure.
Les oeuvres qui rentrent dans ce chapitre
sont ou imitées de traductions latines anciennes de romans
grecs tardifs ou puisées directement dans les traditions byzantines
avec lesquelles les croisades
avaient mis l'Occident en contact. Nous citerons en particulier : Apollonius
de Tyr, les Sept Sages, Eracle ,
par Gautier d'Arras (vers 1460); Cligès ,
par Chrétien de Troyes (vers 1165); Florimont,
par Aimon de Varennes (1188); Atis et Profilias, par Alexandre
de Bernay; Partenopeus de Blois
(sujet analogue à celui de Psyché );
Flore
et Blanchefleur ,
etc. Tous ces poèmes sont plus ou moins des romans
d'amour qui ont préparé les romans
d'aventure avec lesquels on les confond souvent. Nous mentionnerons seulement
parmi ces derniers: Ille et Galeron, par Gautier d'Arras (1157);
Galeran
de Bretagne, Guillaume de Dole, Pamphile et Galatée, par Jean
Brasdefer (vers 1225).
Romans
bretons.
Il n'est pas de sujet plus difficile à
élucider dans l'histoire littéraire du Moyen âge
que l'origine des romans bretons. D'après Gaston
Paris, c'est en Angleterre
que le contact s'est produit entre les légendes
bretonnes et la littérature française
(c.-à-d. anglo-normande), soit directement, soit parfois par l'intermédiaire
de traductions anglaises : c'est là que Marie de France a composé
au XIIe siècle ses nombreux lais;
c'est là qu'ont été tentées les premières
compilations poétiques sur Tristan, Perceval, Gauvain, Lancelot
et autres héros de la cour d'Arthur,
et c'est de là qu'elles ont passé en France ,
où Chrétien de Troyes et ses continuateurs,
Godefroy de Lagny, Mennessier, Gaucher de Dourdan, Gerbert
de Montreuil leur ont donné une vogue extraordinaire. Un graal
(plat) mystérieux mentionné dans le Perceval
inachevé de Chrétien de Troyes est devenu peu après
lui l'objet de légendes qu'il ne connaissait sans doute pas : on
a raconté que ce graal avait servi à recueillir, entre les
mains de Joseph d'Arimathie, le sang
qui coulait des plaies de Jésus, et un
poète franc-comtois du commencement du XIIIe
siècle, Robert de Boron, a consacré
une sorte de trilogie (Joseph, Merlin ,
Perceval)
à rattacher artificiellement la légende du graal au cycle
breton. Ces trois poèmes sont en partie perdus, mais, mis en prose
et combinés avec d'autres données de poètes anonymes,
ils se retrouvent dans les romans du Saint-Graal, de Merlin,
de Lancelot ,
de Palamède, immenses compilations de la fin de la période
embrassée dans ce chapitre. On notera que le Brut
de Wace, composé en 1155, qu'on ne manque
jamais de mentionner parmi les romans bretons, est une simple traduction
en vers de l'Historia regum Britanniae de Gaufrei
de Monmouth, et que cette Historia, toute répandue qu'elle
ait été, n'est pas la source des romans français.
Contes
et fableaux.
Les contes
et les fableaux (la forme fabliau
est une forme dialectale des manuscrits'
picards
qu'il faut leur laisser, comme tabliau pour tableau, morciau
pour morceau, etc.) répondent au même besoin de curiosité
de l'esprit que les récits des chansons
de geste ou des romans; mais ils s'adressaient
généralement à un public de bourgeois, d'aspirations
moins élevées. Ils mettent surtout en scène des bourgeois,
des vilains ou des clercs inférieurs : un auteur latin les oppose
précisément sous le nom de fabellae ignobilium aux
chansons de geste (cantilena; gestoriae) et aux romans d'aventure
(eventurae nobilium). Ce sont de courts récits rimés,
dont les auteurs n'ont guère d'autre prétention que de faire
rire, mais possèdent rarement assez d'esprit pour ne pas tomber
dans la platitude ou dans le cynisme. Beaucoup de ces récits paraissent
venir de l'Orient, soit par l'intermédiaire des Arabes
d'Espagne ,
soit par la voie des croisades .
Quelques-uns remontent au milieu du XIIe
siècle, notamment Richeut, peinture énergique de la
vie des courtisanes et de leurs protecteurs; la plupart sont de la fin
du XIIe et surtout du commencement du XIIIe
siècle.
Fable
ésopique et roman de Renard.
Beaucoup de recueils de fables
ont été composés au XIIe
et au XIIIe siècle en français
sous le nom d'Isopet ; mais en général, sans en excepter
le plus remarquable, celui de Marie de France, ils n'offrent pas grand
intérêt, car ils ne sont que la traduction, trop souvent inintelligente,
de deux recueils latins du temps dont
les sources remontent à l'Antiquité grecque et latine additionnée
de quelques éléments indiens, l'Avianus et le Romulus.
Au contraire, les nombreux récits qui se sont peu à peu ajoutés
ou superposés les uns aux autres, pour former le recueil connu sous
le nom de Roman de Renart ,
sont pour la plupart propres au Moyen âge
et donnent une saveur particulière à cette sorte d'épopée
animale.
Histoire.
Le genre historique
a été d'abord traité en vers et, sous cette forme,
il a particulièrement fleuri à la cour des rois
d'Angleterre .
Vers 1150, Geffrei Gaimar compose son Histoire des Anglais (vers
octosyllabiques); de 1160 à 1174, Wace, la
Geste
des Normands ou Roman de Rou
(Rollon), qu'il interrompt à la bataille
de Tinchebray (1107), sans doute à la nouvelle que Henri
Il avait chargé de la même tache un concurrent, Benoît
(que quelques-uns identifient avec Benoît
de Sainte-Maure, auteur de Troie )
nous possédons en effet 43.000 vers
octosyllabiques de Benoît, qu'on a publiés sous le titre de
Histoire
des ducs de Normandie. Malheureusement, ces trois poèmes de
Gaimar, de Wace et de Benoît ne sont guère que la paraphrase
de textes latins antérieurs
et s'arrêtent avant l'époque où les poètes chroniqueurs
auraient pu parler des événements qu'ils avaient vus. Ce
genre d'intérêt qui leur manque se trouve au contraire dans
les poèmes suscités par le meurtre de Thomas
Becket (1170) et composés presque sous le coup de l'émotion
produite par ce tragique événement. De ces poèmes,
nous ne citerons que celui de Garnier de Pont-Sainte-Maxence, l'une des
oeuvres les plus remarquables que le Moyen âge
nous ait laissées. La troisième croisade
inspira à un certain Ambroise, jongleur
au service de Richard Coeur de Lion,
un poème de 12.000 vers sans grandes
qualités littéraires, mais offrant le mérite de la
sincérité. Enfin, vers 1224, fut composée par un anonyme
l'Histoire de Guillaume le Maréchal, grand personnage de
la cour anglaise, oeuvre supérieure peut-être par le mérite
de l'écrivain à toutes celles que nous venons d'énumérer.
La France
proprement dite est beaucoup moins riche dans le genre historique que les
possessions des Plantagenets. On écrit
peu en vers, et l'Histoire des Empereurs
romains, rimée par le Lorrain Calendre (1213) est au-dessous
du médiocre. On traduit beaucoup en prose, notamment la fameuse
Chronique
de Turpin ;
on compose à Paris
les Faits des Romains, compilation intéressante imitée
de Salluste, César,
Lucain
et Suétone, mais qui est demeurée
interrompue à la mort de Jules César, etc. Celte prédilection
pour la prose nous a valu une oeuvre capitale de l'historiographie française
la Conquête de Constantinople ,
de Villehardouin, et le récit, souvent
pittoresque, que Robert de Clari a consacré à la même
expédition.
Poésie
lyrique.
Nous avons vu que la littérature
française avait emprunté aux Bretons du pays de Galles
la « matière de Bretagne », comme dit Jean
Bodel; mais cette matière, elle l'a faite sienne par la manière
dont elle l'a traitée. Dans le domaine
lyrique, les poètes français ou trouvères
n'ont pas fait preuve de la même originalité : ils se sont
mis à l'école des poètes provençaux
ou troubadours et n'ont guère fait
que les copier, parfois avec bonheur, le plus souvent avec un art inférieur.
Cette dépendance du Nord vis-à-vis du Midi s'explique par
la différence de civilisation : le Nord, plus guerrier, se passionne
pour les chansons de geste au moment où
le Midi, plus raffiné et d'esprit plus délié, est
déjà revenu de cette passion qu'il n'a jamais dû éprouver
bien forte et est tout entier à la poésie
lyrique. On compose des poésies lyriques au Midi dès la fin
du XIe siècle; au Nord, nous n'en
connaissons pas avant la fin du XIIe. Ce
n'est pas que l'esprit lyrique n'ait existé au Nord antérieurement
à l'influence du Midi : on a quelques rares chansons
de toile françaises d'un caractère demi-épique, demi-lyrique
(notamment la Chanson de Renaud) qui paraissent remonter très
haut et qui ne doivent rien aux troubadours; de même certaines pastourelles,
certaines chansons de croisade à refrain. Mais cette poésie
de caractère populaire fut bientôt dédaignée
et délaissée, et la haute société de la fin
du XIIe siècle s'engoua de la lyrique
provençale. Les femmes, et en particulier les deux filles d'Aliénor
d'Aquitaine, épouses d'un comte de Champagne
et d'un comte de Blois ,
semblent avoir beaucoup contribué à cet engouement. Quelques-uns
des poètes lyriques français de cette époque, notamment
Thibaud
de Champagne et Gace Brulé, peuvent aller de pair avec les meilleurs
troubadours. A côté de la chanson, les autres genres cultivés
étaient la pastourelle, les rotruenges, les serventois, etc.
Genres
divers.
Il nous resterait, pour compléter
ce tableau, à parler de la littérature didactique
et de la littérature dramatique. De
cette dernière, nous n'avons que peu de chose à dire, parce
que les origines du théâtre français appartiennent
presque exclusivement à la littérature
latine; mentionnons cependant le Jeu de saint Nicolas, de Jean
Bodel qui date du commencement du XIIIe
siècle, et qui, à ce momentt, est une oeuvre tout à
fait isolée. La littérature didactique, religieuse ou profane,
est au contraire fort riche, mais elle se compose pour une bonne part de
traductions du latin qu'il y aurait peu
de profit à énumérer en détail. Citons seulement
les oeuvres, de caractères divers, qui ont au moins le mérite
d'une originalité relative : le Livre des manières,
d'Etienne de Fougères, évêque de Rennes ,
vers 1170; le Miserere et le Roman de Charité, d'un
reclus qui vivait à Molliens, en Picardie ,
et dont le nom de famille n'est pas connu; les Bibles,
de Guyot de Provins et de Hugues de Berzé,
tous ouvrages en vers, satires plus ou radins
vigoureuses contre les différentes classes de la société;
le Besant de Dieu, de Guillaume le Clerc; le Songe d'Enfer
et la Voie de Paradis, de Raoul de Houdan; le Tournoiement d'Antéchrist
(1235),
de Huon de Méri; les Miracles de la Vierge, de Gautier de
Coinci, également en vers et dont les titres indiquent assez et
le but religieux et le caractère allégorique, etc.
(Antoine Thomas). |
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