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Staël-Holstein
(Anna Louise Germaine Necker, baronne de), écrivaine née
à Paris
le 22 avril 1766, morte à Paris le 14 juillet 1817. Elle était
fille unique du riche banquier, plus tard ministre des finances de Louis
XVI, et de Suzanne Curchod, et il y avait quatre ans que son père
avait fondé à Paris sa célèbre maison de banque,
quand elle naquit. Enfant encore, elle avait son tabouret dans le salon
de sa mère, où les littérateurs, les hommes politiques,
les économistes,
La Harpe, Thomas, Raynal,
Morellet, Guibert, Suard, Grimm,
Buffon,
discutaient de tout devant elle et prenaient même plaisir aux saillies
de son intelligence prématurément éveillée.
Adorant son père, en qui elle admirait déjà l'auteur
couronné de l'Éloge de Colbert
(1773) et du Mémoire sur la Compagnie des Indes (1769) et
qui la chérissait, plus réservée envers sa mère,
qui, par une éducation toute genevoise, comprimait les élans
de sa riche nature, par ses goûts, ses lectures, ses pensers, elle
n'eut pour ainsi dire pas d'enfance.
A dix ans, l'année même où
son père est adjoint comme directeur au contrôleur des finances
(1776), elle veut épouser Gibbon, pour le fixer à Paris ;
à quinze, elle s'éprend de Guibert (1781), que sa liaison
avec Mlle de Lespinasse, ses Éloges couronnés, ses
théories philosophiques et stratégiques ont illustré.
Elle lit Montesquieu, en fait des extraits,
presque des commentaires. Elle écrit une Lettre pour défendre
le Compte rendu, et fournit à Raynal des pages sur la révocation
de l'Edit de Nantes. A dix-sept, elle demande gravement à la duchesse
de Mouchy :
«
Madame, que pensez-vous de l'amour ? »
On juge par là de l'importance qu'elle
eut dans ce salon de son père où, de 1777 à 1781,
on venait admirer l'auteur du Compte rendu, le régénérateur
de nos finances, et sa fille presque autant que lui. Mais cette précocité
a altéré sa santé, et une retraite dans la belle propriété
de Saint-Ouen
lui est nécessaire. Dès 1783, on cherche pour elle un grand
mariage, on a des vues sur le jeune Pitt; elle le
refuse, et l'on négocie alors, par l'intermédiaire de la
comtesse de Boufflers, l'amie de Gustave III, pendant trois ans et, son
mariage avec le baron de Staël, qui a dix-sept ans de plus qu'elle,
mais qui, depuis 1783, représente la Suède à Paris ,
mais on ne le conclut que quand il a obtenu la promesse du titre d'ambassadeur.
Il fut célébré le 14 janvier 1786.
La même année, Germaine Necker
publiait, sous le nom de baronne de Staël, qu'elle devait rendre si
célèbre, son premier livre, un roman, Sophie ou les Sentiments
secrets (Paris, 1786, in-8); et elle avait déjà en portefeuille
une tragédie, Jeanne Grey, qui ne
parut que plus tard (Paris, 1790, in-8); un autre roman, Adélaïde
et Théodore,
Mirza ou Lettres d'un voyageur, Pauline,
imitation de Clarisse .
Une idée, déjà très arrêtée, de
la jeune fille avait été « l'amour dans le mariage
», et à vingt ans elle épousait un homme de trente-sept
ans, joueur, sans fortune personnelle, très froid, et qui n'avait
rien de cet enthousiasme qui débordait en elle. Ce mariage ne fut
pas très heureux, et l'on ne doit pas s'en étonner.
-
Portait
d'Anna-Louise de Staël.
Présentée à la cour,
elle y eut peu de succès, malgré la réputation qui
la précédait; chez Mme de Polignac, on sourit de son air
bourgeois, et l'amertume qu'elle en ressentit ne fut pas sans influer peu
après sur l'opposition politique qu'elle fit au gouvernement de
Louis
XVI. Elle eut son dédommagement dans le salon qu'elle ouvrit
chez elle, rue du Bac à Paris ,
et qui devint bientôt une puissance, tandis que ses Lettres sur
les écrits et le caractère de J.-J.
Rousseau (Paris, 1788, in-12), sans grande originalité de
style ou de pensée, ont un succès que n'avait pas eu Sophie.
Imprimées en 1788, à l'époque où son père
était pour la seconde fois appelé à la direction des
finances, elles parurent seulement en 1789. Ce fut le moment le plus heureux
de Mme de Staël, celui où, à côté de son
père, rappelé après la prise de la Bastille ,
elle assista du balcon de l'Hôtel de Ville
à l'enthousiasme des Parisiens acclamant le ministre rappelé.
La révolution était commencée, la chute définitive
de son père (septembre 1790) lui en apprit bientôt les vicissitudes.
Cependant elle avait pris elle-même parti, en faisant de son salon
la réunion des Constitutionnels, des députés, comme
Malouet, Mounier, Clermond-Tonnerre, Talleyrand, Math. de Montmorency,
Crillon, La Rochefoucauld, Lally, Broglie, qui voulaient pour la France
le régime anglais.
Son héros d'alors, celui qui dans
son admiration et dans son coeur avait remplacé Guibert, mort à
Paris
le 6 mai 1790, fut le comte de Narbonne ,
qui, à une belle figure, celle de Louis XV,
qui passait pour être son père, joignait une élégance
et un grand esprit, et elle le poussa au ministère de la guerre
(décembre 1791), écrivant, dit-on, pour lui, ses discours
et ses rapports, et faisait donner à Custine
et à Ségur des missions à Brunswick et à Berlin .
Comme ses amis politiques, elle aurait vu avec plaisir la couronne passer
de la tête d'un Bourbon à celle
d'un duc de Brunswick ou d'un prince Henri de
Prusse .
Le renvoi de Narbonne (10 mars 1792), les attaques si souvent injurieuses
des journaux royalistes, le rappel de son mari (février 1792), dont
Gustave III blâmait les attaches révolutionnaires, lui furent
très sensibles; ses amis étaient menacés; au 10 août,
elle parvint à sauver Narbonne, mais échoua pour Marie-Antoinette,
pour laquelle son ressentiment s'était effacé; mais, menacée
elle-même, elle quitta Paris après les journées de
Septembre. Après quelques mois de séjour à Coppet
avec son père et son mari, elle rejoignit en Angleterre ses amis,
Talleyrand, Montmorency, Lally, Jaucourt, Malouet, Narbonne, mais celui-ci
bien changé et craignant le ridicule d'une ancienne liaison, et
y passa quatre mois presque aussi troublés que naguère en
France. Rentrée à Coppet à la fin de mai 1793, où
son mari, en juin, après une courte reprise de son ambassade à
Paris (février-juin 1793), vint la retrouver et séjourna
jusqu'à la fin de l'année. C'est là qu'elle reçut
Joseph
de Maistre, et écrivit (août) ses Réflexions
sur le procès de la reine (s. l., 1793), composées dans
le vain espoir d'apitoyer ses juges. Mais le grand événement
de sa vie, celui qui devait être pour elle l'origine de tant de vicissitudes
cruelles, fut sa rencontre (septembre 1794) avec Benjamin Constant, d'un
an plus jeune qu'elle, et connu jusque-là seulement par une vie
d'aventures, de courses errantes et de passions.
Reçu d'abord froidement par elle,
il trouva enfin le chemin de son coeur par son admiration pour elle, ses
menaces de suicide, peut-être sincères. Elle venait d'ailleurs
de perdre sa mère (mai 1794), et son coeur endolori était
sans doute plus accessible. Cependant le 9 thermidor avait mis fin à
la Terreur. Mme de Staël eut confiance en un avenir de rapprochement
entre les partis, pourvu que la guerre ne continuât pas à
entretenir les fureurs. La paix était aussi le grand désir
du baron de Staël qui avait pu, après la chute de Robespierre
(27 juillet 1794), reprendre à Paris
son poste d'ambassadeur et était venu en automne à Coppet.
C'est pour y préparer et y amener l'opinion publique qu'elle publia
alors ses Réflexions sur la paix adressées à
M. Pitt et aux Français (Genève, 1795, in-8).
«
La guerre a fondé le régime des Jacobins, disait-elle; il
faut gagner par la paix la France au gouvernement des modérés.
»
Rentrée peu après à Paris
(17 mai 1795), elle passait des écrits à l'action, en faisant
de son salon rouvert de la rue du Bac le point de réunion des membres
du Cercle constitutionnel ou Cercle de l'Hôtel de Salm ( auj.
Palais de la Légion d'Honneur ),
dont Benjamin Constant devenait en même temps un des chefs, à
côté de Destutt de Tracy, Lanjuinais,
Radon, Garat,
Cabanis, Daunou,
Boissy d'Anglas,
Chénier, et formait une
sorte de ligue de journalistes avec Dupont de Nemours, Morellet, Suard,
Lacretelle jeune, Ad. de-Lezay. Ce qu'elle voulait alors, c'était
une sorte de république américaine comme celle qui s'étaient
mise en place à Washington ( Les
États-Unis ),
où seraient entrés les monarchistes découragés
ou convertis. Pour favoriser cette évolution, elle publia presque
aussitôt les Réflexions sur la paix intérieure
(juillet 1795). Mais elle fut aussitôt attaquée par les restes
du parti jacobin; sur la dénonciation de Legendre, un instant le
comité de Salut public demanda son éloignement au baron de
Staël, qui, d'ailleurs, refusa. Pour faire diversion, elle publia,
sous le titre de Recueil de morceaux détachés (Lausanne,
1795, in-8, et Leipzig, 1796, in-8), ses nouvelles de jeunesse, en y ajoutant
une Epître au malheur (en vers), Zulma, épisode
d'un livre des Passions, et un Essai sur les fictions; première
ébauche de son livre sur la littérature.
Fatiguée de ces tracas, elle partit
elle-même pour Coppet (décembre. 1795), malgré l'espèce
de réception triomphante dont son mari avait été l'objet
à la Convention comme ambassadeur de Suède (22 avril 1795).
Là, au milieu d'une société sans cesse renouvelée,
elle achève et publie, dans l'automne de 1796, son livre De l'Influence
des passions sur le bonheur des individus et des nations (Lausanne,
1796, in-8, et Paris, 1797, 2 vol. in-8), oeuvre déjà toute
pleine des orages de sa liaison avec Benjamin Constant, et dont la conclusion
est « qu'aimer avec passion n'était pas le vrai bonheur ».
Le succès du livre n'attira que de nouvelles persécutions
à l'auteur : l'agent diplomatique de la France à Genève
eut ordre de la surveiller comme méditant avec Narbonne un soulèvement
des provinces de l'Est. La part qu'elle prend à la rédaction
du livre de Benjamin Constant : De la Forme du gouvernement et de la
Nécessité de s'y rallier (Paris, 1806, in-8), livre favorable
à l'affermissement de la République, ne désarma pas
ses ennemis de Paris, et elle ne put obtenir d'y rentrer, malgré
l'obligation où elle était obligée de poursuivre une
séparation de biens contre les prodigalités de son mari,
endetté de 200 000 livres.
Enfin, au mois d'avril 1797, elle put se
réinstaller rue du Bac, après l'entrée de Barthélemy
au Directoire, et peu après elle contribuait à faire
nommer ministre des affaires étrangères (15 juillet.) Talleyrand,
dont, dès 1795, elle avait obtenu la radiation de la liste des émigrés.
Sa politique est contraire aux royaliste et favorable au maintien, de la
République, et elle « se prête » au coup d'État
du 18 fructidor (4 septembre). Selon l'expression de Talleyrand, «
elle a fait le 18, mais non le 19 »; en effet elle s'opposa énergiquement,
mais en vain, aux rigueurs qui le suivirent, aux déportations. Trois
mois plus tard, elle assistait à la présentation solennelle
de Bonaparte au Directoire (10 décembre);
et sa première impression fut d'abord plus que favorable au vainqueur
d'Italie : nul doute qu'elle n'ait voulu d'abord s'emparer de son esprit,
peut-être l'inspirer, le dominer. Son insuccès, l'irritation
qu'elle en ressentit et aussi l'excès de dureté de Bonaparte
expliquent le duel en quelque sorte qui s'engagea entre eux et qui devait
durer dix-sept ans. Le coup d'État de prairial à la suite
duquel Talleyrand quitta le ministère (10 juillet 1798), la persécution
de plusieurs de ses amis, l'anarchie où glissait de plus en plus
le Directoire, attristèrent pour elle les deux années suivantes,
où elle se partageait entre Paris
et Coppet, se liant alors là avec Lucien et Joseph Bonaparte, Mme
Récamier et Mme de Beaumont, avec Chênedollé,
d'autres encore.
Rentrée à Paris
le soir même du 18 brumaire (2 novembre 1799), qu'elle regretta moins
en lui-même qu'en raison de celui qui le faisait, elle tenta cependant
de se rapprocher du premier consul, qui d'ailleurs, venait de nommer Benjamin
Constant au Tribunat, d'offrir de rendre à Necker les 2 millions
que le gouvernement lui devait, et, en passant à Genève pour
se rendre à l'armée d'Italie, avait fait aimablement une
visite à son père; mais la femme en elle fut encore irrémédiablement
froissée par son dédain, et, en 1800, c'est dans son salon
que se prépare le premier discours d'opposition que Benjamin Constant
fit au Tribunat. Le soir même, Talleyrand, qui était redevenu
ministre (9 novembre 1799), s'excusa d'assister à sa réception
par un billet qu'elle ne lui pardonna jamais.
Revenue à Coppet en mai 1800, sa
haine contre Bonaparte était déjà
si vive qu'elle souhaitait qu'il fut battu à Marengo
(14 juin). Un nouvel ouvrage qu'elle publia alors, De la Littérature
considérée dans ses rapports avec l'état moral et
politique des nations (Paris, an VIII, 2 vol. in-8), précipita
les mesures rigoureuses contre elle. Tout le livre, roulant sur cette double
idée que la littérature française ne se régénère
que par les moeurs républicaines et l'influence des littératures
étrangères, déplut singulièrement au futur
empereur, et cette impression fut partagée et accrue par l'opinion
de Fontanes et d'autres encore, et il ne le laissa pas ignorer à
Mme de Staël. Le 9 mai 1802, elle avait perdu à Poligny son
mari, dont la détresse l'avait touchée et dont elle allait
se rapprocher. Rentrée alors à Paris ,
au moment même où Benjamin Constant venait d'être exclu
du Tribunat, installée dans son nouveau salon de la rue de Grenelle,
elle réunit autour d'elle et échauffe de son ressentiment
ce qu'il y a alors d'opposants, Benjamin Constant, Camille Jordan, Gerando,
Fauriel, Narbonne, Mmes Récamier, de Beaumont, de Tessé,
des généraux comme Moreau, Bernadotte.
L'irritation de Napoléon
s'accrut encore par la publication du livre de Necker : Dernières
vues de politique et de finances (Genève, 1802), où se
rencontraient des allusions désobligeantes à son pouvoir.
Il ordonna à sa police de mettre son salon en interdit, et le désert
se fit chaque jour autour d'elle. Elle retourna alors en Suisse et publia
Delphine
(Genève, 1802, 4 vol. in-12). C'était en réalité
l'histoire de sa vie. Il fut violemment attaqué par les critiques
officiels ou officieux. Elle s'aventura cependant à rentrer en France,
mais, le 15 octobre 1803, reçut l'ordre de s'éloigner à
40 lieues de Paris .
Elle se décida alors à visiter l'Allemagne, vers laquelle
l'attiraient ses curiosités littéraires (décembre
1803), reçut à Metz ,
de Ch. de Villers, son ami, son itinéraire de voyage, et par Francfort
arriva à Weimar, où Benjamin Constant la rejoignit en janvier.
Pendant les deux mois qu'elle y séjourna, elle étonna, sans
charmer, cette petite cour galante et lettrée : mais Goethe,
Schiller
se tinrent plutôt sur la défensive (janvier-février
1804). A Berlin où elle arriva en mars, elle se lia avec Auguste
de Schlegel, qu'elle s'attacha pour instruire son fils, et y apprit
avec quelque effroi pour elle-même l'arrestation du duc d'Enghien
(16 mars 1804).
La nouvelle de la mort de son père
(9 novembre) la rappela en hâte à Coppet. Elle n'y resta que
le temps d'ensevelir cet être le plus cher de sa vie et d'écrire
son éloge sous ce titre : Du Caractère de M. Necker et
de sa vie privée. Jusque-là elle avait été
accompagnée par Benjamin Constant. Ce fut seule (4 novembre 1804)
qu'elle entreprit le voyage d'Italie, mais elle s'y rencontra avec Sismondi,
Guillaume
de Humboldt, Bonstetten, qui lui furent
d'une grande ressource, se lia avec le poète Monti, la comtesse
d'Albany, fut pompeusement reçue à Naples
par la reine Caroline, et accueillie au Capitole en triomphatrice par l'Académie
des Arcades. Après sept mois de séjour, elle rentra en
avril 1806 à Coppet, où aussitôt elle se mit à
la composition d'un nouveau roman conçu par elle en Italie
Mais elle ne pouvait se passer de la France;
et, au mois d'avril 1806, avec la connivence de Fouché, elle se
risqua jusqu'à Auxerre ,
puis jusqu'à Cernay, et vint même à Paris
incognito, pendant que Napoléon faisait
la campagne de Prusse
et de Pologne ,
mais, à son retour, elle reçut l'ordre de partir au moment
même où elle venait d'achever son livre. C'est pendant qu'elle
regagnait Coppet (mai 1807) que parut Corinne ou l'Italie (Paris,
1807, 3 vol. in-12). Le succès fut immense, malgré les épigrammes
de certains critiques, parmi lesquels il faut compter Napoléon dans
le Moniteur. Comme dans Delphine, elle s'est peinte elle-même
dans Corinne, lord Melvil ressemble beaucoup à Benjamin Constant,
et Raimond à Mathieu de Montmorency; le style est plus brillant,
la passion plus vive.
Comme Chateaubriand
en Orient, elle avait été en Italie chercher des «
couleurs » et des « impressions ». Rentrée à
Coppet, elle fit encore l'année suivante une tentative pour être
autorisée à revenir à Paris ,
son fils eut même à ce sujet une entrevue avec l'empereur;
à Chambéry ,
tout à fait inutile. Elle voulut alors revoir l'Allemagne
et passa l'hiver de 1807-08 à Munich et à Vienne, où
elle voit le prince de Ligne et en reçoit un manuscrit qu'elle publia
sous le titre de Lettres et pensées du prince de Ligne (1809,
in-8), avec une préface d'elle. A Coppet, c'était autour
d'elle une véritable cour, où apparaissaient le prince Auguste
de Prusse ,
la duchesse de Courlande ,
des hommes de lettres comme Zacharie Werner, Monti, Bonstetten,
le baron de Vogh et des anciens amis. On y jouait beaucoup la comédie,
et plusieurs pièces d'elle qui furent publiées sous le titre
Essais
dramatiques (Paris, 1821, in-8) contenant sept pièces : Agar,
Geneviève de Brabant ,
la Sunamite, Sapho, le Capitaine Kernadec, la Signora Fantastici, le Mannequin.
Mais ses rapports devenaient de plus en plus orageux avec Benjamin Constant
qui, à Secheron, en juin 1808, lui présenta sa femme, Charlotte
de Hardenberg, qu'il venait d'épouser secrètement. Ce fut
pour elle un coup horrible. Elle songea un instant à aller en Amérique
et écrivit à Talleyrand une lettre désespérée
sur cet exil de Paris qui la tuait (février 1809).
Dans cette crise terrible, sa pensée
se tourna vers la religion, elle lut Fénelon,
l'Imitation surtout. Mais ce fut surtout le travail qui la rendit
à elle-même. Elle écrivit alors son livre le plus remarquable
peut-être; elle voulait par lui s'imposer en quelque sorte à
l'empereur, forcer les portes de Paris .
Bravant la défense, elle se rendit à Chaumont
(mars 1810), l'y fit imprimer et en adressa un exemplaire à Napoléon
avec une demande d'audience : non seulement elle lui fut refusée,
mais ordre lui fut donné de se retirer à Coppet (4 octobre),
tandis que la police détruisait toute l'édition du livre
qui avait été représenté à Napoléon
comme hostile à la France et à son influence à l'étranger.
Il lui fallut le refaire imprimer plus tard à Londres
(1813, 3 vol. in-8), à Leipzig
(1814, 3 vol. in-8).
A Coppet, placée sous la surveillance
du préfet du Léman (Barante), il
lui fut défendu de recevoir. Ce dernier coup avait mis le comble
à son désespoir. Ce fut un nouvel amour qui la consola, celui
pour un jeune Genevois de vingt-trois ans, officier de hussards en Espagne,
de Rocca, que des blessures avaient ramené au pays natal. Charmant,
enthousiaste, aimant, il s'imposa par sa tendresse, et au commencement
de 1811 un mariage tenu secret - car elle ne voulait pas quitter le nom
qu'elle avait rendu célèbre - l'unit à elle. Mais
d'autres troubles l'attendaient. Subitement jaloux, Benjamin Constant voulait
se battre avec Rocca, puis il se résigna; mais de Paris
on frappa ses amis autour d'elle, Mme Récamier, Mathieu de Montmorency
furent exilés, Schlegel expulsé
de Coppet. Elle se décida alors à fuir la Suisse. Le 22 mai
1812, elle partit avec ses trois enfants, suivie bientôt par Rocca.
Par Vienne et Varsovie ,
elle pénètre le 14 juillet en Russie, vingt jours après
le passage du Niémen par les Français, est reçue à
Moscou
par Alexandre, revient avec lui à Saint-Pétersbourg où
elle se rencontre avec le baron de Stein, l'ennemi irréconciliable
comme elle de Napoléon, et avec
Joseph de
Maistre, et en septembre - le mois de l'incendie de Moscou - s'embarque
de Riga
pour la Suède où Bernadotte lui paraît déjà
un successeur possible de Napoléon, et où elle trouvé
encore le temps d'écrire la seconde partie de Dix années
d'exil, commencé à la fin de 1840.
Au mois de juin 1813, elle aborde en Angleterre,
y fait imprimer l'Allemagne, et pendant quatre mois (juin-octobre) est
l'objet de l'accueil empressé des émigrés et de la
société anglaise, voit Byron, mais
non Walter Scott qui l'évite. L'abdication
de Napoléon lui rouvrit la France, et elle était à
Paris
quand Louis XVIII y rentra (8 mai 1814). Convertie
à une restauration des Bourbons, son coeur cependant avait souffert
des dernières défaites françaises. Quand les coalisés
avaient franchi la frontière française (décembre.
1813), elle avait frémi, et quand Benjamin Constant avait publié
en janvier 1814 son pamphlet en faveur de la coalition,
De l'Esprit
des conquêtes, elle lui avait écrit :
«
Ce n'est pas le moment de calomnier les Français quand les Russes
sont à Langres. Dieu m'exile à jamais de la France, plutôt
que je doive mon retour aux étrangers! »
Cependant elle leur dut ce retour, et elle
l'accepta. Après avoir passé l'été de 1814
à Coppet, elle rentre à Paris
à l'automne; et dans son salon rouvert et couru s'indigne déjà
de la réaction royaliste et se fait centre d'opposition. Chassée
par le retour de Napoléon (20 mars 1815), et tout en blâmant
Benjamin Constant de son adhésion au gouvernement des Cent-Jours,
elle sort de son silence pour plaider en faveur de l'intégrité
du territoire français (Lettres à un ami d'Angleterre
et Lettre au duc de Richelieu, 20 juin 1815). Obligée, pour
sa santé très ébranlée et pour celle de Rocca,
de passer l'hiver de 1815-16 en Italie, où a lieu, à Pise,
le mariage de sa fille Albertine avec le jeune duc Victor de Broglie (février
1816), et rentrée à Coppet au mois de juin, elle y vit Stein,
mécontent des alliés, comme elle l'était déjà
des Bourbons, et elle ne revint s'établir à Paris, dans sa
nouvelle demeure de la rue Royale; qu'à la fin de 1816, près
de dix-huit mois après l'avoir quitté.
C'était le moment de la dissolution
de le Chambre introuvable. Atteinte gravement dans sa santé,
pendant cinq mois elle se prodigua cependant de toutes les manières,
dans les réceptions, dans son salon, dans des travaux littéraires
dont le principal était la révision de ses Considerations
sur la Révolution française. Frappée, en février
1817, de paralysie à un bal chez le duc Decazes, elle languit encore
cinq mois, recevant cependant ses amis sur ce lit où elle était
condamnée à l'immobilité, comme par une sorte d'ironie
de la providence; après l'activité qui avait dévoré
sa vie. Ce fut dans un hôtel de la rue des Mathurins, qui possédait
un grand jardin, où on l'avait transportée, qu'elle mourut
à l'âge de cinquante et un ans. Le soir du 13 juillet, elle
s'était endormie sous l'influence de l'opium, elle ne se réveilla
pas. Elle fut inhumée à Coppet. Après sa mort; le
silence se fit tout à coup sur elle. Joubert
a dit à ce sujet :
«
Sans les journaux, la fin d'une vie si tumultueuse n'aurait pas fait le
moindre bruit.-»
Rocca lui survécut peu et mourut le
30 janvier 1848 aux îles d'Hyères. Son mariage, avait été
rendu public aussitôt après la mort de Mme de Staël.
De son premier mariage, elle avait eu trois enfants : Auguste; Albert,
tué en duel en 1813; Albertine-Ida-Gustavine, duchesse de Broglie,
née en 1797, morte en 1838. En 1812, elle eut aussi un fils de Rocca.
(E.
Asse).
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En
bibliothèque - Pendant son
dernier séjour en Angleterre, Mme de Staël avait publié
: Réflexions sur le suicide (Londres, 1813, in-8), sorte
de réfutation de son livre sur les Passions, commencé
en 1809; Zulma et Trois Nouvelles, précédées d'un
Essai sur les fictions (Londres, 1813, in-8).
Après
sa mort, ses héritiers publièrent les Considérations
sur les principaux événements de la Révolution française
(Paris, 1818, 3 vol. in-8); Dix années d'exil (Paris, 1821,
in-8), dont le premier est, avec celui de l'Allemagne, les deux plus importants
de ses écrits. Son fils Auguste a donné ses Oeuvres complètes
(Paris, 1820-21, 17 vol. in-8 et in-12), et par la suite ont paru ses Oeuvres
inédites (Paris, 1830). |
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