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Théâtre
Le vaudeville
Le nom de vaudeville fut donné, au XVe siècle, à des chansons joyeuses ou malignes. Olivier Basselin, maître foulon de Vire en Normandie, composa des poésies de ce genre, qui coururent tout le val de Vire, et qui, se propageant plus loin, continuèrent d'être appelés vaux-de-vire. Une édition en a été donnée par J. Travers, Avranches, 1833, in-18. 

Un avocat de Vire, Jean Le Houx,  qui vivait à la fin du XVIe siècle, continua la tradition en composant pour ses compagnons de table des chansons appelées, comme celles de son prédécesseur, Chansons des Vaux (vallées) de Vire.
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Le nez du buveur, de Jean Le Houx

Les Vaux de Vire de Le Houx ont tous pour objet l'éloge du vin. On ne peut s'empêcher d'admirer la verve et la variété de ton qu'a apportées l'auteur dans ce sujet assez monotone par lui-même..

« Beau nez, dont les rubis ont cousté mainte pippe [1]
De vin blanc et clairet,
Et duquel la couleur richement particippe
Du rouge et du violet;

Gros nez, qui [2] te regarde a travers un grand verre
Te juge encore plus beau.
Tu ne ressembles poinct au nez de quelque herre [3]'
Qui ne boit que de l'eau.

Un coq d'Inde sa gorge a toy semblable porte [4]
Combien de riches gens
N'ont pas si riche nez! Pour te peindre en la sorte
Il faut beaucoup de temps.

Le verre est le pinceau duquel on t'enlumine;
Le vin est la couleur
Dont on t'a peinct ainsi, plus rouge qu'une guig
Et beuvant du meilleur.

On dict qu'il [5] nuist aux yeux. Mais seront-ils les maistres?
Le vin est garison
De mes maux. J'ayme mieux perdre les deux fenestres 
Que toute la maison. »
 

(Jean le Houx).

Notes : 1.  Tonneau. - 2. Celui qui. - 3. Pauvre hère. - 4. Porte sa gorge. - 5. Cela.

Le mot vau-de-vire fut défiguré par l'ignorance : un musicien de l'Anjou, Jean Chardavoine, fit imprimer, en 1575 et 1578, des voix de ville, et Jacques de Callières, dans son ouvrage Des mots à la mode et des nouvelles façons de parler (Paris, 1690 et 1693, in-12), nous apprend que le mot vaudeville date du XVIIe siècle.

On employa bientôt ce mot pour désigner autre chose que des chansons satiriques, grivoises ou politiques : ainsi, les comédies de Dancourt, faites sur des événements du jour et sur des anecdotes qui couraient, étaient appelées vaudevilles. Les vaudevilles furent ensuite des pièces de théâtre dans lesquelles entraient des couplets; ces compositions dramatiques, qui prirent naissance vers 1700, aux foires Saint-Germain et Saint-Laurent, et auxquelles se livrèrent principalement Fuselier, d'Orneval et Lesage, étaient rimées, pour le dialogue comme pour les couplets.

Puis, on mêla de la prose avec les vers, afin de mieux lier les couplets, et le vaudeville devint, vers la fin du XVIIIe siècle, ce qu'il est resté jusqu'à nos jours, une petite comédie dont le dialogue en prose est entremêlé de couplets. II se distingua de la comédie à ariettes, appelée opéra-comique, en ce que ses couplets furent adaptés à des airs vulgaires et connus. Les couplets qui terminent quelques comédies de Picard et le Mariage de Figaro' de Beaumarchais ne font pas, de ces pièces, des vaudevilles dans le sens récent de ce mot. Le vaudeville se prête à tous les tons : comédies intriguées, scènes de boudoir, pièces villageoises, tableaux de circonstance, parodies, tout a été de son domaine. (B.).

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