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Descartes (René), Cartesius, philosophe né à La Haye en Touraine l'an 1596, d'une famille noble, étudia à La Flèche sous les jésuites, se distingua surtout en philosophie et sentit dès lors le vide des doctrines qui étaient en honneur. Il suivit d'abord la carrière des armes et servit comme volontaire sous Maurice de Nassau (1617) et sous le duc de Bavière (1619); mais il quitta le service au bout de peu d'années (1620) se mit à voyager, parcourut l'Allemagne, la Hollande, l'Italie et vint à plusieurs reprises à Paris, où il se lia avec les savants, particulièrement avec Mersenne, Mydorge, Sorbière, Clersellier. Après être resté plusieurs années indécis sur le choix d'un état, il résolut de se livrer tout entier à la méditation. Pour y mieux réussir, il quitta la France, où il eût trouvé trop de distractions, et se retira en Hollande (1629), où il vécut dans la retraite; habitant tantôt Amsterdam, Deventer, La Haye ou Leyde, tantôt les délicieuses solitudes d'Eyndegeest ou Egmont.

Le premier fruit de ses travaux avait été un Traité du Monde, dans lequel il admettait, comme Galilée, le mouvement de la Terre mais il supprima prudemment cet ouvrage dès qu'il connut la condamnation du philosophe italien (1633). En 1637 il publia le Discours de la Méthode avec la Dioptrique, les Météores, et la Géométrie, rédigés en français; il y enseignait une méthode nouvelle qui devait faire révolution dans la philosophie, et il présentait comme applications de cette méthode plusieurs de ses plus admirables découvertes. En 1641 parurent les Méditations sur la philosophie première, qu'il rédigea en latin, et qu'il dédia à la Sorbonne elles furent suivies en 1644 des Principes de la philosophie, écrits aussi en latin, et où l'auteur présentait l'ensemble de sa doctrine. Ces ouvrages attirèrent à Descartes un grand nombre d'admirateurs, mais ils lui suscitèrent aussi de vives contradictions et même des persécutions. A la tête de ses adversaires se plaça un théologien d'Utrecht, Gisbert Voët, qui l'accusa d'athéisme : peu s'en fallut que ses livres ne fussent brûlés par la main du bourreau (1643); quelques-uns furent mis à l'index à Rome, notamment les Méditations (toutefois, la condamnation ne fut prononcée que longtemps après sa mort, en 1663). Il eut aussi à répondre aux objections toutes philosophiques de Hobbes, de Gassendi, d'Arnauld et d'un grand nombre d'autres. Mais d'un autre côté il comptait d'illustres suffrages: ses principes étaient enseignés dans plusieurs universités la princesse Élisabeth, fille de l'électeur palatin Frédéric V, recherchait ses entretiens; Mazarin lui accordait une pension de mille écus (1647); enfin la reine Christine le pressait de se rendre à sa cour. Flatté de cette invitation, Descartes partit pour Stockholm à la fin de 1649, mais au bout de peu de mois il succomba à la rigueur du climat. Il mourut en 1650, âgé de prés de 54 ans. Ses restes furent rapportés en France en 1667, et déposés avec honneur à Ste-Geneviève, mais il ne fut pas permis de prononcer son oraison funèbre.
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Portrait de Descartes.
René Descartes, par Frans Hals.

Descartes est regardé en France comme le rénovateur des sciences. Sentant combien étaient peu solides la plupart des connaissances que les anciens nous ont transmises, il résolut de douter provisoirement de tout et de reconstruire l'édifice sur de nouvelles bases en ne se fiant qu'à l'évidence, et en suivant une méthode toute nouvelle. Dans les travaux qu'il entreprit pour opérer cette grande restauration, il faut distinguer le métaphysicien, le mathématicien, le physicien et l'astronome. En métaphysique il prit pour point de départ ce célèbre enthymème, Je pense, donc je suis, et se servit de cette première vérité pour établir et l'existence de l'âme, à laquelle il donne pour essence la pensée, et l'existence de Dieu, qu'il fonde sur l'idée même que nous en avons, et celle des corps, qu'il fonde sur la véracité de Dieu; il distingua nettement l'esprit de la matière (à laquelle il donne pour essence l'étendue), mais sans expliquer l'action réciproque des deux substances; il plaça le siège de l'âme dans la glande pinéale et lui donna pour agents les esprits animaux; il réduisit les animaux à n'être que de pures machines; enfin il admit des idées innées. En mathématiques, il fit faire un pas immense par l'invention d'un nouveau mode de notation en algèbre, celui des exposants, et par l'application de cette science à la géométrie des courbes; ce qui lui permit de résoudre comme en se jouant les problèmes regardés jusqu'alors comme insolubles. Dans son Traité sur les Météores (1637), il expose le premier une théorie de l'arc-en-ciel, et dans sa Dioptrique (1637), les lois de la réfraction. En astronomie, et en cosmologie, il imagina ce fameux système des tourbillons, suivant lequel le Soleil et les étoiles fixes sont le centre d'autant de tourbillons de matière subtile qui font circuler autour d'eux les planètes; mais, moins hardi ou moins franc que Copernic, il ajoutait que tous ces tourbillons circulaient eux-mêmes autour de la Terre. Il s'occupa aussi beaucoup de physiologie et d'anatomie.

Système des tourbillons - Jusqu'au XVIIe s., les phénomènes célestes et les lois des mouvements des astres ont été l'objet principal des études des astronomes. La recherche du principe physique de ces mouvements, ébauchée par les philosophes anciens et reprise par Kepler, fut continuée par Descartes.

Dans ses Principia Philosophiae (1644), Descartes explique les mouvements des astres dans le système solaire par l'intervention de forces, en supposant que chacun des astres est entouré d'un tourbillon de matière subtile qui l'entraîne. Ce système est ingénieux, mais le calcul ne peut pas lui être appliqué; aussi disparut-il quelque temps après la découverte de Newton. (Lebon, 1899).

Malgré l'opposition que la philosophie de Descartes avait rencontrée à son début, elle ne laissa pas de se propager dans toute l'Europe, et d'y obtenir, sous le nom de Cartésianisme, un grand nombre de partisans, qui furent appelés Cartésiens. Parmi ceux-ci, les uns, comme Delaforge, Clersellier, Clauberg, Sylvain Régis, Jacques Rohault, se contentèrent de reproduire la doctrine du maître, et de la commenter timidement; les autres, comme Malebranche, Spinoza, Fardella, en tirèrent des conséquences chacun à leur manière, et bâtirent des systèmes qui s'en écartaient fort; d'autres enfin n'empruntèrent à Descartes que son esprit et sa méthode, dont ils se servirent, tantôt pour défendre, les vérités religieuses et morales comme Arnauld, Bossuet, Fénelon, Nicole, et la plupart des Jansénistes de Port-Royal; tantôt, comme Bayle, pour battre en brèche toutes les croyances. Après une vogue de plus d'un demi-siècle, le cartésianisme s'éclipsa rapidement devant la faveur qui s'attachait aux systèmes nouveaux de Locke, de Newton, de Leibniz; cependant il continua d'être en France la philosophie dominante jusqu'à Condillac. Voltaire lui porta les derniers coups.


Principaux ouvrages : Les ouvrages de Descartes, outre ceux que nous avons déjà cités, sont les Passions de l'âme, Amsterdam, 1649; le Monde ou Traité de la lumière, 1664 (posthume); Traité de l'homme et de la formation du fœtus, 1664, Compendium musicæ, 1650; la Mécanique, 1668; et de nombreuses Lettres, 1657.

Éditions anciennes - Plusieurs de ses ouvrages, qui avaient été écrits en latin, ont été traduits par Clersellier, notamment : les Lettres, 1667, 3 vol. in-4; les Méditations 1673 (déjà trad. dès 1647 par le duc de Luynes); le Traité de l'Homme, 1677; les Principes, 1681. L'édition de ses œuvres la plus complète est celle de M. V. Cousin, en 11 volumes in-8, Paris, 1824-1826; M. Ad. Garnier a donné à part les œuvres purement philosophiques, 1835, 4 vol. in-8, avec des notes; M. Foucher de Careil a publié en 1859-60 deux volumes d'œuvres inédites.

La Vie de Descartes a été écrite par Baillet 1691; son Éloge, par Thomas et par Gaillard, 1761. M. Fr. Bouillier a donné l'Histoire de da philosophie cartésienne, 1854.

En librairie - Descartes, Discours de la méthode, Paléo, 2003. - Règles pour la direction de l'esprit, Le Livre de Poche, 2002. - La Querelle d'Utrecht, Impressions nouvelles, 2001. - Les Passions de l'âme, Flammarion (GF), 2001. - L'Entretien avec Burman, PUF, 2000. - Exercices pour les Eléments des Solides (De solidorum elementis), PUF, 2000. - Abrégé de musique, PUF, 2000. - Ecrits physiologiques et médicaux, PUF, 2000. - Lettre préface des principes de philosophie, Flammarion (GF), 1999. - Le Monde, Le Seuil, 1996. - La Morale, Vrin, 1995. - Principes de Philosophie première, Vrin, 1995. - Correspondance avec Arnaud et Morus, Vrin, 1995. - Méditations métaphysiques, Flammarion (GF), 1993. - La Géométrie, Jacques Gabay, 1991. 

Descartes, Oeuvre scientifique, 3 tomes disponibles chez Paléo : tome 5, Principes; tome 6, Pirouettes et tourbillons des cieux; tome 7, La Terre et son histoire. - Oeuvres complètes, Vrin (coffret de 11 volumes, prés. Ch. Adam et P. Tannery), 1996. 

Etudes récentes sur Descarets et son oeuvre :  Antonia Bimbaum, Le vertige d'une pensée, Descartes, corps et âme, Horlieu Editions, 2003. Daniel Giovannangeli, Finitude et représentation, Six leçons sur l'apparaître, Ousia, 2003. - N. Fabre, Inconscient de Descartes, Bayard / Centurion, 2003. - Trottmann, Volonté, faiblesse ou force? De Platon à Descartes, Ellipses-Marketing, 2003. - V. Jullien, Ce que dit Descartes, Presses Universitaires du Septentrion, 2002. - S. Van Damme, Descartes, Presses de Sciences Po, 2002. - François Azouvi, Descartes et la France (histoire d'une passion nationale), Fayard, 2002. - Huguette Bouchardeau, Mes Nuits avec Descartes, Flammarion, 2002.

- Jean-Marie Beyssade, Descartes au fil de l'ordre, 2001. - Kim Sang Ong-Van-Cung et Pierre Magnard, Descartes et l'ambivalence de la création, Vrin, 2001. - Jean-Louis Déotte, L'Epoque de l'appareil perspectif (Brunellesci, Machiavel, Descartes), L'Harmattan, 2001. - Frédéric Cossutta et al., Descartes et l'argumentation philosophique, PUF, 2001. - Martial Guéroult,  Descartes selon l'ordre des raisons, Aubier, 2001, 2 vol. I - L'âme et Dieu; II - L'âme et le corps. - Jean-Luc Marion, Sur le prisme métaphysique de Descartes, PUF, 2001. - Du même, De la théologie blanche de Descartes, PUF, 2001. - Edouard Mehl, Descartes en Allemagne (1619-1620), le contexte allemand de l'élaboration de la science cartésienne, Presses universitaires de Strasbourg, 2001.

- Antonio Damasio, L'Erreur de Descartes, Odile Jacob, 2000. - Alain Poussard, Premières leçons sur le Discours de la méthode, PUF, 2000. Ferdinand Alquié, La découverte métaphysique de l'homme chez Descartes, rééd. PUF, 2000. - Jean Laporte, Le rationalisme de Descartes, PUF, 2000. - Jules Vuillemin, Mathématiques et métaphysique ches Descartes, PUF, 2000. - C. Bouriau, Aspects de la finitude (Descartes et Kant), Presses universitaires de Bordeaux, 2000. 

- André Robinet, Descartes, la lumière naturelle, intuition, disposition, complexion..., Vrin, 1999. - Joseph Beaude, Descartes, La Recherche de la vérité, Actes Sud, 1999. - Pierre Mesnard, L'essor de la philosophie politique au XVIe siècle, de Pétrarque à Descartes, Vrin, 1999. - Michel Fichant, La science et la métaphysique de Descartes à Leibniz, PUF, 1998. - Laurence Devillairs, Descartes, Leibniz, les vérités éternelles, PUF, 1998. Autour des Descartes, le problème de l'âme et du dualisme, Vrin, 1995. - Yvon Belaval, Leibniz, critique de Descartes, Gallimard, 1978. 


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