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Arrivé à
l'embouchure du Tibre, il est favorablement accueilli par le roi Latinus ,
dont il épouse la fille Lavinie ,
destinée par la reine Amata au roi d'Ardée,
Turnus, son neveu. Cependant, à propos d'un cerf apprivoisé,
tué imprudemment par Ascagne, fils d'Énée, une rupture
éclate : Turnus arrive pour surprendre les Troyens, tandis qu'Énée
est allé demander du secours à Évandre ,
chef d'une colonie d'Arcadiens
établie à l'endroit même où Rome sera bâtie
plus tard. Nisus
et Euryale
veulent aller instruire Énée de la situation critique des
siens, mais succombent en traversant le camp ennemi. Le héros, qui
a reçu de sa mère Vénus
les armes forgées pour lui par Vulcain ,
arrive accompagné de Pallas, fils d'Evandre : celui-ci succombe
sous les coups de Turnus, qu'Enée terrasserait à son tour
sans l'intervention de Junon, et Mézence, substitué à
Turnus, périt avec son fils Lausus. Turnus empêche Latinus
de demander la paix, et la guerre continue : on convient enfin de terminer
la querelle par un combat singulier entre Turnus et Énée;
Lavinie sera le prix du vainqueur, Mais les Latins violent la trêve
et fondent à l'improviste sur les Troyens; Énée, atteint
d'une flèche, mais guéri par Vénus, cherche Turnus
qui se dérobe toujours à lui, finit par le joindre, et le
tue.
L'unité d'action est parfaite depuis
le commencement jusqu'à la fin on n'est occupé que d'un seul
objet l'établissement d'Énée en Italie
par l'ordre des dieux. Comme ce fait général dure sept années
et que l'action même du poème se passe en quelques mois, Virgile
mit sa composition partie en récit, partie en discours, partie en
épisodes, suffisamment liés au sujet principal. En faisant
le héros troyen contemporain de la reine de Carthage ,
le poète a commis, sciemment, un anachronisme de trois siècles.
Par rapport à l'invention, Virgile
doit à Naevius la première tempête de
l'Énéide , la plainte de Vénus à
Jupiter, et les rassurantes promesses de ce dieu. Les amours de Médée
et de Jason ,
dans les Argonautiques
d'Apollonios de Rhodes ,
lui ont servi, à quelques égards, de modèle pour sa
Didon. Il emprunta aussi à d'autres poètes
cycliques ou épiques de la Grèce ,
Arctinus, Pisandre, Panyasis; mais les emprunts
les plus fréquents ont été faits à Homère,
à qui il doit même ce personnage d'Énée, tout
à la fois important et accidentel dans l'Iliade ,
ce profil d'où il a tiré une figure si achevée. II
a opéré une fusion savante des deux manières de son
immortel devancier, suivant l'Odyssée
pour les six premiers chants de l'Énéide
, qui nous retracent les courses d'Enée, et l'Iliade
pour les six derniers, qui nous donnent ses combats.
Le principal caractère de
l'Énéide, c'est l'unité de ton, et de
couleur, l'harmonie et la convenance des parties, la proportion, le goût
soutenu; en un mot, c'est une suprême délicatesse, qui se
sent mieux qu'elle ne saurait se définir.
Virgile a atteint
à la perfection du style de l'épopée.
Il raconte avec chaleur et avec grâce, il fait parler les passions
avec une vérité touchante; ses caractères de femmes
sont des modèles de sentiment; il peint les lieux en quelques traits;
il rend ses idées sensibles par des comparaisons admirables. C'est
un mérite infini de détails, ce sont d'étonnantes
merveilles d'exécution, plus sensibles dans les six premiers chants
que dans les six derniers, quoiqu'en général la poésie
de Virgile se compose d'images et de tableaux, et que le poète soit
partout et toujours ou grand peintre, un peintre du premier ordre.
Les défauts du poème sont
ceux-ci : Énée est trop peu agissant, trop froid, trop insensible,
à ce point que, dans la première partie, l'intérêt
est plus vivement sollicité en faveur de Didon, et dans la dernière,
en faveur de Turnus. La plupart des personnages secondaires ne sont que
des noms sans illustration. (F. B.).
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En
bibliothèque - Macrobe,
Saturnales,
liv. V et VI; le P. Rapin, la comparaison d'Homère et de Virgile,
dans le t. 1er, de ses Oeuvres complètes; Bonstetten,
Voyage
sur la scène des six derniers livres de l'Enéide, traduit
de l'allemand, Genève, 1804, in-8°; Malfilâtre,
le Génie de Virgile, 1810, 4 vol. in-8°, dont les deux derniers
sont consacrés à l'Énéide, Tissot,
Etudes sur Virgile, 4 vol. in-8°, 1825-30, où Virgile est
comparé avec tous les poètes épiques et dramatiques
anciens et modernes, devanciers ou imitateurs; Eichhoff, Études
grecques sur Virgile, 1825, 3 vol. in-8°; Magnier, Analyse critique
et littéraire de Virgile, 2e édit., 1844; Sainte-Beuve,
Étude sur Virgile, Paris 1857, in-12; Montaigne,
Essais,
livre III, c. 5, Sur des vers de Virgile; Voltaire,
Essai
sur la Poésie épique, ch. III, Virgile;
Laharpe,
Cours
de Littérature; Anciens, de l'épopée latine; la
préface de la traduction en vers français par Delille; les
notes de la traduction en prose de P.F. Delestre, 3 vol. in-12, Paris,
1832, bonnes à consulter sur la géographie et sur les imitations
des anciens et des modernes; la notice historique et littéraire
mise en tête de l'édition classique donnée par Bouchot;
le Virgilius nauticus, de Jal, où l'auteur montre la valeur
et l'excellence des détails que donne Virgile sur la marine des
Anciens, à la suite de La flotte de César, Paris,
1861, gr.-in-18. G. Chandon, Contes et récits tirés de
l'Énéide,
Pocket Jeunesse, 1995.
En
librairie - Virgile, L'Enéide,
Flammarion, 2001;
Énéide, série latine des
Belles lettres (3 vol.;
L'Enéide, dossier pédagogique,
Larousse, 1999; L'Enéide (choix de textes, Hatier (para-scolaire),
1997;
L'Enéide
(à partir de 12 ans), L'Ecole des loisirs
(version abrégée), 1998.
Gianfranco
Stroppini et Philippe Henzé, L'amour dans les livres I-IV de
l'Énéide de Virgile (ou Didon et la mauvaise composante de
l'âme), L'Harmattan, 2003; Joël Thomas, L'arbre
et la forêt dans l'Énéide et l'Enéas, Honoré
Champion, 1997; Jean Salem, Une introduction à la lecture de
l'Énéide, Cariscript, 1997; Francine Mora-Lebrun, L'Énéide
médiévale et la Chanson de geste, Honoré Champion,
1994; de la même, L'Enéide médiévale et la
naissance du roman, PUF, 1992.
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