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Rousseau (Jean-Jacques),
célèbre écrivain, né en 1712 à Genève ,
était fils d'un horloger de cette ville. Son éducation fut
très négligée; elle se borna presque à la lecture
des Vies de Plutarque et de quelques
romans notamment ceux de Samuel Richardson.
Après avoir été clerc chez un greffier, puis apprenti
chez un graveur, il était sans ressources quand il fut recueilli
à Annecy
par Mme de Warens, dame catholique qui commença sa conversion et
le fit admettre à l'hospice des catéchumènes à
Turin ,
où il abjura la religion protestante. Sorti de cette maison, il
fut quelque temps réduit se faire laquais, puis se mit à
enseigner la musique à Lausanne vint en 1732 à Paris où
il ne fit que végéter, et alla chercher de nouveau un refuge
près de Mme de Warens, qui habitait alors Chambéry ;
il passa auprès d'elle, soit à Chambéry, soit aux
Charmettes ,
quelques années tranquilles, partageant son temps entre l'étude
et les soins dus à son amie. Placé en 1740 comme précepteur
chez M. de Mably, grand-prévôt de Lyon, il n'y resta qu'un
an. Il se rendit pour la 2e fois à
Paris en 1741 : il y apportait une méthode de son invention pour
noter la musique en chiffres, sur laquelle il fondait des espérances,
mais elle eut peu de succès; cependant il se fit quelques protecteurs
et l'ambassadeur de France à Venise ,
M. de Montaigu, l'emmena avec lui comme secrétaire. D'un orgueil
intraitable, il ne tarda pas à se faire congédier, et revint
à Paris (1748), où il obtint une place de commis chez M.
Dupin, fermier général; à la même époque,
il se liait avec Diderot et Grimm,
et s'attachait à cette Thérèse qu'il épousa
ensuite, et qui était une servante d'auberge.
En 1749, une question posée par
l'Académie de Dijon
: Le progrès des sciences et des arts a-t-il contribué à
corrompre ou à épurer les moeurs? lui révéla
son génie; il concourut, et, bien qu'il eût pris parti contre
les arts, fruit de la civilisation, il mit au service du paradoxe une éloquence
si entraînante que le prix lui fut décerné. Voulant
dès lors vivre indépendant il abandonna sa place de commis
et se fit copiste de musique. Il consacrait aux travaux de son goût
le temps que lui laissait ce métier et il donna en très peu
de temps plusieurs ouvrages de genres très divers : le Devin
de village, opéra dont il avait fait la musique ainsi que les
paroles et qui eut une grande vogue (1752); une Lettre sur la musique
française où il donnait la palme à la musique
italienne et qui fit beaucoup de bruit; une comédie (Narcisse ),
qui tomba; un Discours sur une nouvelle question posée à
l'Académie de Dijon, de l'Origine de l'inégalité
parmi les hommes (1753), oeuvre des plus remarquables, mais qui ne
put obtenir le prix à cause d'attaques hardies contre le despotisme.
Peu après la publication de ce discours, il alla revoir Genève
: il y trouva bon accueil et, voulant recouvrer le titre de citoyen de
la république, il retourna au Calvinisme, qu'il avait abjuré.
Revenu à Paris ,
J. J. Rousseau se vit recherché par les grands seigneurs et les
femmes à la mode : Mme d'Epinay fit construire
pour lui dans la vallée de Montmorency le célèbre
Ermitage (1756) : il composa dans cette paisible retraite la Nouvelle
Héloïse (1759), le Contrat social, code d'une politique
hardie et toute nouvelle, où il proclame la souveraineté
du peuple et l'Émile ,
roman philosophique sur l'éducation (1762): ces 3 ouvrages obtinrent
la plus grande vogue; mais le dernier où il attaquait toute révélation
et prêchait le pur déisme, attira sur lui les anathèmes
du clergé et les rigueurs du pouvoir. Décrété
de prise de corps par le parlement de Paris, condamné également
à Genève, où son livre fut brûlé par
la main du bourreau, il se réfugia à Motiers-Travers, dans
la principauté de Neufchâtel, et y vécut quelque temps
de la manière la plus bizarre, travaillant à faire du lacet
et affublé du costume d'Arménien. C'est là qu'il rédigea,
en 1764, pour la défense de l'Émile, sa Réponse
au mandement de l'archevêque de Paris (Mgr
de Beaumont), et les
Lettres écrites de la Montagne (contre
le Conseil de Genève). Forcé de quitter la Suisse, il accepte
l'hospitalité que
Hume lui offrait en Angleterre,
et va s'établir à Wootton, dans le comté de Derby
(1766); mais au bout de peu de mois égaré par d'injustes
défiances, il se brouille avec Hume, qu'il accuse de conspirer avec
ses ennemis, et rentre en France, où sa présence est tolérée.
Après avoir séjourné au château de Trye, près
de Gisors, où le prince de Conti lui avait
donné un asile, puis à Lyon ,
à Grenoble
et dans plusieurs autres villes, il revint en 1770 à Paris, où
il fut l'objet, de l'attention publique. Mais sa santé dépérissait
à vue d'oeil : il était atteint d'une espèce de monomanie
mélancolique qui lui faisait voir partout des ennemis acharnés
à sa perte. Il accepta en 1778 une retraite que lui offrait René
de Girardin dans son domaine d'Ermenonville : il n'y avait pas deux mois
qu'il s'y était établi, lorsqu'il y mourut presque subitement
(3 juillet). On supposa, mais à tort, qu'il s'était empoisonné
ou s'était tué d'un coup de pistolet : des procès-verbaux
authentiques prouvent que sa mort fut naturelle. Il fut enterré
à Ermenonville dans l'île des Peupliers.
Il laissait plusieurs ouvrages manuscrits,
entre autres ses Confessions
où il faisait avec une véracité quelquefois cynique
l'histoire si intéressante de sa vie (jusqu'en 1765). Rousseau obtint
une célébrité presque égale à celle
de Voltaire; il la dut à la fois au charme
de son style, à la vive sensibilité qui règne dans
ses écrits, à son enthousiasme pour la nature, et plus encore
peut-être à ses opinions paradoxales. Comme philosophe, il
avait adopté cette ambitieuse devise : Vitam impendere vero.
Dès ses premiers ouvrages, il s'était posé l'adversaire
de la civilisation, et il persista toute sa vie dans cette voie : dans
son Contrat social, il fondait la société sur un pacte
imaginaire et proclamait l'égalité absolue, posant ainsi
les principes d'où sortit la Révolution; dans l'Émile,
il proposait un système d'éducation impraticable, où
l'élève n'aurait eu d'autre maître que la nature; dans
l'Héloïse, il traita, il est vrai, quelques-unes des
questions de la morale avec une admirable éloquence;
mais il y soutint avec une égale force des opinions contradictoires.
Toutefois, il émit sur l'éducation et la politique quelques
idées saines qui furent accueillies avec enthousiasme, et qui influèrent
puissamment sur son siècle. En religion, il professait le pur déisme,
mais sa morale, fondée sur la conscience, était opposée
aux doctrines d'égoïsme et d'impiété qui dominaient
de son temps. Comme homme privé, J. J. Rousseau montra toujours
un désintéressement et une fierté honorables; toutefois,
sa vie offre des parties qu'on ne saurait trop flétrir : telles
sont sa liaison avec une femme indigne de lui, l'abandon qu'il fit de ses
enfants, son ingratitude envers ses bienfaiteurs. En 1794, ses restes furent
portés au Panthéon, et son nom donné à une
rue de Paris
qu'il avait habitée. Genève ,
oubliant ses anciens griefs, lui a érigé une statue. (A19).
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En
bibliothèque - Outre les ouvrages
déjà cités, J. J. Rousseau a laissé un Dictionnaire
de musique, un Dictionnaire de botanique, de nombreuses Lettres,
dont quelques-unes sont de vrais ouvrages (entre autres la Lettre à
d'Alembert sur les spectacles, à propos de l'article Genève
de l'Encyclopédie ).
Il existe une foule d'éditions de ses Oeuvres; une des plus
complètes est celle qu'a donnée Musset-Pathay, en 23 vol.
in-8,1823-26, avec une Histoire de sa vie et de ses ouvrages. G.
Moulton a publié en 1854 des Oeuvres et une Correspondance
inédites de J. J. Rousseau.
En
librairie - Oeuvres de Jean-Jacques
Rousseau dans des éditions récentes : Les Rêveries
d'un promeneur solitaire, Hurtubise HMH, 2003. - La Nouvelle Héloïse,
Le Livre de Poche, 2002. - Lettres morales, Mille et Une Nuits,
2002. - Discours sur l'économie politique, Vrin, 2002 - Essai
sur l'origine des langues, et autres textes, Flammarion (GF), 2001.
- Malesherbes, Rousseau, Correspondance, Flammarion, 2001. - Lettre
à M. d'Alembert sur les spectacles, Flammarion (GF), 2001. -
Du
Contrat social, Flammarion (GF), 2001. - Essai de constitution pour
la Corse (prés. R. Chesnais), Nautilus Editions, 2000. - L'Etat
de Guerre, Actes Sud, 2000. - Emile ou de l'Education, Flammarion
(GF), 1999. - Les Confessions, Pocket Editions, 1999. - Mme de la
Tour, Rousseau, Correspondance, Actes Sud, 1999. - Discours sur
les sciences et les arts, Flammarion (GF), 1999. - La profession
de foi du vicaire savoyard, Flammarion (GF), 1997. - Discours sur
l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes
(prés. Jacques Julliard), Mille et une Nuits, 1997. - Lettre
à monseigneur de Beaumont, L'Age d'Homme, 1994. - Lettres
philosophiques, Vrin.
Oeuvres
complètes : - Chez Gallimard (La Pléiade), 1959-1995,
5 volumes. - Au Seuil, 1967-1971, 3 volumes.
Raymond
Trousson, Jean-Jacques Rousseau, Tallandier, 2003. - Bernadette
Bensaude-Vincent et Bruno Bernardi, Rousseau et les sciences, L'Harmattan,
2003. Henri Guillemin, Cette affaire infernale (les philosophes contre
J. J. Rousseau), Utovie, 2003. - Françoise Bocquentin, Jean-Jacques
Rousseau, femme sans enfants? (Essai sur l'analyse des textes autobiographiques),
L'Harmattan, 2003. - Frédéric Eigeldinger et al., Jean-Jacques
Rousseau et les arts visuels, Droz, 2003. Laurent Estève, Montesquieu,
Rousseau,
Diderot : du genre humain au bois d'ébène,
Unesco, 2002. - Charrau, Le Vocabulaire de Rousseau, Ellipses-Marketing,
2001. - Collectif, Rousseau visité, Rousseau visiteur (les
dernières années), Droz, 2000. - Arthur Melzer, Rousseau,
la Bonté naturelle de l'homme, essai sur le système de pensée
de Rousseau, Belin, 1998. - Robert Granderoute, Le roman pédagogique,
de Fénelon à Rousseau, Slatkine, 1985.
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