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Saint-Marc Girardin

Marc Girardin, dit Saint-Marc Girardin, est un homme politique et écrivain français, né à Paris le 22 février. 1801, mort à Morsang-sur-Seine (Essone) le 1er avril 1873. Il fit de brillantes études au collège Henri IV; fut reçu avocat et agrégé des classes supérieures (1823), et nommé professeur au collège Louis-le-Grand (1826). Il débuta en 1827, dans le journalisme, par un article publié dans le Journal des Débats, et qui le mit immédiatement en lumière. 

Libéral ardent, il poussa autant qu'il put, dans sa sphère, à la révolution de Juillet. Le gouvernement de Louis-Philippe lui donna la suppléance de Guizot dans la chaire d'histoire de la Sorbonne, le nomma maitre des requêtes au conseil d'Etat, puis (1834), professeur de poésie française, à la Faculté des lettres de Paris. 

Entre temps (1833), il avait été chargé d'une mission d'étude sur l'organisation des «-gymnases» de l'Allemagne du Sud. Il en publia les résultats dans un rapport intitulé De l'instruction intermédiaire et de son état dans le midi de l'Allemagne (Paris, 1835-1838, 2 vol. in-8). Ses conclusions, bien en avance sur les idées de son temps, valent d'être rappelées. II démontrait que le système d'éducation qu'on s'obstine à suivre en France ne répond plus aux nécessités de la vie moderne, qu'il fallait songer, bon gré, malgré, à former en France, comme on le fait dans les pays voisins, des marchands, des industriels, des agriculteurs, à instituer enfin « quelque chose de plus que l'éducation primaire, et quelque chose pourtant qui ne fût pas l'éducation classique-».
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De la nature de l'émotion dramatique

« La sympathie que l'homme sent pour l'homme est la causé du plaisir que donnent les arts qui procèdent de l'imitation de la nature humaine. C'est par là que nous aimons les statues et les tableaux. Mais c'est au théâtre surtout que cette sympathie s'exerce et se développe, parce que nulle part l'imitation de la nature humaine n'est poussée plus loin. Au théâtre, nous ne voyons pas seulement la forme et la, figure de l'homme, nous voyons les mouvements de son coeur. Nous trouvons un plaisir de curiosité morale à observer nos semblables, à voir comment ils vivent et comment ils agissent, à plaindre leurs malheurs s'ils sont malheureux et à rire de leurs défauts, s'ils sont ridicules. Le théâtre satisfait à ce sentiment par la comédie qui plaît à la malignité de l'homme et par la tragédie qui excite sa pitié; non pas que l'homme aime le malheur d'autrui, mais il aime la pitié qu'il en éprouve et, comme au théâtre, la souffrance des personnages n'a rien de réel, il jouit à son aise de son émotion. L'âme se fait un plaisir de l'agitation que lui donne le spectacle des passions humaines, et un plaisir d'autant plus doux qu'elle sait que ces passions ne sont qu'une image et qu'une illusion qu'elle croit sans dangers. Ces sentiments impétueux qui poussent au crime les héros tragiques, ces amours qui font leur joie et leur tourment, nous émeuvent et nous attendrissent sans nous inquiéter. Nous nous rassurons, sachant fort bien que nous ne sommes pas en jeu dans les périls de ce genre, et nous jouissons sans scrupule de la vue et du voisinage de ces passions, qui, comme le dit fort bien Nicole, sont tournées en plaisirs. Il y a cependant, dans cette jouissance, quelque chose de dangereux; et ce que reprochent au théâtre les prédicateurs et les moralistes, Bossuet, Nicole, J.-J. Rousseau, c'est de croire qu'en amollissant l'âme, il ne la corrompt point et qu'en remuant à plaisir le levain des passions, il ne les fait pas fermenter. »
 

(Saint-Marc Girardin, extrait du Cours de littérature dramatique).

Le 21 juin 1834, Saint-Marc-Girardin fut élu député de Saint-Yrieix. Membre influent du centre, il fut chargé de rapporter l'important projet sur l'enseignement secondaire, et il prit une part considérable à la discussion de cette loi, qui n'aboutit d'ailleurs pas (14-29 mars 1837). Son rapport, travail fort intéressant, est du 14 juin 1836. 

Saint-Marc-Girardin fut réélu député le 4 novembre 1837, et devint membre du Conseil royal de l'instruction publique. Réélu encore en 1812 et 1846, il parut renoncer à la politique à la chute de la monarchie de Juillet. Mais en 1863, il sa représentait, dans la Haute-Vienne, contre le candidat officiel qui remporta sur lui. Il fut plus heureux aux élections pour l'Assemblée nationale (8 février 1871), où il joua un rôle des plus actifs. Siégeant au centre droit, il fut bientôt nommé vice-président de l'Assemblée et contribua plus que personne au renversement de Thiers

Comme il avait dirigé la manifestation du 20 juin 1872, qui était une sommation à Thiers d'avoir à suivre une politique conforme aux vues de la droite, et que cette manifestation fut qualiftée « manifestation des bonnets à poil » par le Journal des Débats, dont il était toujours collaborateur, Saint-Marc-Girardin, fort vexé, démissionna brusquement et passa au Journal de Paris (28 juin). Il mourut d'une attaque d'apoplexie au début de l'année suivante. 

Son oeuvre littéraire est considérable. Toute sa vie; Saint-Marc-Girardin a enseigné, il a été un pédagogue, dans la plus haute acception du mot. Dans la chaire de la Sorbonne où il professa quarante ans, il eut une influence marquée sur le développement intellectuel de la jeunesse à deus époques historiquement et moralement assez distinctes : la monarchie de Juillet et le second Empire. Il fut un critique spirituel, fin, ingénieux, assez bien informé, très habile dans l'art de renouveler les sujets par la variété et l'inattendu de ses comparaisons, par la fécondité de ses aperçus, mais un peu superficiel. Ses cours étaient très suivis : sa gaieté, sa vivacité les rendaient très amusants. Saint-Marc-Girardin avait été élu membre de l'Académie française en 1844. 

Outre sa collaboration au Journal des Débats, au Journal des savants, à la Revue des Deux Mondes, au Journal de Paris, etc., il a laissé : Eloge de Lesage (Paris, 1822, in-8); Eloge de Bossuet (Paris, 1827, in-4); Tableau de la marche et des progrès de la littérature française au XVIe siècle (Paris, 1828, in-4); Notices politiques et littéraires sur l'Allemagne (1834, in-8); Cours de littérature dramatique ou de l'usage des passions dans le drame (1843, in-12; 1868, 5 vol. in-12); Essais de littérature et de morale (1845, 2 vol. in-12); De l'Instruction intermédiaire et de ses rapports avec l'instruction secondaire (1847, in-8); Souvenirs de voyages et d'études (1852-1853, 2 vol. in-12); Souvenirs et réflexions politiques d'un journaliste (1839, in-8); la Syrie en 1861 (1862, in-12); La Fontaine et les Fabulistes (1867, 2 vol. in-8); De la Formation du public en France (1869, in-12); la Chute du second Empire (1874, in-4); J. J. Rousseau, sa vie et ses ouvrages (1975. 2 vol. in-12), et quelques brochures politiques. (GE).

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Dictionnaire biographique
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