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Le Verrier
(Urbain Jean-Joseph), astronome né le 11 mars 1811 à Saint-Lô,
mort le 23 septembre 1877. Élève de l'École polytechnique,
il en sortit comme ingénieur des tabacs, et s'adonna d'abord à
des recherches de chimie, mais ne tarda pas à se livrer à
son goût pour les mathématiques. II demanda, en même
temps que Regnault, la place de répétiteur
de Gay-Lussac à l'École Polytechnique;
cette place ayant été accordée à son compétiteur,
il accepta celle de répétiteur d'astronomie qu'on lui offrait
comme compensation. Il étudia particulièrement la mécanique
céleste, et présenta plusieurs mémoires d'astronomie
remarquables à l'Académie des sciences,
qui le fit entrer dans son sein dès 1846. Si l'on analysait tous
ses mémoires, "il y faudrait, a dit M. J. Bertrand dans l'Éloge
de Le Verrier, louer uniformément la même puissance de
travail, le même succès dans le choix des méthodes,
la même prudence à ménager des vérifications
".
La découverte de la planète Neptune ,
faite par Le Verrier en juin 1846, et confirmée par l'astronome
allemand Galle, lui fit une réputation européenne.
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La découverte
de Neptune
Le
Verrier s'est attiré de son vivant une renommée universelle
en découvrant, par la seule puissance du calcul, une planète
que l'on a nommée Neptune. Les astronomes ne pouvaient donner les
éphémérides exactes d'Uranus ,
et Bessel avait écrit à Humboldt
:
"Je
pense qu'un moment viendra où la solution du mystère d'Uranus
sera peut-être bien fournie par une nouvelle planète".
Dès
le 1er juin 1846,
Le Verrier annonçait à l'Académie des Sciences qu'il
existait une planète plus éloignée du Soleil
qu'Uranus; le 31 août 1846, il publiait un Mémoire contenant
la détermination de la masse ,
de l'orbite
et de la position actuelle de la planète qui produit les anomalies
observées dans les mouvements d'Uranus. Le 25 septembre 1846, M.
Galle, astronome à l'Observatoire de Berlin, écrivait à
Le Verrier :
"La
planète dont vous avez signalé la position existe réellement";
il avait vu un nouvel astre le 23 septembre 1846, à 0°52' de
la position calculée par Le Verrier, et il avait le lendemain reconnu
que cet astre se mouvait comme celui-ci l'avait annoncé. Arago,
qui, un an auparavant, avait vivement engagé ce dernier à
rechercher la troublante d'Uranus, prononça cette phrase caractéristique,
après avoir lu Ia lettre de M. Galle à l'Académie
des Sciences : "M. Le Verrier vit le nouvel astre au bout de sa plume".
Pendant plusieurs mois, les articles les plus élogieux sur cette
découverte furent publiés par les Recueils scientifiques.
On admirait Le Verrier; les plus importantes Sociétés savantes
de l'Europe lui décernaient de hautes et exceptionnelles récompenses.
Cependant quelques voix s'élevèrent pour chercher à
diminuer sa gloire, en lui opposant Adams, jeune
et habile astronome de Cambridge ,
qui avait aussi déterminé par le calcul la planète
troublant le mouvement d'Uranus, et qui avait communiqué les éléments
de cette planète en septembre 1845 à Challis, et en octobre
1845 à Airy; mais son travail, dont les conclusions concordent avec
celles de Le Verrier, ne fut pas publié par les deux astronomes
qui le reçurent. II est d'ailleurs bien établi que Le Verrier
et Adams avaient fait leurs calculs sans que chacun d'eux connût
les travaux de l'autre. |
Il devint peu après professeur d'astronomie
à la Faculté des sciences et astronome-adjoint au Bureau
des Longitudes. Député de la Manche à l'Assemblée
législative (1849), il s'attacha à la fortune du président
L. Napoléon, qui, après le coup
d'État du décembre, le nomma sénateur et inspecteur
général de l'enseignement supérieur. Peu de temps
après la mort de Fr. Arago (1853), il lui
succéda dans la direction de l'Observatoire, poste qu'il dut quitter
à la fin de l'Empire, mais qui lui fut rendu par Thiers,
et qu'il conserva jusqu'à sa mort (1877). En Astronomie pratique,
il a rendu un grand service en réorganisant le matériel et
les règlements de l'Observatoire de Paris .
Il a également fait établir un Catalogue
de 306 étoiles fondamentales.
Ajoutons que Le Verrier n'est pas seulement
le découvreur de Neptune. Ainsi, a-t-il présenté par
exemple en 1839, à l'Académie des Sciences deux Mémoires
sur les variations séculaires des orbites planétaires.
Le
Verrier a démontré que, par suite de l'accélération
séculaire du moyen mouvement de la Lune ,
l'excentricité
de l'orbite terrestre est décroissante, qu'elle continuera à
diminuer pendant environ 24000 ans et qu'ensuite elle augmentera; que les
excentricités et les inclinaisons des orbites des planètes
sont petites et qu'elles resteront toujours petites. Ces résultats,
avec l'invariabilité des grands axes des orbites des planètes
et celle de leurs moyens mouvements, constituent la stabilité du
système solaire.
Marchant dans la voie ouverte par Laplace,
qui avait démontré que le Système solaire
est stable parce qu'il ne fait qu'osciller autour d'une position moyenne,
il confirmait donc les conclusions de son prédécesseur en
démontrant que les amplitudes des oscillations sont petites, et
qu'il existe deux régions de moindre stabilité qui correspondent
aux orbites de Mercure
et des astéroïdes .
Pour ce qui concerne Mercure, il a essayé
par ailleurs de rendre compte des inégalités dans son mouvement
en invoquant, comme il l'avait fait pour Uranus,
mais cette fois sans le même succès, la perturbation
par une autre planète à découvrir.
Pour
la théorie des mouvements de Mercure, les astronomes avaient remarqué
qu'il né suffit pas de tenir compte des perturbations produites
par les autres planètes, notamment par Vénus .
Le Verrier, qui aborda cette question en 1842, y revint en 1859, et, d'une
savante discussion, il conclut que l'on doit admettre l'existence d'un
groupe d'astéroïdes entre Mercure et le Soleil. Alors, M. H.
Faye recommanda d'observer les régions voisines du Soleil pendant
les éclipses ,
et M. Lescarbault, médecin à
Orgères, écrivit à Le Verrier qu'il avait vu le 26
mars 1859 un disque noir passer devant le Soleil, R.
Wolf, de Zurich, écrit en 1876 à Le Verrier qu'il a vu
une tache ronde passer sur le Soleil. Le Verrier discute huit passages
d'une telle tache et conclut à l'existence d'une nouvelle planète
(Vulcain) qui passera sur le Soleil en 1877. D'Oppolzer
discute aussi ces huit passages
et détermine l'orbite d'une planète devant passer sur le
Soleil en 1879. Mais aucun des passages annoncés n'a eu lieu.
Dans les dernières années de
sa vie, bien qu'il fût très souffrant, il prenait à
peine le temps de reposer son esprit, parce qu'il voulait terminer le travail
immense qu'il avait entrepris en 1849, consistant en une théorie
complète des mouvements des planètes. De celles de Mercure,
Vénus, la Terre et Mars ,
qui ont des points communs, il conclut que l'on doit diminuer les nombres
exprimant la distance de la Terre au Soleil et la vitesse de la lumière
: les nombres qu'il a proposés ont été confirmés
par l'observation des passages, en 1874 et en 1882, de Vénus sur
le Soleil et pour les travaux de Fizeau et de
Cornu. De 1872 a 1874, Le Verrier a publié sur Jupiter ,
Saturne ,
Uranus et Neptune d'importants Mémoires pour lesquels, en février
1876, la Société royale d'Astronomie de Londres lui a décerné
une médaille d'honneur. C'est alors que le rapporteur de cette Société,
Adams, a prononcé les paroles que nous avons prises pour épigraphe.
II mourut à Paris
peu de temps après avoir donné les derniers bons à
tirer de ce travail. Parmi les appréciations portées sur
Le Verrier, l'une des plus frappantes est celle d'Airy
qui l'a appelé "le géant de l'astronomie moderne".
(Lebon). |
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