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La Jérusalem Délivrée,
poème épique du Tasse, dont le sujet
est la conquête de Jérusalem par l'armée des Croisés,
sous la conduite de Godefroy de Bouillon.
L'ange Gabriel porte à Godefroy,
élu chef de l'armée chrétienne, les ordres du Très
Haut. Godefroy harangue ses troupes, dont le poète nous fait un
dénombrement imité d'Homère.
Aladin, tyran de Jérusalem ou Solyme, instruit de l'approche des
chrétiens, s'apprête à les repousser. Par les conseils
de l'enchanteur Ismen, il fait enlever une image de la Vierge
particulièrement chère aux chrétiens; mais le simulacre
sacré disparaît de la mosquée
où il a été transporté. Pour sauver le peuple
de Jérusalem des conséquences du courroux d'Aladin, une vierge
chrétienne, Sophronie, se déclare coupable du larcin : elle
va expirer dans les flammes, à côté d'Olinde, son amant,
lorsque arrive au secours du tyran la guerrière Clorinde, qui obtient
la grâce du couple infortuné. Cet épisode, où
le Tasse a déployé tout son talent dans l'art d'intéresser
et d'attendrir, ne tient en aucune façon au reste du poème.
Cependant les Chrétiens s'approchent
de Jérusalem : le combat s'engage avec les Sarrasins : Tancrède
se mesure avec Clorinde sans la connaître. Herminie, assise au haut
d'une tour, près d'Aladin, nomme à ce monarque les principaux
chefs des Croisés. Irrité des progrès des chrétiens,
Satan
assemble les démons, et les excite contre eux par ses discours.
Sous l'influence de l'Enfer ,
Hidraot, roi de Damas, envoie sa nièce; la magicienne Armide ,
au camp de Godefroy, pour tâcher de séduire les chefs de son
armée : par ses artifices et ses séductions, Armide obtient
le secours de dix guerriers chrétiens, destinés à
la rétablir sur le trône de son père. Un défi
entre Gernaud et Renaud amène la mort du premier. Godefroy, irrité,
censure vivement ces querelles fratricides : sur le conseil de Tancrède,
Renaud quitte le camp des Croisés; mais bientôt des chrétiens
apportent son armure ensanglantée. Argillan, inspiré par
l'Enfer, accuse Godefroy d'avoir fait périr ce jeune guerrier, l'Achille
des chrétiens, et cette calomnie allume une sédition, que
Godefroy apaise par sa fermeté. Alors Belphégor ,
sous les traits d'Araspe, va trouver Soliman, le chef des Arabes, et réveille
sa fureur. Le sultan, dans l'ombre de la nuit, attaque les chrétiens.
Le Très-Haut ordonne à Michel de précipiter dans les
Enfers les esprits infernaux qui tourmentent ses guerriers; ceux-ci reprennent
l'avantage, grâce à l'arrivée des chevaliers chrétiens
que la perfide Armide retenait prisonniers, et qu'a délivrés
l'épée de Renaud. Alors le siège de Jérusalem
se resserre. Argant et Clorinde prennent la résolution d'aller embraser
la tour que les chrétiens ont élevée pour donner l'assaut.
Ils sont découverts et poursuivis. Argant rentre dans Solyme, mais
Clorinde reste seule au milieu des ennemis. Tandis qu'à la faveur
de la nuit elle cherche à se perdre dans la foule, Tancrède
l'aperçoit, et lui propose le combat. Clorinde succombe, et reçoit
le baptême des mains du héros.
La mort de la guerrière répand
l'alarme dans Jérusalem. Ismen enchante la forêt
d'où les chrétiens tirent le bois pour leurs ouvrages. Vainement
Godefroy de Bouillon y envoie les principaux guerriers : Tancrède
lui-même est contraint à fuir, dupe des artifices des démons.
Dans cette extrémité, Hugues apparaît à Godefroy,
et lui persuade de rappeler Renaud : deux guerriers, Guelfe et Ubalde,
sont chargés de cette entreprise; ils partent, rencontrent un vieillard
sur les bords du fleuve qui baigne Ascalon ,
et apprennent de lui le sort du jeune Renaud, et l'amour subit qu'Armide
avait conçu pour lui. Sous la conduite d'une femme inconnue, ils
abordent aux îles Fortunées, séjour de l'enchanteresse,
triomphent de mille obstacles, et arrivent dans le palais d'Armide. Ubalde
présente aux regards de Renaud le bouclier de diamant : à
cet aspect, le courage du héros se réveille, et il quitte
le palais. Armide, furieuse, jure la perte de Renaud, fait détruire
par les démons son magique palais et s'envole sur son char à
Gaza, où s'assemble l'armée que le sultan d'Égypte
envoie au secours de Jérusalem. Renaud rentre dans le camp, et témoigne
à Bouillon son amer repentir; seul et couvert de ses armes, il va
dans la forêt enchantée. En vain le fantôme d'Armide
se présente à ses yeux; en vain l'Enfer lui oppose mille
obstacles, il en triomphe, et tranche le cyprès funeste auquel le
charme était attaché. On reconstruit alors de nouvelles machine,
et Bouillon ordonne l'assaut. Renaud le premier escalade les remparts;
les infidèles fuient, et les chrétiens pénètrent
dans solyme.
Le sujet de la Jérusalem délivrée
est peut-être le plus grand qu'on ait choisi, et le Tasse l'a traité
avec autant d'intérêt que de grandeur : l'ouvrage est bien
conduit; presque tout y est lié avec art, et des contrastes habiles
y entretiennent l'intérêt. Il est écrit en ottava
rima (strophe de 8 vers); le style, sauf quelques concetti,
est presque partout clair et élégant, et, lorsque le sujet
demande de l'élévation, on est étonné de voir
la mollesse de la langue italienne prendre un nouveau caractère
sans la main du poète, et se changer en majesté et en force.
L'épisode d'Armide est un chef-d'oeuvre, et celui d'Herminie chez
les bergers une pastorale charmante, destinée à soulager
le lecteur de la description des combats. Un génie admirable éclate
dans la variété des caractères, la manière
dont ils sont annoncés, et l'art savant avec lequel ils sont soutenus.
La Jérusalem délivrée, depuis longtemps chantée
en Italie, doit être placée à côté des
oeuvres de Virgile et d'Homère, malgré
ses fautes et malgré la critique de Boileau.
(E.
B.).
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En
librairie -
Le Tasse (Torquato Tasso), La Jérusalem délivrée,
Gallimard (Folio), 2002. - Giovanni Careri, La Jérusalem délivrée
du Tasse, poésie, peinture, musique, ballet, Klincksieck, 1999. |
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