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Les Aventures
de Télémaque, poème en prose ou roman
poétique composé par Fénelon
pour l'éducation du duc de Bourgogne ,
son élève. Les voyages de Télémaque ,
à la recherche d'Ulysse
son père, que l'on ne voyait pas revenir du siège de Troie ,
font le sujet du livre. Télémaque, étant très
jeune, part d'Ithaque
avec Mentor ,
le plus fidèle ami d'Ulysse, et auquel ce prince, en allant au siège
de Troie, avait confié son fils et sa maison. Mais la déesse
du courage conduit par l'intelligence, Minerve ,
qui, à ce titre, protégeait les héros, veut, par une
faveur spéciale, accompagner elle-même le fils d'Ulysse, afin
de l'instruire dans l'art du gouvernement; elle prend la figure de Mentor,
sans que Télémaque en sache rien, et part avec lui. Après
qu'ils ont visité plusieurs pays, une tempête qui brise leur
navire les jette dans l'île d'Ogygie ,
où règne la nymphe
Calypso .
Elle avait connu Ulysse; elle s'intéresse à Télémaque,
lui offre l'hospitalité, et lui demande le récit de ses aventures
depuis son départ d'Ithaque. Télémaque lui raconte
qu'il a été à Pylos, à Lacédémone;
qu'il a fait naufrage sur la côte de Sicile; qu'il fut ensuite captif
en Égypte; que, rendu à la liberté, il visita Tyr,
île de Chypre ,
et la Crète, où il prit part à divers jeux et à
diverses épreuves pour décider de l'élection d'un
roi. La couronne lui fut proposée : mais il la refusa, préférant
sa patrie, et se rembarqua pour rentrer à Itaque. Alors une horrible
tempête, suscitée par Neptune ,
à la prière de Vénus ,
le jeta dans l'île de Calypso. Cependant la déesse a conçu
une vive passion pour Télémaque, qui, de son côté,
s'est épris d'Eucharis, une des nymphes de Calypso. Mentor, afin
de dérober le fils d'Ulysse au danger, construit un vaisseau pour
quitter l'île; mais les nymphes l'incendient, excitées par
Cupidon .
A la vue des flammes, Mentor précipite Télémaque à
la mer et s'y jette avec lui, pour gagner à la nage un navire phénicien
en vue de l'île, et où ils sont recueillis. Adoam, qui le
commandait, et qu'ils avaient connu à Tyr, leur raconte la mort
de Pygmalion ,
roi de cette ville, et d'Astarbé son épouse. Adoam naviguait
vers Ithaque, lorsque Vénus, toujours irritée, demande à
Jupiter
la perte de Télémaque; mais les destins s'y opposent : alors
elle obtient de Neptune qu'une divinité trompeuse enchante les sens
du pilote Acamas, et, comme il croyait entrer
à Ithaque, il arrive dans le port de Salente. Idoménée,
roi du pays, leur fait l'accueil le plus affectueux. Mentor, arrête
une guerre que les Manduriens allaient faire à son hôte, et
la termine par un traité de paix, Télémaque va soutenir
les Manduriens dans une guerre qu' ils ont avec les Dauniens. Idoménée
fait connaître à Mentor l'état de son royaume, les
intrigues de sa cour, les machinations de son favori Protésilas,
qui lui a fait exiler Philoclès, ami sage et prudent. Mentor lui
ouvre les yeux sur l'injustice de cette conduite : Idoménée
rappelle Philoclès, et exile Protésilas. Cependant Télémaque
gagne l'affection des alliés, celle même de Philoctète ,
qui lui raconte ses aventures, et, par sa valeur, donne la victoire aux
Manduriens. Pendant son séjour dans leur camp, averti en songe que
son père Ulysse n'est plus sur la terre, il descend aux Enfers
pour aller l'y chercher; là II rencontre Arcésius, son bisaïeul,
qui lui assure qu'Ulysse est vivant. II revient au camp. Une bataille est
livrée, dans laquelle Télémaque tue Adraste ,
roi des Dauniens; il lui fait donner Polydamas pour successeur, et retourne
à Salente, où il admire la prospérité que Mentor
y a établie. Il s'éprend d'amour pour Antiope, fille d'Idoménée;
mais il faut repartir pour Ithaque. Surpris par un calme en mer, nos héros
descendent dans une île déserte; Mentor y reprend la figure
de Minerve, aux yeux mêmes de Télémaque : la déesse
lui donne ses derniers conseils, puis disparaît dans un nuage d'or
et d'azur. Télémaque se hâte de se rembarquer, et arrive
à Ithaque, où il reconnaît son père chez le
fidèle Eumée .
Le Télémaque est une
suite de l'Odyssée ;
aussi tout y est emprunté aux Grecs. Fénelon a pris pour
modèles : Homère dans ses deux poèmes;
Xénophon,
dans sa Cyropédie ;
Platon,
dans son Criton et ses traités de la Politique, de
la République, et des Lois; enfin, il doit à
Sophocle
l'épisode tout entier de Philoctète. II a fait de
tous ces emprunts, à la manière des grands poètes,
sa propre substance; il en a tiré un ouvrage vraiment original.
Néanmoins, son livre, sauf les principes de morale
générale, ne pouvait être bien utile pour le prince
auquel il le destinait; cette éducation à la grecque, ces
dissertations philosophiques sur la paix et la guerre, ces préceptes
utopiques d'administration, sont sans application dans nos États
modernes; en les lisant, on ne peut s'empêcher de se rappeler les
paroles de Louis XIV sur le bon archevêque,
que c'était le plus bel esprit chimérique de France.
Fénelon n'avait point destiné
son Télémaque à la publicité; il devait
l'offrir au duc de Bourgogne, à l'époque où ce prince
se marierait. Mais ayant dû quitter son élève deux
ans auparavant, en 1695, pour prendre possession de l'archevêché
de Cambrai ,
il conserva son ouvrage. Un domestique chargé d'en transcrire le
manuscrit, en 1698, abusa de sa confiance, et prit une copie subreptice,
qui fut imprimée à Paris; en 1699, sous le titre de : Suite
du quatrième livre de l'Odyssée, ou les Aventures de Télémaque,
fils d'Ulysse. La cour y voulut voir des allusions satiriques à
Louis XIV et à ses ministres. Le livre fut saisi et défendu
avant même d'être entièrement imprimé. Les libraires
de Hollande s'en emparèrent, et le Télémaque
circula dans toute l'Europe, avec des clefs imaginées par la malignité
: on dit qu'il fallait y voir Louis XIV dans les traits dont étaient
peints Idoménée, Adraste, Pygmalion; Louvois dans Protésilas;
Mme
de Maintenon dans Astarbé. Fénelon
repoussa avec force ces interprétations dans une lettre écrite
en 1710 au P. Letellier, confesseur du roi. En effet, les seules allusions
manifestes ont rapport au duc de Bourgogne, que Fénelon voulait
éclairer sur ses défauts naturels, et instruire des devoirs
et des périls de la royauté; quant au reste, il avait, à
la manière des grands moralistes, peint les moeurs, les caractères
généraux, en s'inspirant des modèles qu'il avait autour
de lui, sans néanmoins en faire les portraits.
Ce mélange de faits contemporains,
peints sous les couleurs d'une civilisation antique, avec un idéal
fabuleux, jette un peu de froideur dans le Télémaque,
bien que le plan en soit heureux, le récit rapide, et le style plein
de cette verve tempérée, mais entraînante, qui est
le propre du talent de Fénelon. Trop souvent,
au moment où l'imagination de l'auteur nous emporte dans le monde
d'Homère, un anachronisme de politique
et de morale nous ramène involontairement en plein siècle
de Louis XIV. C'était un des écueils
et, en même temps, une des nécessités de ce sujet allégorique.
D'une autre part, dans cette fable païenne, et malgré l'appareil
mythologique, les idées sont celles du christianisme. Les dieux
de l'Olympe ne figurent là que pour l'embellissement de la fable.
Considéré dans son but, l'éducation morale d'un roi
futur, le Télémaque est admirable; par le choix du
sujet, Fénelon mettait sans cesse son élève en présence
de lui-même; par la création du personnage de Mentor, il l'instruisait
à rapporter tout le mérite de ses actions à la protection
divine. (F. B.).
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Éditions
anciennes - Le Télémaque
a été publié le plus souvent en 24 livres; mais on
sait maintenant que Fénelon l'avait lui-même partagé
en 18 livres, ce qui est effectivement la division la plus naturelle, parce
qu'ainsi chaque livre comprend une série complète d'aventures.
Ce bel ouvrage a été traduit dans toutes les langues de l'Europe;
des professeurs (Heurtaut, de Caen, 1729; Destouches, 1764; le P. Viel,
1808) ont cru lui mieux donner le caractère de poème en le
tournant en vers latins; tentatives malheureuses, que la réputation
de l'original n'a pu faire vivre.
Les
éditions françaises du Télémaque sont
presque innombrables; nous citerons en première ligne, et pour l'exactitude,
celles des Sulpiciens, dans les oeuvres complètes de Fénelon,
Versailles, 1820-24, 23 vol. in-8°, et de Lefèvre, Paris, 1844,
grand in-16; et, comme édition plus littéraire, avec des
notes et des appréciations littéraires et critiques de chaque
livre, celle de Colincamp, Paris, 1853, in-12.
En
bibliothèque - Bausset,
Histoire
de Fénelon, t. III, liv. IV; Voltaire,
Essai sur la poésie épique, conclusion; Laharpe, Cours de
littérature, 2e partie, ch. III, sect. 2; Chateaubriand,
Génie
du christianisme, 1re partie, c. 8, et préface des Martyrs;Villemain,
Discours
et Mélanges, Notice sur Fénelon; D. Nisard,
Histoire
de la littérature française, t. III, ch. 13, § 8;
Rigault, Histoire de la querelle des Anciens et des Modernes, 3e
partie, chap. III; Recherches bibliographiques sur le Télémaque,
2e édit., Paris, 1840, in-8°, très intéressante
brochure de M*** (l'abbé Caron), directeur au séminaire de
Saint-Sulpice de Paris
En
librairie - Fénelon, Les
aventures de Télémaque, Gallimard, rééd.
2003.
Autour
de Télémaque : Marguerite Haillant, A la découverte
des aventures de Télémaque, fils d'Ulysse, Klincksieck,
1995. - De la même, Fénelon et la prédication,
Klincksieck, 1994. Henk Hillenaar, Le secret de Télémaque,
PUF, 1994. - Alain Lanavere et Alain Viala, Télémaque,
je ne sais quoi de pur et de sublime..., Paradigme Publications universitaires,
1994.
Autre
chose : Louis Aragon, Les aventures de Télémaque,
1922, rééd. Gallimard, 1997 (un premier pas vers le surréalisme...).
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