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et les littératures occitanes |
| On comprend sous
le nom de littérature provençale les productions littéraires,
non pas seulement de l'ancienne Provence Les poésies des Troubadours
représentent en grande partie tout ce qui reste de la littérature
provençale. Suivant une opinion assez générale, ces
poésies ne seraient que de fades redites d'amour. Sans doute l'élégie
amoureuse tient une grande place dans la poésie
provençale; mais il s'en faut de beaucoup qu'à ce genre se
réduisent les oeuvres lyriques des Troubadours, c.-à-d. les
pièces composées en strophes de mètres très
artistement combinés, toujours chantées avec accompagnement
de rebec, et dont plusieurs sont encore notées en musique.
En effet, il y a les sirventes ou pièces
satiriques, du caractère des ïambes grecs; les plaintes (planhs),
consacrés à la mémoire des braves; les chants de guerre
(cants), destinés à célébrer la poésie
des combats; les prézies (prédicansas) ou appels,
ordinairement consacrés à relever le zèle des barons
pour la défense de la foi : genres lyriques fort distincts de la
poésie amoureuse, et qui renferment les meilleurs titres des Troubadours
à l'estime de la postérité. Certaines de ces pièces
sont remarquables par une force et un éclat que l'on chercherait
vainement alors dans le reste de l'Europe Un des genres favoris des Troubadours,
toujours dans le lyrique, était encore
le tenson (contentio), appelé
jeu-parti
dans la langue d'oïl, parce que deux
interlocuteurs y sont toujours en présence; comme dans certaines
églogues
de Virgile : c'était pour eux une manière
de déployer leur esprit, en agitant une question ou un cas douteux.
Toutes ces compositions poétiques étaient néanmoins
considérées comme secondaires par rapport à la canso
ou élégie amoureuse. La suprématie de la canso
(canzone) était liée, dans
l'esprit des poètes provençaux, à certaines idées
plus raffinées sur la nature de l'amour vertueux, et sur ses effets
: ils attribuaient à ce sentiment l'influence la plus haute et la
plus heureuse sur les faits et gestes du chevalier, jusqu'à en faire
la source certaine de tout mérite et de toute vertu. Cette théorie
provençale de l'amour étant devenue l'un des éléments
du système de sentiments et de moeurs connu sous le nom de chevalerie,
on a pu dire que la chevalerie a eu sa plus complète expression
dans la poésie provençale. Une des formes les plus gracieuses
de cette poésie dans le genre amoureux est celle des chants d'aube
(albas), petites pièces destinées à être
chantées sous les fenêtres des dames au lever du jour ( Les Provençaux eurent encore un certain nombre de formes poétiques distinctes des genres lyriques en ce qu'elles étaient composées en tirades monorimes, déclamées en façon de récitatif, et non pas chantées. A cette classe de poésies, appelées proses, appartiennent les poèmes chevaleresques, les nouvelles, les pastourelles (Pastorelas vaqueiras), certains poèmes religieux du genre didactique, en grande partie d'origine vaudoise. Sans être les inventeurs du roman
chevaleresque, les Provençaux s'y sont exercés avec succès.
Nous possédons les manuscrits d'un
certain nombre de romans provençaux,
tels que Fierabras La littérature provençale a été comme le premier essor de l'esprit dans une civilisation naissante; ses productions, principalement en poésie, annoncent un vif sentiment de l'art. Mais le temps manqua aux Provençaux : leur langue, en tant que langue littéraire, et leur littérature furent emportées dans la révolution qui, en écrasant leur pays, détruisit leur nationalité. Voilà pourquoi la littérature provençale est moins riche en prose qu'en poésie. La prose est l'instrument de la raison, qui ne peut atteindre son développement qu'avec le temps. Or, la nationalité provençale fut éteinte dans son printemps, et la politique prit tous les moyens de l'empêcher de revivre. Au premier rang il faut placer le tribunal de l'Inquisition, fondé en 1229, et l'établissement de l'Université de Toulouse, imposé, la même année, à Raymond VII par Louis IX. On interdit l'emploi de la langue provençale dans les actes publics, et on proscrivit les livres écrits en cette langue. Dans cette proscription de tout ce qui rappelait la nationalité ou l'hérésie, disparurent une grande quantité d'écrits qu'avait fait naître la controverse religieuse. Les matières théologiques paraissent, en effet, avoir surtout exercé la plume des écrivains provençaux, et la bibliothèque de Cambridge a longtemps possédé beaucoup de traités vaudois. Pierre Raimond le Preux composa un traité Contre l'erreur des Ariens; Raoul de Gassin traita de la Doctrine des Albigeois et Tuschins. On connaît aussi les titres de plusieurs ouvrages historiques par Geoffroy Rudel, Bertrand de Allamanos et Sordello. Ce dernier avait encore composé une Somme du Droit. Bastera mentionne, d'après Salviati, une traduction toscane de Tite-Live, empruntée au provençal, et il affirme, que cette traduction d'un ancien en langue provençale, est loin d'être la seule. L'emploi de la langue d'oc ou provençale s'est prolongé dans les municipalités du Midi jusqu'à l'ordonnance de François Ier de 1525, rendant obligatoire, dans tous les actes publics, l'emploi de la langue française. Un grand nombre de chroniques, d'inscriptions et de documents rédigés en provençal font partie des archives de toutes les villes importantes du Midi. Cette langue est encore parlée dans les villes et les campagnes, et des siècles s'écouleront avant qu'elle ait totalement disparu. Littérature
béarnaise.
La littérature
agenaise.
Au XIXe
siècle, la variante toulousaine ou agenaise de l'Occitan a reçu
de Jasmin une vie nouvelle. Enfant du peuple,
Jasmin a exercé longtemps à Agen
le métier de coiffeur : cette circonstance a très heureusement
servi son talent, en maintenant son originalité native, en lui révélant
le génie et les ressources de la langue dont il devait si glorieusement
se servir. Ses poésies ont joui, dans
tout le Sud-Ouest de la France On vante beaucoup le poème de l'Abuglo (l'Aveugle), lequel a même obtenu en Amérique (Boston) les honneurs d'une traduction par Longfellow. Nous préférons dans le même genre la pièce charmante intitulée Françonneto, idylle vraie, bien supérieure à la plupart des pastorales modernes; car, ici du moins, on voit de vrais villageois, de vrais bergers, qui portent la houlette autrement que par contenance. Mais, malgré leurs beautés, particulièrement dans les descriptions, ces deux pièces elles-mêmes nous semblent inférieures aux Souvenirs. La langue de Jasmin n'est pas faite pour le ton élevé; quand il écrit des pièces de circonstance ou de commande, il parle français avec des terminaisons en o et en a; rien alors de plus faux que sa poésie. (E. B.). |
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