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Banville

Théodore Faullain de Banville est un écrivain français, né à Moulins (Allier) le 14 mars 1823, et mort à Paris le 13 mars 1891. Fils d'un capitaine de vaisseau, il vint tout jeune à Paris et terminait à peine ses études quand il publia un premier recueil de poésies : les Cariatides (1842, in-8), qui fut très remarqué et suivi en 1846 des Stalactites (in-8). Rompu dès lors à toutes les difficultés du rythme et de la rime, l'auteur donna bientôt la preuve d'une souplesse et d'une verve extraordinaires dans une série de poèmes satiriques, disséminés alors dans la Silhouette et le Corsaire, et réunis ensuite sous le titre d'Odes funambulesques (Alençon, 1857, in-12), dans un volume anonyme qui fut le début de Poulet-Malassis comme imprimeur-éditeur. 

Les Odelettes (1856, in-16) précédèrent cette publication et celle des Poésies complètes (1857, in-12), dont Malassis fut également l'éditeur. Théodore de Banville a donné depuis une nouvelle édition revue et augmentée des Odes funambulesques (1859); les Exilés (1866, in-18) : Nouvelles Odes funambulesques (1869, in-18), qui ne valent pas les premières; Idylles prussiennes (1871, in-18); les Princesses (1874, in-18); Trente-six ballades joyeuses (1875, in-18). II a été. publié en outre deux éditions collectives de ces divers volumes, sous le titre de Poésies complètes (in-18 et in-16); les Odes funambulesques y sont accompagnées d'un piquant commentaire.
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Chio

« Chio, l'île joyeuse, est pleine de sanglots.
Au fond d'une demeure où l'on entend les flots,
La jeune fille morte, ô père misérable!
Dans ses longs cheveux blonds dort sur un lit d'érable. 
Ses yeux de violette, hélas! quand le jour luit, 
Contiennent à présent la formidable nuit. 
O Dieux! c'est le moment où fleurit la pervenche! 
Le père, avec horreur, tordant sa barbe blanche,
S'en est allé gémir sur le bord de la mer.
Dans l'abîme grondant il verse un fleuve amer 
Et marche, déchiré par sa douleur sans bornes.
La jeune fille dort. Trois divinités mornes,
Leurs beaux voiles épars et leurs cheveux flottants, 
Sont là, debout, tressant les roses du printemps 
Près de la morte en fleur qu'elles avaient vu naître 
Et se plaignent. Soudain, un disciple du maître 
S'avance et, les voyant, leur dit : « Que faites-vous 
Auprès du lit où s'est penché ce front si doux,
O Déesses (car tout en vous fait qu'on devine
L'immortelle splendeur d'une race divine),
Puisque les Dieux, exempts du mal et du remords, 
Ne sauraient sans souillure être en face des morts
Qui n'ont plus que la nuit sous leurs paupières lasses? »
Il dit. Mais Aglaïa, la plus jeune des Grâces,
Se tourna vers ses sueurs pâles et, faisant voir 
Au disciple ébloui dans la pourpre du soir 
Leurs visages mouillés d'une rosée amère, Murmura : 
« Nous pleurons sur la fille d'Homère. »

(Th. de Banville, Les Exilés)

Théodore de Banville a également écrit un certain nombre de nouvelles et de fantaisies en prose : les Saltimbanques (1853, in-16); Esquisses parisiennes (1859, in-12), réimprimées sous le titre de : les Parisiennes de Paris (1866, in-18); Contes pour les femmes (1884, in-18); Contes féeriques (1882, in-18); Contes héroïques (1884), in-18); Contes bourgeois (1885, in-18), etc.

Au théâtre, outre un certain nombre de prologues et d'à-propos de circonstance, Banville à fait successivement représenter : les Nations, opéra-ballet, musique d'Ad. Adam (Opéra, 1 acte, 1851), le Feuilleton d'Aristophane (2 actes, 1852) avec Philoxène Boyer, et le Cousin du Roi (1 acte, 1857), avec le mène : le Beau Léandre (vaudeville, 1 acte, 1856); Diane au bois, comédie héroïque (Odéon, 2 actes, 1863); les Fourberies de Nérine (vaudeville, 1 acte, 1864); la Pomme (Comédie-Française, 1 acte, 1865); Gringoire (ibid., 1866, 1 acte); Deidamia (Odéon, 1876, 3 actes); sauf les Nations, toutes ces pièces ont été réunies sous le titre de Comédies (1879, in-18).

Théodore de Banville a rédigé en 1850 le feuilleton dramatique du Pouvoir, et, de 1869 à 1878, celui du National. Sous le titre de Mes Souvenirs (1882, in-18), il a rassemblé les portraits de quelques-uns de ses contemporains. Enfin il a exposé avec une compétence indiscutable ses théories sur la métrique française dans son Petit Traité de versification française (1871, in-16). (Maurice Tourneux).

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