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Sénancour
(Etienne Pivert de), écrivain né en novembre 1770,
mort à Saint-Cloud le 10 janvier 1846. Après une enfance
maladive et rêveuse, et quelques dissentiments avec sa mère,
qu'il se reprocha plus tard, il partit (1789) pour un grand voyage, mais
arrêté à Fribourg, en Suisse ,
par la maladie et ensuite par une vive affection, il s'y maria avec une
jeune fille noble, de médiocre fortune, et qu'il perdit vers 1800,
après une union assez troublée. En France ,
porté à tort sur la liste des émigrés, il n'y
rentrait que furtivement et non sans péril, errant ainsi entre les
deux pays. Très épris de J.-J. Rousseau,
porté lui-même à la mélancolie et enclin à
une philosophie sans consolation, bien qu'il
crût fermement à un Être suprême et à une
vie future, compensation des douleurs de la vie présente, il essaya
de la littérature et publia d'abord Rêveries sur la nature
primitive de l'homme (Paris, 1799, in-8), pendant un séjour
furtif à Paris ,
de 1799 à 1802, dans un isolement absolu, qui fit à la fois
l'originalité du livre, et l'indifférence du public à
son égard.
S'absorbant dans ses pensées d'amertume,
et dans le désappointement d'une vie qu'il croyait manquée,
sentant d'autant plus sa petitesse qu'il concevait davantage l'immensité
de la nature, il écrivit alors, moins comme un livre que comme une
confession
de lui-même, un roman par lettres, Obermann (Paris, 1804,
2 vol. in-8). L'ouvrage eut une destinée singulière : presque
ignoré à l'époque où il parut, il fit, après
1830, la plus grande fortune littéraire; grâce surtout aux
romantiques qui le découvrirent alors pour ainsi dire, et, après
les préfaces de Sainte-Beuve en 1833,
et de George Sand, le louèrent à l'envi.
Obermann
devint alors un frère de René, et son auteur presque
un Chateaubriand abrupt, rustique. L'ennui
est le trait distinctif et le mal d'Obermann. Bien avant, cependant, il
avait été signalé et invoqué par Nodier, dans
les Tristes (1806), par Ballanche, puis
un peu avant 1830, par Latouche, qui visita l'auteur dans son modeste jardin
de la rue de la Cerisaye, par Rabbe, et Lelia prouve que George
Sand s'en était nourrie.
Fixé enfin en France ,
Sénancour y publia : De L'Amour considéré dans
les lois réelles et dans les formes sociales de L'union des deux
sexes (Paris, 1805, in-8, 1833, in-18, 1834, 2 vol. in-8), où
beaucoup de paradoxes se mêle
une science profonde du coeur humain;
Lettres
sur Bonaparte, Chateaubriand(Paris,
1814, in-8); Libres Méditations d'un solitaire inconnu (1819,
in-8); Résumé de l'Histoire des traditions morales
(1825, in-18); Observations sur le Génie du Christianisme et
les écrits de M. de B. [de Bonald]
(1826, in-8). Après la révolution de 1830, et l'éclat
que prit tout à coup son nom, Sénancour reçut une
pension du gouvernement. Il donna alors une nouvelle édition très
modifiée de son premier ouvrage de 1799, sous le titre plus simple
de Rêveries (Paris, 1833, in-8), et une suite à Obermann,
sous le titre de Isabelle (Paris, 1833, in-8). (E.
Asse). |
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