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| Civilisation | ||
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| Conformément à
l'étymologie, l'écriture hiéroglyphique des anciens
Égyptiens Dans l'écriture hiéroglyphique,
tous les signes employés, quels qu'ils fussent, consistaient en
images. La manière la plus simple de s'y prendre est de dessiner
l'image évoquée par le mot qu'ils prononcent; le mot lion,
par exemple, est rendu par le dessin d'un lion L'on conçoit dans ces conditions
que chaque substantif pouvait s'écrire de deux manières,
ou par la représentation pure et simple de l'objet, ou par
le nom, l'appellation écrite en caractères phonétiques.
Ainsi un boeuf
C'est dans l'emploi de ces deux systèmes différents - idéographique et phonétique - que consistait principalement la différence des écritures hiéroglyphique pure, hiératique, et démotique. L'écriture hiéroglyphique employait presque toujours les caractères figuratifs et symboliques; dans l'écriture hiératique ou cursive, aucun de ces signes, quels qu'ils fussent, ne consistaient en images, mais en caractères conventionnels dérivés des images de l'écriture hiéroglyphique; quant à l'écriture démotique, elle recourait presque exclusivement aux caractères phonétiques. |
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| La
pierre de Rosette
Un officier du génie, attaché
à la division de l'armée l'Égypte qui occupait la
ville de Rosette Une fois ce point bien établi, voici
comme on procéda pour arriver au déchiffrement de, l'inscription
démotique, la seule sur laquelle on pût s'exercer comme étant
bien complète. C'est Silvestre de Sacy qui
le premier se donna à ce travail. Il remarqua que certains noms,
notamment ceux de Ptolémée et
d'Alexandre, étaient répétés
un assez grand nombre de fois dans l'inscription grecque; il chercha donc,
dans l'inscription démotique, des groupes de caractères semblables,
répétés autant de fois et à peu près
aux mêmes places que dans l'inscription grecque. Il reconnut aussi,
par le nombre de caractères, égal à peu près
dans les deux inscriptions pour représenter les mêmes noms
que les caractères étaient simplement alphabétiques.
Le résultat de ces recherches, publié en 1802 dans une lettre
adressée au comte Chaptal, alors ministre
de l'intérieur, renferme les premières bases du déchiffrement
du texte intermédiaire, par la détermination des groupes
de caractères répondant aux noms propres de Ptolémée,
Arsinoé,
Alexandre
et Alexandrie Bientôt après, Akerblad,
orientaliste que distinguaient une érudition très variée
et une connaissance approfondie de la langue copte, suivant l'exemple de
Silvestre
de Sacy, publia une analyse des noms propres grecs cités dans
l'inscription en caractères démotiques, et déduisit
en même temps de cette analyse un court
alphabet égyptien démotique. Mais, si heureux dans la lecture
des noms propres grecs, Akerblad échoua lorsqu'il voulut appliquer
son alphabet au reste de l'inscription. Une des plus grandes causes de
sa non-réussite, c'est qu'il ne pensa pas que les Égyptiens
avaient pu écrire les mots de leur langue Jusqu'alors les recherches ne s'étaient
faites que sur le texte démotique de l'inscription de Rosette 1° que l'écriture de l'inscription intermédiaire de la pierre de Rosette était la même que celle des papyrus, corrompue par la main du peuple;Ainsi Young revenait à cette opinion que l'écriture égyptienne était purement idéographique, et dès lors on courait les risques de retomber dans les explications erronées données par le Père Kircher au XVIIe siècle. Reprenant une opinion déjà en vogue de son temps selon laquelle l'écriture égyptienne était idéographique, Athanasius Kircher s'était livré avec persévérance à l'étude des hiéroglyphes. Mais s'abandonnant aux hypothèses les moins naturelles, il avait prétendu reconnaître dans les textes hiéroglyphiques gravés sur les obélisquesIl reviendra finalement à Champollion d'accomplir les pas décisifs dans le déchiffremement des hiéroglyphes. Les travaux consciencieux auxquels ce savant se livrait depuis longtemps lui permirent de publier, en 1821 et 1822, deux Mémoires lus à l'Académie, dans lesquels il établit le premier que les Égyptiens avaient, comme on l'a dit, trois espèces d'écriture : l'écriture hiéroglyphique pure, employée principalement sur les monuments; l'écriture hiératique ou sacerdotale, celle des papyrus, qui n'était, pour ainsi dire, qu'une tachygraphie des hiéroglyphes, puisqu'on y retrouvait toutes les formes de ces derniers; et enfin l'écriture démotique, qui différait des autres par l'absence ou du moins l'emploi moins fréquent des signes symboliques. La différence de ces écritures ressortira plus nette lorsque nous donnerons l'explication du système graphique. Mais avant d'aller plus loin, nous allons donner des exemples de la lecture faite par Champollion de noms grecs écrits en hiéroglyphes, lecture qui l'a conduit à reconnaître que les Égyptiens employaient dans leur écriture des signes purement phonétiques, c'est-à-dire exprimant des sons. Les noms dans les cartouches C'est à la lettre écrite
en 1824 par Champollion à un certain
M. Dacier secrétaire de l'Institut, que nous emprunterons ces exemples,
et l'on y verra le résultat de toutes les tentatives faites jusqu'alors.
Il avait été reconnu, nous l'avons noté, que les Égyptiens
se servaient de caractères démotiques auxquels ils avaient
attribué la faculté d'exprimer des sons pour introduire dans
leurs textes les noms propres étrangers. En raisonnant
par analogie, Champollion conclut qu'il devait
en être de même pour les hiéroglyphes purs. Pour s'assurer
de la vérité de cet aperçu,
pour reconnaître l'existence et
discerner même la valeur de quelques uns de ces signes, il aurait
suffi d'avoir sous les yeux, écrits en hiéroglyphes purs,
deux noms propres de rois grecs préalablement connus, et contenant
plusieurs lettres employées à la fois dans l'un et dans l'autre,
tels que Ptolémée et Cléopâtre.
Le texte hiéroglyphique de l'inscription de Rosette On avait reconnu depuis longtemps, par
l'inspection des papyrus et de l'inscription de Rosette
Le deuxième, un lion au repos qui doit représenter le L, est tout-à-fait semblable au quatrième signe du nom de Ptolémée, qui est aussi un L (PTOL). Le troisième signe, qui est une plume ou une feuille, représenterait la voyelle brève E; on voit aussi, à la fin du nom de Ptolémée, deux feuilles semblables, qui auraient la valeur de deux E brefs ou un E long, le Ê des Grecs. Le quatrième caractère du cartouche de Cléopâtre, représentant une espèce de fleur avec, une tige recourbée, répondrait à l'O du nom grec de cette reine (KLEO); Il est en effet le troisième caractère du nom de Ptolémée (PTO). Le cinquième du nom de Cléopâtre, qui a la forme d'un parallélogramme, doit représenter le P (KLEOP); car il est aussi le premier du nom de Ptolémée. Le sixième signe, répondant à la voyelle A de Cléopâtre (KLEOPA), est un épervier, et ne se voit pas dans le nom de Ptolémée, ce qui doit être en effet. Le septième caractère est une main ouverte représentant le T de Cléopâtre (KLEOPAT); mais cette main ne se retrouve pas dans le nom de Ptolémée, ou la deuxième lettre T est exprimée par un segment de sphère, et nous sommes conduits à penser que ces deux signes s'employaient pour représenter le même son. Le huitième signe, de Cléopâtre, qui est une bouche vue de face, et qui serait le R (KLEOPATR), ne se retrouve pas dans le cartouche de Ptolémée, et ne doit pas s'y retrouver non plus. Enfin le neuvième et dernier signe
du nom de la reine, qui doit être la, voyelle A (KLEOPATRA), est
en effet l'épervier que nous avons déjà vu représenter
cette voyelle dans la troisième syllabe du nom. Ce nom propre est
terminé par les deux signes hiéroglyphiques qui sont remarqués
comme, signe distinctif de tous les noms féminins, et celui, de
Ptolémée l'est par un autre signe qui consiste en un trait
recourbé et répondant au S des Grecs
Ainsi lecture faite le nom de Ptolémée donne Ptolmés, nom grec de Ptolémée, et Celui de Cléopâtre - Kleopatra, nom grec de cette reine. En faisant le même travail sur les
noms en caractères démotiques, Champollion a obtenu des résultats
à peu près semblables et a retrouvé les mêmes
caractères, comme on peut s'en convaincre par la seule inspection.
de ces noms.
1° Que les Egyptiens avaient trois espèces d'écriture, - hiéroglyphique, hiératique et démotique;Conduit donc à reconnaître à certains signes une valeur toujours la même, Champollion a cherché à appliquer l'alphabet qu'il en avait déduit aux autres mots des différentes écritures égyptiennes. La composante idéographique La Lettre à M. Dacier de Champollion ne représente qu'une petite étape du déchiffrement des hiéroglyphes. Champollion a ensuite peiné pendant une dizaine d'années pour comprendre la logique des écritures égyptiennes. On ne peux plus suivre pas à pas ce travail; on se contentera d'en résumer les principaux résultats : Les signes figuratifs.
Nous ignorons quels furent, dans ce prétendu
genre d'écriture; les premiers essais des Égyptiens. Des
poteries décorées de l'époque gherzéenne (3500
à 3200 ans avant notre ère), montrent sans doute les esquisses
de ce que seront plus tard les véritables hiéroglyphes. Mais
ce n'est pas encore une écriture. Mais à partir de l'Ancien
Empire L'histoire de la formation du système hiéroglyphique ne pouvant être que l'objet d'hypothèses, contentons-nous, de reconnaître que dans leur écriture il existe une, classe de caractères qui sont une image des objets mêmes dont ils sont destinés à rappeler l'idée : ces signes sont ceux qu'on appelle figuratifs ou idéographiques. Quand on a reconnu la valeur purement figurative d'un certain nombre de signes, on est loin d'avoir une idée exacte de ce singulier système; car les signes de cet ordre se trouvent pour ainsi dire perdus au milieu d'une grande quantité d'autres, dont un certain nombre montrent par leur forme seule qu'ils tiennent à une méthode d'expression fort différente de celle des premiers. Des observations de Champollion, appuyées sur les témoignages des auteurs grecs, il résulte qu'une partie de ces caractères sont, pour reprendre la terminologie de l'époque, symboliques et énigmatiques. Les signes symboliques.
Le procédé suivi pour exprimer ceux des objets de nos idées qui ne tombent pas sous les sens, fut et devait être forcément semblable à celui qu'on mit primitivement en pratique pour la création des mots. De la même manière, une écriture hiéroglyphique, n'ayant plus le pouvoir de donner aux signes de certains objets les formes mêmes de ces objets, doit s'efforcer de les peindre par l'image d'autres objets physiques, dans lesquels se trouvent des qualités analogues. Ils s'appliquèrent à exprimer les idées d'objets tout à fait intellectuels et sans formes sensibles par les images corporelles présentant des rapports plus ou moins éloignés avec l'objet de l'idée qu'il s'agissait de noter. Ces signes ont été nommés symboliques et énigmatiques. Dans la détermination des signes symboliques, les Égyptiens procédèrent principalement : 1° En se contentant de peindre la partie pour exprimer le tout : ainsi deux bras tenant un arc et un trait signifiaient une bataille; deux bras élevés vers le ciel, une offrande, etc.On doit principalement comprendre, parmi ces signes symboliques énigmatiques, ceux qui, dans les textes égyptiens, tiennent la place des noms propres des différentes divinités Les noms divins symboliques sont de deux
espèces. Les uns se forment d'un corps humain avec ou sans bras,
assis, mais dont la tête est remplacée par celle d'un animal La deuxième espèce de caractères
symboliques divins consiste simplement dans la représentation entière
de l'animal consacré à chaque dieu ou déesse, avec
les insignes propres à la divinité dont ils sont les emblèmes.
Ainsi un épervier avant un disque sur la tête exprime symboliquement
le dieu Phré Voici plusieurs divinités égyptiennes ainsi représentées :- Les signes phonétiques De fait, il était impossible de faire des phrases en accolant des images les unes à la suite des autres : après avoir peint les idées, on comprit qu'il était indispensable de peindre les sons. Comment y parvint-on? au moyen du rébus. Pour l'expliquer bien clairement à des lecteurs francophones, je vais être obligé dans un premier temps de commettre un anachronisme en faisant parler le français à des Égyptiens. Je supposerai donc que lorsqu'un Égyptien montrait à un autre Égyptien l'image d'un chat, celui-ci lisait : chat. Lorsqu'il lui montrait une peau de bête, celui-ci lisait : peau. De l'habitude d'accompagner le dessin d'un objet du nom de cet objet est né l'usage d'attribuer pour toujours à ce dessin le son auquel répondait l'objet représenté et cela sans plus tenir compte du sens figuratif originel. Pour écrire le mot chapeau, par exemple, on eût tracé un chat et une peau. Ainsi voilà deux « signes d'idées » devenus « signes de sons ». C'est ce qu'on appelle le passage de l'idéographisme au phonétisme; mais ce n'était qu'un premier pas de fait; il restait encore bien du chemin à parcourir. Par la méthode symbolique, les Égyptiens avaient déjà contracté l'habitude de représenter les idées dont les objets n'ont pas de forme, par l'image d'objets physiques ayant certains rapports vrais ou faux avec les objets des idées purement abstraites. On dut donc trouver également facile, convenable, et même naturel d'exprimer tel ou tel son par l'image d'un objet physique auquel le son à peindre se rapportait plutôt qu'à tout autre dans la langue parlée; et le but se trouva atteint en figurant chaque son de la langue par l'image d'objets matériels dont le signe oral, ou mot qui les exprimait dans la langue égyptienne, contenait en première ligne le son qu'il s'agissait de peindre. Ainsi le signe représentant un lion, en langue égyptienne labô, fut le signe de la lettre L; le signe représentant une main, tôt, fut le signe du T; une bouche, rô, fut le signe de la lettre R, et ainsi de suite. Tel fut en effet le principe qui présida au choix des images destinées à représenter les voix et les articulations des mots introduits dans le système hiéroglyphique. Accrue de ce nouvel ordre de signes, l'écriture hiéroglyphique resta parfaitement homogène quant à ses formes matérielles. Elle n'employa toujours que des signes images d'objets physiques mais les uns, caractères figuratifs s'exprimant directement les objets mêmes dont ils retraçaient l'image; les autres, caractères symboliques ou énigmatiques; exprimant indirectement des idées avec lesquelles l'objet qu'ils imitaient dans leur forme n'avait que des rapports fort éloignés; et enfin les caractères phonétiques, n'exprimant que des sons et des articulations simples.-
(M. P.).
Alphabet phonétique général. |
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