Idées et Méthodes
Dictionnaire

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Éclectisme (du grec éclégéin, choisir). - D'après son étymologie, ce mot signifie étude de plusieurs objets pour prendre dans chacun ce qu'il y a de bon. Appliqué à la philosophie, il désigne le procédé par lequel on étudie tous les systèmes pour choisir dans chacun ce qui est vrai, et faire de la réunion des parties adoptées un système complet, qui serait l'expression exacte de la vérité. L'éclectisme se distingue donc du syncrétisme, qui n'est qu'un mélange de tous les systèmes, et qui confond tout, le vrai et le faux, le bien et le mal.

L'éclectisme se fonde sur ce principe, qu'il y a de la vérité dans tous les systèmes; son but est de la trouver. Selon lui, la philosophie existe; il ne s'agirait plus que de la découvrir dans l'histoire, et de l'organiser ensuite. Pour remplir la première condition, il faut interroger tous les monuments légués par les philosophes; pour la seconde, placer les questions dans leur ordre légitime avec les vérités consignées dans chaque système, de manière que le tout forme une science méthodique, où l'on puisse voir d'un coup d'oeil et ce que l'on sait et ce qui reste à trouver. L'histoire d'une part, et la psychologie de l'autre, sont les deux moyens d'arriver au but; elles doivent s'éclairer mutuellement, parce qu'en fait de lois, ce qui est vrai de l'individu l'est de l'espèce.

Ainsi l'éclectisme a cela d'excellent, qu'il proclame l'indépendance de la raison, en admettant le libre examen et la tradition. Reste un dernier point où se montre son coté faible. Pour discerner dans les systèmes l'erreur de la vérité, il faut savoir où sont l'une et l'autre; il faut avoir un système pour juger tous les systèmes. Mais ce système modèle est précisément ce que cherche l'éclectisme; ce dernier serait inutile si la philosophie, tirée des archives de l'histoire, était revêtue de ce caractère de vérité qui résulterait de l'harmonie de toutes ses parties. Ces parties elles-mêmes existent-elles sans lacunes et adéquates à la vérité? Ce qui reste à faire n'est-il plus qu'un travail de traduction et d'arrangement?

L'éclectisme l'a dit, mais il est permis d'en douter. Malgré ce doute et l'espèce de paralogisme dans lequel il tombe par suite de l'identité du but qu'il se propose et du critérium dont il a besoin, on ne doit pas méconnaître tout ce qu'il y a d'utile dans l'éclectisme; c'est un procédé naturel à l'esprit humain, et que Diderot appelait la philosophie de tous les bons esprits depuis le commencement du monde. Pythagore, Platon, Aristote, Zénon le mettent déjà en pratique ; il se montre dans l'école d'Alexandrie, à la Renaissance ; on le trouve formulé dans Leibniz. Il a ensuite reçu, sous les auspices de Victor Cousin, un développement plus complet et non moins utile, en faisant comprendre la nécessité des études historiques dans la philosophie. (R.).



En bibliothèque - V. Cousin, Cours de 1818, 13e leçon; Cours de 1829, 4e leçon; Fragments philosophiques, préface de la 1re et de la 2e édit.; Jouffroy, Mélanges philosophiques; Damiron, Histoire de la philosophie en France au XIXe siècle.

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