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Les
gens
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| Jasmin (Jacques
Boé,
dit), poète agenais Occupé quelque temps, à d'humbles
besognes, Jasmin fut enfin mis en apprentissage chez un coiffeur qui avait
été soldat de Bonaparte. Là
son goût des contes et de la causerie fut à l'aise. Il y trouva
du temps pour la lecture. Mais de quels livres! Florian
et Ducray-Duminil lui révélèrent son imagination.
A dix-huit ans, rêvant toujours et rimant en français, il
devenait perruquier lui-même, et bientôt se mariait. Son esprit
et ses goûts littéraires achalandaient, « argentaient
» sa boutique. Parmi les vers patois qu'il composait pour le carnaval Son premier ouvrage important, Lou Chalibary,
poème héroïco-burlesque Il commençait d'aller de ville en ville, récitant ses compositions. Une ode lue devant la statue du maréchal Lannes (1834) acheva de le consacrer dans sa région. Alors il réunit ses premières oeuvres sous ce titre, Las Papillotos (1835). Il le conserva pour ses trois recueils suivants (1842, 1854, 1863). La popularité de Jasmin dans le Midi s'attachait déjà autant au diseur qu'au poète. Son génie cependant grandissait. La récitation à Bordeaux, d'un nouvel ouvrage, l'Abuglo de Castel Cullié (1836), retentit jusqu'à Paris et lui valut tous les hommages de le critique. Après Nodier, Sainte-Beuve
salua le « troubadour » d'Agen comme un grand poète.
La marque de son génie se retrouve, avec moins de sobriété
peut-être dans l'émotion, mais plus de variété
de ton comme de style, dans un grand poème auquel il travailla sept
ans et qui mit le sceau à sa gloire. Françouneto,
poème en quatre pauses (lu à Bordeaux, 1840; publié
en 1812), est l'épopée touchante et dramatique de l'amour
contrarié, parmi les superstitions Devant un tel idéal de la poésie,
il est regrettable que Jasmin n'ait pas produit davantage. Parmi les pièces
de circonstance où le reléguait sa vie désormais dispersée,
il produisit encore deux courts poèmes dignes de leurs aînés,
Lous
dus Frays Bessous (les Deux Jumeaux, 1846) et la Semmano
d'un fil (1849). Les trois dernières oeuvres notables de Jasmin
furent un médiocre poème français, Hélène,
une éloquente épître Après 1840, la vie littéraire
du poète se dispersa par tous les chemins du Midi. Pour répandre
ses poésies, la langue vulgaire étant si peu écrite,
il avait résolu de bonne heure de les réciter lui-même
en laissant le profit à des oeuvres de bienfaisance. Il récoltait
les hommages du plus reconnaissant enthousiasme, et il les chantait ingénument,
en amoureux de la gloire et de la poésie. Le « Rameau d'or
de Toulouse » (1840), «l a Coupe d'or d'Auch On estime à plus de douze mille les séances que donna Jasmin pendant trente ans, et à plus de 4 300 000 F. les sommes ainsi recueillies pour les pauvres. Tant de gloire et de charité devaient faire estimer haut et loin le poète. Son premier voyage à Paris fut sa consécration littéraire (1840). Il reçut la croix de la Légion d'honneur et une pension qui, avec ses livres, lui permit de renoncer à son état de coiffeur, qu'il reprenait modestement au lendemain de ses tournées triomphales. Enfin, l'Académie française attribua un prix extraordinaire de 5 000 F « au poète moral et populaire » (1851). Mais la plus souhaitée et la plus douce de ses couronnes fut celle que sa ville natale lui décerna solennellement en 1856. A tous les heureux dons de Jasmin, l'amour passionné du sol patrial et de la poésie, le vif instinct populaire, le goût du naturel, la simplicité dans l'expression, il manqua une qualité primordiale chez un grand écrivain. Sa langue s'est ressentie toujours de son défaut de culture. S'il l'a constamment épurée, à force de recherches dans le vocabulaire du peuple, il n'a pu suppléer au sens philologique que seule une éducation classique peut donner. Sa muse resta « la muse des prairies, des guérets, des bergers ». Le rôle de Jasmin fut-il bien, cependant, celui que le patriotisme méridional pouvait attendre de son génie? Pendant quarante ans, le saint Vincent de Paul de la Lyre fit vibrer de l'Océan au Rhône et de la Loire aux Pyrénées, le sentiment confus d'une communauté de langage entre les populations du Midi. Mais l'action d'un précurseur d'une « renaissance nationale-» était au-dessus de ses forces et de son idéal. Il entrevit, à ses débuts, cette noble tâche de représentant d'un peuple et de défenseur d'un passé qui n'abdique jamais. Cette fière ardeur du poète
devait se tempérer aux sourires de Paris. Un réveil des énergies
provinciales semblait alors s'annoncer de toutes parts. L'année
de Françouneto (1840) voyait surgir les premiers livres de
Gelu, de Bénédit à Marseille et de Peyrottes en Languedoc Il entrait dans la vieillesse comblé
de lauriers personnels, mais indifférent au mouvement dont son oeuvre
et sa renommée avaient favorisé l'éclosion. A ce titre,
l'Aquitaine |
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© Serge Jodra, 2004. - Reproduction interdite.