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Ballade,
petit poème dont l'origine est mal connue, mais qui paraît
avoir été inventé par les troubadours provençaux
du XIIe siècle; c'est chez eux qu'on
en trouve les plus anciens modèles. La ballade passa bientôt
en Espagne
et en France .
Ce fut d'abord une sorte de romance, une complainte simple et naïve.
La ballade était chantée, et même dansée ou
ballée, comme on a dit dans l'ancien langage, d'où lui vient
son nom : les Italiens l'appellent encore canzone da ballo (chanson
à danser). Les troubadours, puis les trouvères, appliquèrent
la ballade à toutes sortes de sujets; mais, à partir du XIVe
siècle, elle se circonscrit dans des bornes plus étroites.
Froissart,
Alain
Chartier,
Villon, surtout Marot,
lui donnèrent une forme qu'elle a conservée jusque vers la
fin du XVIIe siècle.
Depuis eux, la ballade, séparée
de la danse, fut un petit poème régulier, composé
de trois couplets ou strophes et d'un Envoi, le tout en vers égaux,
avec un refrain, quelquefois deux. Les trois couplets étaient symétriquement
égaux pour le nombre des vers et l'enlacement des rimes. Chacun
pouvait être composé de 8, 10 ou 12 vers, les rimes étant
les mêmes dans les parties correspondantes. L'Envoi n'en avait que
la moitié et répondait communément, par la nature
et la disposition des rimes, à la 2e
moitié du dernier couplet. La ballade se composait donc de 28, 35
ou 42 vers. Voici un exemple, pris de La Fontaine,
qui était pensionné par le surintendant Fouquet, à
condition de fournir, en acquit de chaque terme, une petite pièce
de vers :
POUR
LE 1er TERME. - 1659.
A MADAME
Fouquet.
Comme
je vois monseigneur votre époux
Moins
de loisir qu'homme qui soit en France,
Au
lieu de, lui, puis-je payer à vous?
Serait-ce
assez d'avoir votre quittance?
Oui,
je le crois; rien ne tient en balance
Sur
ce point-là mon esprit soucieux.
Je
voudrais bien faire un don précieux :
Mais
si mes vers ont l'honneur de vous plaire,
Sur
ce papier promenez vos beaux yeux
En
puissiez-vous dans cent ans autant faire!
Je
viens de Vaux, sachant bien que sur tous
Les
Muses font en ce lieu résidence;
Si
leur ai dit, en ployant les genoux :
Mes
vers voudraient faire la révérence
A
deux soleils de votre connaissance,
Qui
sont plus beaux, plus clairs, plus radieux
Que
celui-là qui loge dans les cieux :
Partant
vous faut agir dans cette affaire,
Non
par acquit, mais de tout votre mieux.
En
puissiez-vous dans cent ans autant faire!
L'une
des neuf m'a dit d'un ton fort doux
(Et
c'est Clio, j'en ai quelque croyance)
Espérez
bien de ses yeux et de nous.
J'ai
cru la Muse; et sur cette assurance
J'ai
fait ces vers, tout rempli d'espérance.
Commandez
donc en termes gracieux
Que,
sans tarder, d'un soin officieux,
Celui
des Ris qu'avez pour secrétaire
M'en
expédie un acquit glorieux.
En
puissiez-vous dans cent ans autant faire.
ENVOI.
Reine
des coeurs, objet délicieux,
Que
suit l'enfant qu'on adore en des lieux
Nommés
Paphos, Amathonte, et Cythère,
Vous
qui charmez les hommes et les dieux,
En
puissiez-vous dans cent ans autant faire !
La plupart des poètes du XVIe
siècle, et plusieurs du XVIIe, se
sont exercés dans la ballade; mais on compte un bien petit nombre
de bonnes pièces de ce genre : on peut en citer une de Villon sur
son Appel d'un arrêt de mort, où il se fait parler
lui-même, comme pendu, et réclame la pitié des passants;
quelques-unes de Marot, surtout celle de Frère Lubin, et trois ou
quatre de La Fontaine. Depuis Mme Deshoulières, qui a donné
à ces petites poésies une fadeur extrême, la ballade
passa de mode; en 1672, Molière faisait
dire à Trissotin :
La
ballade, à mon goût, est une chose fade,
Ce
n'en est plus la mode, elle sent son vieux temps.
Il est vrai que Vadius répond :
La
ballade pourtant charme beaucoup de gens.
Les littératures espagnole, anglaise
et allemande offrent d'excellents modèles de ballades; mais elles
n'ont pas le même caractère qu'en France
: c'est un récit en vers; disposé sans règles uniformes,
et auquel le poète donne la forme et l'étendue qu'il lui
plaît. Le fond en est habituellement emprunté à de
vieilles traditions romanesques, ou bien à d'anciens événements,
soit historiques (en Espagne
surtout), soit fantastiques (principalement en Écosse
et en Allemagne ),
ou encore à d'anciennes légendes prêtant au développement
poétique, propres à faire impression sur l'imagination, et
que le poète ranime et rajeunit par les grâces du style, la
fraîcheur des détails, la naïveté ou l'élévation
des sentiments.
Telles sont les stances des Romanceros
espagnols; telles sont les ballades de Bürger intitulées Lenore,
le Sauvage chasseur, celles de Goethe,
le Roi des Aunes, le Roi de Thulé, le chant nuptial;
celles de Schiller, le Plongeur et la Caution;
celles de la vieille Angleterre (la Folle, la Chasse de Cheviot,
le Chant de la fée, la série des Robin-Hood),
celles de Robert Burns, de Walter
Scott, et de
Southey.
Victor
Hugo a essayé de naturaliser chez nous ce genre de poésie
jusque-là presque inconnu : son recueil de Ballades contient
15 pièces. Casimir Delavigne s'est aussi
exercé dans la ballade.
Chez les poètes italiens, la ballade
est une espèce d'ode, divisée en plusieurs parties distinctes,
qu'ils appellent : la 1re, epodo;
la 2e et la 3e,
mutazioni;
et la dernière, volla. Le sujet en est plutôt délicat
et gracieux que grave; cependant Laurent de Médicis
traita en ballade la Résurrection du Christ
et les Louanges
de la Vierge. Les peuples scandinaves, les Roumains, les Grecs modernes,
ont aussi leurs ballades. (V.P.).
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En
bibliothèque - Ballades
et Chants populaires de la Provence, publ. par Marie Aycard Paris,
1826, in-18; Ballades, Légendes et Chants populaires de l'Angleterre
et de l'Écosse, par W. Scott, Th. Moore, Campbell et les
anciens poètes, publ. par Loève-Weimars, Paris, 1825,
in-8°; Ballades et Chants populaires de l'Allemagne, trad. par
Séb. Albin (Mme Hortense Cornu), Paris, 1840, in-12; Ballades
et Chants populaires de la Roumanie, trad. par V. Alexandri, Paris,
1855. |
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