| . |
| |||||||
| Daudet (Louis-Marie
Ernest),
romancier et historien né à Nîmes
le 31 mai 1837. Sa carrière témoigne d'une admirable volonté.
Destiné au commerce par sa famille, il consacra quatre années
aux affaires, de quinze à dix-neuf ans, puis il vint à Paris
(1857) pour aborder la vie littéraire. Il compléta ses études
et collabora à divers journaux de province tels que la France
centrale, à Blois.
Revenu à Paris
en 1860, il devint secrétaire-rédacteur au Corps législatif
et collabora à un grand nombre de journaux : l'Union, le Spectateur,
l'Assemblée nationale, l'Univers illustré, la Nation, le
Nord, l'lnternational, etc., où il publiait des articles sans
signature ou signés de pseudonymes.
- En 1865, il passa au Sénat où il devint chef de cabinet du grand référendaire, fonctions qu'il dut quitter à la révolution du 4 septembre 1870. A cette époque il avait déjà, publié plusieurs romans : Thérèse, les Duperies de l'Amour, la Vénus de Gordes, en collaboration avec Ad. Belot; la Succession Chavanet, Marthe Varades, les Soixante et une Victimes de la Glacière, le Prince Pogentzine, le Missionnaire, les Expropriés, le Roman d'une jeune fille. Il avait aussi donné sa première étude historique, le Cardinal Consalvi. Après 1870, Ernest Daudet se jeta dans la réaction, tour à tour bonapartiste et légitimiste; en 1874, le duc de Broglie le nomma directeur du Journal officiel et du Bulletin des communes, fonctions qu'il conserva jusqu'en 1876. Peu de temps après il devint rédacteur en chef du journal monarchiste l'Estafette. Enfin, en 1887, il fut nommé rédacteur en chef du Petit Moniteur. Après 1870, il a encore donné
les romans suivants : en 1874, Jean le Gueux; en 1872, les Dames
de Ribeaupin et Fleur de Péché; en 1873, un Mariage
tragique, le Roman de Delphine; en 1875, les Aventures de Raymond
Rocheray, la Petite Soeur; en 1876, Henriette, fragment du journal
du marquis de Boisguerny, député; en 1877, le Crime
de Jean Malory, Daniel de Hersons, confession Dans l'oeuvre abondante et facile, mais
non sans mérite, d'Ernest Daudet, on cite particulièrement
Madame
Robernier, Gisèle Rubens et la Carmélite.
On peut noter à part, dans l'oeuvre considérable d'Ernest Daudet, des souvenirs historiques, remarquables par leur impartialité, intitulés Souvenirs de la présidence du maréchal de Mac-Mahon, publiés en 1880, où l'on trouve de très curieux renseignements; et enfin un volume de mémoires littéraires très attachant, publié en 1882, sous le titre : Mon frère et moi, souvenirs d'enfance et de jeunesse. Ernest Daudet n'a pas eu autant de succès que son frère (ci-dessous), mais son talent sérieux et ses études consciencieuses sont fort appréciés. |
||
| Daudet (Alphonse),
humoriste et romancier frère du précédent, né
à Nîmes le 13 mai 1840, mort en 1897. Élève
du lycée de Lyon, il dut, à la fin de ses études,
se faire maître d'étude pendant deux ans à Alès
Alphonse Daudet avait été pendant cinq ans secrétaire particulier de M. de Morny, et cette place lui permit de recueillir beaucoup d'observations dont il fit plus tard profiter le public dans ses livres, en particulier dans le Nabab. Les événements dont il fut témoin pendant la guerre de 1870 lui inspirèrent les Lettres à un absent (1871), livre enflé de patriotisme. En 1872, Daudet donna deux livres : les Aventures prodigieuses de Tartarin de Tarascon, où il met en scène la vantardise méridionale, et les Petits Robinsons des caves ou le Siège de Paris raconté par une petite fille de huit ans; et deux pièces de théâtre, l'Arlésienne, en trois actes, qui est restée au répertoire bien qu'elle n'ait eu d'abord que peu de succès, ainsi que Lise Tavernier, pièce en cinq actes. La production continuera encore à
être abondante; les ouvrages suivants sont successivement publiés
: en 1873, Contes du lundi Depuis quelques années déjà Alphonse Daudet avait mis à la scène un assez grand nombre de pièces tirées de ses livres : en 1878, le Nabab, drame en cinq actes avec la collaboration de Pierre Elzéar; en 1878, Jack, drame en cinq actes, en collaboration avec Lafontaine; en 1883, les Rois en Exil, pièce en cinq actes, en collaboration avec Delair; en 1885, Sapho, pièce en cinq actes, en collaboration avec Belot; en 1887, Numa Roumestan, pièce en cinq actes; la plupart de ces pièces, accueillies avec la sympathie que le romancier a toujours rencontrée pour ses livres, ont obtenu de véritables succès d'estime, mais le talent délicat et composite d'Alphonse Daudet ne semble pas se prêter très bien à la scène. Il en a été de même pour la dernière pièce qu'il a donnée au théâtre, la Lutte pour la vie, sorte de moralité de l'Immortel. A partir de 1890, Alphonse Daudet souffre d'une cruelle maladie qui a à peu près arrêté sa production. Alphonse Daudet, après avoir débuté par des vers, des volumes de fantaisie et de rêves, s'est de bonne heure tourné vers le roman nouveau, le roman de moeurs et d'observation. Aimé du public qu'il a séduit dès ses débuts, il a eu une très rapide fortune et occupera à la fin de sa vie dans le monde littéraire une situation privilégiée. Il plaisait à la fois à beaucoup d'admirateurs du roman naturaliste par ses qualités d'observation, et aux amateurs du roman romanesque par ses qualités de sensibilité. Ses contemporains le citaient volontiers avec Zola et Goncourt comme un des maîtres du roman. Il y avait dans ce jugement une certaine injustice. Au contraire de ces deux chefs d'école, Daudet manque de sincérité dans l'observation : il cherche surtout à plaire et à amuser, et son procédé est plutôt celui d'un chroniqueur que d'un romancier d'observation. L'erreur vient de l'habileté avec laquelle il a su confondre sa cause avec la leur, et de l'apparence de vie et de sincérité que présentent ses livres. Peu doué du côté de l'invention, il a une vue extrêmement fine des objets sensibles, une faculté singulière de saisir le côté pittoresque des choses et un véritable don d'expression. En même temps il est presque incapable de suivre des idées abstraites, de composer un caractère et une psychologie. Ces différents caractères de son talent donnent un aspect spécial à son oeuvre : ses personnages, composés par une sorte de travail de marqueterie, résumés d'une série d'observations très justes et quelquefois pénétrantes, donnent à chaque instant l'illusion de la vie. Mais, si habile que soit la mise en oeuvre, on sent parfois que la vie profonde manque, que l'unité du caractère n'existe pas. Le charme de ces romans n'en est pas moins très vif; le principal talent de l'auteur consiste dans le mélange de l'ironie et de la sensibilité, si puissant chez Heine, si plaisant chez Charles Dickens. Alphonse Daudet veut à la fois toucher et faire rire : Fromont jeune et Risler aîné est extrêmement touchant; Tartarin de Tarascon est d'une ironie charmante : c'est peut-être le chef-d'oeuvre de l'auteur. Ces deux livres marquent nettement les deux côtés de son talent; ce sont ceux où les défauts se font le moins sentir. Il en est deux autres plus caractéristiques encore, car ils sont bien moins habilement dosés : Jack, où la sentimentalité est obtenue au prix des plus singulières invraisemblances (c'est, dit-on, l'oeuvre que le romancier préfèrait) et l'Immortel, pure caricature à laquelle l'observation manque complètement. L'extrême habileté avec laquelle les petits tableaux vivants qui composent le roman sont enchâssés dans l'action, la souplesse et le pittoresque du style, la vérité du détail expliquent suffisamment le charme que tant de lecteurs prennent aux oeuvres de ce fin littérateur. (A19). |
||
| Daudet (Mme Alphonse), née Julia Allard, femme du précédent, née à Paris en 1847. Elle a donné : Impressions de nature et d'art (1879); l'Enfance d'une Parisienne (1883); Fragments d'un livre inédit (1884); les Enfants et les Mères (1888). En outre, elle a fait insérer dans le Journal officiel des études littéraires signées Karl Steen. |
| . |
| ||||||||||||||||||||||||||||||||