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De
1800 à 1820
C'est dans la prose qu'il faut chercher
l'originalité de cette période. Toute l'oeuvre des encyclopédistes
est à terre. Pour Bonald, en qui l'on peut
voir le principal représentant de l'école théocratique,
l'institution de la société est d'origine divine; le roi
est maître absolu sur ses sujets comme Dieu sur le monde; l'humain
n'a pas de droits, mais des devoirs. Joseph de Maistre,
autrement logique et hardi, bâtit sa société sur l'ultramontanisme
(le Pape, 1819). Dans le domaine des idées pures, La
Romiguière, Maine de Biran, surtout,
se séparent des derniers condillaciens représentés
par Destutt de Tracy et acheminent la philosophie
vers l'éclectisme spiritualiste de
Victor
Cousin. Joubert condense cette philosophie
en petites formules délicates jusqu'à la préciosité.
Deux grands écrivains dominent toute cette période : Chateaubriand
et
Mme de Staël. On a pu dire du premier qu'il
avait ouvert, au début du XIXe siècle,
toutes les grandes avenues de la pensée de son temps. Le Génie
du Christianisme (1802) ne marque bas seulement qu'un retour de conscience
vers une religion tombée dans un discrédit singulier pendant
la Révolution; il découvre,
fait jaillir la source où ira puiser et se retremper l'inspiration
des premiers romantiques.
Avec Atala (1804), René
(1802), les Natchez (1831), et en même temps que Chateaubriand
développe et fortifie en nous le sentiment de la nature, c'est la
mélancolie, l'exaltation passionnelle et maladive d'une âme
prise entre l'infini de ses rêves et son impuissance à les
réaliser, c'est le « moi », son « moi »,
peut-on dire, qu'il introduit dans la littérature et si impérieusement
qu'il en aura pétri tout le lyrisme contemporain. Mme
de Staël fut surtout une intermédiaire entre l'étranger
et la France .
Delphine
(1802) et Corinne (1807) n'eurent qu'une influence médiocre;
elle y mit son coeur peut-être, mais c'est par son esprit qu'elle
eut une action. Ses livres De la Littérature (1802) et De
l'Allemagne (1810), en donnant aux Français la clef des chefs-d'oeuvre
étrangers, contribuèrent à leur diffusion au détriment
des modèles grecs et latins.
«
Les poésies d'après l'antique, écrivait-elle, sont
rarement populaires parce qu'elles ne tiennent dans le temps actuel à
rien de national. »
C'est elle qui prononça la première
en France le mot de romantique, l'appliquant à cette poésie
« dont les chants des troubadours
ont été l'origine, celle qui est née de la chevalerie
et du christianisme » et dont elle
appelait la renaissance de tous ses voeux. On sait assez que l'appel fut
entendu.
De
1820 à 1848
Pendant cette période, on voit que
le mouvement de renaissance n'a a pas été moins fécond
dans la prose qu'en poésie. La littérature
politique reparaît, après l'Empire, sous la forme du pamphlet.
P.-L.
Courier, avec sa plaisanterie fine et acérée, son style
mordant sous une apparente bonhomie, donne dans le Pamphlet des pamphlets
un des modèles de ce genre si français. Cormenin, sous
le pseudonyme de Timon, joint souvent l'injure à la malice, mais
il parle avec précision la langue des affaires et crée le
« pamphlet administratif ».
Eloquence.
C'est une des conquêtes de la Révolution
d'avoir donné la liberté à la parole comme à
la plume. L'éloquence politique, longtemps silencieuse, retrouve
l'éclat des anciens jours. Sans doute, c'en est fait de la dialectique
puissante d'un Mirabeau, ou des éclats
de passion d'un Danton, mais la parole gagnera
en précision ce qu'elle perdra en véhémence. Développer
les lieux communs de la politique; préciser les grandes idées
qui, dans les troubles révolutionnaires, avaient été
exposées dans un langage plus enflammé que rigoureux; formuler
les théories de la monarchie constitutionnelle, telle fut l'oeuvre
de Royer-Collard, de Benjamin Constant, du général Foy et
des autres orateurs du règne de Charles X.
Sous Louis-Philippe, ces lieux communs
sont délaissés par de nouveaux orateurs qui, dans l'étude
des affaires et des questions à l'ordre du jour, brillent par les
qualités les plus diverses : Guizot, par
la hautaine assurance de sa parole expérimentée, Dupin
aîné par sa verve railleuse, Casimir
Périer par la chaleur de ses apostrophes, Lamartine
par la couleur et l'émotion entraînante de sa langue harmonieuse,
Berryer par son action oratoire qui rappelle à ses auditeurs les
plus beaux mouvements de l'éloquence antique. Jamais talents plus
variés n'ont honoré la tribune.
En même temps, l'éloquence
religieuse, morte depuis Massillon, renaît et retrouve sa grandeur
avec Lacordaire, moins profondément distante qu'autrefois de l'éloquence
profane. Pendant que Montalembert défendait le catholicisme
à la tribune, l'illustre dominicain
entraînait la foule à ses conférences, mêlait
à l'enseignement du dogme et de la morale chrétienne l'étude
des questions politiques et sociales qui passionnaient les esprits, et
faisait revivre avec des accents modernes l'oraison
funèbre abandonnée. A leur tour, les théoriciens
religieux étudient la religion dans ses rapports avec la société.
Lamennais,
après s'être institué le défenseur en titre
de l'Eglise ,
rompait brusquement avec elle, et publiait une ardente profession de foi
démocratique dans ses Paroles d'un croyant (1834).
Est-ce quitter enfin l'éloquence
que de citer ici Victor Cousin qui, dans le domaine
de la philosophie ,
continue l'oeuvre de réaction contre les tendances matérialistes
du XVIIIe siècle? Son éclectisme
ne lui a pas survécu, mais, comme Royer-Collard son maître
et Jouffroy son disciple, il a fait passer en
France
un peu de la philosophie écossaise
et de la philosophie allemande, et dans son livre Du Vrai, du Beau,
du Bien, enseigné avec chaleur les hautes idées de la
philosophie morale. Par les qualités d'un style brillant et ferme
à la fois, ami de la période, il est le maître des
orateurs philosophiques. En dehors de cette philosophie officielle, Edgar
Quinet expose, dans le Génie des Religions (1842), son
vaste programme révolutionnaire; mais surtout Auguste
Comte, magistralement interprété par Littré,
devait avoir sur l'avenir une influence considérable. Rejetant les
hypothèses métaphysiques, partant de ce principe que l'humain
ne peut arriver à la connaissance de la vérité que
par l'étude des faits positifs, sans y mêler la recherche
des causes finales, il fonde la philosophie dite positive, moins séduisante
sans doute, mais plus scientifique que celle de Cousin et d'où est
sortie en grande partie la philosophie contemporaine.
Histoire.
Cette précision rigoureuse dans
l'étude et l'interprétation des faits renouvelle en même
temps l'histoire qui, aidée d'une
critique scrupuleuse, nous restitue le passé avec sa vraie physionomie.
Des historiens de cette époque, les uns interprètent les
faits minutieusement étudiés et y recherchent l'enchaînement
des effets et des causes : c'est l'école philosophique. Les autres
s'attachent à la vérité du récit et à
la couleur locale : c'est l'école descriptive. La plupart enfin
joignent l'interprétation philosophique des faits à la vérité
des peintures. Guizot, le chef de l'école
philosophique, plus attaché à expliquer qu'à raconter
ou à peindre, présente l'histoire du passé sous une
forme didactique, et dans ses écrits même (Révolution
d'Angleterre, 1827; Civilisation en Europe et en France, 1845,
etc.), reste un homme d'Etat aux yeux de qui l'histoire est un enseignement
pour l'avenir. La Démocratie en Amérique, de Tocqueville,
et l'Histoire de la Révolution française, de Mignet,
sont des livres inspirés par la même méthode. Au lieu
de dégager des idées, l'école descriptive, dont le
plus pur représentant est Barante, raconte
sans conclure. Si l'autre méthode est froide, celle-ci est incomplète.
Aussi les historiens français ont-ils de préférence
suivi à la fois les deux méthodes. Augustin
Thierry, dans ses Récits des temps mérovingiens
(1840), allie avec un rare bonheur le pittoresque à l'exacte appréciation
des faits, habile à exprimer ses réflexions personnelles
sans interrompre le récit. Thiers, dans
son Histoire du Consulat et de l'Empire (1845-1862), donne un modèle
d'information précise, d'exposition lumineuse. Mais de tous les
historiens de ce temps, le plus hardi, le plus brillant, le plus grand
peut-être, et en tous cas le plus émouvant, est Michelet
qui fait de l'histoire une véritable « résurrection
» : on peut lui reprocher des excès, une imprudence généreuse;
soit! nul n'a su comme lui faire palpiter la vie dans les événements
racontés.
Critique.
C'est encore l'histoire
appliquée à la littérature
qui a produit la critique littéraire du XIXe
siècle. Pour comprendre les livres, on les replace dans le milieu
où ils ont paru. Déjà Villemain
(Littérature du XVIIIe siècle,
1828) ajoute à l'appréciation des beautés et des défauts
des aperçus variés sur les caractères des écrivains
et sur les moeurs de leur temps, et fait de ses cours de véritables
modèles de critique littéraire orale. Dans des cours parallèles,
pleins d'érudition et de finesse (La Fontaine et les Fabulistes,
Littérature dramatique, etc.), Saint-Marc
Girardin se plaît à étudier le coeur humain au
théâtre et dans les oeuvres
des poètes et des romanciers. En même temps, Sainte-Beuve,
le plus fécond et le plus vigoureux de ces esprits, crée
dans ses Lundis une critique littéraire tout à fait
personnelle et nouvelle, mêlant la biographie
et la critique pour reconstituer les talents les plus divers et les expliquer
par eux-mêmes. La critique ainsi entendue est une oeuvre de science
en même temps qu'une oeuvre d'art. Toutefois, la critique purement
dogmatique n'était pas morte Nisard, dans son Histoire de la
littérature française, juge les oeuvres sur un idéal
préconçu de raison et de sobriété. Par plus
de liberté dans les appréciations, la critique artistique
aussi est rajeunie (Théophile Gautier,
Delacroix, Alfred de Musset, etc.); les études
que l'on a faites des temps passés permettent de juger avec plus
de justesse et de largeur d'esprit les diverses manières du moement;
le sens de la couleur se développe. Peut-être Diderot,
au siècle précédent, pour excellent qu'il soit, était-il
trop préoccupé de l'idée dans ses Salons; peut-être
le dessin et la couleur arrêtent-ils trop la critique nouvelle.
Roman.
Dans le roman,
l'activité de la nouvelle école se manifeste par les oeuvres
les plus variées. Alfred de Vigny fonde
avec Cinq-Mars (1826) et Stello (1830) le roman historique.
Victor
Hugo accumule les épopées
en prose : Han d'Islande (1823), Notre-Dame de Paris (1831),
les Misérables ,
etc.; Lamartine, Alfred
de Musset, Théophile Gautier,
Sainte-Beuve, etc., font alterner la nouvelle,
le conte, le roman d'aventure et l'autobiographie
romanesque; enfin, Alexandre Dumas et Eugène
Sue créent le roman-feuilleton. Mais les vrais maîtres
du roman restent encore Balzac et George
Sand. L'auteur de la Comédie humaine, avec son réalisme
pénétrant, son analyse minutieuse et sûre, garde
«
cette gloire singulière d'avoir complètement renouvelé
la matière du roman comme l'avait fait Le Sage
cent ans auparavant, d'avoir été, après Molière,
le plus grand «-contemplateur-»
qui ait paru dans les lettres françaises,
et d'avoir laissé en somme quelque chose de lui dans tous les romans
qui se sont écrits depuis cinquante ans, dans ceux de ses adversaires,
comme dans ceux de ses disciples » (Morillot).
George Sand est, au
contraire de Balzac, une pure idéaliste;
son oeuvre est très considérable et exclusivement romanesque.
«
Chez George Sand, a-t-on dit, tout est roman
et pur roman; il n'est pas jusqu'à ses défauts (l'abondance
un peu fluide et prolixe) qui ne semblent presque inhérents au genre
lui-même. Tout ce qu'il y a de tendre, de poétique, d'attachant,
de décevant aussi et de frivole dans le roman français, devait,
vers le milieu du siècle, s'incarner dans un auteur et il fallait
que cet auteur fuit une femme. »
Idéalisme et réalisme se partagent
dès lors le roman au XIXe siècle.
Mais, en cherchant les nuances, ne peut-on pas dire que l'égoïste
mélancolie de l'Adolphe de Benjamin Constant, la sèche
amertume de Stendhal, l'indifférence
ironique de Mérimée, d'ailleurs
si délicat et si purement artiste dans Colomba (1840) et
dans ses nouvelles, n'aient pas séduit
et inspiré, presque autant que George Sand
et Balzac, tout ou partie des meilleurs écrivains
qui ont suivi?
De
1848 à 1900
Roman.
Dans le roman,
les deux grands courants d'idéalisme
et de réalisme que nous avons signalés
dans la précédente période se poursuivent parallèlement,
avec des alternatives de vogue et de défaveur marquées. Octave
Feuillet, Fromentin, Edmond About, Victor Cherbuliez,
Gustave Droz, Ludovic Halévy, André Theuriet, Anatole
France, Paul Bourget, Maurice Barrès,
Marcel Prévost, etc., relèveraient
plutôt de l'idéalisme; Champfleury, les frères de Goncourt,
Gustave Flaubert, Emile Zola,
Daudet, Hector Malot, Guy
de Maupassant, Paul Margueritte, du réalisme. Que de nuances
cependant entre ces différents écrivains! Et que le symbolisme
de l'un est éloigné du psychologisme de l'autre, autant que
l'impressionnisme de celui-ci l'est du naturalisme de celui-là!
Si l'on considère, du reste, avec quelque attention, le mouvement
général de la fin du XIXe
siècle, il apparaît que dans le roman, comme en poésie,
comme au théâtre, partout le
spectacle se ressemble.
«
Il y a encore des maîtres, des écoles, des systèmes,
dit Le Gofiic, et personne pour les suivre. Où va-t-on? On s'interroge,
on cherche. Quoi? Nul ne sait au juste. Idéalistes et réalistes,
prosateurs et poètes, tous vous diront que les anciennes formules
ont fait leur temps et qu'on n'en veut plus. Mais cette belle entente crève
en fumée, dès qu'il s'agit de déterminer la formule
nouvelle. Et les préfaces succèdent aux manifestes, les théories
aux poétiques. C'est, jusqu'à nouvel ordre, le triomphe de
l'individualisme, - un méchant mot sans doute, mais le seul propre
à caractériser cette fin de siècle, turbulente et
confuse, et dont l'avenir déconcerte toute précision. »
Eloquence.
L'éloquence religieuse nous offre
dans cette période les noms de Dupanloup, du P. Hyacinthe, du P.
Didon et du P. Monsabré ; l'éloquence politique ceux de Thiers,
d'Emile Olivier, de Dufaure, de Jules Favre, de Gambetta, d'A. de Mun,
etc. Dans la presse et sans distinctions de partis on peut citer au premier
rang : Emile de Girardin, S. de Sacy, Cuvillier-Fleury,
Prévost-Paradol, Edmond About,
John Lemoine, Raoul Frary, Ed. Hervé, F. Sarcey, H. Fouquier, etc.
Le pamphlet politique et religieux se transforme
à son tour avec Louis Veuillot et Henri Bochefort.
Philosophie,
histoire, critique.
En philosophie ,
deux écrivains ont surtout puissamment agi sur la direction des
idées : Renan et Taine.
«
Tout ce qui tend à circonscrire les choses d'une manière
trop rigoureuse, a dit du premier Paul Janet, lui
paraît faux. A ce titre, le matérialisme
doit lui être une doctrine fausse; la prétendue clarté
de ce système est précisément ce qui lui en répugne;
il n'y a de vrai que l'incertain et l'obscur. Par là, M. Renan
est conduit à reconnaître l'existence d'un je ne sais quoi
dans la nature et dans l'homme. »
Tout systématique, au contraire, nous
apparaît Taine.
«
Pour lui , dit encore P. Janet, tout ce qui n'est pas phénomène
perçu par les sens ou notion abstraite exprimée par des mots
n'est rien. »
La connaissance, à ses yeux, se ramène
à l'expérience et à l'abstraction. Entre ces deux
grands maîtres de la pensée du XIXe
siècle, il serait cependant injuste de ne pas rappeler les noms
de Ravaisson, Lachelier,
Renouvier, Vacherot,
Ribot, Janet, Fouillée,
Boutroux, etc.
L'histoire
revendique comme siens Fustel de Coulanges, Taine,
le duc d'Aumale, le duc de Broglie, Sorel, Thureau-Daugin, Lavisse, Chuquet.
Pour la critique littéraire et la
critique d'art on citera : Paul de Saint-Victor, Schérer, Charles
Blanc, Prévost-Paradol, Jules Tellier,
Jules Lemaître, Anatole France, Ferdinand
Brunetière, Emile Faguet, Desjardins, David-Sauvageot, Maurras,
Taine, Mantz, Lafenestre, Gustave Géffroy,
etc.; la critique universitaire Boissier, Girard, Martha, Cartault, Larroumet,
Gasté, Doumic, Rocheblave, etc. (Ch.
Le Goffic). |
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