Les gens

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La Fontaine (Jean), l'inimitable fabuliste, né à Château-Thierry le 8 juillet 1621, d'un maître des eaux-et-forêts, ne se fit remarquer, jusqu'à l'âge de 19 ans, que par une extrême insouciance. Après avoir passé 18 mois dans la congrégation de l'Oratoire, il fut ramené sous le toit paternel par le même instinct d'indépendance qui l'en avait d'abord éloigné, et plusieurs mois s'écoulèrent encore avant qu'il songeât sérieusement à se vouer au culte des Muses. A 22 ans La Fontaine avait, il est vrai, produit quelques pièces de vers; mais ces essais furent loin d'annoncer son génie, qui se révéla tout à coup à la lecture de la belle Ode de Malherbe sur l'assassinat de Henri IV. Toutefois chez La Fontaine l'enthousiasme dut être de courte durée, et l'on peut croire que ce grand poète ne lui emprunta jamais ses inspirations : il les trouva dans sa douce oisiveté, dans la méditation des auteurs classiques de l'Antiquité, dans la lecture de nos vieux écrivains, où il puisa aussi ce goût gracieux et naïf que l'on admirera toujours dans ses compositions. Le père du jeune poète, consultant moins ses inclinations et son goût que sa propre sollicitude, se démit en sa faveur de la charge de maître des eaux-et-forêts et le maria. Bientôt les tracasseries du ménage rendant à La Fontaine le séjour de sa maison insupportable, il chercha au-dehors des distractions, et fut accueilli dans la société de la duchesse de Bouillon, alors exilée à Château-Thierry. La piquante ingénuité de ses premiers contes, qu'il écrivit à cette époque, attira sur lui l'intérêt de l'aimable duchesse; et, rappelée à Paris, elle lui fit accepter un asile dans sa maison. 

Dès lors La Fontaine eut l'occasion de se lier avec les grands écrivains de son époque, et trouva des appuis dans les personnages du plus haut rang, dont la plupart ne craignirent pas de s'avouer aussi ses admirateurs : au nombre on distingue Mme Henriette d'Angleterre, le grand Condé, le prince de Conti, le duc de Vendôme, le grand-prieur, et particulièrement le jeune duc de Bourgogne. C'est donc, comme on peut en juger, sans nul fondement qu'on a reproché au siècle de Louis XIV d'avoir méconnu le mérite de La Fontaine. Une autre question plus difficile à résoudre a aussi occupé les critiques : c'est de savoir quels motifs ont pu porter Boileau à garder le silence sur l'apologue dans son Art poétique. Rivaux dans leur candidature pour l'Académie française, ces deux grands poètes n'y entrèrent que difficilement, commun obstacle qu'on explique par l'esprit satirique de l'un et par la fidélité obstinée de l'autre pour son bienfaiteur en disgrâce, le surintendant Fouquet, auquel il a élevé dans ses vers un si honorable monument de reconnaissance : mais n'est-il point permis de penser que les Contes de La Fontaine, dont le meilleur n'est pas celui que Boileau a tant loué ( sa Dissertation sur Joconde), et peut-être aussi ses admirables apologues, où si souvent la satire frappe plus haut que ne l'est osé faire l'auteur du Lutrin, durent contribuer pour quelque part à la défaveur de l'émule du poète favori? Louis XIV n'agréa le choix de l'Académie qui appelait La Fontaine à remplacer Colbert (2 mai 1684), que lorsqu'à son tour Despréaux (Boileau) y dut succéder à M. de Bezons. Quelque méritées que fussent les louanges prodiguées avec candeur par La Fontaine à son prédécesseur, dans le discours d'étiquette, on ne peut se défendre d'une admiration profonde quand on songe qu'il les adressait aux mânes de ce même ministre, puissant dispensateur des grâces du monarque, et dont il n'avait reçu jamais que les dédains d'une injuste rigueur. 

La Fontaine mourut à Paris le 13 avril 1695, dans la maison de Mme Hervard, dernier asile que lui offrit l'amitié après qu'il eut perdu Mme de la Sablière, chez qui, durant vingt années, il avait également reçu la plus délicate et la plus généreuse hospitalité. Il faut bien avouer que la conduite privée du poète philosophe n'a pas toujours répondu à la pureté de ses principes; mais en faveur de sa bonté naturelle, de sa rare constance en amitié, et plus encore peut-être, pour la beauté de ses ouvrages, précieux fruits de son insouciance même, la postérité lui pardonne volontiers les écarts de sa vie, et jusqu'à la singulière négligence de ses devoirs de père de famille. Dans ses dernières années, cédant, non sans combattre, aux pressantes sollicitations de l'abbé Poujet, il parut regretter les atteintes que ses Contes, très libres (et pourtant imprimés avec privilège) avaient pu porter aux moeurs et à la religion, et il finit par se soumettre aux réparations qu'on lui prescrivit. Toutefois ces réparations qu'on imposa au bon vieillard lui durent être pénibles, quelle que fut sa repentance, si l'on en juge par l'apostrophe suivante qu'adressa (si l'on en croit la tradition) la servante de La Fontaine au jeune ecclésiastique attaché à le convaincre : "Eh! ne le tourmentez pas tant! il est plus bête que méchant; Dieu n'aura jamais le courage de le damner."



En bibliothèque - Walkenaër, est le premier de ses biographes à l'avoir fait bien connaître : son livre a pour titre : Histoire de la vie et des ouvrages de J. de La Fontaine, 3e édit., Paris, 1824, in-8. Le travail bibliographique de Barbier dispense d'énumérer les éditions de ses oeuvres : cet opuscule intitulé : Notice des principales éditions des fables et des oeuvres de Lafontaine est impr. dans le tom. Il. des Fables inédites, etc., publ. par M. Robert, 1825, 9 vol. in-8. Parmi les édit, des Fables, on cite les suiv. comme les plus belles : Paris, Didot ainé, 1801, 2 vol. grand in-fol.; Parme (Ve Bodoni), 1814, 2 v. gr. in-fol.; Paris, Didot aîné, 1818, 2 vol. in-8; les plus recherchées des Contes sont celles d'Amsterdam (Paris, Barbou), 1762, 2 v. in-8, fig. d'Eisen, Paris, Didot aîné, 1796, gr. in-4, fig. d'après Gérard. Outre la trad. latine des Fables par le P. Giraud, 1775, 2 vol. in-8 ou in-12, on a des imitat. ou des trad. de ces petits chefs-d'oeuvre dans presque toutes les langues : il n'est pas jusqu'à la littéral. russe qui ne s'honore d'avoir son La Fontaine.


- Jean de La Fontaine, Les Fables, édition en ligne.

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